‹ Histoire d'AllemagneChapitre 44 sur 100 · LE TEUTSCHLAND. BATAILLE DU LECH · texte numérisé non relu

LE TEUTSCHLAND. BATAILLE DU LECH

FELD. — GUERRE AVEC LES SLAVES, ET TRANQUILLITÉ RÉTABLIE DANS L'EMPIRE.

De l'an 9&5 & l'an MO.

Ces troubles si longs et si orageux étaient

| enfin terminés. La maison royale était , si non

I réconciliée, du moins en paix avec elle-même; la tranquillité était rétabliedaus tout l'empire, à l'exception peut-être d'uue partie de la Bavière où le nom de lleinrich excitait toujours encore de la répugnance et de l'aversion. Le roi avait donc assurément salué la nouvelle année 955 avec des sentiments et des espérances toot autres que ceux avec lesquels il avait commencé l'année qui venait d'expirer. Mais il allait aa devant d'un danger non moins grand , et toutefois d'une lutte plus noble et d'une gloire plus belle.

Au mois de mars de l'an 955 , le roi ramena avec une armée son frère lleinrich en Bavière , afin de mettre , dans cette contrée aussi , un terme à la résistance et au désordre. Les deux frères se montrèrent devant Ratisbonne ver* le temps de Pâques , et se virent forcés d'assiéger encore une fois cette ville avec toutes les ressources de l'art connues dans ce siècle. Mais si la résistance ne fut pas moins vigoureuse que la première fois, elle dura moins longtemps. La ville, désolée, épuisée par la disette et par le fer, succomba à la puissance du roi après une lutte opiniâtre. Otto punit de l'exil les chefs, anciens amis de Luidolf; la multitude seule fut traitée avec miséricorde. Hcinrich fut rétabli dans son duché , et le roi revint en Saxe vers la fin du mois de juin.

Il ne trouva pas en Saxe toutes choses dans l'état où il les avait laissées. Ce Wichmann qui deux ans auparavant avait abandonné la cause d'Otto , s'était uni à Luidolf et à Kiinrad., et avait cherché à exciter des troubles en Saxe contre son oncle , le duc liermanu , tandis que le roi se trouvait en Bavière , avait été déclaré digne d'un châtiment par les princes saxons; mais le roi Otto l'avait gracié. Depuis ce temps toutefois on l'avait tenu en prison, lorsque le roi voulut entreprendre avec son frère l'expédition de Bavière, il somma le comte Wichmann de le suivre. Wichmann dit qu'il était malade. Cette assertion pouvait être vraie; mais Otto, qui avait perdu toute confiance en cet homme, ne le crut pas. 11 ne se contenta pas de rappeler au comte un devoir que beaucoup d'hommes ne se rappellent qu'avec répugnance , la reconnaissance , il le remit de plus à la garde et à la surveillance du comte Ibo. Le comte Wichmann en fut blessé. A peine le roi fut-il parti , que Wichmann demanda à

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son gardien , le comte Ibo , la permission d'aller à la chasse. 11 l'obtint. Quelques-uns de ses amis s'étaient cachés dans la forêt. Il se rendit en toute hâte avec eux dans sa patrie ou dans le comté qu'il avait précédemment administré , et qui était évidemment dans le nord-ouest de la Saxe , entre le Wèser et le Rhin. Là son beaufrère Ekbert se réunit aussitôt à lui. Us se rendirent aisément maîtres de quelques châteaux et se mirent en révolte ouverte contre le roi. Le duc Ilermann ne leur laissa toutefois pas le temps de continuer et de consolider ce qu'ils avaient commencé. 11 s'avança avec célérité, et les força à la fuite. Ils se rendirent au delà de l'Klbc dans les pays slaves , et vraisemblablement chez les Abodritcs. Là ils gagnèrent deux princes, Nako et Stoincf, qui étaient frères. Le duc Ilermann , craignant les conséquencesde cette liaison , cou rut à leur poursuite. 11 essaya de surprendre une v ille appelée Suithleiskranne (I). Mais cette tentative échoua, et le duc se vit contraint de repasser l'Elbe , probablement avec une perte considérable; car bientôt après Pâques , les Slaves , conduits par Wïchmann et Ekbert , le suivirent après avoir passé l'Elbe. Ilermann se trouva dans un grand embarras. Le roi se trouvait avec une grande partie des Saxons en Bavière devant Ratisbonne; lui-même, le duc, n'avait que peu de troupes à sa disposition, et il ne pouvait les employer inconsidérément contre les Slaves , parce qu'il devait craindre sur ses derrières des troubles excités par les partisans de Wichmann. Il résolut donc de ne hasarder aucun mouvement décisif avant le retour du roi. Une multitude considérable de la contrée où les Slaves s'étaient jetés s'était réfugiée dans une ville appelée Kokaressem (2). Les Slaves tournèrent leurs armes contre cette ville. Dans cette extrémité , les habitants demandèrent au duc Ilermann de les secourir et de les sauver. Dans l'armée du duc , beaucoup d'hommes soutinrent qu'il fallait secourir ces malheureux. Mais le duc ne changea rien à sa résolution , et déclara aux assiégés qu'ils eussent à se tirer d'affaire le mieux qu'ils pourraient par un accommodement. IA-dessus ils conclurent avec les Slaves et leurs alliés un traité en vertu duquel ils devaient laisser dans la ville tout ce qu'ils possédaient, ouvrir les portes, et se placer librement, mais désarmés comme des esclaves, avec leurs femmes et leurs enfants, sur

les murailles. Ce traité fut exécuté. Les Slaves occupèrent la ville. Mais l'un d'eux reconnut son esclave dans la femme d'un affranchi saxon. 11 voulut s'en emparer ; le Saxon , pour sauver sa femme, frappa du poing le Slave. Alors tes Slaves déclarèrent que les Savons avaient rompu le traité, que celui-ci était nul. Ils se précipitèrent donc sur cette multitude désarmée, massacrèrent tous les adultes , et emmenèrent les femmes et les enfants eu esclavage.

Ces malheureux événements semblent avoir déterminé le roi Otto à hâter son retour de Bavière , pour prévenir de plus grands malheurs et tirer vengeance de ce qui s'était fait. En route , au moment où il venait d'atteindre la frontière saxonc , à la fin du mois de juin , une ambassade deToxis, duc des Hongrois (3) , vint vers lui, afin de rétablir, disait on, les anciennes relations amicales. Ce prétexte ne manquait peut-être pas de vérité. Les Hongrois avaient été sans aucun doute séduits de nouveau par le produit de leurs pillages de l'année précédente , et leur ancien désir de prouver par une grande entreprise contre le Teutschland, dans un but de pillage et de vengeance , qu'ils étaient encore les mêmes, s'était réveillé eu eux. Mais ils avaient certainement appris aussi que les discordes étaient étouffées dans le Teutschland, qu'Otto était réconcilié aveesonfils et son gendre. Cette nouvelle et l'arrivée d'Otto et de son frère eu Bavière les décidèrent peut-être à ajourner leurs projets ; et ensuite la prompte et complète soumission de la Bavière leur inspira peut-être de telles inquiétudes, qu'ils aimèrent mieux tendre la main en signe de paix que s'exposer au danger d'une attaque. Aussi Toxis, leur duc , envoya-t-il au roi victorieux ces ambassadeurs avec des propositions pacifiques. Otto , bien informé de l'état des choses en Saxe , reçut ces ambassadeurs avec faveur et bienveillance, les retint quelques jonrs près de lui , et les congédia , selon l'usage de ce temps, avec des présents, en signe ,de paix et d'amitié. Mais ces ambassadeurs revinrent auprès de leur prince et de leur peuple non-seulement avec ces présents, mais aussi avec la nouvelle de l'irruption des Slaves et d'une nouvelle guerre civ ile en Saxe; et cette nouvelle , à laquelle les Hongrois donnèrent peut-être plus d'importance qu'elle n'en avait, les détermina à reprendre le plus rapidement possible leur première résolution , de hasarder

une grande entreprise contre le Tcutschland.

Otto arriva en Saxe. A la seule nouvelle de son retour les Slaves semblent avoir repassé l'Elbe. II fit les préparatifs d'une invasion dans leur pays , pour les punir de leurs crimes et les faire rentrer dans la soumission. Mais avant de pouvoir rien entreprendre , il reçut un message de son frère Heinrich, duc de Bavière : il lui annonçait qu'une multitude innombrable de Hongrois s'avançait , qu'il eût à venir en toute hâte sauver son empire ; que sa présence était d'autant plus nécessaire , que lui-môme , Ueinrich , était malade. Aussitôt Otto renonça à son expédition contre les Slaves, laissa en Saxe, pour continuer la guerre , la plus grande partie des vassaux saxons , et se rendit de nouveau avec un corps de volontaires dans le Tcutschland méridional. En même temps il somma les Franconiens et les Souabes de se joindre a lui avec toutes les forces qu'ils pourraient réunir , pour secourir les Bavarois et l'empire. Personuc ne perdit de temps devant un si grand danger. De la Bohême môme , un corps de mille hommes vint se réunir au roi.

Avant que le roi ne pût arriver, les Hongrois avaient inondé la Bavière ; ils avaient pillé le pays d'une horrible manière ; ils l'avaient ravagé et souillé par le fer et par le feu. Les guerriers bavarois , sans duc et sans chef, s'étaient retirés derrière le Lech devant ces hordes sauvages. Les Hongrois , selon leurs écrivains nationaux, les avaient suivis en trois bandes : deux de ces bandes avaient campé devant Augsbourg , pour attaquer cette noble ville ; la troisième s'était avancée plus à gauche , le long dn Danube. Le roi prit position à une distance convenable sur la rive occidentale du Lech. Bientôt après arriva le duc Kunrad , avec les troupes franconiennes , et particulièrement avec une forte cavalerie. A son apparition , toute l'armée poussa des cris de joie; car Kunrad était un homme d'un génie audacieux et d'une vigueur infatigable , prudent dans le conseil et résolu dans l'action , également irrésistible dans le combat à pied et à cheval , et géralement aimé , parce qu'il était partout un exemple et un modèle. L'armée demanda d'être conduite aussitôt au combat. Mais le roi Otto , calculant la masse immense de farouches ennemis en face de laquelle il se trouvait avec sa petite armée, ne voulut pas entreprendre cette grande œuvre sans cérémonies religieuses

pour implorer la bénédiction de celui qui dmv à son gré la victoire. C'était le 40 août , fêtedu saint martyr Laurent. Au moment du départ, dès l'aube du jour , chacun promit avec ser~ ment, d'abord à son duc, ensuite à ses compagnons d'armes, de tenir ferme avec eux. lr roi disposa ses troupes sur huit lignes. L» Bavarois , commandés par les lieutenants du duc Heinrich, formaient les trois premier»: on leur devait cet honneur, puisqu'il s'agissait avant tout de leur patrie. A la quatrième liee^ étaient les Franconiens , le duc Kunrad à leur tête. La cinquième était la plus forte ; on l'appela la royale. Là se trouvait le roi, entouré de belliqueux jeunes hommes choisisdans bien des milliers. Sur le front de cette ligne s'élevait le drapeau de l'empire; ta milieu était la sainte lance, à laquelle s'attachait la confiance dans la victoire. Les deux lignes suivantes étaient formées de Souahcs, elles étaient commandées par le duc Biireharri. gendre du duc Heinrich. A la fin , venaient les Bohèmes, au nombre de mille homme»

d'élite , parfaitement armés. Ils servaient d'escorte aux bagages et aux équipages ; car , commesi l'on avait ignoré les habitudes et le caractère pillard des Hongrois, on avait relégué toutes ces choses aussi loin que possible derrière l'armée , dans la persuasion que la dernière place était la plus sûre. Voilà dans quel ordre l'armée s'avança avec précaution.

Les Hongrois, dont toute la force consistait dans la rapidité de leurs mouvements, dans leur adresse à envelopper et à fatiguer l'ennemi, n'attendirent pas le choc de l'armée teutsche. Ils franchirent le Lech, passèrent à une certaine distance devant l'armée teutsche sans en être vus , et se précipitèrent soudainement avec des hurlements sauvages sur l'arrière-garde, que formaient les Bohèmes, l ue partie de ceux-ci fut massacrée et le reste mis en fuite. Tout le bagage tomba entre les mains des Hongrois. Ceux-ci, ravis de la victoire et du butin , se jetèrent sur les derrières et sur les deux flancs des Souabes, qui formaient les septième et huitième lignes ; la confusion , le désordre , la fuite , se mirent aussi parmi les Souabes. Lorsque le roi apprit que le combat avait commencé sur le point où l'ennemi ne pouvait rencontrer que les moindres forces, et que pour cette raison le mal et les pertes étaient déjà considérables, il ordonna au dnc Kunrad de mener

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