‹ Histoire d'AllemagneChapitre 50 sur 100 · LIV. M · texte numérisé non relu

LIV. M

peuple dans des relations inextricables. Sa femme Atlclhcid, qu'il avait ramenée de sa première expédition , appartenait à une race d'origine teutsche, et pourtant il lui fut difficile de s'acclimater dans le Teutschland : tous ses désirs la reportaient vers la beauté et les jouissances de l'Italie. Quant à la princesse grecque, qu'il avait comme extorquée pour son (Ils, que pouvait-elle être dans le Teutschland et pour le Teutschland ? Elle put se distinguer par sa beauté, par ses grAces, par ses vertus ; niais ses nueiirs et ses habitudes étaient étrangères à celles des Teutschs; et par toutes les habitudes qu'elle avait prises il Conslantinoplc , elle dut mêler au caractère des princes | et des seigneurs du Teutschland de la coortisanerie, de la fausseté, de la singerie en quel- j que sorte et un vain luxe, qui avec la rudesse I féodale, la lourdeur et la gaucherie des Teutschs, , devaient nécessairement apporter de grands et nouveaux obsctaclcsau libre dév eloppement national. 11 est possible que dans le Teutschland on n'ait rien pressenti des suites du mariage du jeune roi avec la princesse grecque ; il est même possible que l'on ait poussé «les cris de joie au sujet de l'honneur qui tombait en partage à la maison royale ; mais pourtant il est difficile de croire que, dans la patrie, les hommes les plus intelligents se soient sincèrement réjouis des entreprises de l'empereur Otto et de leur résn'tat. Et dans le fait, non-seulement les événements qui sui\irent la mort d'Otto le Grand prouvent que le mécontentement av aitété grand, j mais aussi une expression de Witikind l'his- i torien donne à penser qu'en Saxe mémo on I songeait à rompre tout lien avec un roi qui semblait avoir renoncé à son peuple. Toutefois le respect du bon moine pour le puissant prince est trop grand , pour qu'il ose raconter ce qu'il sait. Peut-être Otto revint-il tout juste à temps dans sa patrie.

Mais ses jours étaient comptés; et si peutêtre il était désormais résolu à vivre tout entier pour son peuple, l'exécution de ses desseins lui fut rendue impossible par le destin qui domine les rois comme le vulgaire des hommes. Il tint une grande assemblée îi Ingclheim. Tous les archevêques de l'empire , beaucoup d'évèques , (le princes, de dues, de comtes et de seigneurs, y assistèrent. On délibéra sur les affaires publiques ; on décida des discussions ; on régla diverses choses. l e roi passa dans les pay s

du Rhin ou en Franconic la plus grande partie de l'année 972. Il célébra la fêle de Îool à Francfort. Au commencement du printemps de l'an 973 , il se rendit à Magdcl>ourg avec les siens, afin de saluer sa fondation archiépiscopale, placée sous l'invocation de saint Maurice. Le clergé reconnaissant de cette ville , ayant à sa tète l'archevêque Adalbcrt , fêta son pieux bienfaiteur avec toute la magnificence que l'Église chrétienne pouvait déployer. Otto se livra, dans sa piété et dans son dcvoùment, à d'édifiantes prodigalités, et par reconnaissance, il accumula sur l'église de Magdcbourg tout ce qu'il put rassembler en présents et en donations. 11 alla, pour les fêtes de Pâques, à Oucdlinbourg, où reposaient les dépouilles mortelles de sou père. 11 y avait donné rendez-vous à tous les princes de l'empire, sans doute pour se montrer encore une fois a eux dans toute sa magnificence impériale , et pour gagner leurs esprits à son fils et successeur. Et les princes ne manquèrent pas de venir a la dernière cour plénièrc do l'homme qui avait traversé avec bonheur des situations si difficiles, et qui maintenant touchait aux portes de l'éternité. Les princes slaves eux-mêmes, MjesKo de Pologne et Bolcslav de Bohème, assistèrent à cette assemblée, afin d'offrir à l'empereur l'hommage de leur fidélité. On y vit aussi des ambassadeurs de peuples étrangers voisins et éloignés. Mais la joie de la fête fut troublée par la mort inattendue qui y frappa, le \" avril, llcrmann , duc de Saxe. Celte mort du premier prince laïque de l'empire, ami fidèle et dévoué d'Otto, qui avait fait beaucoup pour lui et qui lui avait de grandes obligations , parait avoir fait une profonde impression sur l'esprit de l'empereur. Il congédia bientôt les priuces de l'empire, ainsi que les ambassadeurs étrangers, et chacun eut il se louer de la libéralité du souveverain. Quant à lui, il se rendit à .Mcrscbourg, où l'appelait un vœu que jadis il avait fait h saint Laurent dans un grand danger, snr le Eeehfeld. Il accomplit religieusement ce vœn. Puis , comme s'il avait senti que sa dernière heure approchait , il remonta la Saalc, ensuite l'Fnstrut, a travers des plaines dorées, jusqu'à Mcmlcbcu , où son père avait terminé sa vie. Il y arriva le W mai. Il paraissait bien portant. Le jour suivant il se mit encore gaiment à table. Après le repas, il alla entendre

vôtres à l'église. Pendant le service divin, on remarqua que sa tête retombait sur sa poitrine. Oo le porta au dehors pour le secourir; mais son Ame l'avait quitté. Ses intestins furent conservés à Mcmleben , dans l'église de Notre-Dame; son rorps Hit embaumé, et, comme il l'avait ordonne, transporte à Magdebonrg, où , an milieu de grandes solennités et de larmes abondantes, on le rendit au repos éternel dans l'église de Saint-Maurice, à côte de sa première femme Edid.

Otto I" était Agé de soixante-deux ans : il avait été roi des Teutschs plus de trente-six ans, et il àvait porté prés de douze ans la couronne impériale. La longue durée de son régne , et la fortune qui revenait constamment à lui et le fit à la fin triompher de tousses ennemis, avaient rendu son nom redoutable et donné à son frôno un éclat qui resplendissait au loin et éblouissait beaucoup d'hommes. Ses contemporains n'ont pas seulement admiré l'homme ; ils ont encore vanté la prospérité de l'empire sous son règne , de sorte que bien plus tard on reporta encore vers son siècle des regards de regrets et de désir , comme vers l'Age d'or du peuple tcutsch (2).

Dans le fait , il n'est personne qui puisse considérer sansélonnemcnt les événements qui remplissent la vie d'Otto. Il fut à plusieurs reprises mis dans la position la plus critique par les princes de sa propre maison , tantôt par la force ouverte , tantôt par des intrigues secrètes; dt toujours, des bords du précipice auquel il semblait ne pouvoir échapper, il s'était élevé a une nouvelle splendeur. Les frontières de l'empire teutsch furent assurées par lui ou en son nom. Ia Lotharingie fut plus solidement rattachée à l'empire ; les Danois furent tenus au loin , et les armes des Teutschs inspirèrent du respect aux Sarrasins. Les pays slaves jusqu'à l'Oder furent soumis au nom tcutsch et à la domination du christianisme , et la belle Bohème fut gagnée à l'empire. Quant aux Hongrois, qui, jusqu'à Hcinrich 1", avaient été le fléau du Teutschland , et qui en étaient encore le tourment, on leur inspira du nom teutsch Une terreur que la religion et une civilisation plus égale purent seules effacer dans la suite du temps. Enfin les Alpes perdirent tout ce qu'elles tiraient de formidable, ot le royaume d'Italie fut soumis à la suzeraineté de l'empire tcutsch si décisive , que des siècles se

ALLEMAND

sont écoulés sans que jamais ce pays ait pu <e soustraire complètement au nom teutsch. Le saint-siége de Rome, auquel se rattachait l'Eglise de tout l'Occident , ne fut pas, il est vrai, consolidé par Otto , mais du moins il fut arraché par lui à ce terrible tourbillon d'horreurs et d'ignominies qui semblait devoir l'cnglonlir à la fin. Toutes ces choses ont sans contredit rendu grand le nom tcutsch, fait de l'empire teutsch le premier empire , et du roi des Teutschs le premier rôi du monde chrétien ; par toutes ces choses , Otto I" a mérité et acquise surnom de Grand y dont ses contemporains l'ont salué et que les générations suivantes lui ont conservé.

Mais le jugement de ses contemporains sur lui et sur son gouvernement est pourtant , Ict qu'il semble, suspect de partialité et de corruption. Le tumulte barbare qu'excite un prin« guerrier frappe les yeux du grand nombre plut que la sagesse du législateur et de l'administrateur ; et une victoire sanglante , lors même qu'elle est remportée par des mains injustement aimées , trouve plus aisément des éloges que les encouragements sans éclat donnés au génie et à la civilisation. Depuis harl le Grand , le monde occidental n'avait pas vu beaucoup de rois qui eussent fait quelque chose de gran<\, de décisif, de durable. Les morcellements et la coufusion infinis, les attaques et le mépris d'ennemis aussi faibles qu'audacieux , les mauvais traitements essuyés et une misère sw& bornes, avaient fatigué lésâmes. Le jugement fut trompé d'autant plus aisément par un homme auquel la victoire restait fidèle, qui maintenait l'État en sûreté contre les ennemis du dehors , qui donnait quelque repos à son propre pays et en reculait les frontières. TiC jugement porté sur Otto nous vient d'ecclésiastiques, et son règne avait été l'âge d'or des églises et des couvents.

Un observateur impartial des temps passés sera toujours disposé à se prononcer avec ménagement et modération sur les hommes que le destin a placés dans les hautes régions de la société, et que par là même il a le plus exposés aux orages de la vie ; il sera disposé, dans sa foi en la noblesse de la nature humaine , à éter à celui qui agit beaucoup de choses qu'il doit blâmer ou qu'il ne peut approuver , et à les rejeter sar les circonstances où elles ont été accomplies. Mais, quelque gloire que mérite Otto le Grand ,

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