‹ Histoire d'AllemagneChapitre 47 sur 100 · COMBATS AVEC LES SLAVES. FIN DU · texte numérisé non relu

COMBATS AVEC LES SLAVES. FIN DU

MARKGRAF CERO.

De l'an 902 a l'an 965.

L'empereur Otto séjourna quelques semaines à Rome. Si ce prince , le second restaurateur de la dignité impériale en Occident, fut peut-être moins susceptible que Karl le Grand d'éprouver la puissante impression que la ville éternelle produit encore sur tous les esprits, elle lui offrit néanmoins tant de choses belles , sublimes et merveilleuses , que son génie s'éleva sous plus d'un rapport et se remplit de pensées nouvelles. Peut-être aussi prolongca-t-il son séjour h Rome par égard pour son armée; car elle avait besoin de repos. .Mais il est h peine resté qucl-

| que» indications certaines sur sa vie, sur son

| action, sur son gouvernement et sur sa conduite.

I 11 resta dans des relations amicales avec le pape ; il lit aussi au saint-siége de grands et riches présents, tels que sa puissance et sa dignité semblaient l'exiger, en or, en argent et en pierres précieuses. Il est également vraisemblable qu'il laissa ou rendit h l'Église romaine tous les biens , les possessions et les droits

I qu'elle avait déjà, possédés , ou que Bcrngar lui avait arrachés, et que même il augmenta et étendit ces possessions et ces droits : car Jean XII ne resta que pape et perdit la puissance temporelle qu'il avait exercée comme prince temporel , sous le nom d'Octavien, sur Rome et sur le territoire romain ; et pour cette raison peut-être chercha-t-on il le dédommager comme chef de l'Église; mais toutes les donations et les investitures ne furent faites que selon les usages féodaux , et sous la réserve de tous les droits de souveraineté qui appartenaient h l'empereur comme haut suzerain. Et dans les détails, on ne peut rien décider avec certitude ; car un grand diplôme de donation ou de confirmation, qui a été mis au jour six cents ans après ces événements , et dans lequel l'empereur Otto promet d'assurer et de maintenir à saint Pierre et au pape , son vicaire , une foule de provinces et de terres , de villes , de villages , de châteaux et de forteresses , d'Iles et de domaines , de revenus et de produits , en Italie et hors d'Italie,

et quo lui-même ne possédait pas tous, ou qu'il I semblable une attaque contre sa rie mémo dan

ne pouvait espérer acquérir , absolument dans la même forme que Ludwig le Pieux avait , diton , fait autrefois une donation tout aussi prodigieuse; ce diplôme parait tout au moins extrêmement suspect. Quiconque réfléchit aux relations et s'est fait un jugement sur le caractère et les tendances d'Otto sera fort peu disposé à croire h l'authenticité de cette pièce. Et ce diplôme réserve a l'empereur ses droits de souveraineté comme suzerain féodal; ces concessions ne sont faites au pape que dans la même forme sous laquelle on concédait des terres et des hommes aux autres évêques connue princes et vassaux de l'empire; et Otto ne se désiste nullement des anciens droits impériaux au sujet de l'élection du pape, qui désormais né devait plus se faire que conformément aux principes de l'Église.

H est difficile de croire qu'Otto, quelque importance qu'il attachât au maintien de l'unité dans l'Église , ait eu pour ce pape des dispositions réellement amicales et bienveillantes. Les bruits répandus en Italie sur la vie immorale et dégoûtante de la famille dont Jean XII était sorti ne pouvaient lui être inconnus , et devaient exciter sa répugnance et son horreur ; les bruits répandus sur les indignités auxquelles se livrait le pape lui-même étaient probablement venus a ses oreilles ; et lors même qu'il eût été fort disposé à pardonner beaucoup à la jeunesse dn pontife, il lui était impossible de voir avec plaisir la tiare sur la tête d'un adolescent qui avait souillé sa minorité pas des vices si odieux. Il ne pouvait y avoir rien de commun entre cet adolescent et lui , le glorieux héros de ce siècle. Et qu'y avait-il de commun entrcOtto avec ses Tcutschs, et les Romains , qui ne différaient pas seulement des barbares du Nord par leurs mœurs et leurs usages, mais qui de plus, par de longues et cruelles agitations de parti , étaient tombés dans la situation la plus violente et étaient devenus

cette grande solennité ; et le séjour prolongé de son année à Rome ne fut sans doute pas do nature à faire naître la confiance qui y manquait. L'empereur et son armée vécurent aux dépens des Romains ; bien que peut-être leurs prétentions ne fussent pas exorbitantes, ils étaient en tout cas à charge, et la mesure des Te utschs différait assurément beaucoup de celle des Romains. Il dut y avoir nécessairement des brouilleries et des malentendus, des rixes et des désordres ; et toutes ces choses furent des semences fécondes pour le sol des passions , qui , à Home, avait été profondément remué. Un étranger armé est toujours un ennemi. Mais les chefs des deux cotés, l'empereur et le pape, tenaient naturellement chacun de son côté pour ks hommes de leur peuple.

Et au pape , aux Romains et à tous les Italiens, il restait toujours encore un appui , sinon pour leurs espérances, du moins pour leur wècontentemeut; appui auquel on se rattachait volontiers dans le moment du danger, quelque faible et quelque peu agréable qu'il fût. Berngar, en effet, se tenait dans son chAteaufort, et ses fils s'étaient emparés de quelques places fortes sur les lacs du Nord. Depuis qu'Otto avait quitté Milan , une grande iniiltiliuV d'hommes armés avait rejoint ces princes. Sans doute c'étaient en partie les anciens partisans de Rerngar, qui, revenus de leurs premières terreurs , accoururent auprès de lui, parce que leur fortune ne semblait pouvoir prospérer que par son maintien; car Otto leur avait enlevé les biens que Berngar leur avait inféodés , pour les rendre à ceux auxquels ce prince les avait ôtés ; mais en partie ce furenf peut-être aussi d'autres mécontents qui , poussés par des passions tantôt nobles, tantôt vulgaires, avaient pris la résolution de se déclarer pour un prince national , quelque dur qu'il fût, plutôt que de se montrer fidèles et obéissants a uu prince étranger, quelle que

étrangers h toute vie tranquille et régulière? fût sa douceur. Il parait que toute l'Italie sep-

Les forfaits et les cruautés se reproduisaient chez eux si souvent et sous tant de formes, que le crime avait perdu son horreur et les désordres leur honte. Dans le fait , Otto n'était pas entré sans méfiance dans la sainte ville des crimes. Lors do son couronnement déjà il avait pris des précautions pour la «ùreté de sa personne , comme s'il n'avait pas jugé invrai-

tentiïonale devint successivement inquiète et incertaine; et le pape et les Romains durent déjà chercher a augmenter ces mouvements, parce qu'ils y voyaient un moyen de se débarrasser de leurs hôtes incommodes. Ces relations pouvaient d'autaut moins échapper à l'empereur, qu'elles étaient plus fondées sur l'ordre des choses humaines. 11 fit doue les préparatifs

UV. XT,

d*nne expédition contre Berngar et ses adhérents ; mais avant de la commencer , il se fit prêter par le pape Jean et par les principaux de la ville , snr le corps de saint Pierre , le serment de lui rester constamment fidèles , et en particulier de ne soutenir et ne favoriser jamais la cause de Berngar et de son fils Adalbert. Ce serment exigé par l'empereur est assurément une preuve des soupçons qu'il avait conçus; mais on ne sait dans quel but il le demanda. Il est difficile de croire qu'il espérât amener ce pape et les Romains de cette époque à la fidélité par un serment; et l'on se défend avec peine de la pensée qu'il cherchait un prétexte pour agir contre eux.

L'empereur célébra les fêtes de Pâques à Pavie. 11 y récompensa de diverses manières le dévooment de ceux qui lui avaient rendu des services , et chercha à s'assurer le dévouaient de quelques antres par des faveurs et des concessions de fiefs (1). Puis il tourna d'abord ses armes contre Saint-Jules , dans le lac d'Orta , où s'était sauvée la reine Willa. Cette femme eut les honneurs de la première attaque, soit qu'Otto , connaissant son avarice , fut persuadé qu'elle avait avec elle de grands trésors , soit qu'il espérât, en la faisant prisonnière, ébranler le courage de son mari. Après un siège de deux mois, elle fut forcée de se rendre à l'empereur. Otto lui donna la liberté. Peut-être l'empereur crut-il indigne de lui de retenir une femme prisonnière; peut-être eut-il compassion de son infortune ; toutefois il se peut encore qn'il lui ait imposé pour condition de se rendre au château do Saint-Léon , et de persuader à son mari de se soumettre. Si cette opinion est juste , Otto se trompa de beaucoup sur le caractère de Willa. Elle se rendit , il est vrai , à Saint-Léon auprès de son mari ; mais elle mit tout en œuvre pour l'encourager à la persévérance et pour éloigner de lui toute idée de renonciation et de concession. Et Otto était hors d'état même de tenter le siège du mont escqrpé de Feltro , fortifié par la nature et par l'art. 11 revint a Pavic , et là, au milieu d'un peuple étranger , loin de sa patrie et de son empire , il perdit les doux tiers d'une année en projets et en préparatifs.

Pendant ce temps , du reste , il fit , a ce qu'il parait, reconnaître pour son successeur dans le royaume de Lomhardie son fils Otto, que les vassaux teutschs , ecclésiastiques et laïques,

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