CHAPITRE Mil
SÉJOUR D'OTTO LE GRAJiD DANS LE TELTSCU- L.VND KT SA DERNIÈRE KXPBMTJON ES ITALIE. — GUERRE AVEC LES GRECS. — COUROMVKNBIW5 llOTTO U COMME BMi'E-
L1Y, XV , CtHP- VIII.
RRIHl , ET SON MARIAGE AVEC LA FftANCSSSE GRECQUE IBEORHANO.
De l'an 9C5 4 l'an 072.
L'empereur Otto , accompagné (Je sa femme V«k4hcài , revint dans sa pairie par Coirc dans W pays tics Grisou», cl par Heichnau sur le lac de Constanre < il laissa sous la surveillance d\\iMtlag , attteveque tks Hambourg , le pape Ucuoit Y, qu'il eovmeuail avec lui, ou qu'il a\ait précédemment déjà envoyé d*us le TcutscbluuU. Son lils , le jeune roi Otto, et Wilueiui, archevêque de Mayeuee* vinrent au devant de Uû à IKùwsliiein (4j. Accompagné d'eux , il se rendit à Worms. Là se trouva aussi son frère Bruno. Il passa l'hiver de ce côté du Uhin, soit «juc lui-même, comme ses compagnons, eut basoiu de quelque repos après tant de fatigues et après la pénible expédition au delà des Alpes, suit qu,'d fallut des dispositions préalables pour uvontrer avec une magnificence convenable aux vassaux de l'empire la dignité impériale , Ja seule chose qu'il pût présenter comme le fruit do ses travaux en lia lie. U célébra la fête de l'àqnes dans le vieux palais de Karl le Grand à IngeJlteUH. l>e là il descendit le ttbin jusqu'à ( «lotUKw Là d trouva «tmère, U vénérable reine Jtatbtfde, qui ne semblait plus appartenir à la U^Te^ueparsescufeiUsetscspctits-cufants. Elle lui amenait son lils, le jeune roi Otto, et son ijoveu , le jeune Meiiuich II, duc de Uavièie, quelle aimait avec toute la prédilection qu'elle avail cuo autrefois pour son père , e( qu'elle aimait avee d'autant plus de force, qu'elle parait avoir eu des pressentiments plus sombres sur l'avenir do ce prince, en réfléchissant à la uaissauce , à la vie, à la mort de son {Us Ueinlicu, fcuun la reiuo douairière de France , wiwir d'Olto vint aussi saluer l'cmncrcur sou frèw* Avec ^arrivèrent ses deux lils, Lother et karl.» dont le premier était roi dp Franco. Ainsi tous les membres de la Camille impériale se trouvèrent féunis, et célébrèr ent une grande Joie de famUle , qui fut embellie par les uanailles de Lothar , roi de France , av ec Emma , fille que l'impératrice Adclheid avait eue de son premier lit. Cette fête fut aussi relevée par la présence des premiers princes de l'empire tcutscu, qni accoururent eu grand nombre pour témoiguer à l'empereur leur respect et leur ihlclité, pour- lui rendre compte de l'état de la patrie , et peut-être aussi pour délibérer
avec lui sur les affaires publiques. Et certainement il y eut aussi beaucoup d'inféodations et d'investitures, de concessions d'honneurs, de droits , de dignités. Tous les regards se tournaient vers la dignité impériale, et Otto ne pouvait la montrer vainc ni aux seigneurs laïques, ni aux seigneurs ecclésiastiques.
De Cologne , l'empereur se rendit en Saxe, le pays de son père et de sa jeunesse. Avant tout il visita Magdebourg. Cette ville , célèbre deduls i>Uisicur> uonr ratious i>ar son coiunicivi; et son industrie, lui était smguiièrcmettt ehère. U lui donna tant de faveurs temporelles et spirituelles , qu'il en fut célébré comme le toudatcur; et dons le fait on pouvait bien m re-> garder comme son fondateur* «on comme le premier > «vus comme, le second , puisqu'il avait arraché cette ville aux Slaves * et puisque» non content d'eu faire le siège d'une abbaye , il avait encore résolu d'y établir un archevêché. Puis il parcourut 1a Saxe , y rétafeul l'ordre, la eeucewle, l'union. U arriva ainsi à Quedjinboui'g , où reposaient les restes immortels de son père, dont U sagesse et l'activité avaient fondé sa grandeur, comme il le recouuaissaU sans aucun doute. Dans le cours de l'été de l'an %îi , il séjourna eu général pins longtemps aux. environs du Hartzj cl il n'est pas invraisemblable que, stimulé et éclairé par ses expéditions d'Italie , il ail mis le temps, à pionjL pour faire explorer ces montagnes. Car à cette époque on découvrit que le UarUreutoii niait do i'arueut dans sou sein . et celte dècou-
vrerte a été attribuée, du moins dans les mxk& suivants , aux soins de l'empereur Otto. Il est jiossible e4 vraisemblable qu'antérieurement déjà l'oJà ait cherché dans d'autres parties, du Teulschland à tirer des métaux précieux des montagnes et des fleuves, et que l'on y soU parvenu : mais ces tentatives ne paraissent pas avoir eu de résultat important. La découverte des veines d'argent dans les montagnes, du Uartz (et d'après l'opinion très- vraisemblable des siècles postérieurs, les premières veines du Kammelsberg , près de Goslar , furent découvertes par les efforts d'Otto ) dut doue exercer une puissante influence sur la vie du peuple teutsch. Les efforts tentés pour tirer ces trésors de leur antique nuit, afin de les faire paraître à la lumière du soleil , durent déjà exciter de plusieurs manières le génie : car le travail des inùica exige el luit naître une ioulo <
sances , et donne aux hommes qui s'y livrent un sentiment tout particulier d'eux-mêmes. Le résultat de ce travail devait agir sur les relations des hommes , augmenter le commerce , et , avec le temps , donner de la force à la vie et l'ennoblir : mais les places de marche n'avaient pas perdu leurs droits , et les besoins toujours croissants poussèrent les juifs et les chrétiens à exploiter ces droits de toutes manières , dès que le temps le permit jusqu'à uu certain point. Depuis Heinrich I", les villes avaient trouvé protection et encouragement , et partout des commerçants s'étaient établis. Otto avait eu sous les yeux l'image des villes italiennes. H ne parait pas cependant qu'il ait senti naître en lui une affection particulière pour l'industrie des villes; mais ce fut un très-grand avantage pour les villes et pour leur commerce qu'Otto , quoique peut-être il n'y fût décidé que par sa piété, recommandât les marchés et le commerce à la protection des ecclésiastiques , et inféodât à des églises et à des couvents les péages et les revenus des places dej commerce. Dès le siècle suivant , Magdebourg et Brème en donnent une grande preuve ; car ces villes , comme beaucoup d'autres, durent sans aucun doute leur rapide prospérité à la protection du clergé.
Tandis qu'Otto se livrait & ces soins pacifiques et paternels au milieu de ses fidèles Saxons, il ne resta pas sans subir de tristes épreuves , comme cela est ordinaire aux hommes. Il so passa des événements dont les uns l'affectèrent douloureusement, et dont les autres lui causèrent du chagrin. Ceux-là eurent lieu dans le Teutschland , ceux-ci en Italie.
D'abord , peu après l'arrivée de l'empereur en Saxe , le markgraf Gero , à peine revenu de son voyage au tombeau des apôtres , mourut persuadé qu'il s'était réconcilié avec Dieu. Ia mort du vieux héros ne pouvait surprendre l'empereur ; car Gero était arrivé au terme de la vie humaine , et ses derniers actes avaient prouvé qu'il avait perdu toute valeur pour les affaires publiques. Mais sa mort amena pourtant un grand changement dans les relations de l'empire. Gero avait eu un gouvernement d'une étendue inaccoutumée ; presque tous les pays slaves jusqu'à l'Oder avaient été soumis à son épee et à sa volonté. On ne sait si Gero avait administré d'après les ordres du roi ; mais il paraîtrait presque qu'on l'avait laissé entièrement libre dans ses actes. Peut-être aussi la position
iUPLE ALLEMAND.
| des peuples slaves exigeait-elle une certaine indépendance pour le gouverneur géuéral de ces contrées , et Gero sut faire valoir cette indépendance. 11 n'était donc pas facile de remplir sa place , et Otto pouvait à peine désirer remettre i encore une fois entre les mains d'un seul homme i le même pouvoir que Gero avait acquis de ùczi e | en degré par des victoires et par des conquête». ! Gero n'avait pas encore abusé de ce pouvoir contre le roi et contre l'empire ; mais aussi les forces de l'empire lui avaient été constamment nécessaires pour combattre les Slaves ; son suc» cesseur, au contraire, dans le cas où la lutte contre les Slaves cesserait, pouvait être aisément tenté de posséder un empire à cote de 1 l'empire. Ce qui est certain , c'est que les pais ! qui jusqu'alors avaient été placés sous les ordres de Gero furent désormais partagés entre cinq marfcgrafs , soit par la propre volonté de Gero , soit par une disposition de l'empereur Otto ; ou bien cinq princes , soumis jusqu'alors ! au commandement suprême de Gero , furent : soustraits à cette surveillance, et passèrent ton» sous l'autorité immédiate de l'empire et du roi, et continuèrent tous à porter le titre de markgraf, dont Gero avait été revêtu, soit parsnite d'une investiture formelle , soit par un effet de l'habitude et du langage usuel (2). Ce partage de la dignité et du territoire , avec lequel lut certainement en rapport la fondation des trois évôcbés de Meissen, de Zeitz et de Mersebourg, qui , créés vers ce temps , devaient être soumb au siège archiépiscopal de Magdebourg , détourna sans doute le danger que présentait la réunion en un seul tout de si vastes pays habités par des peuples non teutschs ; mais , d'un autre coté, il affaibUt aussi la puissance avec laquelle Gero avait fait de si grandes choses. J'ar là dut se réveiller chez les peuples slaves le souvenir de l'ancienne liberté, qui pourtant ne pouvait qu'attirer sur eux de nouveaux malheurs. Car de tout temps ç'a été le sort cruel de cette race d'hommes de ne pouvoir oublier la liberté, de ne pas hésiter à faire pour elle les plus grands sacrifices, d'être prêts à souffrir pour elle les pins grands maux , et de se voir pourtant toujours hors d'état de conserver cette liberté. Mais l'histoire des peuples de ces contrées est singulièrement obscure dans les temps les plus rapprochés de ceux-ci, et l'obscurité même qui l'environne est peut-être une preuve dos nouveaux bonfct [ versements qui eurcut lieu.
1.1 V. XV, CUAP. Mil. 241 Qnelqncs mois après la mort de Gero, Tempe- i sir; et cette entière soumission » la volonté do
renr appiit celle de son frère l'archevêque et duc Bruno. Cet homme vénérable se trouvait en voyage pour Compiègnc ; il voulait essayer d'arranger des discussions élevées entre ses neveux, dansunc entrevue convenue vraisemblablement à Cologne , et en général faire tout ce qu'il était possible de faire pour maintenir la dignité royale et l'honneur de l'Église. En chemin, à Reims , il fut saisi d'une fièvre violente ; il se vit forcé de rester dans celle ville. Il y mourut le 1 1 octobre, h la grande douleur de beaucoup d'hommes nobles et vertueux ; car Bruno, ami zélé des sciences et des arts , avait su se faire aimer et respecter comme homme et comme prince. 1-a mort de Bruno déeida vraisemblablement l'empereur à se rendre , dans l'hiver de cette année, sur les bords du Rhin , et particulièrement a Cologne. 11 fallait donner le siège archiépiscopal à un homme qui , bien qu'il ne pût remplacer son frère , fit supposer pourtant qu'il était résolu à agir dans le même esprit et dans le même sens que loi. Comme Bruno avait été en même temps duc do Lotharingie, il y avait sans doute aussi beaucoup de choses à ordonner et à résoudre. Otto éleva à la dignité d'archevêque le diacre Folkmar , ami et admirateur de son frère ; il ne donna point de nouveau duc au pays, mais le retint «ous sa propre surveillance. 11 le fit administrv r , à ce qn'il semble , à la manière de karl le Grand, par des comtes ; il nomma toutefois vraisemblablement un prince Friedrich son vicaire on son délégué; homme auquel son frère Bruno avait déjà confié, huit ans auparavant, plusieurs parties de l'administration ducale, dont probablement il n'avait pu se charger lui-même en sa qualité d'ecclésiastique.
Dans Tannée qui s'écoula pour l'empereur avec ce mélange de joie , de douleur et d'affaires , il se passa en Italie des changements qui réclamèrent son attention sous plus d'un rapport. A Rome mourut le pape Léon VIII, qu'Otto avait imposé aux Romains. Sans doute cette mort si prompte est singulière; on ne voit pas cependant qu'Otto ait eu des soupçons contre les Romains. Aussitôt ceux-ci envoyèrent une ambassade à Otto pour lui annoncer cette nouvelle. Mais il est difficile de dire quelle tournure prit réellement cette ambassade : d'un côté , l'on dit que les Romains remirent à Tcmoereur le soin de nommer un pape selon son bou pl.ii-
'empereur était, à ce qu'il parait, conforme aux prescriptions que l>éon VIII avait , dit-on , laissées. Mais d'autre part on ditque les Romains prièrent l'empereur de leur rendre le pape Benoit V , qu'il leur avait ôté ; et celte assertion parait répondre beaucoup mieux a Tétat de» choses. Car les Romains n'auraient sans doute que difficilement donné suite, dans la situation des affaires en Italie , même aux injonctions les plus impérieuses de I^on VM , pape intrus ; et non-seulement Benoit V était regardé par eux comme pape légitimement élu , mais encore il avait une grande réputation de savoir et de piété ; et dans le Tcutsehland même il avait gagné beaucoup d'esprits et édifié beauconp de cœurs. Mais lors même que les Romains, comme cela est vraisemblable , eussent demandé la délivrance de Benoit ; lors même qu'Otto lui-même eût peut-être été disposé à se rendre à leurs prières , il arriva un événement devant lequel s'évanouirent et les prières et leur accomplissement. Avant qu'Otto pût prendre une résolution , Benoit V mourut dans son exil à Hambourg, succombant sans doute sous le poids des malheurs qui avaient pesé sur le saint-siége, sur l'Italie, sur Rome et sur lui-même. Cet événement tira peut-être l'empereur d'un assez grand embarras. Alors il congédia les ambassadeurs des Romains , et envoya avec eux deux évèq?ics fidèles et dévoués', Otgar de Spire et Liutprand de Crémone, l'historien. Ils devaient diriger à Rome l'élection d'un nouveau pape. Dans le fait , avec l'assentiment de ces deux envoyés, et, comme on le dit, par l'élection de tout le peuple romain , Jean , évéque de Narni , fut choisi pour pape , et , le treizième de son nom , élevé sur le siège apostolique. Mais il n'y fut pas longtemps tranquille , soit qu'il s'élevât contre lui un parti dirigé par d'autres vues que les siennes, soit que , comme on l'en accusa, il eût agi avec orgueil et arrogance envers les grands de Rome. Il fut saisi par des hommes à la tête desquels se trouvait le préfet de la ville , entraîné au dehors , et enfin retenu en prison en Campanic.
L'ordre ne resta pas non plus, dans l'Italie supérieure, tel que l'empereur l'avait laissé lors de son retour dans le Tcutsehland. A peine les liOmbards. virent-ils Otto de l'autre côté des Alpes, que beaucoup d'entre eux espérèrent qu'il serait possible de se délivrer des étrangers
dont ils avaient éprouvé la domination arbitraire. L'indignation qu'ils ressentaient leur lit illusion sur leurs forces , el , dans leur colère , ils ne songèrent pas a calculer les moyens dont ils pouvaient disposer. Ils rappelèrent le roi Adalbert, fils de Berngnr, qui se trouvait encore en Corse, losaluèrcntroi,et la plus grande partie des Lombards se réjouit, à ee qu'il semble, du retour d'un prince national. Otto, informé de tout par ses amis , ne perdit pas de temps pour agir contre les menées de ses ennemis, avant que ceux-ci pussent réunir leurs forces , triompher des obstacles qu'élevaient les Teutschs laissés en Italie et leurs partisans , et prendre les mesures de défense nécessaires. Vraisemblablement il avait prévu ce qui arriverait. Aussi il s'était probablement entendu h ce sujet, lors deson passage pai TAllemannic, avec Burchard , duc de ce pays. Uurcbard était donc prêt a passer promptement les Alpes, et il entreprit cette expédition dès que le roi lui eut fait connaître qu'elle était nécessaire. Lorsque Burchard fut descendu des Alpes, ceux d'entre les Lombards dont les Tcutschs vantaient la fidélité, mais que leurs compatriotes regardaient sans doute comme des traîtres, se réunirent à lui et accrurent ses forces. Burchard descendit le Pô en bateau , pour arriver plus vite a l'ennemi. Lorsque enfin il vit l'armée d'Adalbert rangée sur la rive, il résolut de débarquer aussitôt. Adalbert l'attaqua en ce moment ; mais ses efforts furent vains. I»cs Allemanni prirent terre sans qu'on pût leur résister ; Wido , frère d'Adalhet t , tomba sous leurs coups ; les Lombards, appelés rebelles par les Tcutschs , reculèrent, renoncèrent au combat, et se dispersèrent; el il ne resta au malheureux roi Adalbert qu'a sauver encore une fois par la fuite sa vie et sa liberté. Il se retira dans des montagnes inaccessibles. Alors Burchard , non assurément sans de nouvelles cruautés, rétablit l'ordre détruit , et se mit eu route pour repasser les Alpes, afin de porter nu roi la satisfaisante nouvelle d'une \ ictoire aussi prompte que complète. Mais plus tout parut décidé promptement, moins les ames furent gagnées. Les châtiments ne manquèrent certainement pas a un soulèvement si pardonnable; bien plus , des hommes qui désirèrent se justifier auprès de l'empereur de la part qu'ils y avaient prise ne furent pas écoutés. Wido , évéque de Modènc , se rendit en personne dans le Teutschland pour prouver
ù l'empereur qu'il n'avait pas violé sa fidélité ; mais Otto ne se contenta pas de le renvoyer, il le fit arrêter en route , et conduire en prison dans le pays des Slaves.
Il n'est pas douteux qu'Otto n'avait quitté l'Italie qu'avec la résolution d'entreprendre hplus tôt possible une nouvelle expédition avides troupes toutes fraîches , afin de conserver ce qu'il avait gagné et de consolider ce qu'il avait fondé. Mais il avait bien senti la nécessité uV ranimer les bonnes dispositions des princes et des peuples tcutschs par sa sollicitude , par des grâces et par une administration bicnvcilfanfe, avant de leur proposer une nouvelle expédition dans un pays où ils trouvaient à la fois do la gloire , des jouissances , et leur perte. Toutefois 1rs événcmcntsdcRomcet de la Lombardie luipiw vèrent peut-être qu'il ne pouvait ajourner Yeipédition après un autre hiver; et les dispositions favorables que partout il avait trouvées ou ranimées lui avaient probablement aussi donné la certitude que cet ajournement ne lui serait plus nécessaire. Otto convoqua donc une diète à YVorms, et jusqu'au moment de sa rcnnion,au printemps de l'an 1)09 , il se rendit de nouveau en Saxe et en Thuringe. Il visita les villes et les cantons, et, s'arrêtant de côté et d'antre , il agit partout de la manière la pins amicale et la plus encourageante. Enfin il fit une visite a sa vieille mère a Nordhauscu. Ce séjour était plus cher que beaucoup d'autres h la pieuso reine Mathilde. Elle y avait fondé un couvent de femmes , et désirait intéresser son fils A l'entretien et à la dotation de ce monastère. L'empereur resta sept jours auprès de sa rcneraWe mère : ce furent des jours d'effustou cl de tendresse réciproque. L'un et l'autre sentaient on reconnaissaient que leur séparation serait U dernière. Le jour où ils se séparèrent, la metc se rendit de grand matin avec son fils a l'église pour assister a la messe. Après la cérémonie, Mathilde adressa ces paroles a l'empereur : « Mon cher fils , je te répète ma prière : c'est dans cette ville que j'ai doimé le jour à ton frère Heinrich , que j'ai beaucoup aimé , parce qu'il portait le nom de rotre père ; c'e«t également ici qu'est née ta sœur Gcrbirg. Voili pourquoi j'ai fondé ce monastère , surtout poor le salut de l'Ame de ton père et de ton frère. Prends-en soin. Nous nous parlons pour h dernière fois ; que le souvenir du dernier regard de ta mère soit constamment pour toi un
v.x. xv , chap. vin.
sotivcnir do ce monastère. » Otto promit. Alors elle embrassa son fils en versant des larmes brûlantes, et l'accompagna hors des portes de l'église. Otto monta à cheval. En ce moment, on lui dit que sa mère était retournée dans l'église , s'était jetée à genoux , et couvrait de baisers et de larmes les traces de ses pas. Cette nouvelle fit sur cet homme si fort «ne si vive impression , que, fondant lui-même en larmes , il s'élança de son cheval , conmt dans l'église , se jeta encore une fois dans les bras de sa mère, et ne put qu'avec peine s'arracher h ses étreintes.
Le 40 août , Otto était encore à IHersebourg; le 15 il était a Worms. Ijcs princes de l'empire s'étaient assemblés dans cette ville , où ceux qui étaient disposés ou résolus h assister à l'expédition d'Italie , se trouvaient au milieu de leurs guerriers. Les troirpos que l'empereur voulait garder immédiatement sous ses ordres y étaient aussi réunies, de telle sorte que l'empereur se trouva en état d'entrer en campagne aussitôt qu'il aurait terminé ses délibérations avec les princes. Il prit, en passant par Coire et par le pays des Grisons , le même chemin qu'il avait suivi pour revenir dans sa patrie. Arrivé en Italie , il se mit aussitôt û poursuivre ceux qui, l'année précédente, avaient rappelé le roi Adalbert ou s'étaient déclarés en sa faveur. Sigolf,évéqncde Plaisance, et plusieurs comtes du pays furent arrêtés et conduits au delà des Alpes pour expier leurs crimes dans le Tcutschland. Sans doute aussi des hommes d'une condition inférieure n'échappèrent point à la vengeance du fier empereur, quoique, selon l'habitude , les historiens n'en fassent aucune mention ; cl l'armée teutsche traita vraisemblablement avec insolence les Italiens, sans aucune distinction ; car l'insolence cause d'ordinaire un misérable plaisir aux vainqueurs et aux conquérants, dans les temps civilisés comme dans les temps barbares.
La conduite de l'empereur effraya Rome , qui prévoyait sa prochaine arm ée. Ou voulut conjurer l'orage ou du moins en diminuer la violence. La terreur fit naître la désunion. Le préfet delà ville, nommé Pierre, se vit contraint à la fuite ; un comte Rolfred , qui avait principalement contribué à l'expulsion du pape Jean XTII , fut tué par Jean , fils de Cresecntius, pclit-flls de Théodora la jeune, dont il a été question plus haut ; puis le pape Jean fut ra-
mené et rétabli sur le saint-siége de l'apotrc. C'est ainsi qtic, par des sacrifices et des expiations, les Romains crurent avoir réparé ce qu'ils avaient fait contre la volonté de l'empereur ; caria faute de tout semblait retomber maintenant sur le préfet c\pnlsé cl sur le comte tué , ou du moins pouvoir être rejetéc sur eux. Mais ils ne réussirent pas a apaiser la colère d'Otto. 1 1 partageait l'erreur commune des puissants, ou bien il se laissa persuader par des conseillers avides et égoïstes, que la douccurenvers des sujets les provoquait a une nouvelle audace; que la dureté, au contraire, faisait naître la crainte , que devait nécessairement suivre IV béissanee. Et sous l'empire de cette erreur , sa conduite fut a la fois cruelle et insensée.
Otto était à Rome le jour de Noël. H célébra cette fête avec le pape Jean XM. Mais aussitôt commencèrent les persécutions contre ceux qui avaient pris part à l'expulsion du pontife. Les historiens se taisent sur la manière dont l'enquête fut dirigée, et quels crimes furent prouvés en détail ; mais il n'est pas douteux qu'il n'y ait eu de nombreux et terribles châtiments. Treize Romainsdes pins illustres furent pendus; d'autres périrent parle glaive ; d'autres curent les veux crevés : d'autres enfin furent exilés. Le cadavre même de Rotfrcd assassiné ne fut pas a l'abri des plus affreuses mutilations. Les amis et les flatteurs d'Otto en Italie défendirent une telle conduite , conseillée peut-être et provoquée par eux. Elle était conforme , disaientils, aux édits des empereurs romains, dont ils représentaient Otto comme le successeur ; elle était en particulier conforme aux édits de Justlnien, de Valentinien cl de Théodosc. Selon eux, si l'empereur eût agi différemment, il eût été lui-même un tyran impie, injuste et cruel. Par de tels discours, ils cherchaient peut-être à étouffer les sentiments plus nobles qui vivaient évidemment dans Otto. Et dans le fait , on arriva à ce résultat, que désormais Otto fut craint, sinon respecté parmi les peuples d'Italie. La terreur de son nom se manifesta par des faits. Celui qui ne pouvait se résoudre a rechercher et a gagner la faveur du dominateur étranger par des services d'abnégation contre sa propre patrie s'effaça du moins , renferma ses sentiments dans son cœur , et ménagea son osprit et ses forces , dans l'espérance do jours plus heureux. Tant qu'Otto séjourna en Italie , ou a il régner partout , sinon la iranquil-
lilé intérieure , du moins le silence extérienr.
Mois l'empereur Otto lui-même se faisait peutêtre illusion sur cette soumission des Italiens. Ignorant les lois naturelles de la vie hnmaine, il méconnut la puissance indestructible qui réside dans le caractère national; et comme aucun empire voisin , aucun peuple menaçant ne lui fit obstacle dans la soumission de l'Italie, il ne regarda pas comme impossible une réconciliation des Italiens avec les Teutschs , et la réunion éternelle de l'Italie an Tcutschland sons un maître commun. Le ciel et la terre d'Italie lui plaisaient ; et quoique peut-être lui, prince Saxon, continuât à aimer par-dessus tout le pays où il était né, Adelhcid, son épouse chérie, l'attirait pourtant avec une force irrésistible vers le soleil et l'air du Midi. Si une fois les hommes étaient gagnés ou soumis a l'habitude, tout semblait atteint. Dans le Tentschland était la puissance , en Italie les jouissances : la réunion des deux pays semblait rendre possible pour les générations a venir une vie grande, riche et heureuse. En Italie, les hommes d'armes avaient trop souvent éprouvé leur propre faiblesse pour être encore à craindre ; les hommes de la parole , au contraire , les ecclésiastiques, le pape à leur tête, qui appartenaient au monde entier et non exclusivement a tel ou tel pays , paraissaient forcés de tenir fidèleuent pour celui qui leur donnait la plus grande sécurité et les plus grands avantages. Ces pensées ou des i>ensécs analogues traversèrent peut-être l'esprit d'Otto , et peutêtre fonda-t-il sur elles ses projets ultérieurs : il voulait rattacher fermement à son tronc le pape et le clergé par des immunités, des inféodations, des faveurs de toute espèce; faire aussitôt placer la couronne impériale sur la tête de son fds , pour la conserver d'autant plus sûrement dans sa famille ; contraindre la cour impériale de Constantinoplc , qui parlait toujours encore avec dédain des empereurs d'Occident, a reconnaître l'empire d'Occidont, et obtenir une princesse grecque comme épouse pour son lîls , en partie pour prouver d'une manière d'autant plus décisive au moude l'égalité des deux empires, en partie pour élever d'une manière d'autant plus évidente sa famille au dessus de toutes les maisons piïncièrcs du monde germanique. Assurément il devait désirer aussi et chercher à délivrer entièrement l'Italie de tonte ipomination étrangère, non-seulement des
Sarrasins , mais aussi des Grecs; mais, sans aucun doute, ce plan était plus éloigne dans sa pensée. D'autre part, il n'est pas invraisemblable qu'il ait eu le projet de fixer sa résidence a Ravcnne , ville qnc sa position favorable avait déjà fait préférer à toutes les autres par les empereurs romains pour le siège de la souveraineté. CertainemcntOttoétaitun hommcd'nne grande piété; on ne peut pas plus lui refuser un esprit héroïque et de la force d'amc qu'une certaine tendresse de coeur : mais la fierté et l'orgueil, l'ambition et la vanité régnaient également en lui, l'en traînaient par-dessus Jes sentiments les plus sacrés et les qualités les plus nobles, et obscurcissaient ses vertus.
Au commencement de l'an 902, Otto marcha sur Bénévent, non toutefois, à ce qu'il semble, a^cc un appareil guerrier, mais paisiblement et avec une faible escorte. Lorsque les Langobards avaient fondé leur royaume eu Italie, ils n'avaient pu prendre possession de toute l'Italie inférieure; mais aux environs de Capoucctdc Bénévent, il s'était formé un duché qui portait le nom de cette dernière ville, et dont il a souvent été parlé dans cet ouvrage. Les princes de ce pays , tout en reconnaissant leur dépendance du royaume de Lombardie, et en s'appelant vassaux des rois franks sous la domination de ceux-ci , étaient habituellement restés abandonnésacux-mêraes, et avaient joni d'une certaine indépendance. Dans leurs luttes variées et compliquées , d'abord contre les Grecs seuls, qui s'étaient encore maintenus ça et là sur des rochers , dans des forteresses , sur certaines angles de terre et sur des promontoires , et qui , de ces positions , avaient défendu des portions importantes de territoire ; puis avec les Grecs et les Sarrasins , dout les derniers se montrèrent d'abord en pirates pour disparaître aussitôt, mais qui bientôt s'établiront solidement, ils avaient rarement été secourus ; et bien que quelques rois , comme l'empereur Ludwg II , eussent poçté leurs armes dans ces contrées , leur apparition n'avait pas eu d'action durable. Dans le temps enfin où Hugues s'intitulait roi d'Italie, ces pays étaient retombés sous la souveraineté de l'empire grec , et leurs princes étaient considérés à Constantinoplc comme sujets ou serviteurs de l'empereur romain d'Orient. A cette époque, Pandulf, surnommé Têle-de- /Vr, fils de Landulf II, était prince de Ca-
pone, et, a côté de lui , son frère I.andulf III était prince de Bénévent. L'empereur Otto se rendit auprès de ces princes pour les engager à se détacher de l'empereur d'Orient, et a revenir sous sa foi. 11 espérait aussi gagner Gisulf, prince de Salerne , parent d'Adelhcid, sa femme. Toutefois Gisulf résista a toutes les séductions, et resta dévoué aux Grecs, tout en faisant peut-être à l'empereur Otto des promesses amicales ; Pandulf et sou frère , au contraire, étaient prêts à jurer fidélité à l'empereur ; mais comme une guerre avec les Grecs semblait devoir en résulter nécessairement, Pandulf demanda les forces que la résistance exigerait ; et Otto , que la demande du prince répondit ou non à ses projots, n'hésita pas à investir Pandulf, indépendamment des terres qu'il possédait déjà , du duché de Spolètc et de la Marclie de Camcriuo. Pourtant il parait que Pandulf ne fut pas aussitôt rais en possession de ces pays.
A cette même époque, Nicéphore Phocas occupait le trône de l'empire grec. Il n'y était pas arrivé sans intrigues de femmes, sans artifices de prêtres, et sans quelque violeucc ; mais c'était un homme de beaucoup d'énergie et d'une grande intelligence, et il avait mérité le trône de cet empire en décadence par les glorieux et heureux exploits qu'il avait faits avec son frère Léon, en Asie ctdansl'ile de Crète, contre les .Mahométans. L'n tel homme ne se laissait pas effrayer, comme Otto l'avait espéré. Dès qu'il eut quelque indice des intrigues nouées dans l'Italie inférieure, il fit de grands armements, surtout en Sicile, bien que sa position à l'égard des Mahométans fût très-diflicile , pour maintenir dans la soumission ceux qui avaient une fois reconnu la souveraineté de son empire. Aussitôt Otto , qui ne s'attendait nullement à une guerre, ou pour qui du moins une guerre si prompte arrivait mal a propos, envoya un ambassadeur à Nicéphore pour l'assurer de ses vues pacifiques. Nicéphore parut tranquillisé , et résolut d'envoyer à sou tour une ambassade à Otto, soit pour tout régler paisiblement , soit pour se fairo instruire de l'état des choses.
Pendant ce temps , Otto s'était rendu à Ravenne, où il célébra la fête de Pâques. Le pape Jean XIII y vint également, ainsi qu'un grand nombre d'évèques italiens. Dans une
assemblée de ces hommes vénérables , sous la présidence de l'empereur et du pape , furent examinées et réglées diverses affaires de l'Église; mais ce qu'il y eut de plus important, c'est que l'empereur remit le pape en possession de la ville et du territoire de Ravenne , e'est-a-dire de l'Exarchat , de la même manière dont ce pays avait été jadis concédé au saintsiége comme domaine de l'Église : ce qu'Otto avait promis au pape à son couronnement fut exécuté; et le pape Jean ressentit une grande joie de cet accomplissement des promesses impériales. C'est a Revenue aussi qu'arma l'ambassade envoyée par l'empereur Nicéphore. Elle était chargée d'une mission pacifique et amicale, et apportait des présents, selon l'usage de ce siècle. Otto la reçut avec prévenance et joie. Et vraisemblablement il fit d'abord à ces ambassadeurs la proposition d'un mariage entre son fils et la fille de l'empereur Romain II , belle-fille de l'empereur Nicéphore, qui avait succédé à Romain sur le trône et qui avait épousé Theophano, sa veuve. Sans doute ce mariage fut présenté comme un moyeu de concilier à tout jamais les prétentions réciproques. Les ambassadeurs toutefois , qui vraisemblablement n'avaient point de pleins pouvoirs pour une négociation de cette nature, reçurent peut-être ces offres avec une prévenante politesse, se réservant d'en informer leur maître, l'empereur Nicéphore. Car Otto les congédia avec amitié et bienveillance, et envoya bientôt après à Constantinoplc d'autres députés chargés de suivre la négociation. L'empereur et le pape écrivirent dans le Tcutschland que le jeune roi Otto, fils de l'empereur, eût à venir en Italie et à Rome, afin de recevoir avec la couronne impériale le titre d'empereur: car Otto croyait peut-être qu'il serait plus facile d'obtenir la princesse grecque et do faire reconnaître l'empire romaiu d'Occident, si le fiancé, son fils, qui du reste n'était Agé que de dix-sept ans , so présentait orné delà couronne impériale.
Tandis qu'après cela Otto passait en Italie l'été de cette année, rendant la justice, ordonnant et administrant; pendant qu'il mettait Pandulf, prince de Capoue, en possession de Spolète et de Camerino , le jeune roi son fils faisait les préparatifs de son voyage d'Italie. En son nom , et vraisemblablement par son frère » Uhelm, archevêque de Mayence,
246 HISTOIRE DU Pi
fut convoquée à Worms nue assemblée dos princes et des seigneurs de l'empire, où le jeune roi parut en personne. Sans doute on voulait présenter aux princes de l'empire celui qu'ils avaient élu roi, et leur rappeler la fidélité qu'ils lui avaicut promise. Ou pouvait prévoir aussi que l'aspect du jeune prince ferait une bonne impression sur les esprits. Car c'était un bel adolescent, qui faisait ualtre de belles espérances. Son jeune esprit avait été formé par son oncle, l'archevêque Bruno , qui avait aimé les sciences par-dessus tout , et probablement sa mère Adelhcid avait veillé h ses mœurs et à tout ce qui tient aux convenances. 11 se mit en route pour l'Italie an commencement du mois de septem: n . Son frère, l'archevêque Wilhclm, l'accompagnait. A sa suite venaient beaucoup d'évêques, d'abbés, de comtes et d'autres seigneurs de l'empire. D'Augsbourg il se dirigea par Trente sur Vérone. C'est là que l'attendait l'empereur son pore, qui, en s'arrêtant sur divers points en route , le conduisit à Home. Le soir avant Noël , le dernier jour de l'année , comme on la comptait alors, le père et le fds firent leur entrée dans la ville éternelle ; on avait en recours à toutes les ressources de la magnificence pour les recevoir avec solennité. Le jour suivant , le jeune Otto reçut la couronne impériale des maius du pape Jean XUI, et le peuple , en poussant des cris de joie , le salua du titre d'Otto II , empereur.
Cet événement combla assuréraont de joie l'âme si fière d'Otto I". Peut-être néanmoins cette joie fut-elle un peu troublée, parce que , si l'un de ses désirs les plus chers s'accomplissait , un autre désir non moins cher ne pouvait se réaliser aussi vite. Ses ambassadeurs étaient revenus de Constantinople sans avoir atteint le but de leur mission, on plutôt ils avaient obtenu ce qu'ils avaient demandé, mais sous des conditions auxquelles Otto ne pouvait accéder. Nous ne connaissons pas les propositions qu'Otto avait faites à l'empereur Nicéphore. 11 n'est pas croyable qu'il ait demandé, ainsi qu'on l'a supposé quelquefois, la cession de toute l'Italie inférieure, comme dot de la princesse impériale. Le désir de ce mariage n'était pas venu de Nicéphoro , mais de l'empereur Otto ; et par conséquent ce n'était pas le premier, mais le second qui avait des sacrifices à faire. Une demande de la ces-
PLE ALLEMAND
sion de toutes les possessions d'Italie, faite par Otto, ne prouverait pas seulement une grande ignorance des usages et des babitodes de l'empire romain d'Orient, mais elle e?t encore blessé profondément tous les sentimeats à Constantinople, puisqu'on y regardait toujours l'Italie comme appartenant à l'empire, et les Teutschs , qu'ils s'appelassent I<angokini>, Franks ou Saxons, comme des intrus qui étaient, il est vrai , de fait en possession de pays, mais n'y avaient aucun droit légal. Bion plus, cette supposition est même en contradiction manifeste avec les renseignements qui nous ont été transmis sur ces négociations. Car, d'après ces renseignements , Otto promit probablement à l'empereur Nicéphore la tranquille possession des pays qui étaient reste au pouvoir desGrecs, et très-vraiscmblablcnk^t aussi la possession des principautés de Caquet de Bénévent, dont ils étaient maîtres à soc arrivée en Italie. D'autre part, Nicéphore demanda à l'empereur Otto la restitution de toutes les terres d'Italie qui appartenaient encore à l'empire romain d'Orient à répoqtn oii les Franks étaient venus en Italie , c'est-àdire , la restitution de Rome avec son duché, et do Itavcnne avec tout l'exarchat. En somme Tardent guerrier , l'empereur Nicéphore , ne ressentait peut-être pas une grande joip d'an mariage entre sa belle-fille et cet enfant , l'impubère Otto , qu'on appelait roi et empereur. En tout cas , il était naturel qu'il vit arc une grande méfiance Otto, tout en négociant avec lui et en paraissant chercher à nouer avec lui des relations de famille, séduire et engager à la défection des princes de son empire, et mettre à leur disposition assez do forces pour qu'il fût très-difficile, sinon impossible, <fc les soumettre et de los châtier. On conçoit donc que Nicéphore fit des conditions qui devaient peu plaire à Otto, quo ses ambassadeurs les eussent acceptées ou non.
L'empereur , que cette tournure prise par les négociations chagrinait, résolut 'do faire sentir aux Grecs la force de ses armes , et de prouver à l'empereur Nicéphore qu'il était hors d'état de défendre ses possessions d'Italie, et qu'en conséquence il ferait fort bien d'assurer ces possessions par un accommodement équitable et par une alliance amicale avec lui , Otto. 11 entra en Apulie à la tête d'une armée composée sans doute en majeure partie
uy. xv,
d'Jtaliens levés dans les pays soumis au duc et marquis Pandulf. Là, il parait qu'il rencontra d'abord les Sarrasins et les combattit avec bonheur ; puis il dirigea ses armes contre les possessions grecques sur la mer Adriatique, dont la ville de Bari était la capitale et l'appui. Il s'empara sans peine des campagnes ; mais il trouva devant Bari une résistance inattendue. Il ne put prendre cette place ; mais, pendant le siège, il en ravagea cruellement les environs , moius peut-Être par goût que par nécessité , parce que cette même année , 968 , il y eut partout une grande disette ; mais le mal n'en fut pas moindre. Adalbert, fils de Berngar, conçut d'autant plus naturellement de nouvelles espérances. 11 pouvait toujours compter sur la sympathie de beaucoup d'Italiens, et l'empereur Nicéphore, auquel il s'adressa, ne pouvait se dispenser de l'attirer et de l'encourager.
Et au milieu de ces malheureux événements, Otto, comme s'il était voisin ami ou ennemi victorieux , envoya une nouvelle ambassade à Coustantinople pour poursuivre les négociations qui avaient été conduites jusqu'alors avec si peu de succès. Et il fut malheureux dans le choix de son ambassadeur): car il choisit I'évèque Liutprand, l'historien, dont nous avons parlé à diverses reprises. On ne peut nier que Liutprand ne surpassât peut-être tous ses contemporains d'Italie en connaissances, particulièrement en connaissances ecclésiastiques, qui, dans ce cas, paraissaient aisémen^ les pljas importantes; il avait aussi été une fois déjà à Coustantinople comme ambassadeur de Berngar; il savait le grec ; il avait une grande présence d'esprit , et il était , sinon éloquent , du moins disert ; de plus , Otto , dans la faveur duquel il s'était insinué par artifice , par adresse et par flatterie , toutes choses auxquelles l'empereur n'était pas insensible, pouvait compter sur son attachement. Mak aussi Liutprand était un homme d'un grand orgueil et d'une grande vanité; bavard insupportable, et mordant jusqu'à l'insolence dès qu'il dédaiguait de ramper. Il adressa sur son ambassade à Coustantinople , aux deux empereurs Otto , père cl fils, un rapport qui existe encore. Si ce rapport était écrit avec simplicité et avec amour de la vérité , ce serait un document instructif sur fljieéphore et sur la çpux unpéri^ de Constantinople, et d'autant
UP. VfIL 347
plus important que d'ailleurs nous avons moins de renseignements sur cette cour; mais il est écrit avec venin et avec fiel contre l'empereur et les Grecs; un bavadarge insipide a tout altéré et tout présenté sous un faux jour ; l'amour-propre de l'ambassadeur ressort à chaque ligne ; et dans cet écrit , tout le but de l'évéque n'est que de rendre évidente à l'empereur sa supériorité sur les Grecs, de se présenter comme un homme qui, dans l'intérêt de cette supériorité, a souffert des choses intolérables sans s'abaisser et sans rien relâcher de sa dignité, et de prouver en cette occasion encore à son gracieux mattre une adulation scrvile. Il est peut-être vrai que Liutprand trouva à Constantinople un accueil peu amical , et l'on conçoit aisément qu'il n'en pouvait trouver d'autre ; mais un homme tel que lui n'était pas propre à arranger des relations troublées, et les mauvais traitements qu'il croit avoir éprouvés ensuite , tandis que les envoyés d'Adalbert étaient favorisés, furent probablement en majeure partie la suite de son arrogance, quoiqu'une maladresse du pape Jean XIII paraisse aussi y avoir contribué. Après l'avoir retenu pendant quatre mois , on le congédia , et sans avoir obtenu la moindre chose , il revient en Italie.
Et pendant ce temps, l'empereur Otto n'avait pas non plus obtenu de grands résultats, bien que dans toutes les circonstances les Italiens lui donnassent habituellement le surnom de Grand. Sans doute l'on put combattre aveç bravoure dans l'Italie inférieure ; mais ces combats , petits dans leur origine et cruels dans leur nature, ne firent que causer la désolation, et la misère de bien des hommes, sans fortifier l'esprit humain et sans avancer la vie sociale. Otto ne pouvait assurément oublier lcTeutschlaud, le pays qui lui avait donné le jour ; mais ï[ lui était impossible de se dissimuler qu'il le négligeait. Quelques avertissements énergiques ne lui manquèrent pas non plus. En ce temps , comme nousle raconterons plus tard, des guerres nouvelles et malheureuses furent firites aux nations slaves; saus doute la marche de ces hostilités ne pouvait inquiéter Otto; mais il reçut ' aussi la nouvelle de la mort de son fils, l'archevêque M ilhclin , et de celle de sa vénérable mère, qui n'expira que douze jours après le prélat (3) ; et , s'il réfléchissait à sa situation et se rendait compte du résultat de son long
séjour en Italie, cette nouvelle dut certaine- | ment faire sur lui une impression profonde. J*a mort de Bcrnhard , évêque de tlalberstndt, | qui termina sa carrière à un âge très-avancé, lui lit peut-être plaisir , parce qu'avec Wilhclin il l'avait entravé dans son désir d'ériger ÏMagdebourg en archevêché. Maintenant celte érection fut consommée à Ravcnnc, en présence et avec l'assentiment du pape et de plusieurs princes ecclésiastiques tuutschs et lombards , et en même temps on détermina et on ordonna l'organisation ecclésiastique et les relations respectives des nouveaux cvêchés fondés dans les pays slaves. Ilatlo et Hildiward, les deux princes ecclésiastiques nouvellement élus, le premier a l'archevêché de Mnycnce , le second ù l'évêché de Magdebourg, se prêtèrent aux projets de l'empereur pour obtenir de lui leur investiture et du pape leur confirmation: Uatto renonça en faveur de l'archevêque de Magdebourg aux évêchés de Havelberg et de Brandebourg, et Bernhard renonça, en partie en faveur de l'archevêque de Magdebourg, en partie en faveur de l'évêque de Mcrsel>ourg, a plusieurs terres situées sur l'Elbe et la Saale, et qui jusqu'alors avaient appartenu à son diocèse. L'empereur nomma pour premier archevêque de Magdebourg Adalbcrt , abbé de Weisscnbourg ; Boso fut évêque de Mcrscbourg, Hugo de Zeitz, et Burchard de do Mcisscn, et l'on détermina les limites de ces diocèses. En général Otto ne cessa point de préparer et de résoudre en Italie des ordonnances et des prescriptions pour leTeutschland; mais la lettre morte , quelque sonore qu'elle fût , n'arrivait qu'à peu de chose, et elle n'aurait pu recevoir I de force et de vie que de la présence de l 'empereur dans sa patrie.
Pendant ce temps, Otto, tantôt en personne, tantôt par ses généraux , continuait une guerre maiheureuse dans l'Italie inférieure (4). Cette guerre fut faite d'un côté avec ruse cl astuce, de l'autre avec ardeur et avec des forces supérieures, de part et d'autre avec une égale cruauté. Les vagues s'élevaient et s'abaissaient, et si la barque d'Otto ûuit par couler bas en apparence, il ne réussit nullement a chasser les Grecs des côtes de l'Italie inférieure, et tout resta indécis et incertain. L'empereur assurément n'était pas dans un médiocre embarras ; car il est très-vraisemblable qu'il n'aurait pas té en état de coutinuer longtemps encore la
I guerre; et y renoncer comme vaincu , c'eô été s'exposer à des suites incalculables. Mais | la fortune et le hasard, qui lui axaient èiè si favorables dans sa jeunesse, lui rendirent possible aussi, sur le retour de l'âge, de «e retirer , sinon avec un honneur particulier, du moins d'une manière convenable , de ce théâtre d'exploits et d'efforts aventureux.
A Constantinople, l'empereur Nképborr, ennemi d'Otto, fut assassiné (5) , et Jean surnommé Tzimiszés, devint maitre de l'empire; homme doué de grandes qualités, générai très-distingué , digne sous tous les npports du trône impérial, s'il n'y était moBté par des intrigues de femmes et en passant sur an cadavre. U> nouvel empereur se trouvait daa* une position difficile. Il ne pouv ait ni ne vonlait suiv re les voies de son prédécesseur ; il w voulait pas continuer la trame des passions àt celui-ci ; il devait plutôt faire oublier par s« actes et par ses vertus les moyens par lesquels il av ait obtenu le souverain pouvoir: et deux guerres difficiles, contre les Aralies et coutre les Russes, dev aient, dans 'sa position et dans celle de l 'ein pi re, 1 e dégoù t er d' u ne t roisième guerre av ec Otto. Jean était d'ailleurs assez sage pour apprécier la position d'Otto. Si le désir singu/kr de ce prince de marier son fils avec une\>riacesse grecque était accompli, on pouvait prévoir que toutes les autres relations resteraient indécises. Et le rétablissement de la paix semblait bien valoir un tel sacrifice, si du reste c'était un sacrifice.
Ce Pandulf, prince deCapoue, auquel Otto avait donné le duché de Spolète et /a Marche de Camcrino , avait été fait prisonnier par les Grecs au siège de Bovino en Apulie , l'an 0G8 , et se trouvait à Constantinople. L'cmpereor Jean Tzimiszés, dès qu'il se crut solidement assis sur un trône ensanglanté, donna la liberté à ce prince, et fit faire par lui à l'empereur Otto des ouvertures qui devaient amener une paix définitive. Aussitôt Ottoccssa cette guerre onéreuse, I'nn 970. Puis il y eut sans doute des deux côtés des communications secrètes. Dans l'été de l'année suivante, une brillante ambassade qui devait tout terminer se rendit à Constantinople : à sa tête était un homme vénérable, Gero, archevêque de Cologne, successeur de Folkmar, neveu de ce markgrave Gero, le dompteur des Slaves, dont nous avons raconté les exploits et la fin,
litizec£" * •
L'ambassade fut reçue avec honneur à Constantinople, et les négociations aboutirent enfin h une solution. Mais il parait que tout se fit en secret. On ne connaît donc pas la marche des négociations , ni les conditions du traité. Ce qui est certain , c'est que l'empereur Jean promit d'envoyer, au printemps suivant, une princesse grecque en Italie, afin qu'elle fût mariée au jeune empereur Otto; mais il ne voulait pas envoyer cette princesse, fille de l'empereur Romain, belle-fillede l'empereur Nicéphore, qu'Otto avait si longtemps recherchée , mais, peut-être parce qu'il n'avait aucun droit sur cette princesse , une de ses nièces , Théopliaua ou Théophanie : on ne sait ce qui fut décidé au sujet des provinces de l'Italie inférieure, ni comment les frontières furent fixées. Par suite du silence absolu de tous les écrivains de cette époque, les «avants modernes ont cherché à faire valoir diverses opinions. Mais toutes leurs conjectures ne se fondent que sur la faible base d'expressions vagoes et sur une chronologie embrouillée. On est presque tenté de croire qu'Otto laissa réellement aux Grecs tout le territoire dont ils étaient en possession à son arrivée en Italie ; et il est hors de doute que les Grecs conservèrent une partie importante de l'Italie inférieure ; aussi l'ancien état de choses, l'ancienne confusion continua dans ces contrées.
Au commencement du mois d'avril 972, la fiancée impériale débarqua en Italie , avec une riche dot et avec une suite brillante. Il parait qu'alors seulement les seigneurs teutschs qui se trouvaient avec l'empereur en Italie apprirent que cette fiancée n'était pas la fille de l'empereur Romain. Peut-être se crurentils dupes d'une nouvelle ruse de Grecs. Ils cherchèrent du moins à reculer le mariage, et insistèrent auprès d'Otto le père, pour qu'il renvoyât la princesse grecque à Constantinople. L'empereur néanmoins résista à toutes leurs instances. Bien plus , il envoya de Rome au devant de la fiancée impériale une brillante ambassade , qui la salua à Bénévent, et l'accompagna solennellement jusqu'à la ville éternelle : Tliéodcrich , évèque de Metz, homme distingué et vénérable, allié à la maiso$ impériale, était le chef de cette ambassade. Théophanie , à son apparition , dissipa aussitôt tontes les préventions qui s'étaient élevées contre ellt. Sa jeunesse, sa beauté, la belle
culture de son esprit , ses grâces et son affabilité, lui gagnèrent aussitôt non-seulement les cœurs des Italiens, mais aussi, et plus encore peut-être, ceux des Teutschs. Le dimanche après Pâques , le quatorze avril , le mariage fut accompli au milieu .de grandes solennités ; le pape Jean XIII lui dopiia la bénédiction sacerdotale et apostolique. Le même i jour, le jeune empereur émit un diplôme par lequel il assurait comme Morgengaà réellement impérial, à sa jeune épouse, une foule de domaines , de terres et de palais , en partie en Italie , en partie dans le Teutschland. Peu de jours après ces fêtes, le vieil empereur se mit en route pour la tombardie avec ses enfants. Il y séjourna partout encore , pour ordonner et administrer. Puis il continua sa route par les Alpes vers le Teutschland. Au milieu du mois de septembre , il se trouvait dans le palais impérial d'ingelheim sur le Rhin.
CIIAPITRE IX.
NOUVELLES QUERELLES AVEC LES SLAVES ET LES DANOIS. — POSITION OU OTTO LE GRAND MIT LE TEUSCHLAND. — DERNIERS JOURS ET MORT D'OTTO.
De l'ao 9CC a l'an 973.
Durant le séjour d'Otto le Grand en Italie, il y eut dans les pays slaves de nouveaux mouvements auxquels le comte YYichmann, qui ne pouvait jamais et nulle part trouver de repos, prit encore une fois une grande part. Sous les ordres du duc Ilermann de Saxe étaient deux princes slaves: Selibur, prince des Wagriens, et Mistaw, prince des Abodrites. Des discussions s'élevèrent entre eux. Ils s'accusèrent mutuellement auprès du duc. Ilermann décida en faveur de Mistaw, et condamna Selibur â une forte amende en argent. Selibur , irrité , résolut de tenter le sort des armes contre le duc; et pour exécuter cette résolution , il demanda secours et appui au comte YVichmann , qui parait avoir eu un gouvernement subordonné dans l'ancienne domination de Gero. Wichmann portait encore dans son âme sa vieille haine contre son oncle, ou bien il avait reçu de lui de nouvelles vexations ; il accourut donc aussitôt avec une bande de fidèles hommes d'armes (I) vers l'ennemi de Uormann, et Se-
libux la reçut avec joie. Mais Mistaw était sur ses gardes. Il s'avança, et cerna la ville où Wiclimann se trouvait avec Selibur. Néanmoins il ne put s'emparer de la place. Le duc , de son coté, ne perdit pas de temps. A son approche , Wichniann quitta la ville avec une faible escorte ; il convint avec Selibur que celui-ci défendrait la ville aussi longtemps qu/il le pourrait ; que lui-mémo se rendrait chez les Danois pour les exciter à une attaque sur la Saxe , a lin que le duc fut [contraint à battre en retraite. Mais avant que Wichmann put lui porter aucun secours, Selibur fut forcé par la lamine et par la misère à se rendre au duc. Uermann infligea de rigoureux châtiments aux guerriers de Wiclunann: il livra la ville prise au pillage. Lorsque Selibur fut amené prisounicr devant lui, il lui adressa de dures paroles, et lui reprocha sa trahison et sa honte. Selibur répondit : « Ne parle pas de ma trahison. Dans cette trahison, sont ici des hommes sans armes que toi et l'empereur ton maître vous n'avez pu dompter. » Ces paroles du Slave firent taire le duc ; mais il dépouilla le prince de son territoire , et le donna au fils de Selibur, qu'il avait reçu autrefois en otage, et qu'il croyait sans doute avoir formé à des principes de soumission. Dans le fait , il y avait même parmi les Saxons des hommes auxquels la marche de cette guerre parut si inconcevable, qu'ils en vinrent a penser' que le duc l'avait perfidement amenée et faite pour perdre entièrement son neveu.
Ce neveu toutefois , le comte Wichniann, ne regardait encore rien comme perdu. Lorsqu'il apprit la prompte issue de la guerre dans les pays slaves, et qu'il put prévoir que toute tentative serait vaine auprès des Danois , il se tourna de nouveau vers l'est , et s'adressa aux Slaves païens. Il réussit cette fois encore à trouver de la confiance et des amis prêts à marcher avec lui contre Mjesko, roi des Polonais. Car Wichmann , soit qu'il fût entraîné par lo sentiment de l'injustice dont il avait souffert, soit qu'il fût poussé par uuc passion que chaque échec rendait plus violente , oubliait de plus en plus sa patrie dans sa haine cootr* son oncle. Il voulait réunir le monde des peuples slaves contre les Teutschs ; et sans doute il justifiait aisément ce désir par les sentiments les ulus sacrés du cœur humain. Miesko semblait
être lo plus grand obstacle a cette réunion :
car il louait fidèlement à l'empereur Otto; et par sa positiou envers ses compatriotes , il était forcé à cette fidélité , parce qu'il avait épouse une princesse bohème , Bobranna , soeur <k duc Bolcslav , et s'était converti à la foi chrétienne. Mais Wichmann était arrivé an teruk de ses erreurs et de ses infortunes. Bolesbrt, duc ou roi des Bohèmes, envoya deux corps ti cavalerie au secours du duc ou roi Mjesko; et il paraît que le comte Wichmann ignora l'arrivée de ce renfort. Wichmann attaqua les Polonais. Ceux-ci reculèrent, comme s'ils fuyaient Wiçhmanu les poursuivit avec impétuosité. Alors la cavalerie bohème tomba sur ses derrières. Les fuyards firent volte-face , et se putcipitèrent sur l'ennemi qui les poursuivait Pressé ainsi de deux côtés , Wichmann eberta à se sauver. Et personnellement il y eût rem sans peine ; mais ses alliés slaves , rejetant k malheur du combat sur lui, sur l'homme qn les avait excités à la guerre , le contraigniru; à descendre de cheval , afin qu'il fût forcé d* partager leur sort. Il combattit bravement jusqu'au soir. Dans la nuit il commença la retrait* avec ses compagnons. Mais cet homme si fort, priv é de nourriture et accablé \>ar te poid* dises armes, fut épuisé par la marche. Ses compagnons se perdirent dans l'obscurité : avec tu petit nombre seulement, misérable et désespéré , il entra le matin dans une forme. Ç'erf là que le trouvèrent les ennemis qui te poursuivaient. Lorsque leur chef l'aperçut o> loin, il lui fit demander qui il était : • Je suis Wichmann , » répondit le comte. On le sonwaa do mettre bas les armes. Il demanda d'être conduit devant Mjesko ; devant ce prince , cYit-u , û mettrait bas les armes. On l'y envoya. Mais dans l'intervalle, un plus grand nombre d'ennemis se rassembla et commença l'attaque. wicUmaau se défendit d'une manière terrible avec la potiU troupe qui l'entourait encore. Enfin, épuisé dt fatigue , il tendit son épée au plus éminent oY ses ennemis. « Prends, dit-il, cette épée, <* euvoie-la à ton maître. Ce sera un signe o> sa victoire. Il peut l'envoyer a son ami? l'empereur, afin que celui-ci puisse rire de la chuU d'un pnnemi, ou pleurer la perte d'un parent. • Puis il se tourna vers le lever du soleil, recommanda au Seigneur , dans la langue de sa patrie , son àme brisée par l'inquiétude et k malheur, et rendit le fcrnjej soupir.
UV. XT,
Les armes de ce Taillant homme furent présentées à l'empereur Otto on Italie. Vers ce même temps , son iils Otto II recevait la couronne impériale. Dans sa joie, il n'avait peutêtre pas appris sans satisfaction la tin de Wichmauu, que rien n'avait pu contenir. Il écrivit à ses markgrafs et à ses généraux , dans le style d'un conquérant plein d'espérance: « Vous ne donnerez point de paix aux YVagriens , ditil ; s'ils ont essuyé une défaite aussi graude qu'on nous l'annonce, vous savez combien de fois ils ont violé leur fidélité , de combien d'offenses ils se sont rcudus coupables. Eutendezvous avec le duc Hermann ; mettez toutes les forces sur pied, et terminez l'univrc par l'anéantissement de ce peuple. » Il ne parla ]>oint du comte YVichmann , mais il annonça le couronnement de son fils; et quant il sa position ù l'égard desGrccsil jugeaitqueceux-ci seront forcés, cette année encore, de donner une épouse à son fils, ou do lui abandonner la Calubre et l'Apulie.
Celte lettre impériale fut lue publiquement dans une assemblée des Saxous à >Verla. L'assemblée toutefois ne suivit pas la volonté de l'empereur. Elle résolut que la paix accordée aux Wagriens serait loyalement maintenue; car on était menacé d'une guerre avec les Danois , et l'on n'avait pas assez de forces pour soutenir deux guerres à la fuis. Mais on ne sait pas comment les choses se passèrent à propos de cette guerre dont les Danois menaçaient. En général , {es relations entre les Teutscbs et les Danois sont très-incertaines. Les écrivains tcutschs ne parlent que superficiellement des Danois , et l'on ne peut non plus trouver aucun éclaircissement dans les auteurs danois. Les premiers, ne considérant, dans leur chronique, que les faits les plus voisins pt les plus importants, s'inquiètent peu d'un peuple éloigné qui n'était pas dangereux ; Ici derniers , dans leurs récits populaires , ne relcvèrentquequelques traits : on ne trouve d'ordre nulle part, mais partout une confusion continuelle de temps et d'hommes, particulièrement des deux Otto, du père et du fils. Depuis que le pére d'Otto le Grand , le roi Hcinrich 1", avait porté ses armes au delà de l'Eidcr, il est sans doute de temps en temps question des Danois, comme aussi nous en avons parlé à plusieurs reprises dans cet ouvrage; ils se montrent dans le lointain dans une position
telle, que les peuples slaves , dan» leurs guerres diverses contre les Tcutschs, tournaient vers eux leurs regards , comme vers leur dernière espérance; il parait aussi qu'a diverses reprises ils firent des mouv ements, comme si la ruine de l'indépendance slave leur avait inspiré des craintes pour leur propre liberté; mai» Iqg contemporains d'Otto ne disent rien de çt rtahfl et rien de précis, de suite qu'on est forcé de supposer que les relations restèrent constamment douteuses, et qu'il n'y eut ni guerre décrive ni paix durable : mais , grâce nu zèle infatigable 4'hommcs pieux, le christianisme faisait des progrès toujours plus grands dans les pays du Nord. Adam de Brème , écrivain qui vécut cent ans après Otto le Grand , parle le premier d'une guerre entre Otto et les Danois, guerre qui, dit-il , eut de grands résultats ; et Adam invoque des diplômes conservés dans l'église de Brème. Il est assurément difficile de préciser l'époque où otto fit cette expédition; mais il parait que, dans le cas où il l'aurait réellement faite en personne, elle eut lieu peu de temps avant sa première expédition en Italie, ou peu après son retour, l'an uîft ou 952. Toutefois, il serait possible aussi qn'otto n'y eût pas assisté en personne , avec quelque assurance qne l'écrivain assura le contraire. I.ei Danois, selon récit, imusacrèrent dans la Marche de Ileidaba des envoyés d'Otto, ainsi que le niarkgraf , et détruisirent tous les établissements des Saxons, pour se vwnger, le roi entra dans le Danemarck avec une armée. 11 franchit près de Schlesvvig les frontières des Danois, détruisant tout par le fer et le feu, et pénétra jusqu'à la mer qui sépare les Nnrdmans des Danois. On l'appelle encore à présent Ottinsunt , à cause de la victoire du roi. Mais pendant qu'il s'en retournait, llarold vint h lui dans le voisinage je Schlesvvig. On eu vint à une bataille. Les Saxons furent vainqueurs et repoii ut les Danois sur leurs embarcations. Là-dessus llarold se soumit au roi Otto, reçut de lui le royaume , et promit d'accueillir le christianisme en Danemarck. llarold luimémo, sa femme Guuhild, et leur fils encore enfant, reçurent le baptême. Le roi Otto tint l'enfant sur les fonts sacres, et lui donna le nom deSuen-Olto. A cette époque, le Danemarck decc côtéde la mer , appelé Julland , fut divisé en trois év cein s et soumis à l'archevêché de Hambourg. Les choses furent ainsi réglées par
le roi Olto. Le pape Agapct donna à l'archevêque de Hambourg la permission de consacrer les évêques pour le Danemarck ; et l'archevêque Adaldag consacra d'abord pour le Danemarck les trois évêques de Schleswig , de Uiepen et d'Arhus.
On ne peut le nier ; il est difficile de concilier ce récit avec ce qui a été dit précédemment dans ce livre des efforts du roi Hcinrich en faveur du christianisme dans le Danemarck ; il est difficile aussi de le concilier avec les traditions que Witikind de Corvei et Dithmar de Merscbourg ont consignées dans leurs ouvrages au sujet de la prompte et meneilleuse conversion de Harold, roi des Danois, tandis que Wichmann cherchait à l'escitcr contre Hcrmann , due de Saxe ; on peut tout aussi peu le concilier avec les relations et les actes du roi et empereur Otto , tels que nous les avons racontés jusqu'ici. Mais il est hors de doute que depuis le temps de Hcinrich I", le christianisme s'était de plus en plus répandu dans les pays du Nord, lors même qu'il n'y jetait pas de profondes racines, quelque rude que fût la lutte que le paganisme soutenait pour son existence. Il est hors de doute que vers ce temps les trois évêchés de Schleswig , de Riepen et d'Arhus furent fondés et placés sous la juridiction de l'archevêché de Hambourg. Il est hors de doute aussi que cette complication même des relations ecclésiastiques donna lieu a des querelles, pour des intérêts temporels, et nourrit l'esprit d'hostilité qui poissa si souvent les uns contre les autres les Teutsclis et les Danois. Assurément l'absence de documents nous empêche de décider si l'on en vint ou non à des démonstrations de guerre dans les dernières années ; mais il résulte incontestablement des tentatives de Wichmann auprès du roi Harold et des espérances qu'il fondait sur lui , que les dispositions restaient hostiles des deux côtés , et les princes saxons qui s'étaient assemblés a Werla, firent bien de ne pas s'endormir. Leur méfiance d'ailleurs fut bientôt suffisamment justifiée, et Otto, l'empereur, n'eut pas h se plaindre à son retour de ce que les ordres que, dans son éloignement , dans son avcuglcmcut, ou dans son erreur, il avait dictés, étaient restés sans exécution.
En général, Otto, à son arrivée dans le TcutecbJaiid, trouva un ordre de choses au-
quel il n'avait pas le droit de s'attendre. Partout régnaient l'ordre et la tranquillité. 11 y avait sans doute des querelles entre les gram'seigneurs laïques et ecclésiastiques : on ava.it aussi porté devant lui , en Italie , dos ac.nisalions d'empiétement et d'injustice ; mais il i parait pas qu'il y ait eu d'éclats graves c* dangereux. Le souvenir de l'ancienne aetiur et de la constante fortune du roi semble avrnr retenu les épées dans le fourreau ; le bruit ii* ses conquêtes et de ses victoires en Italie inspirait une crainte salutaire a de:» hommeéblouis d'ailleurs par l'éclat de la conronive impériale. Mais il est difficile de dire si t ôt ordre et cette tranquillité furent un bonheur. Sans doute, au milieu des vieilles sèment d'insolentes violences, base de la féodalité H nécessitées par elle, avaient été jetés des finies plus nobles de liberté et de eiv ilisatk'D : mais ils avaient besoin de surveillance et d'attention, et Otto ne s'en était pas inquiet-. Depuis six ans, la patrie , délaissée de son rot, avait encore une fois ressemblé à une jeune orpheline laissée sans conseil et sans direction. Ceux qui devaient être les tuteurs du pays se faisaient de plus en plus les maîtres des provinces, et ceux qui cherchaient le foyer de l'empire trouvaient une place vide. On avait enfin triomphé de l'ancienne habitude au nom frank, et l'on ne craignait plus de donner a l'empire et au peuple qui était et subsistait daL< cet empire leur véritable nom, celui d'empire et peuple teutsch. Toutes les nations se seraient aisément réunies sous ce nom ; elfes se seraient identifiées les unes avec les autres, et auraient acquis un esprit national et une seule patrie, si Otto avait su être roi des Tcutschs: car si jamais un fleuve ne remonte vers sa source, l'homme reporte volontiers son esprit vers la souche et vers la racine d'où il tire sa vie et sa force. Otto assigna les cantons à leurs comtes, et les cercles à leurs ducs et à leurs markgrafs. Aussi l'esprit de patrie ne put-il prévaloir sur l'esprit de canton, et le nom de Teutsch ne venait qu'en seconde ligne après ceux de Bavarois, de Saxons, de Soual>es. Pendant ce temps, le roi lui-même s'efforçait, en pays étranger, au milieu de misères et de dangers , à travers des scènes de sang et d'horreur , accompagné de haines et de malédictions, d'acquérir une folle gloire et un vain éclat, et il impliquait ses successeurs et sou