‹ Histoire d'AllemagneChapitre 45 sur 100 · LIV. XY · texte numérisé non relu

LIV. XY

à l'ennemi ses Franconiens, c'est-à-dire la quatrième ligne , et de commencer une attaque régulière contre ces hordes sauvages. L'état du combat était critique; de vieux guerriers, accoutumés aux batailles et à la victoire, jetaient des regards inquiets et découragés sur ce tumulte. Les troupes de Knnrad se composaient de jeunes gens qui avaient à peine vu la guerre ; mais ce prince audacieux sut communiquer son esprit héroïque aux hommes placés sous ses ordres. Il se précipita tellement à l'improviste et d'une manière si terrible sur ce ramas de brigands , qu'il les dissipa complètement , délivra tous les prisonniers , et reprit tout le bagage, au grand chagrin des Hongrois. Ceux-ci prirent a leur tour la fuite , et cherchèrent à regagner l'autre rive du Lech , d'où ils étaient venus. Mais comme ils étaient forcés de passer devant l'armée teutsche pour arriver au fleuve, ils furent arrêtés et pris en flanc par les quatre premières lignes , et le duc Kunrad les poursuivit avec la plus grande ardeur. Le roi lui-même, l'épéc d'une main et la sainte lance de l'autre, et plein d'enthousiasme, adressa à ses guerriers quelques paroles pour les enflammer , et à la fois général et soldat, il s'élança en avant contre l'ennemi. Ses troupes le suivirent. Les Hongrois tombèrent au milieu des rangs dcsTeutschs. D'un coté une résistance inutile, de l'autre une fuite désordonnée, partout la terreur, la crainte, l'abandon, le danger, le désespoir, un tumulte infini. Une grande multitude fut massacrée ; d'autres, qui arrivèrent jusqu'au tleuve , s'y jetèrent pour gagner l'autre rive à la nage ; mais hommes et chevaux étaient trop épuisés; ils trouvèrent tons la mort dans les flots. D'autres encore cherchèrent à se cacher dans les villages voisins; mais on incendia les villages, et tous périrent dans les flammes. Le soir tout était décidé sur la rive droite du Lech. Le lendemain matin l'armée teutsche passa le fleuve , s'empara du camp des Hongrois devant Augsbourg , mit en liberté tous les prisonniers qui s'y trouvaient encore , poursuivit les Hongrois fugitifs qui s'étaient échappés du champ de bataille et du camp , ou qui , sur les derrières de leur armée , s'étaient arrêtés dans les villes et en d'autres lieux de Bavière , et les massacra ou les lit prisonniers , de sorte qu'il ne s'en sauva qu'un petit nombre qui portèrent à leur peuple la nouvelle de ce désastre. Dans ce malheur géué-

ral ne fut peut-être pas enveloppée cette troisième bande de Hongrois qui doit s'être trouvée plus au nord , loin du champ de bataille. On prétend que cette bande fit encore bien du mal aux Teutschs , et retourna ensuite honorablement en Hongrie. Mais les écrivains teustchs ne parlent pas d'une armée hongroise distincte qui aurait échappé à la défaite générale , et ils parlent encore moins d'exploits accomplis après la bataille par les Hongrois contre les Teutschs. 11 n'est donc pas invraisemblable que cette assertion d'écrivains hongrois n'a pris naissance que dans des contes et des bruits populaires fondés eux-mêmes sur le désir de présenter sous le jour le plus faible la honte et les pertes des Hongrois. D'autre part, ce qui n'est pas douteux , c'est que le duc Heinrich couronna cruellement , selon son habitude, l'oeuvre sanglante exécutée contre les Hongrois. Trois princes hongrois avaient été faits prisonniers; ils furent amenés au duc malade ; et celui-ci , soit qu'il les eût connus autrefois et qu'il eût à venger sur eux quelque perfidie particulière , soit qu'il voulût seulement se dédommager de n'avoir pas assisté à la bataille , les fit pendro et mourir ainsi d'une mort ignominieuse.

Telle fut la bataille du Lechfeld. Les Teutschs y avaient également essuyé de grandes pertes , et beaucoup de braves y avaient trouvé une mort glorieuse pour leur patrie et pour leur roi, pour la religion et pour leur peuple. Mais parmi tous ceux dont on eut a déplorer la perte, aucun ne fut autant et aussi généralement regretté que Kunrad, le vaillantduc, auquel on devait réellement la gloire de ce jour et la palme de la victoire. Épuisé par la chaleur de cet affreux combat , il détacha sa cuirasse pour respirer un instant un air frais ; et dans ce moment même le javelot d'un Hongrois l'atteignit à la gorge : il tomba de cheval et expira. Le roi Otto, reconnaissant combien il lui était redevable , ordonna que ses restes fussent portés à Worms , où il les fit ensevelir avec une magnificence royale. De semblables scènes et beaucoup de souvenirs amers tempérèrent la joie et y mêlèrent des sentiments pénibles. Le roi ordonna que dans toutes les églises de l'empire on célébrât un service solennel , pour rendre grâce à Dieu de lui avoir donné la victoire. Dans la joie de son cœur , il fit aussi annoncer au saint-siége de Hume , que le pape Agapct II occupait alors, ce triomphe , qui n'avait pas été obtenu pour le

seul Teutschland , mais pour tous les peuples chrétiens d'Occident. Parmi les peuples , il fut reconnu que la victoire du Lechfeld était la plus grande qu'aucun roi eût remportée depuis deux siècles ; et tel fut l'enthousiasme des vainqueurs eux-mêmes, qu'ils saluèrent le roi des titres d'empereur et de père de la patrie. Et dans le fait, cette victoire eut des résultats de la plus haute importance. Par elle , les relations entre les Teutschs et les Hongrois prirent un tout autre caractère. Les Hongrois, il est vrai, ne perdirent pas aussitôt leur ancien amour du pillage, qu'ils avaient hérité de leurs aïeux nomades ; il y eut plus d une fois encore des hostilités; mais jamais, après la journée d'Angsbourg , ils n'osèrent mettre le pied comme peuple et en masse sur le sol teutsch. Ils cherchèrent au sud et à l'est d'autres théâtres pour leur ardeur belliqueuse ; mais les Teutschs, par leur bravoure et leur habileté, avaient fait une telle impression sur les Hongrois, que ceuxci ne s'attachèrent plus qu'à s'instruire par leur exemple , et à adopter ce qui leur était particulier dans les choses de la guerre et de la paix , autant que le permit l'ancienne barbarie. A peine un quart de siècle se fut-il écoulé , que déjà beaucoup de Hongrois s'inclinaient devant la croix , et avant la ûn du x* siècle , les princes du peuple reconnurent déjà que pour le bonheur et le progrès de celui-ci , il n'y avait rien de plus salutaire que la religion chrétienne , l'église universelle , et l'organisation teutschc pour la paix et pour la guerre. Voilà les grandes conséquences qu'eut la grande journée du Lechfeld.

Le roi Otto , auquel on rapporta la gloire de cette bataille , revint en toute hate en Saxe. 11 y fut reçu avec une joie inexprimable. Car pendant son absence, les Saxons avaient été en proie à la crainte cl à de grandes inquiétudes. La guerre avec les peuples slaves av ait continue et s'était étendue ; car les Kcdariens s'étaient aussi révoltés. Et cette guerre avait été faite sans succès. Le comte saxon Dietrich , qui avait le commandement d'un corps d'armée , pénétra témérairement dans le pays des Kedariens. 11 parvint à prendre une ville forte. 11 la ût piller et brûler ; tout, aux environs, fut enlevé , détruit ou brûlé. Mais, dans sa retraite, une partie de son armée fut poussée par les Slaves dans un marais qui touchait à la ville , et l'attaque fut si vigoureuse, qnc beaucoup trouvè-

rent la mort , et que le reste prit honteusement la fuite. Des événements de cette nature, qui se passaient pendant que le roi était absent et allait au devant d'un danger dont personne ne pouvait calculer l'étendue , avaient ébrauJr les âmes ; et en même temps des plu>noméiii> extraordinaires les avaient effravées et avaient été regardés comme de mauvais présages, la terrible tempèto avait renversé plusieurs éjdtses ; des ecclésiastiques avaient été frappés <ie la foudre , et d'autres choses de cette espa* avaient eu lieu en grand nombre. L'arrivée da roi dissipa aussitôt toute inquiétude; il ne fut pas seulement salué comme victorieux, mais aussi comme sauveur et protecteur. Lcspeuples slaves eux-mêmes perdirent la confiance qu'ib avaient eue jusqu'alors , lorsqu'ils apprirent que le roi était de retour et que la victoire livait ramené.

Otto appela aussitôt à une diète les vassam saxons. On y résolut que les comtes Wichmaon et Ekbcrt seraient considérés et traités comme ennemis publics; qu'on épargnerait ceux qui s'étaient joints à eux s'ils s'en séparaient et rentraient dans le devoir, et qu'une expédition était nécessaire contre les Slaves. On vit venir une ambassade de ces Slaves. Us voulaient ( déclarèrent leurs députés ) payer comme autrefois le tribut habituel ; maison devait leur laisser à eux-mêmes l'organisation de leurs relations sociales. A ces conditions , ils étaient tout disposés à la paix. Otto répondit qu'il leur accordait volontiers la paix ; mais que les crimes commis devaient être expiés comme ils le méritaient, et que toutes choses devaient être rétablies dans l'ordre où elles étaient avant que la révolte n'éclatât. Dans ce cas, répondirent les Slaves, nous tenterons le sort des armes pour la liberté.

lit-dessus Otto franchit l'Elbe avec une armée qu'il conduisit dans le pays des Slaves. Lnc cruelle destruction signala sa route. 11 arriva à la Dossc ; mais comme il dut perdre quelqms jours en préparatifs pour passer cette rivière , il se trouva dans un assez grand danger. Devant lui, lellcuve; sur l'autre rive, une grande arnwe ennemie; sur ses lianes, un marais; derrière lui, des bandes ennemies, rendaient tout incertain, faisaient des abattis , et coupaient les communications du roi avec les pays de l'autre côté de l'Elbe , avec la Saxe. Il se trouva fort embarrassé. Il aurait volontiers fait un accommodement, d'autant plus que son armée man-

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