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qua bientôt de vivres , et que la disette et l'air de ces contrées marécageuses produisirent des maladies contagieuses. Son markgraf Gcro fit une tentative. Il envoya vers le priuce Stoincff, dont nous avons déjà parlé , et lui proposa uue conférence. Le prince se montra sur la rivière. Gero lui proposa : ou que les Slaves rétrogradassent pour que l'armée tcutsche pût passer la rivière sans obstacle ; ou que l'armée teutsche rétrogradât pour que les Slaves pussent venir de ce coté , et qu'ensuite on cherchât une décision en pleine campagne , comme il convenait a des gens de cœur. Le prince slave lui répondit par un rire de mépris et lui tourna le dos. Alors Gero lui cria : « Demain tu apprendras, je te 1'ussnre, a qui tu as affaire! » Ces paroles curent leur effet , et comme dès avant l'aube du jour suivant le roi fit prendre des dispositions qui semblaient prouver que son intention était réellement de forcer le passage de la rivière, les Slaves dirigèrent sur cette position toute leur attention et toutes leurs forces, afin de défendre l'autre rive. Pendant ce temps, le markgraf Gcro , soutenu par des Slaves amis , réussit à jeter sur un autre point trois ponts sur la rivière sans être aperçu. L'armée tcutsche quitta ensuite la position qu'elle avait occupée jusqu'alors , et arriva sur l'autre rive avant que les Slaves eussent pu comprendre son mouvement. Alors les Slaves se précipitèrent au devant d'elle , mais fatigués et en désordre. On en vint à une bataille. Une grande partie des Slaves furent tués ; une partie plus grande encore mise en fuite. Stoineff lui-même chercha son salut en fuyant. Un Saxon nommé liosed le trouva dans un bois ; il le tua , et lit prisonnier l'un de ses deux compagnons. Puis il prit les armes du prince, lui coupa la tète , chargea son prisonnier de ce fardeau, et l'amena au roi Otto. Hosed, l'auteur d'un tel exploit, fut célébré, honoré et récompensé comme un héros. Le jour suivant , la tète du malheureux prince fut exposée dans le camp, et autour d'elle les tètes de soixante-douze prisonniers, et au milieu de cette scène atroce on laissa vivant un conseiller du prince , après lui avoir coupé la langue et crevé les yeux : tant cette race avait oublié les maux et les cris infinis de douleur de ses aïeux , qui , comme maintenant les Slaves , avaient combattu pour ce qu'ils avaient de plus suri, pour la liberté, pour leurs mœurs et pour leur religion, contre le système destruc-
teur de la féodalité et contre l'Église avide de dîmes; tant ello avait oublié le massacre de Verden , que l'oppresseur des Saxons, un grand guerrier, avait ordonné cent soixante-treize ans auparavant. Et la religion chrétienne ne détournait pas de tels crimes, et le moine Witikind de Corvci les raconte avec la même tranquillité que des événements ordinaires.
Du reste, l'esprit national des Slaves, un instant réveillé, fut étouffé par le désastre arrivé sur la Dossc. Ils se courbèrent encore une fois sous le joug de l'Église et de la féodalité, et se soumirent à la servitude. VVii-hmann et Kkbert s'enfuirent en France auprès du duc Hugo , et dans les pays slaves il n'y eut pas de paix ; mais on y vit des mouvements convulsifsou la tranquillité d'un cimetière. Dans les quatre ou cinq années suivantes , Otto se vit de nouveau forcé, tantôt d'y faire en personne une expédition , tantôt d'y envoyer une armée : sa conduite fut toujours la même , ainsi que les résultats ; le sort des malheureux Slaves devint toujours plus dur. Wichmann et Ekbert essayèrent aussi d'exciter de nouveaux troubles en Saxe; mais la encore la fortune favorisa Otto. Enfin Ekbert et Wichmann prirent le parti de solliciter la clémence du roi , le premier par l'intercession de l'archevêque Bruno , le second par celle du markgraf; et Otto leur pardonna, parce que, occupé de nouveaux et grands projets , il voulait maintenir la tranquillité en Saxe et dans tout l'empire.
FIN DE LUIDOLF. — SECONDE EXPEDITION D'OTTO EN ITALIE. — OTTO , EMPEREUR ROMAIN.
De l'an 956 à Tan 9G2.
Par son bonheur et par son énergie, par la fidélité des Saxons et par les vertus héroïques de quelques hommes , tels que Gero , Hermann et Kunrad , Otto avait encore une fois triomphé de tous ses ennemis. Comme dix ans auparavant, il se trouvait maintenant à un haut degré de grandeur et de puissance. La tranquillité était rétablie dans l'empire ; les frontières étaient assurées; une belle victoire avait été remportée sur les Hongrois , et l'on avait tiré des Slaves, qui avaient essayé de nouveau de reconquérir leur liberté , une vengeance si terrible , que l'on devait s'attendre à ce que ces
HISTOIRE I)lT PKIPLE ALLEMAND.
infortunés, s'ils ne se réconciliaient pas avec leur sort, s'y soumettraient du moins. Un grand éclat entourait le nom de l'heureux monarque , et les princes et les peuples étrangers, lointains et voisins, lui envoyèrent des ambassades, recherchèrent son amitié , et lui offrirent les produits les plus rares ou les plus remarquables de leur pays pour lui témoigner leur admiration. On semblait revenu au temps de Karl le Grand.
Mais il avait fallu neuf années de désastres de toute nature et de désolation indicible pour que le roi réussit à rétablir un ordre de choses semblable jusqu'à un certain point à celui qu'il avait anéanti et même détruit par son expédition en Italie. Si les guerres civiles résultent quelquefois de malheureux malentendus, et habituellement de désirs effrénés et de passions déchaînées , elles ne se terminent jamais sans laisser des traces terribles de la folie qui trop souvent les dirige et qui presque toujours les accompagne ; et le premier monument, même de la plus belle victoire remportée sur l'ennemi du dehors sur le sol de la patrie , est la destruction, le besoin, la misère et une sanglante désolation.
Si le roi jetait les yeux sur sa propre maison, il y voyait de grandes et sombres lacunes. Son gendre Kunrad , duc de l^otharingic, avait, il est vrai , trouvé la mort d'un héros dans un glorieux combat pour sa patrie et pour son roi ; mais il n'avait pas moins péri , et le roi et la patrie avaient perdu en lui un vaillant et illustre général. Son frère Ileinrich, duc de Bavière, nes'était pas relevé du lit de douleur où il avait été forcé de rester spectateur inactif des horribles ravages exercés par les Hongrois dans son duché. 11 mourut deux mois après la victoire des Tcutschs au Lechfeld ; et il mourut comme il avait vécu , la méchanceté dans le cœur. Sur les observations du prêtre , il confessa qu'il avait péché en faisant mutiler le patriarche d'Aquilée; mab en face même de l'éternité , on ne put le faire repentir du crime qu'il avait commis sur le malheureux Herolf, archevêque do Salzbourg. 11 est difficile de dire si sa mort fut une perte pour Otto , son frère , comme roi des Teutschs ; mais le duc Heinrich n'avait pas manqué de génie , de vigueur et d'activité. Les anciennes discordes entre les deux frères avaient été apaisées; Heinrich avait reçu , dans le duché de Bavière , une possession réelle qui sans doute , avec les
années, lui flt oublier peu à peu la grandeur qu'il avait rêvée et qu'il avait poursuivie dam sa jeunesse ; l'expédition d'Italie et la perspeetive d'un nouveau monde d'espérances ouverte par elle avaient seules réveillé en lui ses anciennes passions, et l'avaient entraîné de nouveau dans des troubles malheureux et sanglanR Otto n'était pas sans reproche au sujet des dernières erreurs de Heinrich ; et dans les larme* de sa vénérable mère , qui certainement ne vit pas sans une profonde douleur l'ancien favori de son cœur descendre avant le temps au tombeau , il y avait sans doute un avertissement sévère pour le fils qui lui restait. Enfin Offo avait perdu son propre fils Luidolf. Celui-ci , qu'il avait jadis aimé de toute son Ame , avait péri, comme nous allons le raconter , en de? circonstances équivoques ; et si Otto réfléchisse! au sort cruel de ce malheureux jeune homme, et si en même temps il recherchait les causes de l'opiniâtre fatalité qui l'avait entraîné , il devait tout au moins rester dans l'incertitude si le fils s'était criminellement détaché du cœur de son père , ou si le père avait brutalement et durement repoussé le fils. 11 pleura sur lui , comme David avait pleuré sur AbsaJon, et il pleura avec raison.
Au milieu de tant de malheurs domestiques, il restait sans doute au roi sa belle et jeuoe épouse , et le fils , nommé Otto , qu'elle lui avait donné cinq ans auparavant; et peutêtre ce prince trouva- 1- il dans les embrassements de sa femme et dans la vue de son enfant, sinon l'oubli , du moins un adoucissement et une consolation. Mais que s'offrait-il à ses regards , s'il les détournait de sa famille pour les reporter sur les cantons de la patrie , et s'il examinait la situation de l'empire? Une grande partie de cet empire avait été pillée et ravagée par des barbares farouches et exaspères*, le système de l'Église était ébranlé ; le sacré avait été profané de mille manières : ici des villes avaient été brûlées et détruites, là entravées et arrêtées dans leurs progrès ; le commerce et le négoce interrompus et paralysés par l'incertitude et la misère générale ; beaucoup de vaillants hommes du nord et du sud du Teutschland avaient péri ; beaucoup de sang teutsch avait été répandu par des mains tentsches ; de grands malheurs et une misère infinie avaient atteint des milliers d'hommes, non-seulement par la main des hommes , par
la fer et par le feu , mais aussi par la famine et les maladies qui suivent d'ordinaire les guerres intestines et celles du dehors. Les ecclésiastiques pouvaient trouver les consolations dont ils avaient besoin dans la piété et dans la superstition de la multitude, comme dans la libéralité et dans les faveurs des rois et des autres princes et seigneurs; les victoires remportées sur les Hongrois et sur les Slaves pouvaient faire oublier beaucoup de choses aux belliqueux vassaux , qui voyaient dans leur épée un moyen certain de réparer leurs pertes et d'agrandir leurs domaines ; mais quelle voile ou quelle ancre restait aux classes inférieures? Pour ceux qui, dépouillés de leur liberté, vivaient sur les terres féodales des vassaux , comme serfs absolus , ou comme soumis au cens et au service , il ne s'offrait encore aucune perspective : leur sort dépendait de celui des villes. Et ces villes , gràee aux besoins toujours croissants de l'esprit humain , auraient pu, par un développement rapide, arriver à une existence libre , à la considération et à la puissance , si le roi Otto , Adèle à l'esprit de son père, leur avait accordé des soins assidus. Ces encouragements , qui supposaient le maintien de la tranquillité , l'union dans l'empire , et la répression de vassaux , pouvaient seuls leur faire oublier les maux qu'elles avaient soufferts.
Toutes ces considérations auraient dû , à ce qu'il semble , inspirer au roi Otto la résolution de consacrer désormais sans partage toutes ses forces à l'empire , de réparer ce qui pouvait être réparé, et d'essayer par tous les moyens de mériter le titre de père de la patrie , dont on assure qu'il avait été salué sur le champ de bataille d'Augsbourg. Il semble qu'avant tout son àme aurait dù frissonner à l'idée d'une seconde expédition en Italie, après que la première lui avait coûté si cher ainsi qu'au peuple tcutsch. Mais Otto avait toujours nourri cette idée , et les troubles du Teutschland l'avaient seuls détourné d'une nouvelle entreprise contre l'Italie, parce qu'ils lui en rendaicut l'exécution impossible. Et quel roi aurait alors renoncé , pour le bonheur de son peuple , à la domination sur un peuple étranger , s'il se sentait assez fort pour le vaincre et pour le soumettre? Et Otto avait sans doute , outre les tendances ordinaires aux rois , des motifs particuliers qui l'excitaient et le pressaient.
Avant tout il se faisait un point d'honneur de ne pas laisser inachevé ce qui était une fois commencé. Il semblait indigne d'un grand prince de renoncer à la couronne impériale , le plus bel ornement du monde , après avoir étendu la main vers elle. Mais pour conquérir cette couronne , il n'y avait pas un instant à perdre. Le temps pressait ; les années où l'homme est dans la force s'écoulaient. Une grande expédition contre l'Italie pouvait être salutaire même pour la tranquillité du Teutschland. Ce qui était resté inachevé dix ans auparavant pouvait maintenant être plus facilement accompli : Otto ne trouvait plus dans son chemin de lils jaloux ; il n'avait plus de frère envieux qui semât la discorde. Si l'œuvre réussissait , toutes les passions soulevées devaient se dissiper dans l'ivresse de la victoire; et qui oserait élever un regard d'insolence et de bravade vers l'éblouissant éclat de la dignité impériale? De plus, Adelheid , l'épouse d'Otto , désirait peutêtre revoir le pays de sa jeunesse. La première joie qu'elle avait ressentie de se voir sauvée des mains d'un prétendant aussi odieux qu'emporté s'était évanouie ; depuis qu'elle se trouvait dans le Teutschland , elle avait rarement joui de la présence de son époux , et la querelle qu'elle avait causée entre le père et le lils était un mauvais passe-temps. Il n'y avait non plus rien d'agréable à séjourner entre les épaisses murailles des châteaux fortifiés , et les solitudes , les bruyères, les marécages, les tourbières de la Saxe étaient un triste dédommagement pour les magnificences perdues , pour la splendeur et les jouissances , le ciel et l'amour du Midi. Sans aucun doute elle poussa Otto vers l'Italie ; sans aucun doute elle entretint des relations constantes avec l'Italie; et l'état de ce malheureux pays , et les cris de douleur qui traversaient incessamment les Alpes, éveillèrent peut-être aussi de plus nobles sentiments dans son cœur et dans celui de son époux.
Dans l'Italie supérieure , en Langobardie , les relations sociales étaient tellement bouleversées et confondues, qu'au milieu du pays et au sein du peuple on ne pouvait trouver aucun moyen de tout faire rentrer dans une voie qui aboutit à l'ordre. Le roi Berngar , dans la dévorante fureur que lui inspirait la ruine de ses projets , tâchait , par la dureté et la violence , d'abord de tirer vengeance de ses adversaires , et ensuite de forcer tout le monde à l'obéissance.
Mais chacun de ses actes de dureté et de violence excitait l'exaspération , la résistance , et faisait naître des plans pour appeler le secours de l'étranger ; et la connaissance de ces sentiments, la découverte de ces plans , aigrissaient encore son Ame et le poussaient à une dureté plus grande , à des violences plus cruelles. Dans ces déplorables vicissitudes , on se rendait mutuellement la vie toujours plus ainére , et chaque jour il devenait plus difficile , d'un côté d'être roi, et de l'autre d'être vassal ou sujet. I.c roi cherchait à mettre immédiatement sous sa main toutes les forteresses du pays ; peut-être en pritil de force la plupart : Canossa toutefois, qui lui était odieuse comme l'ancien asile tic l'odieuse Adclheid , résista trois aus et demi ù ses armes. Aux anciens châteaux il en ajouta de nouveaux pour appuyer son pouvoir ; et ses adversaires , qui ne voyaient dans ces fondations que des moyens de contrainte et des chaînes destinées à les contenir, et auxquels la puissance manquait, leur opposèrent la force des intrigues et des menées secrètes. Otto , roi des Teutschs, qui, sans avoir causé cette désolation, l'avait du moins accrue , ne la voyait certainement pas avec indifférence ni sans colère. L'entier mépris de Berngar pour ses droits de suzeraineté devait l'aigrir, et les souffrances de ceux qui s'étaient joints à lui ou qui avaient été attachés à sa femme semblaient assurément lui faire un devoir de les secourir. Ce qui devait l'affliger doublement , c'est qu'il devait souffrir ces monstruosités à cause de l'état des choses dans le Teutschland , et qu'il ne pouvait donner à ses amis que des promesses , tandis qu'il pouvait reconnaître que la puissance de Berngar, qui avait contre elle les pins nobles sentiments du cœur humain , et ne satisfaisait pas même des passions vulgaires, ne serait pas difficile à briser et à anéantir. Kl il eut en faveur de cette opinion une preuve d'une nature toute particulière ; mais il est difficile de dire si elle lui fit plaisir ou si elle l'aflligea.
Tandis que dans les pays situés entre l'Elbe et l'Oder il combattait les peuples slaves rebelles, son fils Luidolf voulut faire une irruption en Langobardie. Les auteurs contemporains ou voisins de cette époque parlent à peine d'une manière intelligible de cette entreprise de Luidolf. Tantôt par ignorance , tantôt par défaut de talent, peut-être aussi par passion noble ou vile, ils sont toujours obscurs ou embrouillés ; il
est difficile de trouver ailleurs, chez eux, plus de brièveté et de sécheresse que dans le récit de cet événement. Suivant l'un , Luidolf avait été envoyé par son père en Italie pour mettre un terme aux usurpations et à la domination violente de Berngar; suivant l'autre, il s'était révolté de nouveau , poussé par de mauvais conseillers , et il avait marché sur l'Italie pour ne pas abandonner ses amis. Ceux qui parlent dans ce dernier sens n'ont pas seulement plus de poids par eux-mêmes , mais encore toutes les relations d'Otto et de son fils sont favorables à leur assertion. Luidolf figure partout comme un jeune homme qui ne connaissait pas de plus grand honneur que la fidélité envers ses anus, avec tous ceux qui avaient loyalement tenu à lui et qui s'étaient dévoués pour sa personne. C'est ainsi qu'il s'était montré et dans le carnr de son père devant Mayence , et à la dicte de Zcnn , et sons les murs de Ratisbonne. Nos* ne savons pas , il est vrai , ce qui se passa «levant Ratisbonne lorsqu'il parut pour la fois dans le camp de son père, mais il < semblable que l'on agit envers Luidolf avec plus de violence que de bienveillance et de loyauté. La tentative de Luidolf d'émouvoir son père, comme un fils pouvait le faire , par la dernière humilité , avait réussi pour un instant dans la partie de chasse de Suveld; le ecror d'Otto avait été ébranlé, mais non changé, t la diète d'Arnstadt , Otto avait élevé un fils iw d'une passion impure à la première dignité de l'empire après la dignité royale ; mais lui , le duc Luidolf, le seul fils de son premier et honorable mariage , que jadis il avait désigne pour son successeur et son collègue a l'empire, il l'avait dépouillé de son duché, dont i\ était entré en possession comme en vertu d'un traité. Lt après la prise de Ratisbonne, Otto avait sans pitié envoyé les amis de Luidolf en exil , et ces amis erraient sur la terre étrangère, et tournaient leurs regards vers lui , et lui rappelaient la foi promise. Enfin, la secoude femme du roi lui avait donné un fils; il avait donné à cet enfant son nom, celui d'Otto, rt par là même il avait peut-être étouffé dans l'àmc de Luidolf ses dernières espérances. Toutes ces choses rendent sans doute vraisemblable que ces écrivains ont raison , qui prétendent qnc l'expédition de Luidolf en Italie fut entreprise contre la volonté de son père , et qu'elle fut en conséquence considérée par ce-
lui-ci comme une nouvelle révolte; car on comprend par là que Luidolf , dans son désespoir, ait profité de la lutte de son porc contre les Slaves, qu'il ait rassemblé autour de lui ses amis, malheureux comme lui-même, et qu'à leur tête il ait résolu ou tenté de frapper un dernier coup. Pourtant il est possible et même vraisemblable qu'en Italie , Luidolf, pour augmenter son autorité et inspirer plus de confiance aux vassaux italiens, se soitprésenté comme lientenant de son père ; et cette conjecture n'explique pas seulement le grand succès de son entreprise, mais aussi la différence d'assertions chez les écrivains dont nous avons parlé. Ce ne serait peut-être même pas une pensée trop hasardées , parce qu'elle semble répondre à la nature du cœur humain , que Luidolf , lorsqu'il vit le succès de ses desseins , revint à son père pour déposer ces succès à ses pieds , comme dernière expiation , et qu'Otto accepta cette soumission , et approuva ce qui s'était fait, par crainte ou par contentement (I).
Bien qu'il faille laisser dans l'incertitude ce que le manque de documents empêche d'affirmer, il est certain que l'an 956 Luidolf, fils d'Otto, se présenta on Italie avec des troupes , et que son arrivée suffit pour faire écrouler lY'difiee mensonger de la puissance de Berngar. Il s'empara de Pavic, capitale du royaume , passa le Pô sans trouver de résistance, et força Berngar à lever le siège de Canossa , mais sans pouvoir l'amener à une bataille. Telle était l'indignation ou la trahison, que Berngar fut saisi et livré au prince teutsch par quelquesuns de ceux qu'il regardait comme ses amis et avec lesquels il voulait défendre le pays. Mais Luidolf, jeune homme d'un esprit élevé, éprouvé par le malheur, plein de dégoût pour les intrigues et les menées secrètes dont il était lui-même devenu victime, dédaigna de se trouver en face d'un ennemi enchaîne : il donna la liberté au roi , et le somma de tenter contre lui le sort des armes en pleine campagne. Mais Berngar ne trouva point d'hommes disposés à prendre les armes pour lui , point d'hommes auxquels il eût osé se fier. Il se priva lui-même de la liberté que son ennemi lui avait rendue : il s'enferma dans une forteresse imprenable du lac d'Orta , appelée nie Saint -Jules , mit sa confiance en d'autres ressources , et abandonna tout le pays nu due Luidolf. Luidolf y resta maître pendant près d'une année entière ; m.
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mais aucun document ne nous fait connaître ce qu'il fit durant ce temps, quelle position il prit , comment il gouverna. On ne nous a conservé quelques misérables détails que sur sa mort. 11 mourut le 6 septembre de l'année 957 ; il sortit de la vie par une mort prématurée , près de Piombino ; il fut emporté par la fièvre ; on prétend que les perfides Lnngobards l'empoi- M>nnèrent : voilà ce que disent les récits que l'on trouve dans les anciens auteurs. Ils s'accordent , au contraire , à assurer que les restes du prince furent transportés et ensevelis à Mayence. On accorda du moins à son corps inanimé une sépulture convenable sur le sol de la patrie , où on lui avait refusé une vie digne do lui. Du reste, il avait eu de sa femme Ida , fillo du duc Hermann de Souabe, deux enfants qui lui survécurent : un fils, qui portait son nom, et qui devint dans la suite duc de Souabe ; et une fille, nommée Mathilde , comme sa vénérable 'aïeule.
Par la mort de Luidolf, toute l'entreprise fut terminée. Ses compagnons avaient perdu leur Ame ; ils rapportèrent le cadavre ; on ignore ce qu'ils devinrent ensuite. La situation de l'Italie est inconnue, sinon dans les généralités, du moins dans les détails. 11 est certain que Berngar reprit le pouvoir dans ce pays , et que , poussé encore par l'avarice et la soif de vengeance de sa femme Willa , il exerça ce pouvoir comme il l'avait exercé auparavant , mais avec plus de dureté encore. L'histoire toutefois ne dit pas quels moyens il employa , ni contre qui il les employa tout d'abord. La seule chose qui soit hors de doute, c'est qu'il ménagea moins encore les ecclésiastiques que les laïques. Les anciens principes de l'Église fuient méprisés par lui : il déposa quelques évêques de leurs sièges , et y plaça des hommes dévoués à sa volonté. Quant à ceux auxquels il laissa leurs places , il exigea des otages de leur fidélité , peu touché de cette vérité , que des ecclésiastiques qui ne tenaient pas exactement par la seule crainte do Dieu la parole donnée, ne seraient pas non plus décidés à la tenir par inquiétude sur le sort de leurs otages. La malheureuse position des ecclésiastiques était encore particulièrement aggravée par le désordre qui régnait en ce temps dans tout le système de l'Église. L'autorité du saint-siége , qui , à une époque plus ancienne, aurait protégé les ecclésiastiques , repoussé le crime et ramené l'ordre dans la société , avait reçu de profondes atteintes de in
situation de Rome, tell? que nous l'avons indiqué. Cette décadancese fait moins remarquer au nord des Alpes. La on tenait fermement à la pensée de l'Eglise universelle ; on considérait l'Église apostolique comme la mère commune de toutes les Églises , et l'on tournait ses regards avec une pieuse humilité vers le pape, comme vers une divinité puissante , qui gouvernait mystérieusement du fond du sanctuaire. .Mais l'Italie > qui avait sous les yeux la réalité , n'avait jamais ressenti co charaio , ou bien il s'était depuis longtemps perdu dans l'agitation sauvage de deux générations. Le pape était devenu un homme ordinaire , le siège apostolique un siège vulgaire, et le voile du sanctuaire avait été souillé par les taches de tant de basses passions et de tant do view * que dans l>oauooup de eœurs s'élevèrent le mépris et le dégoût, et dans aucun le respect et la coDQanoe. lit par un singulier hasard , vers lo même temps où Uidolf mourut, et où le pouvoir retomba outre les nltiins de Beragar, le pape s'était mis dans une telle position, qu'il semblait devoir périr sous la violence , et périr sans laisser de regrets , si une main puissante ne l'arrachait a sa ruiue. Car a Home la grande pensée primitive , qu'avaient fait naltro de vieux souvenirs et le danger du présent , la pousée de réunir toute l'Italie, rte conquérir pour Home ta donuuation et peutêtre le pouvoir impérial , ot de taire du siège papal lo protecteur du troue temporel , avait complètement échoué par suite des événements que nous avons racontés ; d'autre part , il s'était formé une position singulière , qui apparaît comme un misérable fanloiaodela pensée primitive , et qui menaçait tout d'une commune ruine, le pouvoir spirituel comme le pouvoir temporel. La puissance séculière et la puissance poutiiicak étaient réunies dans la même main ; mais la première était restreinte à Rome et au territoire le plus voisin de cette Ville; et pour cela mémo, la seconde ne dépassait pas non plus (tes mêmes limites.
L'an 9iM était mort à Rome Alberich, ûls de Maro/ia, qui , sous les titres de patrice et de sénateur, avait pendant vingt-deux ans exercé l'autorité temporelle, et dont nous avons parlé à plusieurs reprises. A sa mort, son fds , a peine âgé de dix-sept ans, avait succédé à cette autorité. Alberich avait évidemment destiné ce lils a de grandes choses, car il lui avait donné le uèfli d'Octavieu, sons aucun doute dans respé-
rance qu'il deviendrait un jour tut nouvel Auguste ; mais il l'avait aussi consacré à l'vtat ewWsiastique, sans aucun doute parce qu'd nourrissait le projet de l'élever au siège de saint Pierre. Vraisemblablement il avait cornai pour lui-même sur une vie plus longuet; mm> la mort avait interrompu ses desseins. Po*urt.u*i son uMs Octavien lui avait succédé sans «Ulftcullr, et sa dualité d'ecclésiastiuue n'avait uas «te un obstacle. Deux ans après mourut lo pap, Agapet 11 , qui pendant neuf ans et sept mm avait occupé le sainUsiége non sans dignité, dan* des circonstances Uès-di faciles. Alors. le pair*» Octavien , si jeune, qu'Otto, le roi des Teufecik*, l'appelait un enfant , se plaça tur la trône pontifical* On ne sait point par quoi* moyens ce jeune prince on les partisans de sa famille «a* sirent à. opérer cette réunion de la plus haaw puissance dans l'Église à la plus hau>tc puasauce & Rontt ; cçpcudant on ne voit pas. quïl y ait eu des violences , ou que l'on ait Ouvmj tk la marche ordinaire. Aucun reprocko. ne utl non plus élevé contre l'illégalité de l'élection, malgré la grande jeunesse du nouveau pape. A Home , où le pape avait été depuis longtemps sans autorité, on lut , à ce, qu'il panit , indifférent ; dans le reste de l'Italie ^ on n'y iît pas attention, a cause du bouleversement du vie sociale ; de l'autre coté des Alpes , on ignora le fait, ou l'on no s'en inquiéta pas ; on ne songeait qu'au saiul-siége , et no* à rhomm« qw l'occupait. Le nouveau pape Oit lo prouuer qui changea de nom; il s'appela loaa XU,et exerça sous ce nom son saint ministère de la manière la plus indigne, ou plutôt il ne gouverna pas du tout. Sa vie fut ignominie-ust» Bien que la foi dans la noblesse de la nature humaine nous fasse répugner a eroiee po»iWt* les ordures dont il se souilla, dit*oa, 4 9« peut être douteux que le pouvoir réuni 4* pape et du prince n'ait été un poids trop hwud pour un homme si jeune , et que 4onh XI), succombant aux attraits et aux séductions tt> monde et de sa position , n'ait fait de a pouvoir un déplorable abus. Nais par là précisément il confondit tout; les intérêts ift rituels durent souvent céder au* intérêts temporels : de même que Bemgar sabaissait l'fcgnsc au dessous du pouvoir temporel , de TOOmc, à Rome, le prince Octavien s'éleva au dessus de pape Jean Ml, et l'homme le plus aobje enoiun' le plus vulgaire perdit tout appui et toute uV
rcction. Berngar gagna à cet état de choses. Il était l'homme le plus adroit , l'esprit le plus fort, le prince le plus puissant. Il n'avait pas besoin de ménager la puissauec de Rome, et il ne la ménagea pas ; il n'avait pas besoin d'attaquer le pape , il n'avait qu'à combattre dans le prince son ennemi. Si de la té te du seigneur do llome il faisait tomber la conroune de prince , la tiare pontificale tombait a terre du même coup. Et dans le Ml , Octavicn-Jean fut on danger do perdre l'une et l'autre. L'embarras où il fut réduit par Berngar ne fut pas moindre que celui où jadis Uaistulf , roi des Langobards, avait mis le pape Etienne II ; et, comme cehiwi, il ne pouvait espérer de salut que de l'autre coté, des Alpes;
Dons ces circonstances , l'an 900, Jean XLl envoya le cardinal-diaerc Jean et son secré1taire (2) Azo comme ambassadeurs à Otto , roi des Tdutschs , avec l'instante prière de le sauver, lui et la saiute Église romaine, des son es de ses ennemis, et de leur rendre leur ancienne liberté. Lorsque ces hommes exposèrent au rai les plaintes du pape , arriva aussi Waltbcrg , archevêque de Milan , qui a\ail été ehassé pu* Uenigar et par les siens, et il représenta comme intolérable et affreuse sa tyrannie et celle de son fils et de sa femme. Waldo, évéque de Cumes, qui avait subi le mémo sort, vint également avec les mêmes plaintes. Il vint aussi des hommes de l'ordre laïque, qui eonlirméreat tontes les accusations des eccléstostiqnes. contre Berngar. Parmi eux se trouvait le marquis Otbert, l'auteur de la noble maison d'Esté, ancêtre de rois puissante qui' devaient paraître dons les siècles a venir. D'autres envoyèrent des émissaires au roi. De plus, presque tous les évéques et les comtes avaient adresse et adrosaieut oecore à Otto des lettres où ils exprimaient unanimement la prière de venir avec une-armée en Italie , et de mettre un terme à ces calamités; il ne manquait pas non plus de fugitifs de toute espèce.
Aussitôt Otto résolut de faire en Italie une expédition , h laquelle ne l'appelaient plus seulement des intérêts mondains , mais aussi des intérêts sacrés, c'est-a-dire le salut de toute l'Kglise chrétienno , que Berngar avait rais en danger. Mais également familiarisé avec les vicissitudes de la guerre ot avec les artihees de la perfidie, que les Italiens employèrent si souveat et avec tant d'adresse , il no voulut pas
commencer cette campagne avant d'avoir a» sure l'empire teutsch il sa famille. H célébra donc la fête de Noël ii ltatisbonne. Comme il pouvait compter sur les Saxons et sur ses Thuringiens, il voulait sans aucun doute gagner à ses projets et affermir dans sa foi les Bavarois, auxquels il avait donné pour duc son neveu lleinrieh , lils de son frère lleimich. Puis, au printemps de l'an 00 1 , il convoqua ses tîdèlcs de tous les peuples tcutsclis , Saxons , Thuringieiu, Franconiens, Bavarois, Soualies, à une diète indiquée A Worms : il voulait aussi honorer et gagner les Sounbcs. Cette assemblée élut d'une voix unanime son fils Otto r enfant de six ans, pour son successeur à l'empire. Ensuite le roi Otto conduisit son fils A Aix-la-Chapelle pour le faire élise ou reconnaîtra aussi comme son successeur par les Lotharingie!» Les princes et les seigneurs, du pays s'assem> blèrent , accédèrent unammement au désir du roi et ù la résolution des autres Tentechs , et les oncles du petit Otto, les archevêques Briuur et W ilhelin, placèrent une couroiuie sor sa jeune tête , eemmo en présence de Karl le Grand, et A la même place où, v ingt-cinq ans auparav ant t le roi Otto lui-mènie avait reçu la couronne au milieu de grandes cl imposantes solennité* \m roi confia ensuite la sarde et l'éducation do l'enfant royal aux deux prélats , revint encore une loin en Saxe pour régler ce qui pouvait encore être à régler , et se rendit enliu A son année , qui s'était rassemblée pendant ce temps, pour commencer l'expédition. d'Italie, qui sans doute avait été résuluo ou approuvée dans les diètes de Ratisbonne, de Worms ot d'Aivla» Chapelle.
Au mois d'août, Otto, accompagné de sa femme, partit de la Saxe, et- rejoignit son armée près d'Augsbourg. Ello était très-coneidérable, et un grand nombre de pu nées ecclésiastiques et Iniques , non-seulement du Teutsch» land , mais aussi d'Italie , se réunirent au roi» L'expédition passa les Alpes du côté do Trente, Berngar avait rassemblé une armée que l'on porte à soixante mille hommes. Son (Ils Adalbert la commandait , et devait défendre les défilés de la vallée de l'Adigo. Lui-même é(:ùt resté a Pavie. Mais à la nouvelle qno le roi Otto approchait , beaucoup de comtes et seigneurs déclarèrent à Adalberl : « Que la domination de son père ne pouvait se supporter plus longtemps ; qu'il eût donc à se rendre A Pavie pour
l'engager â lui remeltrc la eoiironnc ; que si cela se faisait , ils étaient prêts à combattre a\ eo toutes leurs forces quiconque viendrait en Italie pour la lui arracher; mais ij ne si cela ne se faisait pas, ils se soumettraient au roi des Tcutschs sans donner un seul coup d'épée; car ils voulaient être délivres du joug qui pesait sur eux. » Adalbcrt alla à Pavie. Son père était assez disposé à plier sous la force des choses ; mais Willa, sa mère, toujours poussée par des passions opiniâtres , aima mienx périr sous les mines du trône que d'y renoncer de sa libre volonté ; et son entêtement retint aussi le roi. Aussitôt l'armée se sépara , et chaque prince retourna chez lui avec ses hommes. En conséquence, l'armée teutsche ne rencontra point de résistance. Vérone fut prise sans effusion de sang , et de cette ville le pays fut soumis dans toutes les directions. De tous côtés, les évoques , les comtes et d'autres vassaux et seigneurs se pressèrent au devant dn roi des Tentschs pour lui rendre hommage et trouver près de lui protection et sûreté. Herngar quitta en fugitif Pavie, la capitale du royaume; les siens prirent également la fuite, effrayés de cette grande ruine. Berngar se rendit dans le château fort de Saint-Léon de Montelfetro, dans l'Ombrie ; Willa , sa femme , trouva un asile dans l'Ile Saint-Jules , dans le lac d'Orta, où elle avait déjà été une fois eu sûreté, lorsque, cinq ans auparavant, Luidolf avait passé les Alpes; ses fils, Adalbert et Wido, s'efforcèrent d'arriver par des sentiers cachés et impraticables jusqu'aux lacs du Nord , afin d'ossayer, à la première vicissitude , le succès do leurs armes sur les derrières de l'ennemi avec le petit nombrede fidèles qui s'attachèrent à leur sort. Quant à Otto, il entra dans Pavie, et gouverna et ordonna comme maître du pays.
Pendant ce temps , les princes et seigneurs ecclésiastiques et laïques d'Italie s'assemblèrent à Milan. L'archevêque Waltbert , qui avait repris possession de son siège , les avait convoqués. Il présida l'assemblée et la conduisit à son gré. Elle déclara , sur la proposition du prélat , que Berngar, à cause de la tyrannie intolérable qu'il avait exercée, était exclu à tout jamais, avec toute sa race, de la couronne d'Italie, et que l'on reconnaissait comme souverain immédiat le roi Otto , auquel ou jurerait la lidélité dont Herngar s'était montré indigne Après cette déclaration solennelle, Otto lut in-
HISTOlKi; IH PEIPLE ALLEMAND.
vité à venir à Milan pour recevoir des vassaux d'Italie le serment de fidélité, et des mains de l'archevêque la couronne de fer du royaume des Langnbards. Otto se rendit à cette invitation. Ou ne peut préciser le jour où il vint à Milan ; mais probablement la solennité qui l'y avait amené eut lieu dans le mois de décembre. Elle fut célébrée avec une rare m*gnillcence dans l'église de Saint-Ambroise. Elle fut le pendant du couronnement d'Otto à Aixla-Chapelle , mais elle surpassa ce jour en éclat. Car non-seulement tous les princes et seigneurs qui étaient venus avec le roi en Italie étaient présents , mais aussi tous les Italiens qui , dans l'ordre ecclésiastique et dans l'ordre laïque, étaient riches et considérables , influents et puissants; et ce que la religion chrétienne a de plus gTand et de pins imposant fut mis en œuvre pour donner plus de force à l'tniprcssioB de cette fête. L'archevêque Waltbert ût le sacre et le couronnement ; et personne en ce moment ne sembla remarquer ce qu'il y avait de contraire à la nature ot de violent dans les relations où l'on entrait. La désolation intérieure fut étourdie par les cris de joie du dehors. I>es Tentschs, entraînés par la victoire et par la conquête , et ne regardant dans l'avenir qu'avec de grandes espérances , ne furent pas choqués de voir leur roi déposer sur l'autel de cette église d'un pays étranger les insignes consacrés de l'empire tcutsch , la sainte lance, l'épée royale , la hache d'armes , le ceinturon et le manteau ; et les Italiens , ravis de l'éloignement du prince dont ils avaient si durement senti la main de fer, ne réiléchirent pas que cet homme que l'archevêque ornait des insignes de leur royauté était venu avec des bandes guerrières du nord lointain , non pour se sacrilier pour eux avec les siens , mais senlemeat pour leur demander des sacrifices.
Otto resta à Milan jusqu'après Noël ; et sans doute il rendit alors aux vassaux de Lombardic les honneurs et les biens que Berngar leur avait arrachés. Probablement il leur avait promis d'avance cette restitution. Pendant ce temps, il envoya a Rome l'abbé de Fulda , Ilatto, pour annoncer au pape Jean XII sa prochaine arrivée , et prendre les mesures nécessaires pour la réception de son armée. I.cs envoyés du pa(>o étaient sans doute encore auprès du roi. Il avait négocié avec eux au sujet de son expédition a Home et de son couronnement comme
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empereur , et il était convenu do tout ce qui semblait nécessaire pour que cette solennité eût lieu sans obstacle. Pour ne pas entrer en querelle avec le saint-siége avaut le couronnement , et pour ne pas se voir une seconde fois frustré de la plus haute dignité temporelle , le roi jura au pape un serment solennel dont le contenu était tel , que Ton reconnaît de la manière la plus évidente que le pape Jean redoutait beaucoup plus encore les armes des Teutsclis , qu'Otto ne craignait des discussions avec le pape au sujet de la couronne impériale. Le roi promit : « De chercher à favoriser selon ses facultés la sainte Église romaine et le direc* tour de celle-ci , le pape Jean ; que le pape no perdrait pas la vie , et ne serait ui mutilé ni déposé par la volonté, par le conseil, avec rassentiment et à l'instigation du roi; que dans la ville de Rome il ne tiendrait aucune assemblée, et ne publierait aucune ordonnance concernant le pape ou les Romains, sans en délibérer avec le pape; qu'il rendrait au pape tout ce qui pourrait tomber en son pouvoir du territoire de saint Pierre; enfui que, quel que fût celui auquel il remettrait le royaume d'Italie , il jurerait d'aider de toutes ses forces le pape a défendre le territoire de saint Pierre. » Sur cette assurance , Otto se mit en marche pour Rome au mois de janvier 9G2. Il entra a Rome le -Ier février. 11 était dans tout l'éclat de sa magnificence , et fut reçu de la manière la plus magnifique et la plus solennelle; et le jour suivant , il fut sacré couronné et salué empereur par le pape au milieu des cris de joie sans lin de la multitude.
Depuis la mort d'Arnnlf , dont on a souvent regardé le titre d'empereur comme non authentique , aucun prince étranger n'avait été orné de la couronne impériale ; depuis la mort de Berngar, par conséquent depuis trente-huit ans, personne n'avait porté cette couronne: Ottol" renouvela cette dignité presque oubliée, et réunit pour toujours ce qu'il y a de plus brillant au monde à la couronne du premier empire de l'Europe. Après lui , les rois tcutschs devinrent seuls empereurs, jusqu'à ce qu'enfin, au milieu de prodigieuses vicissitudes , l'empire teutsch se fût dissous sous nos yeux , et que la couronne impériale de Rome eût été déposée avec si peu d'éclat , que personne ne crut qu'elle valût la peine d'être ramassée.