‹ Histoire d'AllemagneChapitre 43 sur 100 · LIV. XV f CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIV. XV f CHAP. IV

l>eaucoup de peino , parmi les ecclésiastiques et parmi les laïques : Hcrolf, archevêque de Salzbourg, alla jusqn'àvendre, comme on l'en accusa plus tard , les vases sacres de son église pour contenter les ennemis du Christ et de l'empire. A Worms , les Hongrois reçurent l'hospitalité et la rançon convenue. Ensuite le duc Kunrad remplaça Luidolf. Il conduisit les Hongrois dans l'intérieur de la Lotharingie , contre ses ennemis , particulièrement contre Bruno , archevêque de Cologne , qui, depuis que la situation était changée , s'était retiré de son alliance, et contre le comte Regnar, qu'il regardait comme son plus dangereux antagoniste , et qu'il n'avait pas encore pu châtier lui-même. Sur les terres de ces princes , les Hongrois commirent de terribles dévastations, et exercèrent des cruautés inouïes, kunrad , attiré ailleurs par un autre danger, les laissa sur la Meuse; ils traversèrent avec la même barbarie les cantons de Cambrai, de Vermandois, de Laon, de Reims et de Chalons. Et quoique dans le royaume de Bourgogne les maladies et le fer leur fissent éprouver de grandes pertes , leurs débris, chargés du pillage de tous ces pays, revinrent par l'Italie dans le pays que désormais ils regardaient comme leur patrie (4).

Ces événements firent sur les esprits une impression qu'il est impossible de décrire. Le malheur inouï qui avait frappé tant de milliers d'hommes fut attribué à ceux qui avaient favorisé l'œuvre des barbares. On pouvait mettre en question ce qu'avait pu faire le duc Hcinrieh ; mais l'alliance de Kunrad et de Luidolf avec les Hongrois ne pouvait être niée. Et le duc Heinrich et le roi Otto lui-même ne cessèrent pas de représenter les ducs et leurs adhérents comme les auteurs de cet affreux désastre, quoiqu'ils n'eussent fait que détourner d'eux le mal cl le rejeter sur ceux qui , dans leur conviction , l'avaient fait nattre. Mais il était impossible que la fureur une fois déchaînée fût contenue dans certaines limites , et les passions des ducs et de leurs fauteurs ne savaient pas toujours respecter de justes bornes. Cette fois encore les peuples durent expier les fautes des princes, t'ne grande colère s'éleva contre les ducs, alliés avoués des Hongrois-, aux yeux de beaucoup, ils ne furent plus seulement les ennemis du roi et de son frère , mais aussi les ennemis de Dieu et de son fils. Beaucoup, et

surtout des ecclésiastiques que jusqu'alors l'incertitude du dénouaient avait tenus dans une position équivoque, crurent maintenant trouver dans la désolation de tant de mines un motif convenable de se réunir avec sécurité au parti du roi ; ils rappelèrent les églises détruites, les croix brisées, les serviteurs de Dieu maltraités , et, comme entraînés par un zèle pieux , ils élevèrent avec force leur voix contre les scélérats qui avaient causé et favorisé un tel malheur.

Pendant qu'ainsi beaucoup d'esprits étaient profondément agités, la guerre interrompue à la fin de l'année précédente entre le roi et les ducs Luidolf et Kunrad reprit son cours. Otto avait , à ce qu'il semble , pris quelque repos avec l'armée qu'il avait rassemblée en Saxe. L'accord inattendu de ses ennemis avec les Hongrois avait peut-être jeté quelque trouble dans ses projets. S'il avait marché en Bavière , Kunrad aurait peut-être fait repasser le Rhin aux Hongrois pour les mener en Saxe. H crut donc nécessaire de rester en Saxe afin de mettre a l'abri ce pays , le seul sur lequel il pût compter. Mais lorsque l'orage eut éclaté dans une autre direction , il dirigea sa marche vers le Tcutschland méridional, sans doute dans le dessein d'écraser son fils Luidolf, avant que Kunrad , qui accompagnait les Hongrois , eût pu lui amener des secours : car le markgraf Gcro lui-même l'accompagna dans cette expédition , quoique les pays slaves exigeassent certainement encore sous tous les rapports une active surveillance. D'autre part, non-seulement les forces des deux ducs étaient divisées , mais celles de Luidolf surtout étaient singulièrement affaiblies. Le premier choc des Hongrois, qui avait porté un coup si rude à la Bavière, laissa encore derrière lui ses effets, et leur marche ultérieure elle-même , bien qu'ils continuassent leur expédition comme amis de Luidolf, avait nécessairement entraîné toute sorte de désordres , et enlevé des hommes et des ressources dont le duc aurait pu disposer. lœ duc avait essuyé un autre revers encore qui semblait pouvoir devenir pernicieux pour lui-même.

Lorsque, vers la fin de Tannée précédente, le roi Otto avait quitté le Tcutschland méridional, Ldalrich , évêque d'Augsbourg , s'était hasardé à revenir dans son évêché avec ses troupes. Il s'y était rendu maître d'un château

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Mandichinda (2) , et il avait cherché à le fortifier et à s'y retrancher par tous les moyens. Luidolf et son ami , le comte palatin Arnulf, furent peut-être empêchés d'abord par la poursuite des Saxons de mettre obstacle à l'entreprise de l'êvéquc, et ensuite par l'arrivée des Hongrois. Mais dés qu'ils eurent fait un accommodement avec ceux-ci, le comte palatin Arnulf, avec un corps de troupes qui paraissait suffisant, se présenta devant le château pour détourner l'évèque , par la persuasion ou par la force , du parti d'Otto et le faire entrer dans celui de Luidolf. L'êvéquc ayant d'abord éludé et ensuite formellement repoussé des propositions pacifiques , Arnulf attaqua le ehatcan par la force des armes. Mais tout à coup ses troupes furent surprises par deux princes qui accouraient au secours de l'êvéquc et cherchaient à le sauver. C'étaient les comtes Tcutbald et Adalbcrt : le premier était frère de l'évèque Idaliïeh ; le second un Allemann , le seul des Souabcs qui ne tint pas avec fidélité au duc Luidolf. Arnulf essuya une perte considérable , et fut forcé de chercher son salut dans la fuite ; il se sauva en Bavière. Son frère Hermann était tombé au pouvoir de ses ennemis , et ce fut certainement une faible consolation pour lui de voir un seul de ses ennemis, le comte Adalbcrt , mortellement blessé.

Dans ces circonstances , le roi Otto s'avança avec son armée contre son fils. Mais Luidolf ne faiblit pas. Comptant sur la prochaine arrivée de son ami Kunrad, il marcha à la rencontre du roi avec l'armée qu'il lui avait été possible de rassembler. H prit position en face de son père ennemi à Tussa sur l'Iller (3). Une bataille qui devait être décisive semblait inévitable. Cependant elle fut évitée. Idalrich , évéque d'Augsbourg , s'interposa entre les armes du père et du fils. Cet homme devait être plus disposé que tous, comme il était plus propre que tous à faire entendre des paroles de paix et de réconciliation. Il avait profondément senti tout ce qu'il y avait de déplorable dans cette guerre , qui était à la fois une guerre civile et une guerre de famille: la ville d'Augsbourg avait été pillée , parce qu'il n'avait pas tenu pour les Bavarois, et il n'avait échappé que par hasard et par bonheur à la captivité ou à la mort. 11 n'était pas suspect au roi : car il ne pouvait être accusé d'avoir violé sa foi , et il pouvait élever la voix devant les Bavarois, |

parce qu'ils n'avaient pu forcer son château. A luise joignit un autre évéque, Ilartpert de Coire , qui n'était pas plus suspect au duc Luidolf qu'L dalrich ne l'était au roi. Et les paroles de ces deux hommes vénérables trouvèrent accès des deux côtés. H est incertain si la force de leur parole eut une telle influence, ou si l'état des choses fut plus efficace ; on vit toutefois par la suite que du moins les deux parties n'étaient pas animées de dispositions pacifiques; aussi est-il vraisemblable que toutes deux ne cédèrent qu'à l'empire de leur position particulière. Le roi Otto ne se montra peut-être disposé à un accommodement pacifique, que parce qu'il craignait l'arrivée du duc kunrad, qui accourait de Lotharingie; et Luidolf peut-être seulement parce qu'il ne savait pas que kunrad approchait, ou parce qu'il ne voulait pas s'exposer seul au danger. En tout cas ^ il est certain que l'on conclut une trêve qui devait durer jusqu'au 45 juin, et l'on convint que jusque-là tout serait arrangé dans une diète à Zcnn (4). On ne peut fixer le temps durant lequel cette trêve , à laquelle sans doute Kunrad accéda , interrompit la guerre ; mais on peut supposer, d'après les mouvements des armées, qu'elle a dù être conclue dans le mois d'avril.

L'intervalle ne s'écoula certainement pas sans menées de toute nature. Il est vraisemblable que des tentatives furent faites pour opérer une réconciliation ; mais elle n'eut pas lieu. Otto exigea, à ce qu'il semble, que son fils et son gendre se soumissent sans condition : il crut devoir insister sur cette prétention j>ar égard pour son autorité et pour sa dignité comme roi et comme père. Mais Luidolf u'eut pas de confiance en lui : il était trop profondément blessé dans ses sentiments, et il avait perdu toute foi dans le cœur de son père , dans lequel , à ce qu'il pensait , le duc Heinrich avait versé le venin du serpent. On ne sait si kunrad pensait d'une autre manière. Il se conduisit autrement à la diète de Zenn, sans que l amitié qui existait entre lui et Luidolf paraisse en avoir souffert. Il serait donc possible qu'ils se fussent entendus pour agir d'une manière différente, parce qu'ils regardaient cette différence de conduite comme la chose la plus avantageuse à leurs intérêts réciproques. En tout cas , il est certain que, durant la trêve, les passions se réveillèrent et furent peut-être soulevées à dessein ; il est également certain que si

liv. xiv,

Luidolf et Kunrad s'étaient entendus, ils ne tirèrent aucun avantage de la différence qu'ils mirent dans leurs paroles et dans leurs actions.

La diète fixée à Zenn arriva. Le roi y parut avec une grande armée ; les ducs y vinrent avec une contenance pacifique , accompagnés seulement d'un petit nombre de fidèles, comme leur dignité princiôre semblait l'exiger. L'archevêque Friedrich de Maycncc s'y rendit également : il était sorti de son asile, de la forteresse de Brisach , soit que , fatigué de la solitude , il désirât reprendre ses travaux archiépiscopaux, soit que les ducs l'eussent attiré, comme le seul homme qui put rendre témoignage pour eux au sujet du traité de Mayencc. A peine l'assemblée fut-elle ouverte , que le roi Otto , sans doute pour amener son fils Luidolf à faire des excuses et à se soumettre , s'exprima en termes si durs , que Luidolf ne fut pas ému , mais aigri , et qu'il se sentit de nouveau blessé d'une manière terrible.

« Si le ressentiment de mon fils , dit le roi , et des autres qui en veulent h ma vie, n'avait en que moi en vue , je le supporterais ; mais ils ont mis en confusion tout le peuple du nom chrétien. S'ils n'avaient fait qu'attaquer mes villes , comme des voleurs de grand chemin , et s'ils n'avaient voulu qu'arracher les pays h mon pouvoir, ce serait peu de chose ; mais ils ont eu soif du sang de mes parents et de mes plus chers compagnons. Voyez , me voilà sans enfants. Le fils que j'ai aimé par-dessus tout , que j'ai élevé au plus haut degré des honneurs, est mon plus cruel ennemi : mon (ils unique est mon ennemi. Et pourtant tout cela serait supportable s'ils n'avaient pas attiré les ennemis de Dieu et des hommes. Mon empire est dévasté, le peuple captif et égorgé, les villes sont détruites, les églises brûlées, les prêtres assassinés, li sang ruisselle encore sur les routes ; et l'or et l'argent avec lesquels j'avais enrichi mon fils et mon gendre ont été entraînés hors du pays par les ennemis du Christ. Peut-on imaginer un plus grand crime , une plus grande trahison »

Le roi se tut. Ueinrich, son frère, loua ses sentiments, l'aiguillonna, et à ces dures paroles en ajouta de plus dures encore. Alors Uùdolf s'avança. « Les Hongrois , dit-il , sont payés contre moi. J'avoue que lorsqu'ils °ut été dans le pays, j'ai obtenu d'eux, à prix

d'argent, qu'ils me ménageraient , moi et ceux qui tenaient pour moi. Mais tout le peuple doit savoir que je ne l'ai fait que sous l'empire de la plus cruelle nécessité. >• A ces mots , il tourna le dos et sortit. Aussitôt l'archevêque Friedrich prit la parole , soit que cela eût été convenu d'avance , soit par prudence et par bonne volonté , pour arrêter la colère du roi , et prév enir une sentence précipitée. Il déclara qu'il n'avait jamais rien peusé , ni voulu , ni fait contre le roi. Il s'engageait à le prouver devant quelque tribunal que ce fût. Seulement , comme il avait su qu'on avait élevé contre lui des accusations graves, quoiqu'il se sentit innocent, il avait mieux aimé se soustraire à la colère du roi. A cette déclaration , le roi, que cet incident avait ramené à des dispositions plus douces, ou peut-être un peu troublé par ce qui venait de se passer , répondit : « Je ne vous demande pas de serment; travaillez seulement avec moi au rétablissement de la paix et de l'union. » L'archevêque fit cette promesse , et le roi le congédia en paix. Le duc Kunrad enfin se soumit désormais sans condition à la clémence royale, et renonça à son duché. Otto , satisfait de cette soumission , lui donna la liberté et toute sûreté, et le laissa en possession du pays de ses aïeux et de ses biens héréditaires.

Mais bientôt on donna au roi l'avis que son fils Luidolf avait quitté Zenn avec les siens. 11 avait pris le chemin de Ratisbonne , et arriva heureusement dans cette ville royale. Otto , sinon surpris, du moins irrité de nouveau de l 'opiniâtreté de ce jeune homme, ne crut pas devoir lui laisser de relâche. 11 se mit aussitôt à sa poursuite, sans doute dans l'espérance qu'il lui serait facile de triompher en peu de temps de ce prince, qui désormais était seul. Sur sa route, il rencontra le château de norsedal , qui était occupé par des partisans de Luidolf. Il crut pouvoir prendre ce château par un coup de main. Il l'attaqua donc ; mais il y trouva une résistance terrible, line lutte sanglante s'engagea (5); l'armée d'Otto essuya une grande perte et ne s'empara pas du château. Car il ne voulait pas s'arrêter, parce que tout le succès de son expédition semblait dépendre de la rapidité de ses mouvements. Après trois jours de marche, il était devant Ratisbonne. Aussitôt la ville fut cernée. On fit des retranchements, des machines de siège et des préparatifs d'a>-

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saut. Mais les attaques , faites avec > igucur , ne réussirent pas, et il fut impossible aux assiégeants d'approcher leurs machines des murs de la place. La lutte fut longue et sanglante; le siège traîna en longueur. Toutefois la ville n'était pas suffisamment pourvue de subsistances. La famine menaça les assiégés. Mais ils pensaient qu'il est plus honorable de mourir en combattant que de se laisser ronger par la faim. Ils résolurent donc une sortie décisive. I,eur plan était bon : une partie des guerriers devait commencer le combat à cheval ; une antre partie , cmbarqnéc sur le Danube , devait s'approcher du camp des ennemis , et tandis que ceux-ci résisteraient aux premiers corps, se rendre maîtresse du camp. Deux choses toutefois firent échouer ce plan. D'abord le signal de la sortie devait être donné au son de la cloche ; et le secret de ce signal fut livré aux assiégeants : on ne put donc les surprendre ; mais ils se tinrent tout armés et attendirent l'ennemi. Ensuite la double attaque ne se fit pas en même temps ; ceux qui vinrent par le fleuve arrivèrent trop tôt. Ils furent donc facilement repoussés , massacrés , ou rejetés en désordre dans les bateaux, de sorte que beaucoup trouvèrent leur tombeau dans le fleuve , parce que les bateaux surchargés chavirèrent ou coulèrent bas. Après cet échec, le combat de cavalerie ne réussit pas non plus. Les assiégés forent repoussés dans la ville avec une grande perte , et , selon l'habitude des vainqueurs , l'armée royale se vanta que cetto victoire ne lui avait pas coûté de sang. Mais ce dénoùment fut d'autant plus malheureux pour les assiégés, qu'un troupeau de bestiaux , que l'on avait amené sur l'autre rive du Danube pour l'approvisionnement de la ville, fut surpris et enlevé par le duc Heinrich.

Dans cette extrémité , Luidolf résolut de se rendre avec les principaux de ses partisans dans le camp de son père pour négocier avec l'ennemi. Il sortit de la ville. Mais Otto ne voulut pas entendre parler de négociation , et insista sur une soumission pure et simple. Luidolf revint donc dans la ville sans avoir rien obtenu; et dans leur désespoir, les assiégés firent aussitôt une nouvelle sortie par la porte de l'Est , pour prouver du moins à l'ennemi que s'ils avaient tendu les mains à la paix , ce n'était point par manque de courage et de force. Du coté de cette porte , le commandement en chef avait été donné au markgraf Gero, homme

dont chaque bataille accroissait la renommée Dans ce jour encore il se montra digne de la gloire qu'il avait acquise. Le combat dura depuis trois heures jusqu'à neuf heures. La naît seule y mit un terme. I^s assiégés revinrent sinon vainqueurs , du moins en hommes braves et honorables, dans la ville on régnaient la disette et la misère. Mais Arnulf , le comte palatin , et le plus fidèle ami de Luidolf , masquait parmi ceux qui revinrent. Il s'était penlo dans le tumulte ; personne ne l'avait vu. Deux jours après, une pauvre femme , poussée par Ja faim , sortit de la ville pour chercher qndqnr nourriture : elle trouva le malheureux prince étendu sur la terre, dépouillé de ses armes et percé de traits. Cette femme rendit comp'.e de ce qu'elle avait découvert, et cette nouvelle répandit partout une grande douleur et lit tut vive impression sur Luidolf. Il se rendit de nouveau avec quelques compagnons dans le camp de son père. Personne ne sait ce qui put se passer dans ce camp entre le père et le fils. L'historien Witikind dit seulement : « Luidolf obtint 1s paix jusqu'à la tenue d'une diète indiquée à Fritzlar , et où l'on devait prendre une décision sur ces affaires. » Ces expressions peuvent s'interpréter de plusieurs manières. Il est possible que des négociations aient eu lieu entre le père et le fils , et que la décision indiquée ait été prise d'un commun accord ; mais il est possible aussi que le roi ait retenu le duc Luidolf prisonnier avec ses compagnons, et exprimé arbitrairement cette décision. Avec quelque force que les plus nobles sentiments de notre cœur se soulèvent contre cette dernière interprétation , parce qu'elle fait supposer une perfidie de ia part du roi , on ne peut nier qu'elle ne soit la plus vraisemblable. Ce qui frappe déjà, c'est que l'historien ne parle pas de négociations; mais ce qui frappe encore davantage , c'est qu'il ne dit pas un mot de ce qui fut convenu a l'égard de Katisbonnc , ni du lieu où resta Luidolf. Mais Luidolf ne revint pas dans la ville; et Ratisbonne ne se soumit pas au roi et à son frère. Il n'y a pas non plus d'indice que Lnidolf ait été accusé de trahison par ses partisans dans la ville , ce qui aurait certainement eu lieu s'il les avait abandonnés à leur sort, et si , en concluant un traité , il n'avait songé qu'à lui et à ses principaux adhérents : bien plus , il fallut assiéger une seconde fois la ville, comme nous le dirons en son lieu j elle fit une

résistance opiniâtre et ne céda qu'à la supériorité du nombre ; elle ne céda pas , clic succomba. Enfin tout ce que uous savons encore de la vie de ce jeune et malheureux prince jusqu'à sa mort mystérieuse , et ce que nous raconterons plus tard , s'accorde complètement avec l'opinion exprimée ici , et il serait difficile de l'expliquer autrement. Olto justifia probablement sans peine à ses propres yeux sa conduite comme père et comme roi , avec l'assentiment des prêtres; il la justifia peut- être d'autant plus aisément , que vers ce temps un nouveau danger le menaça. Car parmi les peuples slaves, que la rigoureuse surveillance de Gero avait seule pu contenir dans la soumission , avaient éclaté des troubles qui nécessitaient sinon sa présence , du moins celle de son markgraf.

En conséquence, Otto , aussitôt après la soumission de son fils , qui eut lieu six semaines après le commencement du siège , accourut en Saxe, accompagné de son markgraf Gero. Le duc Ileinrich , soutenu peut-être par une partie des guerriers saxons , resta en Bavière pour soumettre ce pays autant que cela serait possible. Et s'il ne prit pas Katisbonne, malgré un grand incendie qui augmenta le malheur de cette ville , il réussit du moins à rétablir son pouvoir dans le reste du pays; niais en même temps , insatiable dans sa vengeance , il exerça d'épouvantables cruautés. Il fit crever les yeux à Hcrolf , archevêque de Salzbourg, qui avait tenu avec zèle pour Luidolf , et il Ut mutiler le patriarche d'Aquiléc , probablement pour le même motif. C'est ainsi qu'il croyait forcer les hommes à la fidélité et à l'obéissance pour l'avenir, sans pressentir que ses jours étaient comptés.

Pendant ce temps , le markgraf Gero avait marché contre les Slaves, qui , profitant de son absence , avaient fait une nouvelle tentative pour recouvrer leur liberté. C'étaient les Dc~ keres, qui n'avaient pu contenir leur ressentiment. Le roi envova le duc Kunrad au secours du markgraf. Peut-être soupçon nait-on Kunrad d'avoir suscité les Uckères , afin de faciliter les mouvements de son ami et allié, le duc Luidolf : en tout cas, on voulait de lui des preuves de sa nouvelle fidélité. Aucun monument de cette époque ne dit d'où Kunrad tira les hommes avec lesquels il devait aller soutenir le markgraf Gero, et avec lesquels il y alla réellement : il avait perdu le duché de Lotharin-

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gie,qui jadis lui avait été donné par Otto; quant à ses possessions héréditaires, c'est-à-dire tout ce qu'il ne devait pas à la générosité du roi Otto , mais ce qui avait apparteuu antérieurement déjà à sa famille, elles lui étaient restées. Mais ces possessions étaient , ou plutôt à ces possessions appartenaient les pays franciques de la rive droite du Rhin qui autrefois avaient été soumis au duc Eberhard. Mais sans doute, comme nous l'avons remarqué plus haut , quelques lambeaux de ces pays avaient été réunis en partie à l'Allemannic, en partie à la Saxe; mais la plus grande partie , le pays situé entre la Diemcl et le Mein , la Werra et le Rhin, était restée indivise , bien que le titre de duc des Franks eût cessé d'exister. Or ce pays, à ce qu'il semble , avait été laissé on rendu au prince Kunrad ; et le titre ducal , que Kunrad avait porté , fut appliqué à ce territoire , non sans doute par un acte solennel , mais dans la langue vulgaire, qui se rattachait à d'anciens souvenirs et au respect dû à l'homme. Et ce respect s'augmenta même par l'expédition contre les Slaves. Dès avant la fin de l'an 054, Kunrad et Gero repassèrent l'Elbe en vainqueurs. La joie que manifesta la Saxe prouva que le soulèvement des Slaves avait inspiré de grandes inquiétudes , et par le riche butin qu'ils apportèrent avec eux , ils donnèrent au monde un témoignage de la manière dont ils avaient fait cette guerre , manière qui pouvait bien effrayer les Slaves , mais non les gagner jamais.

Mais la fortune, qui avait si longtemps été orageuse pour le roi , se montra à cette époquo agitée d'une autre manière à son égard. Le roi se trouvait à la chasse dans un endroit appelé Suveldnn. Là son Gis Luidolf parut devant lui comme un pénitent, pieds nus, se prosterna à terre et versa des larmes amères; C'était ainsi qu'autrefois son frère Ileinrich , échappé de sa prison , s'était montré devant lui. Le coeur d'Otto était tendre ; il se mon*trait favorable à tous ceux qui cherchaient protection à l'ombre de sa puissance. Il n'était dur que pour les rebelles; les grandes épreuves qu'il avait subies l'avaient seules rendu soupçonneux : aussi se laissait-il exciter par des insinuations étrangères , et il ne pouvait souffrir que qui que ce fût travaillât contre la suprématie qui lui avait apparu si brillante lors de son couronnement à Aix-la-Chapelle. Dans un jour de plaisir, il ne put supporter les larmes dt

son fils humilié , qui avait été jadis son favori , et plus tard un fier adversaire. Il fondit luimême en larmes à son aspect , et releva de terre celui qu'il avait regardé comme perdu. Toute la suite du roi fut émue de cette scène. Le roi et le flls qu'il avait retrouvé furent réconciliés pour le moment , quoique les suites fussent autres que Luidolf les avait espérées , et qu'Otto les avait sans doute voulues, en cet instant d'émotion paternelle.

Cette réconciliation du roi avec son Aïs et un autre événement arrivé dans le même temps empêchèrent l'assemblée indiquée à FriUlar d'avoir lieu. L'archevêque Friedrich de Maycnce , épuisé et usé par le tumulte de la vie où il avait été entraîné par sa faute ou par la fatalité, mourut au mois d'octobre de cette année ; et le roi désira élever sur le siège archiépiscopal de Maycnce et à la première dignité ecclésiastique de l'empire tcutsch son fils Wilhelm , qu'il avait eu soit de son mariage , soit d'une maîtresse. Pour arriver à ce but, il fallait quelques dispositions préparatoires et quelques négociations. Le but fut atteint. Dans une diète tenue à Arnstadt , au mois de décembre, Wilhelm fut nommé archevêque de Maycnce. Dans cette même diète , la querelle entre le roi et son fils fut jugée , non comme on devait s'y attendre après la scène de Suveldun , mais avec la plus grande dureté envers le duc. Car Luidolf fut déclaré entièrement déchu de son duché de Souabc , quoique ce duché fut comme l'héritage de sa femme , et rien ne nous montre que le père ait fait la moindre promesse de le consoler de cette perte. Du reste, un homme nommé Burchard fut élevé au duché de Souabe en place de Luidolf. Ce Burchard n'a pas encore figuré jusqu'ici sur la scène de l'histoire : il est d'autant plus vraisemblable qu'il était fils de ce duc Burchard de Souabc , dont il a été fait mention à plusieurs reprises ; on n'avait peut-être pas tenu compte de lui à la mort de son père, par la seule raison qu'il était encore enfant.

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