‹ Histoire d'AllemagneChapitre 54 sur 100 · LIV. XV, CHAT. XH · texte numérisé non relu

LIV. XV, CHAT. XH

naturel à l'homme , du découragement à l'or, gueil , et qu'il ait conçu des projets d'autant [ plus grands, que sou esprit avait été plus tendu par l'ébranlement de sa santé. Mais ce qu'il est diflicile de croire, c'est que, xomme on l'assure, il ait songé, second Xervès, à construire un pont sur le détroit qui sépare la Sicile de l'Italie , pour chasser les Sarrasins de cette lie. Sans doute il pouvait prévoir que l'Italie inférieure uc serait jamais en sûreté contre les Sarrasins tant que ces hommes audacieux posséderaient en Sicile des retraites fortifiées ; et Otto , dans l'orgueil de ses espérances , fit peut-être la menace de les expulser tic cette Uc. Au delà, il est difficile qu'il ait été sérieusement question de cette ile.

Dans la diète de Vérone , qui fut ouverte au mois de juin , on délibéra sur les affaires d'Italie aussi bien que sur celles du Teutschland. On approuva et on résolut probablement plusieurs mesures pour l'Italie; les lois langcbardes en particulier reçurent , sinon des améliorations, du moins des changements et des additions, qui pouvaient bien être nécessaires lorsqu'on voyait partout tant de perfidie. Quant au Teutschland , on prit pour l'administration de l'empire des mesures qui semblent prouver qu'Otto avait le pressentiment d'une mort prochaine. 11 fit élire son fils Otto, enfant de trois ans , pour son successeur à l'empire , ou du moins il le fit reconnaître en cette qualité, et le renvoya dans le Teutschland , sous la conduite de Willigis, archevêque dcMayenec, et de Jean, archevêque de Bavcnnc. Quoi qu'il en soit , Otto fut décidé a terminer promptement cette affaire en réfléchissant a la fragilité des choses humaines , et les princes et seigneurs des deux royaumes , du Teutschland et de l'Italie , se conformèrent sans doute au désir de l'empereur, par le même intérêt pour son malheur qui les avait engagés à se rendre avec tant de zèle sous ses drapeaux. Mais une autre mesure se rattachait à l'élection du jeune Otto. En effet, Ilcinrich, duc de Bavière, fils de Heinrich , neveu d'Otto le Grand , se trouvait encore en prison a l'trecht, sous la surveillance de l'évêque Poppo. Après la tentative que ce prince avait faite autrefois , a l'exemple de son père , pour s'emparer de la couronne teutschc , il était à craindre que , dans le ressentiment que lui avait causé le mauvais succès de celte tentative , il n'aspirât a l'empire avec plus de pas-

sion qu'auparavant, et qu'il ne cherchât & supplanter l'enfant royal, si son père, Otto II, quittait réellement la vie. L'empereur voulait aller au devant de cette inquiétude. Son neveu Otto, fils de Luidolf, duc de Souabc et do Bavière, était mort. L'empereur donna l'un de ces duchés, la Souabe, à Kunrad, delà race franco-hessoisc , neveu de Ilermann 1", duc de Souabc, dont la fille Ida avait épousé Luidolf, fils d'Otto le Grand, et quelui avait donné ce duc Otto. Kunrad , le nouveau duc, avait pour père le comte Udo de liesse, et un frère de Kunrad, qui se nommait également Udo, est appelé duc, soit parce qu'il commandait les Franconiens qui avaient accompagné l'empereur en Italie , soit parce que c'était une ancienne habitude d'honorer du titre de duc les princes de la grande maison franco-hessoisc. Quant au duché de Bavière, l'empereur le donna à Heinrich le Jeune, lils de Berthold , qui, comme nous l'avons raconté, avait tenu pour le duc Ilcinrich lors de la révolte de celui-ci contre l'empereur, et qui avait été fait prisonnier avec lui près do Passait. .Mais vraisemblablement , lors de cette nomination, la Carinthic fut détachée de la Bavière, et donnée, avec le titre de duché, ainsi que la Marche de Vérone , à Otto, fils de ce duc Kunrad de Franconie, qui, vingt-huit ans auparavant , avait péri dans la bataille du Lechfcld contre les Hongrois : il était neveu de l'empereur, fils de Liudgardc, fille d'Otto le Grand, et , après la mort de son père, son parent, Knnrad, évèquc de Constance, l'avait pris sous sa protection et l'avait instruit. Et afin que le nouveau duc de Bavière , Ilcinrich le Jeune, pût avoir la main entièrement libre dans l'intérieur de l'empire, et ne fût pas gêné par des ennemis étrangers, la Marche orientale, appelée plus tard Autriche, qui avait été si longtemps et si cruellement dévastée par les Hongrois , mais qui depuis une génération avait repris de la force , fut vraisemblablement confiée au markgraf I-éopold , oncle de Heinrich , le nouveau duc de Bavière. Enfin Liuthar, oncle de ce duc Heinrich du côté maternel , oncle aussi de Dithmar l'historien , évêque de Merse- Ixmrg, du côté paternel , obtint le margraviat de Brandebourg, après des événements malheureux accomplis dans ce pays, et dont il sera question plus tard. C'est ainsi que l'empereur Otto II et ses conseillers crurent avoir réconcilié entre elles et gagné à son fils, le jeune

çî* HISTOIRE DU PEUPLE ALLEMAND.

Otto, deux grandes familles, celle «le Babenberg, de laquelle descendait Heinrieh le Jeune, le nouveau due de Bavière, et celle de liesse, fi laquelle appartenaient les ducs Kunrad de Souabc et Otto de Carinthie; deux maisons qui jadis avaient été tantôt ennemies l'une de l'autre, tantôt ennemies de sa propre famille. 11 espérait qu'ainsi les intrigues, les trames cl les tentatives que pourrait essayer son cousin lleinrieh, l'ancien duc de Bavière, ne seraient pas à craindre. Du reste, on vit paraître à celte diète de Vérone un jeune homme d'eux iron vingt ans, qui dans la suite, par un admirable enthousiasme et par un impétueux désir de mériter la couronne du martyre, causa de grands troubles dans sa patrie, et qui après sa mort , î)ien qu'il n'eût rien fait de grand ou de glorieux (h moins que l'on n'estime outre mesure le mérite du dévoùment à une idée fixe], reçut des honneurs extraordinaires sous le nom de saint Adalhert. 11 était Bohêmo et se nommait Woythiceli ; il était lils de Zlav uik , homme éminent et riche, et avait sui\i les brous du savant Othrieh à Magdehourg. Le nom d'Adalbcrtlui avaitété donné , lors de sa continuation, par Adalhert, archevêque de Magdehourg, qui

l'affectionnait. A son retour à Prague, la piété extraordinaire que l'on admira dans ce jeune homme et le zèle qu'il montra pour les sciences, excitèrent un grand enthousiasme. Aussi , malgré sa jeunesse, fut-il élu évéque après la mort de l'évèque Dcthmar. U1 duc Bolcslav l'envoya à Vérone , aûn que l'empereur confirmât

cette élection. Otto, en signe de cette coufitmation , présenta h Adalhert l'anneau cl h croise , et Pareil éque de Mayence , AA illigt-. dont l'évèque de Prague était suffragaut, ha donna la consécration.

Après que l'assemblée de Vérone fut terminée , l'empereur eut encore à apaiser une qmrelle sérieuse et même une enerre ouxeiU, entre Laudulf, archevêque de Milan, et !<« bourgeois de cette v ille. Il fit sentir sa force am Milanais et atteignit son but. Puis il se mit . u route vers Borne. Theophano, sa femme, l a.compagna; Adclhcid, sa mère, resta à Pane. Lorsque l'empereur entra dans Borne , le ^a\>e Benoit Ml venait de mourir, h ce qu'il parait; Otto fit élever sur le saint-.iiége son arcliicluncelier dans le royaume d'Italie , Pierre , é\ éijui* de Pa\ ie, qui , comme pape , prit le nom de îm XIV. Mais Otto 11 fut subitement attaqué dW maladie dangereuse, qui interrompit l'exécution de tous ses projets. Il sentit bien quecefumaladie devait se terminer par la mort. 1! déposa donc de ses biens. 11 en assigna le quart i l'Eglise, un autre quart aux pauvres, un qi.art à sa mère et i\ Mathilde, sa sceur unique, qui était abbesse de Qucdlinhourg; un quart euliji aux guerriers qui formaient sa garde, vt qui avaient préféré leur obéissance eux ers lui à U vie et a la patrie. Enfin il se confessa en latin \~>) au pape et aux autres évèqucs et prêtre», et mourut le 7 décembre de l'an 085, loin de si pall ie et des siens.

NOTES DU LIVRE XV

( l ) I^es Magyares.

(2) Du côté maternel. Sa mère s'appelait Bcrthe ; son père était le comte Teutbold.

(3) Rerngar 1*' obtint, l'an 91 C, du pape Jean X la couronne Impériale. L'nn 923, 11 fut vaincu par Rudolf II, roi de la Haute-Bourgogne, que l'on avait appelé contre lui, et l'année suivante, H fut assassiné par l'un de se» fidèles, nommé Flambert, qu'il avait comblé de bienfaiU.

(4) Vraisemblablement en 930.

(6) Hroswitha : fierengariu*....

Hic quoque continuo nimiat» eoneertut in iram CircMuniuaaue suos mbitu milttUit uluu\ni>s Pntxipitns iliot HuHtan. trantirt locellu», Sed conte m net ai jani pertmtrare ténèbres; Si /or tan latebrit rrgina laterft in vtltt , Ipteque ru m for fit tequitur turba teyimils. . , Km tamen inttnit . Ckrittt quam gratta ttrit.

(1) Selon la pïfa S. Uldarici, auet. Ger Alt DO, cette Inimitié eut Heu entre eux propter confiniu regionutn.

(2) Continuât. Régis., a. 962 : regali ambitu notaient domini Salefeld celebravit.

(3) Kunrad , comme cela résulte de tout l'ensemble des événements, n'était pas avec Iterngar à Magdebourg.On l'a conclu des expressions de Wilikind : quod agre ferma Chunradus , qui eum adduxerat. Ces mots, répétant le tuadere employé plus baut, signifient seulement: qui lavait engagé à s'y rendre. Le Continuât. Regin. ne laisse pas non plus de doute.

(t) Continuai. Regin. Erestein. Pertz : adflurium Illam, inter Argenloratum et Seladistatum tita.

(2) A partir de ce moment, Hcrmann est appelé du*.

(3) Phomhrius, a. 953. C'était quoddam munitistimum caitrum , mais il n'en donne pas le nom.

(4) Contin. REGIS.... Brisaca castellum , latibulum temper Deo regique rebellantium.

(5) On ne donne pas le nom du chaleau ( detertum castellum ) ; on n'indique pas non plus positivement la conlrée. Attingentes terminas t'rancorum, dit Witikiso, et rien déplus.

(I) FRODOARDCS , a. 944 : Burgundiam intranl;

quorum non parva manus tam prœliis quam morbis interiit; cœteri per Italiam revertuntur in sua. Jeax DE Mui.LEU dit des choses singulières dans son Histoire de la Confédération suisse, t. I , p. 250.

(2) C'est le nom donné au Castellum, dans Hr.R- MANXIS costr., ad a. 953.

(3) .... Juxta fluvium JJilaram, et villam vocabulo Tussam. Sans doute Illerdissen.

(4) Witikixd.... factumqfie est, utpaxdaretur usque in XV II Cal. Jul. et loeusesset apud Cinnam rationis danda et responsionis reddendœ. — Wedekisd ( JYoten, l , p. 29, n. iv) : ■ Es war Zcnn an eincm Fl iissc dièses N'amena , lm Amtc Cadolzburg, lm baieriseben Rezatkreise , was jetit unter dem Namen des Stadtcbens Langenzcnn bekannt ist. » Et cela est trèsvraisemblable.

{5} Wedehind. « Rosslhal , einc bckannte altc Féale In dem Aiiite Cadoliburg, am rechten Ufer der Iiibert. •

(1) Selon Wedekino {ÏYoten, t, p. 20), SuithlcIseranne est Sud-Landskron. Et c'est l'ancleo nom de Schwedt , à ce qu'ussurc MAnT. Zeiller.

(2) Cives Coeareseemiorum. Ce lieu est inconnu ; il était vraisemblablement sur la rive gauche de l'Elbe.

(8) Witikind ne nomme pas ce duc ; mais Toxls était duc des Hongrois.

(i) Hroswitha elle-même laisse supposer quelque chose de semblable ( Meibom., p. 725). Il est question de Luldolf :

Tançltur interni jaculis tecreto dolorlt. . .

Jteerptiuque malit per mullorum luadelit

pertimuit {fragUit prit amtuetudine, mentit )

(jnott po$t non tt& donit de béret hojuyrit

Cmdtgni, ted forte locum tvbire tecunduvt. . ,

Sentit deeeptum serpent is fraude dolaii :

Sed guo tegalem patrit hlne augeret honorent.

His rex compertit ex protperitate JUtetit

Jjttattu prnttt tota dttleedine mentes

Hax itli mandat trriptit rxtempto remittis :

« In lerlum teeli tnaneat laus omjtijtotenti,

» (fui dédit in tantit trmet gaudere tecututlt :

» Cratrt atque tibt dentur, carittime itli,

» Quem tonttart quittent peut tut eognoseo fiAelem.

m liuud obteura tua fldei quiti ligna deditti :

» ("uni per te reçnum cupiént augeteere nastrum

» Siguatti nobis proprii decut omne laborli.

» liine ego gratanter qnat fecittl tapirnter

m Récipient l ice cvnverta eondigna reprndo,

u Hoc ipsumque tibi reçnum commit ta regendum ,

• Imperio tubdi nottro quoi amUtuitU.. . •

27fl NOTES DU

(2) Scriniarius, archiviste.

(1) Ce fut vraisemblablement à cette occasion que Uutprand fut nommé évéque de Crémone. Mubatori , Annali d'Italia, v, p. 402. Azio, seigneur de Canossn, auquel l'Impératrice avait tant d'obligation», fut aussi récompensé richement, et reçut nonnullos comilotus. Aussi Donizo ne s'élonno-t-ll nullement qu'Ai» .lit été dévoué a l'empereur :

Perquem regnabut, niltnlrum, slperamabat.

(2) Conf/n.BECiN.: Tanta exercitum imperatoris pestis et mortalilas invasit, ut vix vel sanus quis à mane vaque ad vesperam vel à vespera usque ad mane se victurum speraverit.

(I) Contin. Rec.ix. : in villa Heimbodesheim. — Pkrtz: hodie Heimshcim $eu Ileimsen, medio itinere inter Sluttgardiam et Pforzheimum.

(2} Alors se formèrent les cinq marches appelées Marche du Nord, Lusacc (celle-ci ne fut désignée que plus tard sous ce nom ) , Mcrscbourg , ZeHz cl Misnic. Cetto dernière absorba dans la suite celles de Mcrscbourg et de Zeils.

(3) Bruno mourut le î mars 0C8, et Malhllde le 14.

(4) Parmi ces généraux , on nomme particulièrement Gunlhard et Slgefrid. ( Witicdi.nd , p. C(ll ; Ditomab , p. 2Î.)

(&) Le 10 décembre 969.

(I) Soctl. Sans doute les mêmes Slaves qui précé-

UVttE XV.

demment avalent tenu pour lui. Mats le peuple n* marcha certainement pas. Plus tard , ces soeii sont appelés milites jrigmanni.

(2) Ce récit est tiré de Witikind et de Dithmar ; pirticulièrement de ce dernier. Selon le ekronograph. saxo (Leibn. access. Uist., I, p. 188), rinscriptioo suivante fut placée sur le tombeau d'Otto :

Trrt lurtut causa koe $vnt tvb marmort eltnua : lia, iecut ecctaitt, tummut konar yatria.

(1) Annal. S., a. 0*4 : eognominatus Ru fus.

(1} DlTHMAR , p. bO : Busckuth civilalem rrpit. L'Annal. S. a la même expression, ad a. 9TS. Itaos le chronic. Daldebici ( Bouquet , vin, p. 2*2}, re lieu est appelé Castrum Bussud. Note de Wactob sur DlTHMAR : Bossut villa cum arce comitis cvjutdam in comitatu Uannonia {le Hainaul).

(1) Pour tout ce qui, dans ce chapitre , se rapporte a l'Italie, voyex Baroniits, Pagi cl Muratori.

(2) C'est ce que dit Uermaxx. Contract. ad a. 9T4.

(3) A Benoit VI succéda Boniface MI ; après eelui-d, vraisemblablement au bout de quelques semaines , viot Domusou Domnus 11; ensuite, l'an 975, Benoit Vil. Selon quelques auteurs, Benoit VI aurait été assassiné par Boniface VII lui-même.

(4) Dithmab. Ponitur in BERNA eivitaie eonttmtus. Un peu plus bas : Imperator Vérone plaeitom kabuit.

(4) LatiaJiter, selon l'expression de Dithmab.

LES DERNIERS EMPEREURS SAXONS : OTTO III ET Î1EINRICU II (1).— FAI- BLESSE DE L'EMPIRE TEUTSCH ET MAUX DU PEUPLE TEUTSCH SOUS LE POIDS ET L'ÉCLAT DE LA DIGNITÉ D'EMPEREURS ROMAINS PORTÉE PAR LES ROIS TEUTSCHS. — DÉMÊLÉS AVEC LES PEUPLES SLAVES , AVEC LA BOURGOGNE , AVEC L'ITALIE ET LE SAINT-SIÈGE.

CIIAPITRE I".

LE TEUTSC11LAND A LA MORT D'OTTO II ET PENDANT LA MINORITÉ D'OTTO III. — GRANDES DISSENSIONS DANS l'eMPIRE , CAUSÉES PAR HEINRICn II DE DAVIÊRE.

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