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avaient déjà élu pour son successeur dans l'em-' pire; et les Italiens, qui s'étaient une fois déclarés pour lui , furent certainement assea? disposés à reconnaître le jeune prince , parco que cette solennité leur promettait de nouveaux fiefs, des dons , des honneurs et des dignités, dont il n'étaieut pas moins avides et mémo plus avides encore quo les vassaux du Teutschs land : mais un petit nombre seulement étaient fidèles de cœur, tout en jurant fidélité du bout des lèvres.
Ce ne fut qu'au printemps de l'année sui» vante, 965, que l'empereur marcha avec uno armée contre le rocher du haut duquel Bcrn* gar le bravait. Mais ce rocher était inattaquable. Otto dressa son camp au pied de la montagne , et chercha à couper toutes les communications entre elle et les campagnes d'alentour, pour forcer par la famine à la soumission ceux qu'il ne pouvait vaincre par les armes. Tout l'été se passa dans ces travaux ennuyeux et décourageants, qui ne promettaient ni hon« neurni gloire. Pendant ce temps, les ennemis de l'empereur ne se reposaient pas. Adalbert , fils de Rcrngar, qui continuait à s'intituler roi d'Italie, se rendit dans l'Ile de Corse, pour y nouer plus commodément des négociations avec le pape ou les amener à une conclusion. Et il gagna très-aisément le pape. Car, dans l'intervalle, Jean XII avait été personnellement blessé par l'empereur : peut-être, pendant qu'Otto se trouvait à Rome, avait-il été exhorté à prendre une vie plus apostolique; peut-être avait-il promis de mettre un terme aux fautes de sa jeunesse et de faire tous ses efforts pour les réparer. Et l'empereur , à co qu'il parait, lui avait rappelé cette promesse avec assez de sévérité. D'autre part , il s'était plaint à Otto de violations de leur traité , et il n'avait pas été écouté, parce quo , disait-on , ses plaintes étaient sans fondement. Dans sa colère, il avait envoyé des ambassadeurs à Constantinople et aux Hongrois, sous prétexte de propager la religion chrétienne, 11 voulait d'un côté impliquer l'empereur dans des querelles avec les Grecs , et de l'autre exciter les ennemis du nom chrétien et du peuple teutsch à une nouvelle irruption dans le Teutsch land. Cette tentative avait échoué ; ses menées furent découvertes et ses émissaires arrêtés. Jean XII était donc trés-irrité , et dans cette irritation , il passa volontiers du côté d' Adalbert. Celui-ci
niSTOIliB DU PEUPLE ALLEMAND.
se randii en personne à Home , et fut reçu par le pape comme roi d'Italie. On ne peut dire avec certitude en quoi consistaient réellement j les projets immédiats du pape et d'Adalbert ; mais sans doute ils voulaient allumer à Borne et sur le territoire romain un nouvel incçndic, que probablement Otto se hâterait de venir éteindre : ils espéraieut dégager ainsi le roi Berngar et causer de plus grands mouvements dans l'Italie supérieure ; ils pensaient tirailler de cette manière l'empereur en tous sens , le fatiguer, lui inspirer des inquiétudes au sujet de ses communications avec le Teutschlaud , et enfui le contraindre à repasser les Alpes. Mais ils se trompèrent dans leurs calculs.
Otto, à la première nouvelle de l'arrivée d'Adalbert à Home, accourut dans cette ville avec une partie de son armée- mais, pénétrant le plan de ses ennemis, il ne leva pas le siège de Montcïeltro, cl laissa en arrière une autre partie de son armée pour le continuer. Lorsqu'il approcha de Rome , une grande division y éclata. Luc partie des habitants voulurent se mettre sous les armes et faire une résistance désespérée; celte entreprise parut trop téméraire à d'autres, et quelques-uns en voulaient à la vie et au pouvoir du pape avec tant de haine, que le pouvoir du dominateur étranger leur semblait encore plus supportable : aussi cherchèrent-ils à empêcher toute résistance. Dans ces circonstances, le pape et Adalbert pensèrent que le parti le plus sur était d'évacuer Rome; cl h peine eurent- ils quitté la ville , que les Romains se réunirent- tous pour se soumettre à l'empereur, lui donner des otages pour garantir la sincérité de cette soumission et le recevoir comme leur seigneur ot maître. Otto dressa son camp devant la ville. Les Romains , effrayés de cette position menaçante , firent des propositions de paix et de soumission. Ils s'engagèrent de plus solennellement à ne jamais élire un pape sans l'assentiment et la confirmation de l'empereur Otto et du roi Otto son fds. Tuis l'empereur fit son entrée dans Rome, prenant sans doute la promesse des Romains pour ce qu'elle était, pour un engagement arraché par la nécessité , sans consistance et sans vérité.
Trois jours après , il convoqua une grande assemblée dans l'église de Saint-Pierre. Presque tous les évoques du territoire romain et de la Ixmibardie s'y réunirent ; on y vit aussi quel-
qnes princes tcutschs de l'Église, les archevêques Adaldagdc Brème et Ueinrich de Trêves, ainsi que les évoques Lantward de Minden et Otgar de Spire. De plus, un grand nombre de laïques éniinents assisteront à l'assemblée. L'empereury présida. Il parla en latin, mais arec la prononciation saxone , de sorte que les Romains ne le comprirent pas ; aussi prit-il pour interprète, afin de rendre ses paroles intelligibles aux Romains , l'historien Liutpand , qui , par sa faveur, était devenu évoque de Crémone. Lorsqu'il demanda à l'assemblée pourquoi le seigneur pape Jean n'était pas présent , plusieurs ecclésiastiques s'avancèrent, eif pour réponse a cette question , élevèrent les plus graves accusations contre le pape : « Il avait, comme ils en rendirent témoignage, méprisé les pratiques religieuses, foule aui pieds avec dédain l'ordre de l'Eglise , invoqudes divinités païennes; il était allé à In chasse, avait porté les aimes , avait joué , s'était enivré ; il s'était livré à l'adultère, à la prostitution, au viol ; enfin , il avait commis les plus horribles cruautés , des mutilations , des meurtre et des incendies. » Le témoignage de quelque* hommes panit douteux à l'empereur. Alors tous les évêques et les diacres, tous les ecclésiastiques et les laïques s'élevèrent comme on seul homme, et jurèrent parle serment la plus redoutable que le pape Jean avait fait des choses bien plus infâmes encore que celles dont il était accusé. Là -dessus l'accusation lut envoyée au pape , avec la sommation de comparaître et de se justifier. Jean répondit : « Si vous nommez un autre pape , je vous frappe tous d'excommunication. » Une seconde sommation ne put lui être remise , parce qu'il fut im» possible de le trouver. L'empereur alors exposa de son côté au synode comment lui-même n'avait rencontré chez le pape qu'ingratitude et trahison. Et lorsqu'à la fin il demanda quelle était la résolution du synode dans cet état de choses , les pères assemblés répondirent : • Il ne faut pas craindre l'emploi du feu pour des plaies immondes : Jean doit être déposé , et un homme digne être élevé à sa place. » Cette proposition fut approuvée par l'empereur. Ils déclarèrentcommerhommeloplus digne leprotoscrinairc de l'Église romaine , Léon , bien que ce fût un laïque. Ixton, huitième de son nom, fut donc élevé sur le siège apostolique avec l'assentiment de l'empereur. Cela se fit le 6 décembre.
UV. XV,
On no pont le nier : nome , depuis plus de deux générations , tout ordre ecclésiastique et tonte légalité avaient été bouleversés si souvent et d'une manière si terrible, que les événements nu milieu desquels Léon VIII arriva à la dignité pontificale peuvent a peine paraître plus que d'autres contraires aux lois et criminels ; et en particulier, Jean XII n'avait assurément pas A se plaindre, s'il se rappelait les moyens par lesquels il était arrivé au pouvoir. On ne peut nier non plus qne ces événements fondèrent des relations violentes , qui ne pouvaient absolu ment se développer d'une manière pacifique et progressive, et qui durent plutôt entraîner nécessairement de nouvelles violences après elles. On peut laisser dans l'incertitude rînns quel esprit le clergé romain accusa et condamna le pape Jean , et élut ou reconnut un autre pontife, Léon VIII ; mais ce ne fut assurément que la haine dans le cœur que le peuple romain s'abaissa devant les armes de l'empereur : ce peuple n'eut certainement pas de plus ardent désir que d'être délivré du fardeau de l'armée teutsebe. Otto sentait aussi fort bien combien ses guerriers devaient être à charge aux Romains. Aussi , peu de temps après l'exaltation do Léon , en flt-il partir une partie avec d'autant plus de plaisir , que Jean et Adalbert s'étaient séparés , peut-être pour lui donner le change plus aisément, et qu'Adalbert était retourné en Corse. Quant h lui , il resta entouré seulement d'une faible garde , pour célébrer, à l'entrée de la nouvelle année, la fête de Noél a Rome. Mais à peine les troupes teutsches s'étaient-elles éloignées, que lo parti du pape expulsé trama à Rome une conjuration dont le but final était sans doute l'anéantissement du pape Léon, de l'empereur et de ses ûdèles. Us garnisons de plusieurs forteresses de la Romagne prirent aussi part A cette conjuration , et elle fut mûrie avec autant de rapidité que de mystère. Tout a coup , le 3 janvier de l'an 964 , un signal fut donné A son de trompe. Aussitôt conjurés et non conjurés se précipitèrent en armes et remplirent les rues. Otto avait son camp sur la rive droite du Tibre, snr le Monte-Martio. Dès qu'on lui annonça ce 4«i se passait, il ne calcula et ne compta rien ; •l s'élança sans retard à la tête de ses belliqueux guerriers toujours prêts au combat , pour aller étouffer cette trahison. Le pont du Tibre , aPPelé pont Saint- Auge, avait déjA été barricadé
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par les Romains avec des voitures et d'autres objets. Mais les guerriers teutschs , renversant promptement ces obstacles, se précipitèrent au milien des rebelles « comme des oiseaux de proie au milieu d'une multitude de petits oiseaux. » Les Romains, lAches et effrayés, prirent la fuite; ils furent poursuivis dans les rues de la ville, et moissonnés par la lourde épéc des Teutschs exaspérés. Enfin l'empereur , ému de cette scène affreuse et sanglante, mit un terme A cette boucherie ; et cédant aux supplications des Romains , il leur accorda sûreté et pardon. Toutefois il se fit de nouveau jurer fidélité par les Romains , et exigea cent otages pour garantir que ce serment serait tenu. Mais il parait que l'empereur ne savait pas, ou ne se rappela pas dans sa colère , que des relations qui sont contraires à la nature des choses humaines ne peuvent être consolidées par des serments et par des victimes. La vie sociale des hommes repose sur des bases intellectuelles et morales ; quiconque établit sa volonté et ses projets à côté de ces bases , et non sur elles , ne peut les soutenir que par la violence. Il peut contraindre A la soumission les individus qui lui sont opposés , mais il ne peut gagner les Ames ; il ne peut rien faire de durable, rien qui soit capable de prospérer : car au dessus de toute la volonté et de tous les projets de l'individu, qu'il soit empereur ou homme obscur, il y a quelque chose d'éternel et d'ineffaçable. Otto revint Inentôt aussi de sa dureté. Le pape I^on le supplia do se fier plutôt A la simple promesse, et il rendit les otages qu'on lui avait livrés. Mais par cette conduite il ne changea pas l'état des choses. Les Teutschs et les Romains ne sentirent naître en eux aucune affection les uns pour les autres; on ne pouvait faire que le passé n'eût pas en lieu ; le sang qui avait été répandu dans les rues de Rome par la main d'insolents étrangers criait vengeance; et la restitution môme des otages put aisément être regardée par des hommes passionnés comme une preuve de la faiblesse de l'empereur, aussi bien que comme une preuve de la douceur de son caractère.
Cependant il se hasarda à quitter Rome, et peut-être jugca-t-il nécessaire de se retirer de cette ville pour se diriger sur Camerino et sur Spolètc, où Adalbert avait dû se rendre, A ce qu'où lui avait annoncé. Le vénérable pape Léon resta dans la ville, laissé à la fidélité des Romains, qu'il avait défendus avec tant de suc-
cès devant l'empereur. Mais H fit bientôt une dure expérience , et l'empereur ne tomba pas danstta médiocre embarras. Otto se trouva des le mois de février de l'année ludiquée dans la Marche de Camérino. Là le pape Uon vint à l'improviste le trouver dans son camp , nu et dépouillé de tout , et accompagné seulement d'un petit nombre d'hommes. Il apprit à l'empereur que le pape déposé, Jean XII, était revenu à Rome, qu'il avait été reçu avec des cris de joie par les Romains, et que lui, le pape Léon, n'était parvenu qu'a 'travers mille dangers à se sauver des mains de ces hommes perfides. Et d'autres nouvelles importantes suivirent celle-là. Dès le 26 janvier ,' Jean rassembla un grand nombre d'évéques et d'autres ecclésiastiques dans l'église de Saint-Pierre ; et après l'apparition de cette assemblée , il déclara que l'assemblée par laquelle le parjure I^con , l'un «le ses officiers, avait été élu pope, n'était point un synode ecclésiastique, mais une entremetteuse qui avait uni un adultère à l'Église , son épouse ; il maudit toute rassemblée et tout ce qu'elle avait fait; il mandit particulièrement les ecclésiastiques qui avaient consacré Léon et prié pour lui, et il les condamna à de blessantes humiliations; il maudit tous ceux qui avaient été consacrés par !>éon ; il maudit Léon lui-même et l'excommunia; il maudit même , non pas , il est vrai , nominativement, mais d'une manière bien claire, l'empereur , par les années duquel il datait , car il prononça ces paroles : <• Celui qni aidera toujours ce Léon de ses conseils ou de ses secours pour revenir à la dignité suprême de l'Église , dont il a été dépossédé , sera damné. » Après tout cela , le pape ne rougit pas de commettre d'affreuses cruautés contre les hommes qu'il regardait comme ses ennemis. 11 n'épargna pas môme les Tcutsehs qui étaient tombés entre ses mains. 11 fit flageller Otgar , évéque de Spire , et après ce traitement ignominieux, il le renvoya dans le camp de l'empereur, son seigneur.
Otto se trouvait évidemment dans une position pénible, et même dans un grand embarras. Scstroupcsétaicnt dispersées; elles s'étaient fondues en quelque sorte; peut-être aussi n'avaientelles plus cette même fierté, de courage avec laquelle elles avaient passé les Alpes deux ans et demi auparavant. 1-a meilleure preuve qu'il ne savait s'il devait se diriger à droite ou à gauche,
au nord ou au midi , se trouve dans «ettecâfconstance, qu'il resta sans bouger dans la Marri* de Camerino jusqu'au mots de mai, qu'il rata spectateur inactif des événements de itou*, et qu'il ne songea qu'à reuforcer son armée. Mais la fortune , qui lui avait si souvent tourné le dos sans jamais l'abandonner , uo lui relira pas non plus cette mis son ancienne faveur. Deux événements changèrent bientôt l'état des choses, an point qu'il put espérer que ce dia^ se débrouillerait d'une manière honorable.
D'abord , dans la haute Italie , la guerre «as* entièrement, ou du moins elle perdit tout caractère dangereux. On ne sait pas comment ut forteresse do Saint-I^on , où Beragar s'était défendu , tomba au pouvoir des Tcutsehs; ri ne parait pas qu'elle fut prise par les aime, mais bien par d'autres moyens. Ce qui nta pas douteux , c'est que le roi Beragar H et Willa sa femme furent faits prisonniers pu les troupes impériales, et leurs fillos curent le môme sort. Otto fit conduire dans le Tentsckland le roi captif et son épouse. On les enferma dans la forteresse de Bamberg. Berngar y mourut an bout de deux ans; la reine Willa prit le voile pour s'occuper tout entière, dans l'enceinte d'un monastère, de sou salut, a«quel peut-être elle avait rarement songfe an milieu des orages du monde. L'impératrice Adclheid prit auprès d'elle les deux filles ée ces infortunés et les traita en princesses.
Ces événements , qui rétablirent la tranquillité dans l'Italie supérieure , déterni inèreat l'empereur à marcher sur Rome pour y rétablir son autorité et châtier cette population parjure de sa criminelle insolence. Mais avant qu'il pût exécuter cette résolution , le pape Jean XII mourut à l'improviste, d'une mort soudaine et mystérieuse, mais probablement bien à propos pour l'empereur. Otto, ravi de cet incident , hAta sa marche pour ne pas laisser échapper l'avantage qui semblait 6'onrir à lui. Mais il se trompa dans son attente; car la perfidie des Romains n'avait pas été , comme il paraissait le croire, l'œuvre du pape Jeau, ou d'une faction attachée à ce pontife, mais elle avait sa raison dans ce qu'avaient de contraire à la nature les relations où ils devaient se trouver à l'égard de l'empereur. Il était encore en marche sur Rome, lorsqu'il reçut la nouvelle que les Romains, ne tenant aucun compte de lui ni de son pape Léon , avaient
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aussitôt élu pape et placé sur le siège de saint Pierre le cardinal-diacre Benoit ; qu'ils avaient anssi juré an nouveau pape do ne jamais l'abandonner , mais de le défendre contre la puissance de l'empereur. Du reste , ce Benoit n'avait pas seulement contribué précédemment a. l'élection du pape Léon, mais il avait encore été l'un des accusateurs du pape Jean XI! : les serments des Romains ne pouvaient être que mensonges, et leur fidélité que déception.
Otto parut devant Rome. Il trouva la ville préparée h la résistance, et sa patience fut soumise a une rude épreuve. Il fallut bloquer la ville de tous côtés. Ix; nouveau pape sut , sinon enthousiasmer les Romains , du moins les animer à un mouvement bruyant , qui prit les dehors d'un courage incapable de terreur. Benoit se montra lui-même avec magnificence et orgneil sur les murs de la ville , et de là il lança avec arrogance l'excommunication sur l'empereur et sur son armée. La ville tint plus de six semaines , à son propre désavantage ainsi qu'à celui de l'armée impériale ; elle ne se soumit pas à la force des armes , mais elle fnt fatiguée et domptée par la famine. Enfin, des députés des Romains vinrent vers l'empereur; ils reconnurent leurs torts et exprimèrent leur repentir, implorant le pardon d'Otto. Celuici se fit livrer le pape Benoit , cinquième du nom , puis le 23 juin il (H 'son entrée dans la ville, médiocrement satisfait de cette triste victoire.
Aussi bien elle ne lui fit rien gagner. Le pape IÂm VIII tint , il est vrai , un synode qui prit , dit-on , des résolutions de la plus haute importance ; mais comme ce synode fut tenu dans une ville récemment prise, a l'ombre des armes de l'empereur et au milieu de passions brntalcment soulevées , aucun de ceux a qui ces résolutions furent nuisibles ne put jamais les considérer comme obligatoires. D'abord ce synode fit contro llcnolt V ce qui avait été fait contre I^éon VIII par le synode que Jean XII avait assemblé quatre mois auparavant; avec cette seule différence que Léon , échapj>é par hasard aux mains de ses ennemis , entendit de loin , sous la protection des armes impériales , le tonnerre de sa damnation ; tandis que Benoit, qui était tombé au pouvoir de ses ennemis , fut personnellement soumis à des humiliations sanglantes. Revêtu de tous les ornements delà dignité pontificale , il fut conduit à l'assemblée,
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et se vit attaqué et maltraité parles vénérables pères , au point que l'empereur lui-même , touché de son infortune , intercéda pour lui et fit un appel h la douceur ethla pitié. Cependant, après qu'il eut déposé le manteau papal , Léon VIII brisa sous ses yenx le bâton pastoral , et en jeta les morceaux h terre ; il lui permit de rester comme diacre dans la commnnion de l'Eglise , mais en le condamnant à l'exil. En second lien , le pape accorda , dit-on , h tout le clergé et an peuple romain , an roi des Teutschs et h ses successeurs au trône d'Italie, le droit de lui donner un successeur comme pape , d'ordonner les archevêques et les éveques , de sorto que ceux-ci fussent d'abord investis paroux, et consacrés ensuite seulement. Sans doute on a souvent , et non sans raison t révoqué en doute l'authenticité de cette ordonnance pontificale ; toutefois elle n'est pas contredite par les relations. Mais lors même que l'authenticité n'en serait pas contestée, [ l'empereur n'y aurait pas pins gagné que le saint-siégo n'y aurait perdu. Car elle aurait été aussi l'oeuvre des circonstances , et il eût été difficile qn'nn homme de sens osât compter sur elle.
Et combien tontes les résolutions prises à Rome auraient été différentes, si le pape Benoit V avnit réussi a enflammer les Romains pour la défense de la ville , seulement pendant quelques jours encore , au mépris de la disette! Vraisemhlahlcment l'empereur aurait été contraint à lever le siège et h battre en retraite. Car l'armée de l'empereur était dans une si mauvaise situation , qu'il n'osa séjourner que quelques jours dans la ville qu'il venait de prendre. D'une part , les fatigues et les privations; de l'autre, des jouissances immodérées, avaient propagé parmi ses troupes des maladies qui causèrent une grande mortalité. Emmenant avec lui Benoit , le pape déposé , il revint en toute hate dans l'Italie supérieure , soit que par sa prompte retraite il ne cherchât qu'à se sauver avec quelque honneur de la perfide Rome , abandonnant a leur sort le pape Léon et tous ses partisans , soit qu'il espérât se soustraire «1 la maladie et assurer d'autant mieux le salut d'une partie de son année. Mais le mal sévissait avec une fureur si terrible, qu'aucun homme bien portant n'osait espérer le matin vivre jusqu'au soir, ni le soir vivre jusqu'au matin (2). Et ces ravages ne déci-
HISTOIRE Dï* PEUPLE ALLEMAND.
mèrent pas seulement la multitude ; des
hommes éiniucnts furent également victimes de la conlagion. Ainsi succomba Heinrich, archevêque de Trêves ; ainsi Ocrrich , abbé de Wurtzbourg; ainsi Godcfrid, auquel peut-élrc ou ne donna le titre de duc de Lotharingie que pai'cc qu'il commandait les troupes do ce pays qui prirent part à cette expédition ; ainsi beaucoup d'autres personnages qui occupaient une position importante dans la société. Otto arriva en Ligurie au milieu de grandes misères, mais il se vit forcé d'y passer tout l'automne. Pendant ce temps, la maladie cessa, soit qu'elle eût réellement perdu sa force , soit qu'elle ne trouvât plus personne &sai*ir. Enfui il se rendit a Pavie, vraisemblablement lorsque le reste de ses troupe* qui avaient combattu dans l'Italie supérieure s'y fut rassemblé. Sans doute il revint dans celte ville avec de tout autres sentiments que ceux avec lesquels il y était entré trois ans aupararant. Il se convainquit bientôt aussi qu'avec l'armée qui lui restait encore , il serait hors d'état de se maintenir en Italie ,'ou du moins d'y rien entreprendre. Cette certitude fut le véritable motif qui décida Otto à revenir le plus promptement possible dans le Tcutschland. Il régla ses affaires d'Italie le mieux qu'il put , chercha à affermir dans leur fidélité les vassaux dont lo sort semblait dépendre de sa domination en Italie , célébra encore la fête de Noël le premier jour de la nouvelle année 965 , et se mit ensuite en route pour le Teutschlaud au milieu de l'hiver , au commencement du mois de janvier.
Les Teutschs avaient avec de joyeuses acclamations surnommé Otto le Père de la patrie , lorsqu'il avait conquis pour son peuple une défense contre les pillages et les dévastations que commettaient des barbares farouches.
Quelle reconnaissance lui aurait témoignée ce peuple fidèle , s'il avait su l'encourager et le favoriser dans son développement aussi bien que le défendre ! Mais il avait pour ainsi dire traité la pairie en beau-père. Poursuivant la gloire la plus brillante mais non la plus noble et une vaine grandeur , il s'était éloigné trois aus et demi du Teutschlaud , et avait abandonné le peuple teutsch il lui-même ; il avait perdu beaucoup d'hommes habiles , et impliqué la patrie avec l'Italie et le siège pontifical dans des relations qu'il était désormais tout aussi difficile de rejeter que de supporter ; enfin il
n'avait pas rendu le repos à l'Italie ; mais birn
que plus d'un homme sans vertu et sans doute à juste titre eût péri par sonépéeou par sa colère, il avait rempli ce malheurenx pays de nouvelle discordes et de nouvelles calamités. Et qu'avaùil rapporté de cette terre étrangère? Que rapportait l'armée dont les débris revenaient ara lui? Lui, roi des Teutschs, il était parti avec une seule couronne, avec la couronne de rempire teuLseh , aimé, respecté et redouté ; il revenait dans sa patrie avec deux nouveHes couronnes , mais il était difficile qu'il eût gagné en affection et en respect, et la crainte de son nom n'était pas devenue plus grande. Les trois couronnes ne trouvaient pas de place sur une seule tétc ; placées l'une sur l'autre , elles formaient un poids écrasant ; a côté les unes te autres , elles se faisaient réciproquement ombrage. Par respect déraisonnable pour le titre d'empereur, on l'appela le chef de tout le gtote terrestre; mais h Borne même, d'où ce titre venait , il n'avait pas trouvé d'obéissance , et partout où il allait ailleurs , il valait ce qu'il avait vain comme roi des Teutschs , c'est-à-dire ce qu'il valait en génie , en puissance , en bonheur. Mais ceux qui l'avaient suivi , et qui cherchaient en vain du regard beaucoup de lenrs compagnons, étaient peut-être devenus, comme l'empereur lui-même, plus riches de connaissances , d'idées et de pensées ; mais il était difficile qu'ils eussent gagné en honneur et en fidélité , affermis par ceux qui revinrent dans li patrie.
Otto trouva l'état des choses dans le Tentschland meilleur qu'il n'était en droit de s'y attendre. Les Bavarois, désormais à l'abri des brigandages des Hongrois , s'efforçaient de réparer successivement les ravages que ce peuple féroce avait commis dans leur pays ; et le duc Heinrich II , au nom duquel ce pays était gouverné, faisait naître de belles espérances, et gagnait sans peine les cœurs par sa jeunesse et par sa beauté ; car il n'avait pas encore développé ce caractère obstinée! maussade qui , même après un prédécesseur tel qu'avait été son père Heinrich 1", lui fit donner le surnom de Querelleur. En Allcmannie, le duc Burchard II se conduisait avec prudence et modération ; ce beau pays , assuré contre le dehors , puisqu'il n'y avait rien a craindre, ni de l'Italie , ni dn royaume de Bourgogne, était florissant. I<cs couvents, il est vrai , prospéraient par-dessus
tout , mais aussi c'était aux moines que l'agriculture devait presque tous ses progrès. Et si là , comme partout, ceux qui étaient obligés de travailler a la vigue ne pouvaient boire le vin recueilli sur leurs anciennes propriétés , sur lesquelles ils vivaient maintenant commo des étrangers; si, bien plus, le produit de leur travail ne profitait qu'aux seigneurs laïques et ecclésiastiques auxquels ils devaient leurs services , l'aspect du pays n'en souffrait point , et lo mouvement ascendant des villes annonçait en tout cas une ère de plus grando liberté. La Lotharingie balançait moins qu'autrefois entre la droite et la gauebe ; elle reconnaissait sans réserve et sans murmure l'empire teutseb ; et Lotbar , le roi de France , était trop embarrasse dans son pays, pour qu'il pût songer à acquérir la Lotharingie. Mais l'intérieur du pays n'était jamais tranquille. Ce peuple mobile ne pouvait supporter le repos); et, par suite de leur nature mixte , les Lotbaringiens se laissaient très-aisément impliquer dans les affaires des Français, leurs voisins, Hruno toutefois, frère de l'empereur, archevêque de Cologne et duc de Lotharingie , avait , comme membre de la famille impériale , par sa propre dignité, et par la réunion de l'autorité spirituelle avec l'autorité temporelle , une trop grande influence , pour que les guerres privées et les mouvements pussent entraîner des conséquences bien graves. Les Franks (Franconiens) aussi suivaient tranquillcmentlcur voie. L'empire, qui avait si longtemps porté leur nom, le perdit vers cette époque : on ne l'appela plus l'empire des Franks ou des Franks orientaux, mais l'empire des Tcutschs , et Otto ne s'intitula plus roi des Franks, mais roi des Tcutschs. 11 parait que les Franks remarquèrent à peine ce changement. Ils uvaient eu leur temps. L'ancien esprit héroïque qu'ils avaient manifesté aux aurions jours sous le nom de Chattes , et plus tard sous celui de Franks , vivait encore dans quelques hommes, et le duc Kunrad avait tout récemment renouvelé avec éclat une gloire bien méritée. Mais depuis que la couronne dut passer do leur maison dans la maison de Saxe, ils avaient perdu leur éclat ; ils avaient la position d'un jteiiplc teutsch parmi des peuples leutschs , et leur multitude se comptait , et leur pays se mesurait. I>es Saxons enfui , qu'avaient coutume de suivre les Tburingiens, aussi vaillants que faciles à contenter, tcuaient fermement à leur
fidélité habituelle, et voyaient avec fierté la grandeur du roi qui était issu de leur rare. Et pourtant , tandis qu'Otto se trouvait en Italie, il y eut en Saxe des mouvements qui parurent avoir quelque importance , parce que non-seulement il existait dans ce pays des restes d'anciennes discordes, mais aussi parce que la Saxe était fatiguée par les peuples slaves, que Ton n'avait pas encore habitués à la soumission, et parce qu'en même temps ello confinait avec les Danois, qui n'avaient pas encore pu être de fidèles voisins.
Ce comte Wichmann , qui , gagné d'abord par les ducs Luidolf et Kunrad , était allé chez les Slaves, s'était enfui en France après la lxitaille de la Dosse , et n'avait enfin obtenu que par la médiation du marhgraf Gcro la paix et la permission de vivre sans fonctions publiques sur les terres de sa femme; Wichmann , abandonné do la fortune , n'avait ni renoncé à son ressentiment, ni perdu courage. Le roi lui avait promis , il est vrai , qu'un jour il le rétablirait dans m* honneurs , s'il expiait ses ancions crimes par nue fidélité inviolable ; mais l'expédition du roi en Italie obscurcit son horizon , et éloigna l'accomplissement de cette promesse ; et l'oisiveté était insupportable il son esprit belliqueux. On ne sait si la nouvelle des embarras d'Otto en Italie l'encouragea, ou s'il fut de nouveau vexé par son onple , le duc Hcrniann de Saxe ; mais il est certain que tandis qn'Otto était en Italie, "Wichmann forma la résolution de tenter encore une fois la fortune. Et comme peut-être il ne pouvait espérer gagner encore une fois la confiance des peuples slaves , il s'adressa & Harald II , roi des Danois , pour le décider à faire une irruption on Saxe. Luimémo, avec d'anciens ou do nouveaux amis, il commença aussitôt une petite guerre sur la frontière de Saxe, pour entraîner d'autant plus sûrement ce roi dans la lutte. Mais Harald n'eut pas de confiance eu lui. Il ne voyait en lui qu'un traître ou un aventurier. Il demanda donc comme garantieune action difficile. Wichmann , dit le roi, devait tuer le duc ilermann ou un autre prince, et prouver par ce meurtre qu'il avait entièrement rompu avec les Saxons , avec les Teutschs, et que son sort était lié à celui des Danois ; autrement il ne pouvait y avoir rien de commun entre lui et Wichmann. Mais pendant la négociation , le due Herniann fut informé par un marchand voyageur de ce qui
se passait sur la frontière danoise. Aussitôt il prit ses mesures. Quelques-uns des partisans de Wiclunann tombèrent entre ses mains , et il les fit pendre sans autre formalité. Wiebmann en (ut effrayé. 11 n'avait pas gagné le roi Harald ; il voyait clairement ce qu'il pouvait at
a âge. Mais la victoire et la v ie do ces 01 gucillnî i héros lurent eu même tcin^e^eisoiiaéefeGerv
1 ui-mème f ut grièv emen t blessé dans cette guem* . et SkgfrUl, son fils unique, auquel il espérut transmettre rbéritage de sa gloire et le Irait de ses exploits, afin qu'il pfit par l'un et l'atUn
tendre de son oncle , le duc Ilermann. Dans son s'élever à un éclat plus grand encore , y trevn désespoir , il eut recours au markgrave Gero , la mort. Aussitôt le vieux béros reconnut k qui, par sou intervention bienveillante , l'avait une foi* déjà tiré d'embarras. Et Gcro ne repoussa pas cet Uonnne, doul il était le lwaur frère. Dur , farouebo et cruel , Gero n'était pas •teins prudent et adroit ; il savait tirer parti de j dont il avait rempli les pays slaves , cl do mal
néant des efforts de l'homme. H en revue , et une longue série de désir* et* projets , d'exploits et de crimes, se présenta i son esprit. 11 fut effray é des sanglantes horreur
heur infini qu'il avait fait peser sur 1» peapi< > opprimés et foulés aux pied* , sans voir d'autre perspective que son propre tombeau» Il fat 9» d'un profond repentir. Les forteresses contâtes sur les terres des Slaves pour les conteur , et pour river à tout jamais les chaînes èeïoclavage , il ne pouvait les détruire -r les mihw » d'hommes qui avaient été égorgés dans les cmbals ou qui avaient péri victimes de la perftd* et de l'intrigue , de la peur et de la misère* il ne pouvait les rendre à- la 'vie; la liberté assassinée des Slaves, il ne pouvait la ranimerai il esjiéiail trouver du repos pour sa et se réconcilier avec Dieu par des pénitence*, des expiations et des œuvres pieuses, U rësohit i donc de se rendre à Rome, de déposer sa vieille épéede héros sur l'autel de saint Pierre, de prier
tous les moyens qui se préseu latent pour accroître sa renommée et sa puissance , et par là mémo pour avancer d'orgueilleux projets qu'il semble avoir poursuivis. Il se servit donc du comte Wiciimaon pour gagner les peuples slaves , chez lesquels il était allé autrefois. Wiebmann se rendit chez ses niieiens amis, et ceux-ci , qui avaient éprouvé son habileté et ue suspectaient pas ses intentions , le reçurent encore une fois avec bouté et confiance. Et par \\ ichmann, ces peuples furent déterminés à s'attacher avec dévo&mentà Gcro; mamtcnaul qu'ils avaient perdu tout espoir d'indépendance et de liberté.
Cette alliance était d'une haute importance pour Gcro. Elle lui donnait les moyens et l'occasion de nouvelles victoires et de nouvelles
conquêtes. Mais l'histoire de ces conquêtes, ! sur le tombeau des apôtres, de solliciter du que Gcro fit de concert avec Wiebmann et avec i père la sanctification des fondations qu'y aviit les Slaves , ne nous a pas été transmise. On dit que dans de nombreux combats il battit les barbares dont les demeures étaient plus éloignées ; mais on ne donne aucun nom. Et bien que dans l'état actuel des clioses , il soit presque impossible do penser que ce fût un mitre peuple que les Poméraniens, ce n'est toujours la qu'unecoujeeture. Et après qu'il eut dompté ces barbares, il tourna eniin ses armes contre les Lusacieus , qui seuls des peuples slaves en deçà de l'Oder { son conseiller le plus dévoué , sinon peut-ènv jouissaient encore d'une indépendance incertaine. Gero eut à soutenir une lutte très-rude contre ce peuple; car Miska ou Miscco, Mjesko, Miczislav, roi des Poléniens ou des Polonais, leur porta secours. Ils sortit égaloment victorieux de cette dernière guerre ; Mjesko fut doux fois battu par Gcro. In de ses frèros fut tué, et tout le peuple polonais jusqu'à la Warla, dont U était roi , fut pillé. Les Lusacieus fuient domptes et réduits au plus, dur escuv
faites-, d'entrer ens monastique , de donner ses biens à son couvent de Gernrode , do faire vivre son nom d'une autre manière qu'il ne l'avait fait jusqu'alors \ et de recommander aux prières des dans le même temps où l'empereur Otto, revenant d'Italie après un séjour si agité , saluait avec douleur les frontières de la patrie, Gero,
le plus loyal, Rome en pèlerin repentant.