‹ Histoire d'AllemagneChapitre 57 sur 100 · SI 1ÈRE EXPEDITION EN ITALIE» DES- TRUCTION DE PAVTE · texte numérisé non relu

SI 1ÈRE EXPEDITION EN ITALIE» DES- TRUCTION DE PAVTE

De l'an 1002 à l'an 1004.

Sans doute tous les peuples de l'empire teutsch reconnaissaient désormais l'autorité de Heinrich II ; mais il est difficile qu'avec cette reconnaissance ils aient cru s'imposer de grande obligations envers son trône , construit pièce à pièce et à force de prières. Le nouveau roi , il est vrai , semble avoir ressenti une grande joie des succès qu'il avait obtenus jusqu'à ce moment. 11 se rendit d'abord en Bavière , dans oc pays de sa jeunesse, qui lui était cher et pré' cicux par-dessus tous, pour se montrer dans toute la majesté et dans tout l'éclat de la royauté aux vassaux et aux seigneurs , et même à tout le peuple, dans ftatisbonne: il voulait aussi donner des preuves de sa faveur royale à tous ceux qui l'avaient méritée et confie lesquels il n'avait pas de méfiance. Ensuite il revint dans les contrées occidentales de son empire : il célébra la féte de Noël à Francfort, et remonta le Khin , qu'il passa pour entrer en Lotharingie, où il n'avait pas encore reçu de tous les vassaux et de tous les dignitaires le serment de fidélité, et où même les plus grands princes laïques, Uermann et Theodorich , auxquels on donnait le titre de ducs à cause de leur puissance, se montraient récalcitrants : il réussit , ici par des assemblées publiques, là par des conférences avec des indi\ idus , cl même par la force des armes , sinon à se faire aimer et considérer, du moins à obtenir ou à conserver la reconnaissance extérieure de sa dignité. Mais bientôt il lui vint de divers côtés des nouvelles que sans doute il reçut avec une pieuse résignation, niais qui ue pouvaient lui faire plaisir.

A peine les Teutschs étaient-ils sortis d'Italie avec les restes mortels d'Otto 111, que les princes, les évéques et d'autres seigneurs de ce pays s'assemblèrent t\ Pavic pour élire un roi national et se soustraire par cette élection à la domination des Teutschs. Et daus leur juste liaine contre cette domination, comme le joug venait à peine de tomber de leur téte , ils furent bientôt d'accord, ou du moins ils obtinrent la majorité des voix pour un prince choisi dans leur sein. C'était llarduin ou ilardwig, marquis d'Ivrée, homme distingué par sou génie, son énergie, sa prudence et sa bravoure, mais en

même temps sévère , dur et sans pitié pour tous i ceux qui s'opposaient à ses projets. Peut-être Harduio aurait-il été le meilleur roi pour l'Italie dans l'état où se trouvait ce malheureux pays , si les vassaux en grand nombre avaient sérieusement voulu et cherché à former une patrie et une Italie indépendante. .Mais peu d'entre eux (si même un seul ) avaient un esprit élevé; la plupart, sinon tous, ne pensaient qu'à eux-mêmes ; leur ressentiment coutre les étrangers du ISord produisait tout au plus uno action isolée, et point d'enthousiasme durable. Dés qu'ils avaient le temps de faire leurs propres calculs, ils oubliaient les maux du pays et ils s'attachaient avec une envie brutale à ne laisser s'élever aucun d'entre eux , bien plus qu'à fonder une Italie indépendante. Vingt-quatre jours après la mort d'Otto III , Iiarduin fut élu et couronné roi ; et il s'était tout au plus écoulé vingt -quatre autres jours, que déjà l'ancienne discorde se relevait avec une force nouvelle, et formait des plans pour renverser le roi à peine élu. Les ecclésiastiques en première ligne et surtout paraissent avoir travaillé contre lui. Car Iiarduin n'était pas l'ami des prêtres; quelques années avant son avènement au troue il avait tué Pierre , évèquo de Verecil ; aussi est-il vraisemblable que les ecclésiastiques ne consentirent à son élection que parce qu'ils ne pouvaient résister à l'orage qui, dans ce moment , grondait sur l'Italie. Le nouveau monarque v oulut profiter du temps où lesTcutschs n'avaient pas encore de roi pour prendre des mesures qui rendissent possible la défense des Alpes contre des attaques à venir. Ces mesures déplurent probablement ii beaucoup, parce qu'on ne pouvait les exécuter sans sacrifices. Les ecclésiastiques en particulier s'efforcèrent peutêtre de déjouer les plans du roi par l'intrigue et par de mauvais artifices. Uarduiu alors entra dans une telle colère , qu'il ne s'abstint même pas de maltraiter les personnes, qu'il saisit par les cheveux l'év êque de Brcscia , qui se montrait récalcitrant , et le lança à terre avec la plus grande brutalité. Mais par de tels emportements il ne gagna pas les cceurs; il ne fit que les exciter à des tentatives pour se débarrasser de lui le plus tôt possible. Kt l'on sav ail à qui s'adresser, Un grand nombre d'évèques , les uns par lettres , les autres par des députés , engagèrent de la manière la plus pressante le roi Heinrich à venir en Italie et à les délivrer d'un

fardeau insupportable ; ils ajoutèrent que s'il lui était impossible d'entreprendre en personne cette expédition , il envoyât du moins l'un de ses princes au delà des Alpes avec des forces peu considérables , afin qu'ils eussent seulement une occasion de se soulever contre leur oppresseur. Quelques seigneurs laïques parlèrent dans le même sens. Heinrich ne pouvait quitter l'empire teutsch ; il n'osait pas non plus envoyer l'un de ses princes en Italie tant qu'il n'avait pas établi son autorité chez tous les peuples du Teutscldand. Mais lorsque Hermann , duc de Souabe, lui eût aussi prêté le serment de fidélité, il donna à Otto, duc de Carinthie, la mission de conduire un corps de troupes en Italie , pour former un noyau auquel pussent se réunir les princes et seigneurs mécontents. Otto se chargea de cette tache avec uno confiance non motivée , sans réfléchir que l'on peut rarement compter sur la parole des mécontents. Dans les derniers jours de l'an 4002, le duc Otto fut à la fois trompé et surpris dans les défilés de l'Adige par Iiarduin, roi d'Italie; et quoique ses guerriers vendissent chèrement leur vie, ils succombèrent sous la supériorité du nombre; bcauconp de braves périrent d'une mort inu* tile , et un petit nombre seulement trouvèrent leur salut dans la fuite.

Cet événement sans doute fut un malheur pour des individus plutôt qu'une perte pour l'empire; mais il ne pouvait donner aucun avantage à la cause du roi , ni chez les peuples soumis qui soupiraient nprès l'indépendance, ni chez les peuples libres qui désiraient la con* quête ou la vengeance, ni même chez les Teutschs, s'ils en calculaient les suites. Et bientêt un autre danger , bien plus grand , menaça d'un autre côté.

Le duc de llohèmc, Bolislav le Houx , avait, par jalousie et par crainte , chassé du pays son propre frère et leur mère commune , et puis il avait régné sur les Bohèmes avec dureté et cruauté. I,es Bohèmes , lassés à la fin de cette honteuse oppression , avaient appelé de Pologne un parent de leur maison princière , nommé Wlodomcj ou Bladcmar, et après l'expulsion de Bolislav , ils l'avaient placé sur le trône ducal. Blademar s'était présenté à Ratisbonne devant Heinrich II , s'était humblement incliné devant lui, comme devant son roi et seigneur, et avait été inv esti du duché de Bohême. Bolislav , de son côté, s'était réfugié à Schwein-

IIISTOHŒ DU PEIPLE ALLEMAND.

fui t (4) auprès du markgraf Hcinrich le Jeune ,

soit parce que ce markgraf était son voisin , soit parce qu'il lui supposait des intentions hostiles contre le roi, sans se rappeler les offenses qu'il lui avait faites autrefois, lorsque le markgraf Hcinrich vil le duc fugitif, il céda à sa vieille colère , le lit arrêter et mettre en prison. 3Iais hienlùt la réflexion lui revint : il lui sembla i>eu noble de tenir prisonnier un suppliant. Il mit donc le duc en liberté , et Bolislav se rendit alors auprès «le l'autre Bolislav , duc ou roi de Pologne , qui était son parent , (ils de la sœur de son père. Le Polonais reçut le Bohème avec amitié, comme si celui-ci a\ ait dos droits à sa protection et à sa bienv eillance , mais eu réalité dans l'espérance que le prince expulsé serait entre ses mains un instrument pour l'exécution de plus grands projets. 11 arriva que le nouveau duc de Bohème mourut dès la même époque de l'an 1003, où le roi des Teutehs visitait les contrées occidentales de ses Etats. Alors les Bohèmes crurent de\oir réparer l'injustice que leur ancien duc Bolislav avait commise envers ses frères Jaromir et Othelrich. Ils les rappelèrent dans leur patrie. D'autre part , le prince des Polonais, accompagné de Bolislav , le duc chassé , entra eu Bohème avec une bonne année. I)e\ant elle Jaromir et Olhelrich prirent la fuite ; Bolisla\ fut rétabli dans sa dignité ducale, et le Polonais, prévovant bien ce qui dev ait l'ensuivre, repassa les frontières de la Bohème. Le duc Bolislav , que le malheur n'avait pas corrigé, et qui se rappelait trop bien les humiliations qu'on lui a\ail fait souffrir, crut que le jour de la vengeance était arrivé pour lui. Entouré de soldats polonais, il exerça sa v engeance sur tous ceux qui lui avaient été hostiles, cl il se montra si barbare et si insatiable , qu'il souleva contre lui tous les esprits , et que personne ne se crut plus eu sûreté , tant que Rolislav aurait le pouvoir en Bohême. Dans leur douleur et dans leur colère, beaucoup de Bobèmcs s'adressèrent a Bolislav le Polonais. Celui-ci fit aussitôt inviter son cousin a une conférence , avec son ancienne confiance. Le Bohème se rendit n cette invitation d'un parent auquel il devait son rétablissement. Le Polonais le reçut avec bienveillance dans un château fort. Mais la nuit suivante, il le fit surprendre , lui fit erev elles yeuv , et ordonna ensuite de le conduire en exil. Puis le Polonais Bolbluv &c dirigea ù

1 marches forcées sur Prague, et lu les Bohèmes

saluèrent avec des cris de joie l'étranger comme i leur maitn , |>arcc qu'il les avait délivrés de la domination cruelle d'un prince national , et que par là il semblait avoir donné un gage de jours meilleurs.

La première nouvelle de la défaite d'Otto , duc de Caria thie , dans les cluses des Alpes , fut reçue par Hcinrich II avec une pieuse résignation à la volonté de Dieu, résignation où il trouvait d'ordinaire sa consolation et sa tranquillité ; mais la nouvelle des événements de Bohème lui révélait un danger trop proche pour ne pas lui causer une grande inquiétude. I l le l'agita d'autant plus, qu'il apprit bientèt que le markgraf Hcinrich , dont il connaissait le ressentiment, avait fait alliance avec le Polonais. Déjà la réunion d'une puissance slate comme celle dout Bolislav semblait maître depuis qu'il s'était emparé de la Bohème devait exciter de grandes inquiétudes et réclamer tous lis efforts pour la rendre inoffensive en la divisant ; mais -i le mai kural Hcinrich attirait le Polonais au centre du Teutsehlaud , non sans doute dans le dessein d'en faire le souverain de cette contrée, mais seulement afin d'atteindre avec le secours de l'étranger son but, le duché de Bavière, un tel événement pouvait avoir des suites incalculables. 11 n'y avait donc pas de teni|>s 11 perdre. Dans son premier trouble, le roi envoya une ambassade à Bolislav lui notifier que s'il désirait conserver la Bohème, il eut a venir chercher auprès du roi l'investiture, et a s'engager à le servir fidèlement ; que s'il s'y refusait , le roi lui ferait sentir par une guerre ouverte la puissance de l'empire teutsch. Mais Bolislav vit dans cette démarche moins une menace qu'une marque de crainte et un aveu de faiblesse. Il rejeta avec nèfris la notification du roi des Tcutschs.

Hcinrich II avait célébré les fêtes de Pàqnes à yuedlinbourg ; il passa celles delà Pentecôte a Halbcrstadl. Là il fut instruit de l'indifférence dédaigneuse avec laquelle le Polonais avait reçu ses menaces. Sa première pensée fut peut-être d'entreprendre aussitôt une exj>édition contre l'insolent prince slave. Mais il se vit forcé d'y renoncer; car deux antres princes tcutschs avaient fait alliance avec le markgraf Hcinrich, et avaient tellement accru sa force, qu'il semblait dangereux d'entrer sur le territoire slave avait d'avoir détruit cette puissance hosti!

GoogI

dans l'empire teutscli lui-même. Cotaient le roarkgraf Ernast d'Autriche, lils de Luipold, et Bmno , le propre frère du roi. Ernast avait assisté à l'expédition du duc Otto en Italie et à sa défaite dans la vallée de l'Adigc. Les deux princes, Otto et Ernast , avaientparu devant le roi , le jour de Pâques , à Quedlinbourg , et avaient , dit-on , reçu de lui des consolations et des présents. Mais le roarkgraf s'était-i! attendu à une réception meilleure encore , et s'était-il séparé mécontent du roi , ou bien fut-il entraîné dans le parti du markgraf Heinrich par sa parenté avec lui , c'est ce qu'on ne peut savoir. Ce qui est certain , c'est qu'il embrassa sa cause avec un grand zèle. Quant à Bruno , frère du roi , il s'était peut-être aperçu que le roi ne voulait pas garder la Bavière pour lui-même , mais qu'il la destinait au frère de la reine Kunigunde. C'est là ce qui l'irrita contre son frère , car il croyait que si le duché devait être remis à un autre , il pouvait y prétendre le premier , et à bon droit. 11 se détacha donc de son frère , et se déclara pour le markgraf Heinrich , non sans doute parce que ce dernier avait comme lui désiré vainement le duché , mais parce qu'il lui donnait l'occasion la meilleure et la plus immédiate de faire connattre au roi ses dispositions hostiles et de lui faire sentir le prix de son amitié.

Ce fut seulement au commencement du mois d'août que le roi se vit à la téte de forces suffisantes pour croire qu'il pouvait ontrer en campagne contre le markgraf Heinrich. Dans le principe , il ne fut pas heureux : son bagage fut enlevé près de Hersbruck par un vassal du markgraf, nommé Magntts, et porté, pour être partagé, dans le château d'Amerthal, non loin d'Amberg. Le roi assiégea ce château , et réduisit en peu de temps la garnison à de dures extrémités. Elle se vit forcée de lui livrer le chAteau. Le roi se fit rendre le butin qu'on lui avait enlevé , et accorda aux soldats une libre retraite ; les Polonais toutefois, que Bolislav avait secrètement envoyés au secours , furent distribués comme serfs entre les soldats du roi. De là on arriva devant la forteresse de Creusen (2). Bucco , frère du markgraf, était chargé de la défendre. Gerberga, femme du markgraf, s'y trouvait avec ses enfants. Heinrich et Ernast , son ami , étaient hors de la forteresse , et cherchaient à braver, à menacer l'armée royale et à lui faire du mal. Le roi cependant les contraignit à la retraite , les surprit ensuite dans une

étroite vallée , les mit en fuite , et fit prisonnier le margraf Ernast. Celui-ci fut condamné à mort comme traître ; toutefois il obtint sa grâce par l'intervention de l'archevêque Willigis. Alors Bucco désespéra de conserver la place. Il entra en négociation avec le roi. Heinrich lui accorda une libre retraite , et fit ensuite raser le fort.

Le roi n'aurait sans doute pas accédé si vite à cet accommodement, s'il n'avait été forcé de tourner son attention d'un autre coté. Bolislav , roi de Pologne et duc de Bohême, ne perdait pas de temps durant ces malheureuses luttes dans l'intérieur du Teutschland. II s'approcha de l'Elbe avec une armée , dans l'espérance de réduire en son pouvoir Meissen , et ensuite sans doute tout le territoire habité par des peuples slaves. Comptant sur sa vieille amitié avec Guncelin , il somma ce markgraf de lui livret Meissen ; mais Guncelin était peut-être déjà instruit du succès avec lequel le roi combattait le markgraf Heinrich; il parait aussi que le roi lui avait envoyé, pour le surveiller plutêt que pour le soutenir , quelques hommes dévoués : il repoussa donc la demande du Polonais. Puis Bolislav passa , il est vrai , l'Elbe près de Strehla , qui avait été donnée en douaire à sa fille Reginlind par son jeune époux Hermann , fils de l'infortuné markgraf Ekkihard ; il pénétra jusqu'à Mugeln (3) , commit d'affreuses cruautés dans le canton de Zlomizi , admirablement cultivé , emmena avec loi plus de trois mille hommes et un immense butin ; mais la crainte que lui inspirait la garnison de Meissen lui fit repasser l'Elbe, et il essuya de grandes pertes en traversant ce fleuve. Grâce à cette issue d'une entreprise qui n'était pas seulement honteuse pour le Teutschland , mais qui semblait aussi pouvoir devenir dangereuse, le roi se viten état de continuer efficacement son œuvre contre les princes teutsebs rebelles. Le markgraf Heinrich sentait bien tout ce qu'il avait perdu , tout ce que le roi avait gagné sur lui. 11 désespéra d'une heureuse issue. 11 incendia donc luimême sa ville do Kronach (4) ; puis , avec Bruno , frère du roi , et avec le reste de ses partisans qui lui prouvèrent même aux jours du malheur la fidélité qu'ils lui avaient promise , il se rendit en Bohême , pour chercher protection et sûreté auprès de son puissant ami le duc Bolislav. Le roi , non moins surpris que satisfait du départ de ses ennemis, envoya Heinrich, évêque de Wurtzbourg, etErkanbold,

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abbé de Fulda , incendier la dernière place forte qui était restée en la possession du markgraf, et à laquelle celui-ci semblait devoir tenir d'autant plus, que cette forteresse, Schweinfurt (3), était l'aneienne résidence de sa famille. Dans la place se trouvait Kila, la vénérable mère du markgraf. Lorsque les prélats ennemis pannent devant les portes , elle > int au devant d'eux pour les saluer et les recevoir. Les prélats lui firent part de la mission qu'ils avaient reçue du roi, et demandèrent qu'elle quittât Schircinfurt. Mais cette femme, pleine de résolution, courut à l'éslise et à l'autel. La elle déclara solennellement qu'elle aimait mieux périr dans ce saint lieu , au milieu des flammes, qnc d'en sortir vivante et de le voir devenir la proie du fen. Émus de cette déclaration , et pénétrés de respect pour l'Age , les vertus et la fermeté de la noble veuve , les princes ennemis crurent pouvoir s'écarter des ordres du roi; ils renversèrent les murailles, démolirent les maisons , mais épargnèrent les églises et n'employèrent pas le feu. Ils promirent aussi, pour donner quelque consolation à cette mère éplorée , de se tenir prêts à tout rétablir dès que la colère du roi serait calmée.

Voilà comment passa on fut détourné ce danger immédiat. Le roi se félicita de ce dénomment, et ne cacha nullement sa joie. Il licencia à Bamberg l'armée qui l'avait suivi avec fidélité et dévooment dans ses entreprises , et se livra ensuite aux plaisirs de la chasse dans le Spessart. Mais , dans sa piété , il voulut aussi témoigner dignement sa reconnaissance à celui qui tut avait donné la victoire. Le rétablissement de l'évèché de Mersebourg roi parut nue œuvre méritoire. Otto III l'avait tentée sans succès; l'avide, opiniâtre et adroit Ciseler, archevêque de Mogdebonrg , ne voulait pas, comme nous l'avons déjà dit , se laisser arracher la proie qu'il avait une fois saisie. Les négociations de Heinrich avec cet homme n'auraient peut-être pas eu de succès ; mais lorsque après les événements que nous venons de raconter , le roi reprit ces négociations, et an moment où le vieil archevêque se mettait en mesure d'échapper encore une fois par ses artifices et ses intrigues aux insinuations qui lui étaient faites , la mort le surprit au commencement de l'an ^00<î. Aussitôt le roi Heinrich mit tout en oeuvre pour élever sur le siège archiépiscopal de Magdebourg un homme

PLE ALLEMAND

dont il croyait être sftr : c'était Tagino , prêtre de Ratisbonne, qui depuis longtemps lui était aussi cher que dévoué. Sa première tentative trouva de l'opposition dans le clergé de Magdebourg : car ce clergé voulait se réserver le droit de libre élection, pour élever à cette hante dignité un homme tiré de son soin. Arnulf, évêque de Halberstadt , délégué dn roi , reçnt cette réponse : » Nous savons ce que veut ton maître; mais la liberté dn peuple se perd par la lil>orté du souverain , et il n'en resterait pins que l'ombre , si elle voulait obéir à tous les ordres. » Heinrich toutefois fut infatigable d.'ins sa brigue, et il réussit à sa grande joie, p;ir des paroles bienveillantes et par de grandes promesses , à placer la crosse archiépiscopale dans les mains de son ami Tagino. 1* nouvel archevêque , avec qni sans aucun doute tout avait été convenu d'avance, ne se refusa pas à rendre les domaines , les ^revenus et les droits que son prédécesseur Oiselet avait attirés à lui lors du démembrement de l'évèché de Mersebourg. Les évêques Eido de Meissen et Hillhvard de Zeitz restituèrent de leur edt > la part qni était échue à leurs sièges. Ensuite Heinrich convoqua les prince*» de l'empire; il déclara avec leur assentiment que l'évèché de Mersebourg était rétabli , et il le donna à son chapelain Wigbcrt. Ce fut pour lui une grande joie d'avoir effacé ainsi la tacho qu'Otto II avait imprimée an trône royal.

Pendant que le roi prouvait ainsi sa piété, Bolislav avait entrepris, de la Bohême, des incursions en Bavière, où il avait fait do grands ravages; et une expédition que Heinrich tenta, vers le mois de mars de cette année , de Mersebourg dans le pays des Milzieni , pour faire diversion en faveur des Bavarois , échoua complètement , parce que le dégel arriva tout à coup et empêcha d'aller plus avant : il réussit pourtant à jeter des renforts dans les forteresses et dans les châteaux situés sur l'Elbe; et un autre événement , qni arriva vers la même époque , le consola facilement de cet échec. Vers ce temps, son frère Bruno et le markgraf Heinrich reconnurent qu'ils s'étaient engagés dans une fausse voie , et qu'en s'nttachnnt à l'étranger Bolislav , ennemi du peuple tentseh , ils n'acquerraient ni honneur ni gloire, et qu'ils arriveraient encore moins au but qu'ils se proposaient et en vue duqnel ils s'étaient faits les ennemis do leur patrie et de

leur roi ; ils résolurent donc do solliciter leur pardon. Brnno se rendit auprès du roi de Hongrie , son beau-frère et celui du roi , pour demander sa médiation ; le nouvel archevêque Tagino et Bernhard , due de Saxe , intercédèrent pour le markgraf. Le roi se rendit certainement avec plaisir aux prières de ces personnages; mais pourtant il crut devoir a sa dignité de faire expier an markgraf le crime dont il s'était rendu coupable. Car il convint de rendre leurs biens à ce markgraf et à ses complices , mats il insista pour que celui-ci restât en prison aussi longtemps que cela lui paraîtrait nécessaire. Le markgraf Hcinrich accepta ces conditions ; il se rendit a Merselwurg auprès du roi , avoua sa faute et en témoigna un amer repentir. Le roi le fit enfermer dans le château fort dediebichenstein sous la garde et la surveillance de I'achcvêque Tagino ; et là , pendant tonte une année, le markgraf chercha à se faire pardonner sa faute par des pratiques religieuses de diverses natures.

Le roi Heinrich , délivré ainsi de ses ennemis les plus proches et les plus dangereux , et désormais moins inquiet du coté do Bolislav le Polonais , crut que le temps était venu do venger la honte que les armes teutsches avaient éprouvée en Italie. Il résolut do faire en personne une expédition au delà des Alpes. Il invita donc les fidèles de tous les peuples tcutschs qui voulaient faire cette campagne à se rassembler à Augsbourg; il se rendit lui-même auparavant à Ratisbonne. Là il tint une diète dans laquelle il remit solennellement , par l'investiture de l'étendard, le duché de Bavière au frère do sa femme , uommé Heinrich comme lui. Les auteurs du temps assurent que tons les assistants approuvèrent cette transmission ; mais il ne parait pas que Heinrich , fidèle aux principes qu'il avait exprimés , ait laissé aux Bavarois l'élection de leur duc. Puis il vint à Augsbourg, où dans l'intervalle s'étaient réunis ceux des Allcmanni,des Lotharingiens et des Franconiens qui avaient répondu à l'appel du roi. D'Augsbourg , Heinrich envoya sa femme Kunigundc en Saxe , pour la confier à la protection de l'archevêque Tagino. Dans un endroit appelé Tinga ou Tonga, Bmno , accompagné d'une ambassade du roi de Hongrie , se présenta à son frère , qui se réconcilia sans peino avec lui : il dut toutefois se résoudre à embrasser l'état ecclésiastique :

Cn \P. VIL 527

dans la snitc il devint évèqne d'Angsbourg.

Dans cet intervalle , Harduin , roi d'Italie , avait cette fois encore convenablement garni de ses soldats les plus fidèles les cluses de# Alpes , et il s'occupait en personne de rassembler une armée dans les plaines de Vérone. Lorsque Heinrich arriva à Trente , il reconnut bientôt l'impossibilité de pénétrer de ce côté en Italie, par suite des mesures prises par l'ennemi. Toutefois , les soldats carinthiens, excités par le roi , le tirèrent d'embarras. Ils s'emparèrent d'un défilé sur la Brenta, auquel Berngar avait fait peu d'attention, parce que, à ce qu'il parait, il avait regardé une irruption des Tcutschs comme impossible de ce côté. Le roi Heinrich laissa donc en arrière les bagages et les char? rois, accourut, et franchit heureusement ces montagnes difficiles. L'armée teutschc célébra les fêtes de Pâques sur les bords de la Brenta.

Mais les fatigues et les difficultés des montagnes dans une saison si peu avancée avaient , à ce qu'il semble, refroidi la première ardeur de plus d'un guerrier. Plus d'un peut-être retourna dans sa patrie; car Heinrich fit interdire par les comtes palatins à tous ses hommes do s'enfuir , sous peine d'être mis au ban du roi : bien plus , celui qui serait réellement surpris en fuite devait être puni de mort. A ceux, au contraire , qui persévéreraient dans l'œuvre commencée , ou promit] de riches récompenses. Ce fut avec ces menaces et ces promesses que le roi continua sa marche. On vit bientôt que si Harduin avait les montagnes pour défendre sa couronne , il n'avait pas les coeurs des Italiens. Car dès quodans son armée se répandit la nouvelle quo le roi des Teutschs avait réussi à franchir les Alpes , la plus fâcheuse discorde s'y éleva, et les anciennes passions, la haine, la crainte , l'ambition , la cupidité , le désir de la vengeance, divisèrent les esprits. En peu de temps Harduin se vit abandonné et trahi , et chacun des grands seigneurs d'Italie, ecclésiastiques et laïques, ne songea qu'à mettre en sûreté sa personno et ses intérêts. Heinrich arriva sans obstacle jusqu'à Vérone. Là les princes et les seigneurs du pays commencèrent à se rassembler autour de lui , en se séparant perfidement du roi Harduin. Les plus considérables d'entre eux étaient le marquis Tietbold, auquel appartenait le rocher fortifié de Canossa , et son fils Boniface, auquel on donne également le titre de marquis, et qui commandait à

IIlSTOmE m PEUPLE ALLEMAND.

Mantouc. C'étaient l'aïeul et le père de eette Mathildc qni devint si célèbre au temps de Heinrich IV et de Grégoire MI. A Brcscia, lleinrich fut reçu avec joie et salué comme roi et seigneur par révêque et les bourgeois de la ville. Là se trouva aussi Friedrich , archevêque deRavcnnc : il prêta avec d'autant plus de confiance au roi le serment de fidélité , qu'il avait refusé le serment à Harduin , ainsi que tous les vassaux de l'exarchat de Ravcnne. ABcrgamo, Heinrich reçut le serment de fidélité d'Arnulf II, orchevèque de Milan. A Pavie enfin , aflluêrent tous ceux qui étaient grands et illustres en Italie , ainsi qu'une multitude d'hommes de moindre condition. Le -15 mai , Heinrich II fut élevé sur le trône dans l'église de Saint-Michel , et couronné roi d'Italie aux acclamations de toute l'Italie.

Mais l'orage de passions qui poussait les Italiens les uns vers les autres d'une manière si singulière se dissipa bientôt. Ail milieu de cette joie enivrante, le cœur cl la volonté manquaient partout. I* roi Harduin avait été un souverain insupportable pour les princes astucieux , dépravés et abrutis de ce pays ; mais les vassaux tetitschs étaient aussi , par leur arrogance et leurs exigences , des hôtes peu agréables pour le peuple ilalien. Le roi Harduin avait peut-être dans les habitants des villes et dans les masses des partisans d'autant plus zélés, qu'il était plus odieux aux princes; et certainement les moyens ne manquaient pas non plus a cet homme si habile , pour miner secrètement l'édifice que les étrangers cherchaient violemment et avec tant de succès à élever sur le sol de sa patrie. Tandis que le soir du même jour où Heinrich avait reçu la couronne au milieu des cris de joie , on se livrait dans le palais des rois aux fêtes et aux plaisirs , on entendit tout à coup des cris sauvages et un immense tumulte. Le roi ayant demandé ce que signifiait ce bruit, on lui répondit que le bas peuple de la ville, enflammé d'une fureur soudaine et animé d'une présomption d'esclave , avait commencé ce mouvement ; que les autres s'étaient joints à Ini; que tous se précipitaient en armes contre le roi et contre sa suite. Heribert, archevêque de Cologne, courut à la fenêtre , et essaya de calmer la multitude par des paroles de paix ; mais on lui répondit par une grêle de pierres et de traits. Outre les princes et les seigneurs qui entouraient le roi,

il ne se trouvait dans le palais qu'un petit corps de soldats; les autres Tcntsclis étaient dispersés ; ils étaient en partie occupés à panser les chevaux , en partie placés dans la Aille , en partie enfin envoyés dans les châteaux voisins. Les Lombards attaquèrent avec d'autant plus de confiance le palais du roi, qu'ils crev aient avoir dans le souvenir de la défaite du duc Otto le gage certain d'une nouvelle victoire. Le palais toutefois fut défendu avec succès, mais aussi avec la plus grande peine. L'horreur du combat fut encore augmentée par la profonde obscurité de la nuit. Dans leur désespoir , et pour voir du moins l'ennemi , les Teutschs livrèrent enfin aux flammes les maisons voisines , mais sans avantage ; car bientôt le palais des rois fut aussi en feu , soit que l'incendie des maisons voisines l'eût gagné, soit que les assaillants l'eussent enflammé. Pendant ce temps, les flammes servirent de signal aux Teutschs qui se trouvaient hors de la ville : ils se doutèrent de ce qui se passait , se réunirent et accoururent pour soutenir et sauver leur roi. Mais Us n'arrivèrent devant les portes qu'au matin du jour suivant ; et comme ils les trouvèrent fermées , ils escaladèrent les murs ou les renversèrent. Alors les Italiens prirent la fuite ; mais ils se rendirent dans leurs maisons , et du haut des créneaux et des toits ils jetèrent sur les Teutschs des traits, des pierres, tout ce qui leur tombait sous la main. Les Teutschs , poussés à une fureur sauvage, nourrissant d'ailleurs, dans leur orgueil féodal , un profond mépris pour les habitants d'une ville , crurent pouv oir tout se permettre en de telles circonstances. Us mirent donc le feu à tous les coins de la ville , profitèrent de cette confusion infinie pour tuer et piller, et détruisirent entièrement Pavie au milieu des scènes les plus atroces. Enfin le roi Heinrich parvint à échapper à la terreur et au danger. Il se retira dans le monastère de Saint-Pierre, qui , situé hors de la ville , présentait quelque défense ; de là il fut spectateur de cette im-

II est impossible de chercher si un fait Uculicr et quel fait fut la première occasion du soulèvement des habitants de Pavie, soulèvement qni aboutit à une si prodigieuse désolation ; le motif en était dans la bizarrerie et la violence des relations, qui ne pouvaient produire que malheur et misère sous des formes

uv. xn,

diverses. Il n'est pas non plus Irés-utile de rechercher combien de temps lleinrich cl les Tcutx lis M'iounu iviit encore près de Pavie. il peut être vrai que le roi ordonna et lit observer, autant que cela fut ?n son pouvoir, la pitii' i l 1 humanité ; il peut être M ai que les habitants de Pavie, qui par hasard ou par prévovance avaient échappé à leur perle, s'humilièrent devant lui , implorèrent sa grâce , et jurèrent de lui être désonnais fidèles: La même chose j »< • 1 1 1 avoir été faite par d'autres Italiens qui usaient dans le voisinage ou que les Teutsehs purent atteindre. Mais, suivant la nature des choses humaines, la destruction de Pavie dut d'abord répandre dans toute l'Italie la crainte et la terreur, et ensuite remplir tout noble eu ur d<* la plus \iolcnto colère. D'après la nature des choses humaines également , il était impossible que lleinrich continuât sou expédition en Italie, ou qu'il continuât son séjour dans un pays souillé de semblables atrocités, pour faire valoir sa nouvelle royauté. Dans le fait , le roi repassa les Alpes avec son armée peu après ces malheureux événements , décoré sans doute d'une seconde couronne , mais accompagné aussi des imprécations de tout un peuple.

CHAPITBi; VIII.

LA BOHEME REDEVENUE FIEF DE L'EMPIRE TEUTSCn. — EXPÉDITION CONTRE LA FRANCE. — FONDATION DE l'ÉVFXTIÉ DE BAMIIRRC ET DÉPOSITION DE IIEINRICH , DUC DE BAVIÈRE. — CONTINUATION DE LA GUERRE AVEC LES POLONAIS.

De l'an 1004 a l'an 1013.

lleinrich II rev int d'Italie parlaSouabc. Dans ce pays , son ancien ennemi , le duc llermann , qui lui avait disputé la couronne teutsehe, était mort, et son fils aussi nommé llermann, troisième de ce nom dans ce duché , avait été, malgré sa jeunesse, revêtu de la dignité ducale par les Souabes. Mais le jeune duc , encore hors d'état de se gouverner lui-même , ne pouvait imposer un frein aux seigneurs et aux vassaux du pays, ni les maintenir dans l'ordre. Ilieii plus, comme il n'y avait pas de main qui put les calmer, le désordre et la guerre privée, résultai des passions que produisait et alimentait le système féodal, régnaient partout. Aussi le roi s'arrêta dans sa marche, et assembla

CHAP. Mil. 529

autour de lui les vassaux ecclésiastiques et laïques. Il confirma le jeune duc dans sa dignité, soit qu'il ne trouvât aucun homme qui lut également agréable a lui et aux Allemanni, soit qu'il n'osai pas s'opposer a l'élection faite par Ceux-ci, quelque peu convenable qu'elle fut; il se fit pourtant prêter partout le serment solennel de respecter l'ordre , de s'abstenir de brigandages et de guerres privées, et de contribuer au maintien de la paix.

Puis il continua sa route sans interruption vers Maycnce, et par la lïanconie orientale vers la Saxe. Il était pousse , à ce qu'il parait , par le sentiment qu'il fallait le plus tôt possible, par un avantage important, effacer la honte de Pavie, réparer ou faire oublier la perte de l'Italie. Il avait conçu un projet raisonnable en luimême, et qui fut exécuté avec habileté : il voulut rentrer en possession de la Bohême, que Ilolislav, l'audacieux prince des Polonais, avait arrachée a l'empire avec cruauté et par trahison. Mais il ne communiqua ce plan qu'a ses confidents les plus intimes, parce qu'il savait combien le Polonais était habile dans l'intrigue, et qu'd craignait que ses projets ne fussent dev oilés, sinon par trahison, du moins par imprudence.

Aussitôt après l'arrivée du roi, l'hérihan fut prescrit pou* le milieu du mois d'août en Saxe, en Thuringc cl en lïanconie, comme pour une expédition au delà de l'Elbe contre Ilolislav, duc de Pologne; et en même temps le beaufrère du roi , lleinrich, duc de Bavière , reçut eu secret des instructions particulières jK)ur soutenir et protéger l'entiepi ise. Les Saxons et les Franconiens obligés à l'hériban se rassemblèrent nu temps fixé près de Mersebourg. Pendant ce temps, le roi fit tenir des bateaux constamment prêts sur l'Elbe , et par ces mesures il confirma l'opinion qu'il avait le projet de passer ce Heine. Des pluies abondantes retardèrent le départ et la marche de l'année. Tout à coup, tandis que chacun avait les veux sur l'autre rive de l'Klbe, le roi tourna il droite, et fit remonter l'armée à marches forcées vers la Bohème. Ilolislav , il est vrai, ne fut pas complètement pris à l'improviste ; dans la grande forêt des montagnes qui séparait la Bohême du pays des Dalemin/iens , et que l'on appelait Miriquidui, il avait lait construire une forteresse ou il avait mis une nombreuse garnison d'archers , de sorte qu'il semblait impossible d'en approcher : mais comme la marche

nS6 HISTOIRE DU PÈUt

des Tenlsehs (rainait on longueur, il commença à considérer les armements do lieinrich comme une tentative sans portée et qui n'avait rien de sérieux; il la vit avec mépris, et, dans son orgueilleuse sécurité , il infligea ses dispositions. A l'arrivée inattendue du roi, les archers furent bientôt vaincus par des soldats d'élite couverts de cuirasses; la hauteur fut enlevée , et l'entrée de la Bohême fut ouverte. Dans l'armée teutsche se trouvait aussi Jarimir, fdsde l'ancien Bolislav, qui avait été d'abord horriblement mutilé , puis chassé par son frère Bolislav r il avait avec lui une troupe de Bohèmes dévoués à sa personne. Le roi Heinrich lui remit aussitôt le pays conquis. Pur là il gagna les cieurs des Bohèmes; ils s'attachèrent d'autant plus vite à ce prince national , qne celui-ci avait éprouvé de plus grands malheurs; et Bolislav le Polonais parut à tous un étranger et un ennemi des Bohèmes , parce qu'il était ennemi de Jarimir. lu soulèvement éclata à Saatz, parce que lieinrich, pour attendre l'arrivée des Bavarois, continuait moins rapidement son entreprise. Los habitants se jetèrent sur les Polonais qui se trouvelett |miiiii eux, les tuèrent, les mutileront comme des tvrans cl îles oppresseurs, et n'en auraient épargné aucun, si lieinrich n'était accourt pour sauver la v ie a ces infortuné. I.e soulèvement alla plus loin , et fut encore augmenté par la fausse nom elle que Bolislav avait été tue. I.a foi en eette nouvelle donna même I de> hommes craintifs le coiiraue de se déclarer contre le Polonais, et affaiblit les partisans de celui-ci , bien que leur nombre ne fût pas médiocre, lieinrich put donc hasarder d'envoyer es avant, sur Prague, le prince Jarimir, soutenu de quelques guerriers teulsclis, a la léledes Bohèmes qui s'étaient déclarés pour sa cause : il voulut essayer si par la force du mouvement national on pouvait arriver a en finir sans effusion de sang. Celte tentative réussit complètement. Bolislav se trouvait à Prague, effrayé de ce qui se passait , et préparé d'avance à tout événement. Lorsqu'il entendit le tocsin retentir aux environs , et qu'il vit l'impression produite par ce bruit sur les habitants de Prague , il se mit I la tête des siens, et quitta Prague et la Bohême, parce qu'il n'y trouvait plus d'appui. Le prince Jarimir, de son roté, entra dans Prague, et de toutes parts le peuple accourut , déposant a ses pieds le butin enlevé sttl Polonais, lui of-

LE ALLEMAND

frantdes présents, le proclamant duc de Bohème, et le saluant avec dos cris de joie comme son prince et seigneur. !,e roi lieinrich sràvit le prince, et lui confirma Je duché sous la suzeraineté de l'empire.

A la fête de ( intronisation du nouveau dur, fioddesoalk, évêqnc do Freisingen, dit la messe, et prêcha ensuite dev ant le roi sur la crainte d> Dieu et sur les honneurs que l'on devait atu puissances suprêmes du monde. Dans le cours du sermon, le serviteur de Dieu s'adressa an roi lui-même et le somma de se reconnaître. Tout le bonheur qui lui était échu en partage depuis sa naissance jusqu'à cette heure, il k devait non pas à son mérite, mais seulement A la grâce de Dieu qui planait sur lui. 11 ne pouvait se montrer reconnaissant «le cette ur.'i. r que par la miséricorde et la douceur. 11 était investi de la puissance d'exercer ces vertus : il ne s'agissait que de vouloir et d'exécuter. • Et voilà pourquoi, continua-t-il , je te conjure, seigneur bien aimé, au nom et par l'amour de Dieu, d'avoir pitié de l'ancien markgraf lieinrich, et de briser ses fers, et de lui accorder son pardon, afin qu'aujourd'hui tu puisses l'adresser à Dion et le prier avec un cœur libre : pardonne-nous nos offenses comme nous jwr-" donnons à ceux qui nous ont offensés. - C'est à ces paroles que le markgraf lieinrich dut sa liberté. Le roi, profondément ému, promit aussitôt d'oui rir au prince prisonnier la forteresse de lucbichcnstcin ; et il tint loyalement sa parole dès que cela lui fut possible. 1-e markgraf, fatigué dos barbares agitations du momie, vécut désormais tranquille à Schwemfnrf , se vouant à des pratiques pieuses; et douze ans après sa déliv rance, il y mourut comme il v avait vécu.

Le roi lieinrich , après avoir ramené la Bohême sous la suzeraineté de l'empire teutseh . et réparé jusqu'à un certain point par cet avantage la perte de l'Italie, ne voulut pas laisser passer inutilement le reste de l'automne. Grâce à l'impression que la fuite de Bolislav hors de la Bohême avait faite sur ce prince lui-même et sur son peuple, il crut qu'il lui serait facile de chasser aussi les Polonais des Marches saxonnes entre l'KIbe et l'Oder. Accompagné de Jarimir, le nouveau duc des Bohèmes, il s'avança donc, non sans de grandes difficultés , à travers les montagnes dans le pays des Mili/es. et dirigea son attaque contre la ville de Bndis-

sin. Mais l'espérance d'une prompte conquête 6V cette ville ne fut pas accomplie : on prétend qu'elle fut déçue par l'équivoque (inneelin , markgraf de Meissen. \a siège traîna en longueur, et coûta des efforts et du sang ; enfin il fallut accorder nne libre retraite a la garnison , et les choses restèrent dans rincertitnde on elles étaient.

Ix? roi ramena à Mersebourg l'armée fatiguée par tant de marches et par le manque de vivres; il la licencia au même lieu où il l'avait rassemblée. Mais les choses ne poux aient pas rester telles qu'elles étaient ; il fallait attendre une armée polonaise sur la rive gauche de l'Elbe , ou faire passer nnc armée teutsche sur la rive droite de ce fleuve. Le roi se décida donc à une nouvelle expédition l'an 4005. Il resta en Saxo, régla et ordonna , et chercha dans un grand concile tenu a Dortmund a encourager les ceclésiastiqnes a l'union et a ranimer l'esprit de l'Église, il indiqua une grande expédition pour le mois d'août; ses troupes et les hommes sujets au service dans les comtés saxons devaient se rassembler aux environs de Magdcbourg ; les ducs Ileinrich de Bavière et Jarimir de Bohème furent également appelés. L'armée réunie passa l'Elbe. Mal conduite par des guides vondos , elle eut à soutenir une marche difficile. L'ennemi se tenait sur la Sprée; l'armée teutsche campa vis-a-vis. Ije vaillant comte Thiodbern , blâmant la circonspection do t oi , espéra se couvrir de gloire par nn coup de main et amener une solution. Mais avec les braves qui s'étaient joints à lui il tomba dans une embeseade des Polonais , et y trouva la mort : Bernbard, Isin et Ben no., vaillants vassaux d'ArouIf , évèqne de Halberstadt , périrent aussi sans utilité , avec beaucoup d'autres. roi et l'armée, vivement affligés, pénétrèrent pîas avant pour venger cette perte; mai» le Polonais se retira derrière l'Oder. Les Tcutsehs l'y suivirent renforcés par les Luisitzcs qui , portant leurs dieux devant eux , se joignirent a l'armée chrétienne , soit par crainte des vainqueurs , soit par haine de la domination polonaise. Bolislav avait dressé son camp a Crosscn , sur la rive droite de l'Oder , pour défendre ce fleuve. L'armée tentsche campa sur la Rober, afin de construire et de préparer des bateaux et des ponts pour le passage de l'Oder. Au bout de sept jours on découvrit un gné. I ne partie de l'armée teutsche passa hen-

CHAP. VÎÏL RSf

| reuseroent sur l'antre rive , et menaça de tourner l'armée polonaise. Bolislav quitta sa position et prit la fuite. Le roi le poursuivit aveo toute l'armée jnsqn'à deux milles de Posen. L'audacieux prince des Polonais reconnut enfin qu'il fallait céder pour le moment , s'il ne voulait s'exposer à nn mine complète. I! demanda la paix. Cette proposition vint à propos an roi Ileinrich et à l'armée teutsche; car,- nonseulement l'armée teutsche avait beanconp souffert des difficultés de la marche et des convois, mais aussi les Polonais, incapables de soutenir nne bataille rangée , se divisèrent par petites bandes, et commencèrent nne gnerro de partisans, qui dexait devenir d'autant plue désastreuse pour les Tcutsehs, qu'ils avançaient davantage dans le pays ennemi. Hemrich envoya donc à Posen , selon le désir du duc , Tagino, archevêque de Magdebourg , et, dans cette ville, le prêtre conclut avec Bolislav, pour lui-même et pour l'empire , une paix en vertu de laquelle l'armée teutsche retourna dans sa patrie et dans ses foyers. Les conditions de la paix ne nous ont pas été transmises ; mais il semble résulter des événements qui suivi» rent qn ane grande partie des pays entre l'Oder et l'Elbe, qu'il avait précédemment possédés y fot arrachée au duc , mais qu'il garda pourtant nue position solide de ce coté de l'Oder , sous In suzeraineté do l'empire teutsch et sous le serment de restar désormais Adèle.

Quant an roi Ileinrich II lui-même, il était peu satisfait de cette paix , on dn moins il nn croyait pas à sa durée, lorsqu'il eut repassé l'Elbe, il ordonna des poursuites judiciaires contre ceux qui , dans ces contrées , avaient embrassé la cause du prince poianais on qui étaient accusés do l'avoir favorisée. Les chefs de ces partisans des Polonais , Tentschs comme Slaves, furent punis de mort. A Mersebonrg, Bniniko , guerrier distingué do la garde dn roi , fut pendu , et a Wallersleben , dans le voisinage de Wasdebom a, deux vaillantsSIaves, Borisen et INezemuisclen , eurent le même sort avec plnsieurs autres. La suite des événements prouvera que le roi n'avait pas tort dans sa méfiance , bien qu'il ait pu se tromper en croyant gagner ou forcer la fidélité par le châtiment des félons. Pour la position du moment, ln paix , quelles qu'en aient pu être les conditions , fut nn bienfait , parce qu'elle donna quelque repos a la Saxe, à la Thnringe et aux Marches

HISTOIRE Dr PEUPLE ALLEMAND.

qui restaient encore à l'empire, et parce que l'année suivante, tOOfi , elle permit au roi de tourner ses armes sur un autre point de ses Etats et d'arrêter un moii\einent qui menaçait d'entraîner de grandes conséquences.

La partie nord-ouest de la Lotharingie était séparée de la l'rauce par l'Escaut, de sorte qu'en général ce lleuve formait la limite de l'empire teutsch. Sur cette limite, les comtes \oMim, Balduin-le-Barbu de Flandre, qui reconnaissait la suzeraineté du roi de l'ram e, et Arnull'dc Hainaut, qui était sous la suzeraineté de l'empire teutsch, s'engagèrent l'un contre l'autre dans une guerre privée , et Ralduin s'empara de la forteresse de Valeneiennes (■!), qui appartenait à Arnulf. Vers ce même temps, Hubert, roi de France, fds de Hugues-Capot , avait soutenu eontre des comtes et des abbés une série de petites et misérables luttes dans lesquelles il avait eu pour but d'assurer quêtant autorité au titre de roi ; mais tous ses efforts avaient échoué , bien qu'il eût été soutenu par Hirhard , duc de Normandie. Loi s de la guerre privée «les comtes Balduin et Arnulf, le roi Hubert rassembla aussi une armée aussi forte qu'il put l'avoir, et le duc Richard se montra encore une fois l'ami et l'allié du roi. Sans doute on ne sait pas quel but Robert se proposait ; mais il devait être vraiscinblaMé aux yeux des Teutschs qu'il xoulait profiter des succès de Balduin pour chercher, à l'exemple de précédents rois de France , en Lotharingie une puissance qu'il ne pouvait trouver dans son pa\s. Aussi Heinrich H crut-il n'avoir pas de temps à perdre. 11 accourut en Lotharingie, rassembla le plus de gens de guerre qu'il put, et parut sur la Meuse, limite de l'empire teutsch. Le roi Robert se tenait sur l'autre rive avec son armée. L'arrivée du roi des Teutschs l'effraya. 11 ne pouvait trouver qu'en Lotharingie même I. ■ s nécessaires pour une guerre contre ce prince , et ses espérances de succès furent dé jouées par l'arrivée inattendue de Henrich sur la frontière. Heinrich, de son côté, ne voulait pas non plus de guerre à l'ouest de ses Ktats; il n'avait p is réuni de forces imposantes, et il ne pouvait pas oublier ses ennemis de Pologne et d'Italie. Lors donc que Robert lui proposa une conférence, il y consentit volontiers. Mais on hésitait dans l'armée française ; on craignait que Robert ne s'abaissât. Accoutumé encore à l'ancien lan-

gage d'après lequel les Teutschs étaient appelés l'ranks orientaux et les Français Frank* occidentaux , et sans connaissance de la position et de l'étendue des pays , on semble avoir cru en France que ce royaume Teutschland étaient à peu près de la méat grandeur; il ne parait pas que l'on ait même étudié la position des rois à l'égard de leurs x assaux , et en général la puissance et 1^ movens dont l'un et l'autre pouvaient disposer. On demanda donc que l'entrevue in deux rois eut lieu au milieu du lleuve, afin qu'ils fussent sur le pied d'une complet? égalité. Heinrich , voyant ces difficultés, et sachant bien que le plus puissant ne penl rien contre le plus faible en montrant »!• plus grandes prévenances , ne voulut pis même laisser négocier celte affaire; il se j. ta dans un bateau avec un petit nombre le fidèles, passa le lleuve, et, à l'étouncmçnt et à la honte des Français , il parut dans leur camp. Les deux rois tombèrent aisément d'accord; ils résolurent d'intervenir à forces communes dans la guerre privée des deux comtes, de contraindre le comte Balduin i rendre la forteresse de Valeneiennes , et de rétablir les anciennes relations et les anciennes limites. I,c roi Robert fut si satisfait de cette heureuse issu,. t que, selon l'usage du temps, il offrit au roi dis Teutschs , son nouvel ami, des présents d'une grande valeui mais Heinrich, tenant compte de la poâtioi de celui qui donnait, n'accepta qu'un livre d Y \ angiles oi né d'or et de pici rcs précieuses , 1 1 une chasse magnifique qui contenait des reliques précieuses (2) , et sa femme prit deux vaisseaux d'or. Et lorsque le lendemain Robert rendit cette visite au roi Heinrich , il imita sa discrétion dans l'acceptation des présents offerts.

L'œuvre commune des deux rois n'eut pas de résultat. Ralduin repoussa leurs proposition comme leurs attaques. Ils sévirent IVm lever le siège de Valeneiennes et de retourner chacun dans son pays. Heinrich toutefois , comptant peu sur les Lotharingiens , fit aussitôt venir de la rive droite du Rhin le nombre m cessai re d'hommes obligés au service. \ cenxci il réunit une armée lotharingiennc, marcha de nouveau contre l'insolent comte Balduin, passa l'Escaut , s'empara de l'abbaye de C.and . et prit ainsi une position solide en Flandre. Alors Balduin se décida à céder. Mais il n'él ùl

pas encore réduit au point de se voir forcé d'accepter toute sorte de conditions. Comme vassal et dignitaire du royaume de France, il pouvait d'ailleurs espérer en des vicissitudes de plus d'une espèce. C'est peut-être ce qui détermina Heinrich à faire avec lui un traité qui rétablit, il est vrai , la tranquillité pour le moment , mais qui au fond était peu propre à habituer les vassaux et les grands dignitaires à la tranquillité et à l'ordre. Balduin deviut vassal du roi des Teutschs ; car Heinrich ne lui laissa pas seulement la ville de Valencicnncs , il lui donna encore Die de Walchcrn , ville et territoire, en fief de l'empire teutsch. Le comte Arnulf de Hainaut fut peut-être contenté d'une autre manière. Robert, roi de France , laissa faire ce qu'il ne pouvait changer; mais Balduin , comte de Flandre , désormais vassal et dignitaire de deux royaumes, en confondit les limites , et ne put , dans cette position, qu'être excité à poursuivre de plus vastes projets et à commettre de nouvelles violences.

Il parait aussi que cette issue causa peu de satisfaction au roi Heinrich H. Il était irapossible qu'elle lui fit plaisir , s'il portait ses regards sur sa vie militaire, telle qu'elle avait été jusqu'alors. Il s'était presque violemment arrache à ses goûts paisibles , et s'était élevé à une grande activité ; mais qu'avait-il gagné par tous ses efforts ? Daus l'empire , il est vrai , il avait dompté les ennemis qui s'étaient déclarés ouvertememt contre lui ; mais il ne les avait domptés que grâce à la jalousie des princes teutschs entre eux, à l'avidité et à l'indiscipline desquels le faible roi Heinrich , qui n'avait pas d'enfants, ouvrait la plus belle perspective; mais il n'avait pas dû sa victoire à sa propre puissance et à l'autorité royale. Quant aux ennemis du dehors , il les avait combattus sans succès. En Italie , son entreprise avait complètement échoué ; contre Bolislav de Pologne , il n'avait pas obtenu le moindre avantage durable; et maintenant une cx|wdition même contre un seul comte français n'avait abouti qu'à des relations équivoques. Il devait donc être arrivé à la conviction que , bien que la position où il se trouvait alors ne pùt lui assurer une vie tranquille, il ne se couvrirait jamais de gloire dans la carrière des armes et ne prendrait jamais place dans le cercle brillant des héros. 11 consacra d'autant plus ardemment son umc à la foi , aux choses

• saintes et divines; mais aussi il désira d'au- [ tant plus vivement de faire vivre d'une autre manière son nom dans la mémoire des hommes, de travailler par des fondations pieuses pour les générations à venir, et de vivre parmi elles sinon comme un héros, du moins comme nn saint. Les éloges donnés au rétablissement de l'évèché de Mcrscbourg lui firent espérer des éloges plus grands encore, s'il fondait un nouvel évéché. Cette espérance remplit son âme avec d'autaut plus de force, qu'il n'avait pas d'enfant auquel il pùt transmettre ses richesses et ses honneurs.

Babenberg ou Bamberg , placé dans une belle situation et dans une contrée fertile , était devenu un domaine royal depuis près d'un siècle , c'est-à-dire depuis la mort du comte Adalbert, au temps du roi Ludwig l'Enfant. L'empereur Otto II avait donné ce domaine en lief à Heinrich II , duc de Bavière , et le roi actuel. Uenrieh II en avait déjà été en possession comme duc de Bavière. Babenberg lui était devenu singulièrement cher à cause de sa charmante position sur la Rednitz et le Mcin , et , pour cette raison , il l'avait assigné pour douaire à sa femme Kunigunde. Lorsqu'il sfut arrivé à l'empire , il commença par faire construire à Babenberg une église magnifique, et il conçut la pensée d'y fonder un évéché et d'immortaliser ainsi son nom. Il n'est pas très* vraisemblable que Kunigunde ait partagé le désir de son mari ; sans doute la réputation de piété qu'elle cherchait à conserver, empêcha la reine de s'opposer aux vœux de Henrich ; mais ses frères , le duc de Bavière et Thiedrich, évéque de Metz, combattirent la volonté du roi dans les intérêts , dirent-ils , de leur sœur. Heinrich néanmoins ne s'arrêta pas en chemin. Mais il redoutait de plus grandes difficultés de la part de Heinrich , évéque de Wurtzbourg ; car Babenberg appartenait au diocèse de ce prélat , et un nouvel évéché fondé à Babenberg ne pouvait en majeure partie être doté qu'aux dépens de celui de Wurtzbourg. Il croyait avoir levé déjà cette difficulté elle-même. L'évêque Heinrich en effet consentit à la création du nouvel évéché à condition que Wurtzbourg serait érigé en archevêché , et que le diocèse de Babenberg lui serait soumis. Le roi accepta celte proposition , et acheva la construction de l'église de Babenberg d'une manière qui semblait conforme à la dignité épiswpale. Bientôt

toutefois l'évoque refusa de tenir sa parole , parce qu'il arriva à la certitude qu'il lui serait à peine possible de devenir archevêque de WurUbourg; mais ce refus lit monter le pieux désir do roi jusqu'à la passion, jusqu'à ua véritable fanatisme. Le roi regarda désormais la fondation de l'évéclié de Rabenberg pomme une affaire d'honneur aux yeux du monde, et comme une affaire de salut aux yeux de Dieu ; et il se crut d'autant plus forcé de la terminer , que ses entreprises temporelles avaient eu moins de sucres.

Ix>rs donc que les affaires avec le comte Ralduin furent arrangées par le traite dont nous avons parlé, le roi Henrich convoqua tous les archevêques et évèqucs de sou empire en un concile à Francfort. Les évoques se rendirent en grand nombre à l'invitation du roi ; mais Hciurich, évoque de urtzbourg , ne parut pas. Cette absence inquiéta le roi , et la crainte que cette assemblée aussi n'eut lieu inutilement lui fit oublier tout ce qu'il se devait à lui-même , tout ce qu'il devait à la dignité royale et au pouvoir temporel en face du corps sacerdotal , et l'empêcha d'apprécier l'exemple qu'il donnait à son siècle et à la postérité. Lorsqu'il entra daus l'assemblée , il se jeta à genoux devant ces ecclésiastiques , devant les vassaux de l'empire dout il était roi , et il resta daus cette posture jusqu'à ce que Milligis, archevêque de Mayeuce, v int le relever. Puis il parla dans les termes les plus humbles : son humilité invoqua la majestueuse douceur et la piété des évoques, les suppliant de lui permettre, puisqu'il n'avait plus d'espoir d'avoir postérité , de faire le Christ son héritier, et de fonder uu évèrhé à Ralwnbcrg : il s'engageait à donner à l'évéque de Wurlxbourg toute indemnité qui paraîtrait convenable aux prélats assemblés. Bcringor , chapelain de l'évéque Heinrich, s'éleva contre ce discours : la craiute que le roi lui inspirait avait seule, dit-il, éloigné son maître du concile ; il était impossible qu'il consentit au morcellement de l'église que Dieu lui avait confiée : il pria l'assemblée , par le corps de Jésus-Christ , de ne pas prendre une telle résolution en l'absence de l'évéque. Enfin il lut les diplômes qui contenaient les droits de l'évéclié de YVurtzbourg. Jl parait que ce discours du cbapolani et les termes de ces diplômes émurent plus d'uno fois les pères assemblés et les firent chanceler

I dans leur opinion ; et chaque fois que le roi s'aperçut de cette hésitation , il se jeta à genoux et implora de nouveau la bienveillance des évèqucs. Enfin l'archevêque Willigis invita les prélats à exprimer clairement lenr opinion. Tagino, archevêque de Magdebourg, ami et fav ori du roi , parla le premier , et déclara que la demande du roi pouvait lui être accordée selon les lois de l'Eglise. Les autres évéques se rangèrent à cet avis. Heinrich nomma aussitôt son chancelier Everhard évéque du nouveau siège , et l'archevêque Willigis le sacra. Mais sa joie ne fut pas encore complète : sans doute l'évéque de Wurtzbourg consentit enfin à recevoir une indemnité ; sans doute le roi reçut aussi la confirmation du pape 'f mais l'évéque d'Eichstacdt, qui devait aussi perdre une partie de son diocèse , manifesta une vigoureuse opposition , et dans l'eme du duc de Bavière continua de vivre la colère que lui inspirait cette prodigalité du roi : il fut assurément d'autant plus irrité de cette prodigalité, que désormais Heinrich , pour prouver sa reconnaissance au clergé, ne connut plus de mesure ni de bornes dans ses donations.

Tandis que Heinrich s'occupait ainsi d'œuv res pieuses, Rolislav , duc des Polonais, s'occupait, suivant son ancien système , des choses de ce monde. On apprit de plusieurs peuples slaves que si Heinrich n'intervenait pas bientôt , Rolislav étendrait de nouveau sadomination contre l'empire. Jarimir , duc de Bohême , montra particu» licrement une grande inquiétude. !,e roi , irrité de la perfidie du Polonais , env ov a aussitôt lu markgraf Hermann, beau-filsde Rolislav, versco duc , pour le menacer de la guerre s'il ne renonçait pas à>ses intrigues , bien que l'on ne fût pas en état de la faire. Rolislav , qui connais* sait fort bien la situation et les dispositions de Heinrich , ne se laissa pas épouvanter. Il prit les menaces pour une déclaration de guerre, rejeta toute la fauto sur le roi des Teutschs , et marcha avec de grandes forces coutre le Teutschland au printemps de l'an 4007. 11 ravagea le canton de Morczini jusque vers IHngdebourg , enleva les habitants de la ville de Ziruisl ou Zerbst , assiégea Rudissin , et força la garnison, qui se défondit bravement, mais se vit complètement abandonnée , à lui rendre la ville pour obtenir une libre retraite. Et si personne uc s'était avancé contre l'audacieux Po-

UV. XVI,CHÀP. VHL

louais, personne n'osait non plus le poursui- I en scène : il circonvint le roi par l'astuce , et vrc. Les sommations et les ordres ne manqué- fit douncr aux assiégés une libre retraite, qu'Us rent pasdu côté du roi; mais partout on les reçut ne pouvaient plus ni demander ni espérer.

Cette perfidie du duc Ileinrich blessa profondément le roi. U crut devoir ne pas la laisser sans vengeance. 11 déposséda le duc de son duché , et se rendit eu Bavière pour mettre cette sentence à exécution. Le duc suivit le roi , et chercha à arriver avant lui à Hatisbonne ; mais le roi était sur ses gardos, et déjoua ce projet. D'autre part, il convoqua, Tan 4000, tous les vassaux bavarois à une diète à Hatisbonne, pour les décider à renoncer au duc Hcinrich. Mais celui-ci avait été assez adroit pour prévoir un tel cas : il s'était fait prêter par les vassaux le serment de ne reconnaître aucun autre duc pendant trois ans. L'assemblée se rappela sans doute ce serment; mais les grauds seigneurs de cette époque savaient fort bien passer sur un serment. Le roi le rejeta et lo blaina. En même temps il n'épargna pas les discours flatteurs et séduisants; il employa la menace lorsqu'elle fut nécessaire. C'est ainsi qu'il réussit à détacher les Bavarois du duc et à les engager envers lui-même. Mais en même temps il alluma les plus terribles passions dans l'ambitieuse famille d'où sortait sa femme, et, peu» dant une série d'années, Ileinrich , duc expulsé de Bavière , et son frère Thiedrich , évéque de Metz , ne respirèrent qu'intrigues et vengeance , et firent tout ce que la ruse et la

avec indifférence ou mépris. Et lui-même, fatigué d'ailleurs de cette affaire, trouva l'année suivante tant à fairo pour ses forces , qu'il ne put ni venger sa honte ni reprendre pour l'empire le pays au delà de l'Elbe, (^ar il fut occupé d'une chose qui fit certainement sur son cœur une profonde impression , et dont les suites pouvaient être malheureuses.

Luidolf, archevêque de Trêves, mourut l'an 4008 ; et aussitôt ou élut à sa place le chapelain Athclbero , qui n'était pas encore arriv é à l'âge d'homme. Cet Athclbero était hère de la reine kuuigundc, et il n'avait été l'objet de cette élection déraisonnable que parce que sa sœur l'avait voulu. Mats le roi s'irrita des tendances mondaines de sa pieuse épouse. Plus il sentait profondément que sou pouvoir sur les princes laïques était perdu ou sans force , moins il voulait se laisser dépouiller d'une influence décisive sur la nomination aux sièges des princes ecclésiastiques. D'ailleurs une fois déjà il avait fuit uue fâcheuse expérience : car un frère ainê de sa femme, Thiedrich, était devenu de la même manière é\équc de Metz, sans que l'on eût pris d'avance son consentement. De plus, il pouvait croire avoir satisfait aux justes exigences de sa chaste épouse par l'av ancement de deux de ses frères. U rejeta donc l'élection , donna sagement l'évèché à un homme d'uuo illustre famille, nommé Meingard , qui était caméricr de l'archevêque \v il- Jigis de Mayencc; et, sans s'inquiéter des instances de sa femme et de ses beaux-frères , il marcha avec des troupes sur Trêves, pour installer celui qu'il avait nommé. De là une «rondo exaspération. Thiedrich , évôque de Metz , et son frère Athelbero réussirent d'autant plus aisément à réunir dans Trêves , pour la résistance, un nombre suffisant de Lolbaringiens , 4jue la reine elle-même les aidait sans doute : Hcinrich, duc de Bavière, accompagna le roi contre Trêves , non pour combattre son frère, mais pour empêcher les dernières extrémités. Le roi assiégea pendant seize semaines le palais de Trêves. Enfin le fer et la famine réduisirent ses ennemis à uue telle extrémité ,

qu'il ne sembla plus leur rester que le choix I vécs , três-compliqnéos et naissant les entre mourir et se rendre à discrétion. Mais des autres , furent la conséquence de cette si- <law> cet état de choses, le duc de liauere entra | tuation » et 4e semblables guerres privé*

rage leur inspirèrent pour le perdre ou du moins pour lui nuire. Et malgré le silence des monuments , il n'est pas invraisemblable que la reine Kunigunde elle-même prit part aux embûches que l'on ne se lassa pas de tendre à son mari.

Le roi échappa aux dangers qu'on lai préparait , par hasard et par bonheur , mais surtout par la jalousie des grauds seigneurs de l'empire contre la famille de ses ennemis. Il entreprit aussi des expéditions dans les parties occidentales de son empire, pour maintenir, du moins officiellement, dans sa foi les princes qui y étaient restés. L'an 4040 , on essaya , dans une diète tenue à Mayence , de terminer ces malheureuses discordes : cette tentative ne servit qu'à attiser les passions que l'on voulait étonffer. Une multitude.de guerres pri-

étaient presque toujours accompagnées de crimes et d'atrocités. Des scènes <lo cette nature devaient être d'autant plus funestes à l'empire, qu'à la même époque il fut menacé et frappé d'autres désastres. Une comète parut dans le ciel et effraya lésâmes, auxquelles elle semblait annoncer des malheurs ; un veut d'orage épouvantable causa de grands ravages, et , sur divers points, des églises et d'autres édifices sacrés devinrent la proie des llammes. De tels phénomènes agirent avec d'autant plus de force sur les esprits, que la famine et la peste, causées surtout par l'incertitude des relations sociales , firent chanceler même des Ames énergiques. Les ecclésiastiques surent se servir de toutes ces choses pour augmenter leur pouvoir et leurs richesses; et lleinrich les aida volontiers dans leurs efforts, parce que dans ses ennuis il ne trouvait de consolation qu'auprès d'eux, et parce qu'il se croyait très-assuré d'eux-mêmes pour des choses temporelles. Si donc les princes laïques ne disparaissent pas devant les èvèqucs, ils s'effacent du moins devant eux; on ne voit presque (pie des ecclésiastiques dans l'entourage du roi ; des ecclésiastiques forment son conseil, et ce sont des ecclésiastiques qui commandent les armées contre les ennemis de l'empire.

Parmi ces ennemis , liobslav , duc ou roi de Pologne , était le plus puissant comme le plus actif. Il ne se reposait pas seulement sur ses aunes, mais il employait aussi l'or et tout moyen qui pouvait lui être utile pour atteindre son but. Entre les markgrafset princes teutschs qui devaient les premiers défendre et étendre les frontières de l'empire contre le monde des peuples slaves et en particulier contre la puissance et l'astuce du Polonais, régnaient des discordes de natures diverses, et une colère barbare les poussait à des guerres prive»*» et à des surprises sanglantes. Dans ee champ, Itolislnx jeta de riches semences d'irritation et île séduction ; et il parvint sans peine à alimenter les guerres privées, à entretenir les mésintelligences , à faire chanceler plus d'une fois la fidélité des fidèles du roi. Un des princes les plus remuants de cette contrée , qui donnait beaucoup d'occupation à ses voisins et au roi lui-même , fut , il est vrai , tué dans une surprise par le markgraf Wirinhar , dans la Saxe septentrionale, près de Tangermunde : c'était ce Dedi qui vingt-six ans auparavant avait commis de singulières violences à lu tèle de

bandes bohèmes , qui ensuite avait gagne la faveur et la confiance d'Otto III , et obtenu un comté entre la Saale , la VA ipper et la Salza ; il est la souche de la noble maison de VYettin. Mais le plus fidèle partisan du prince des Polonais était ce Gnncelin , markgraf de Messcin , dont nous avons raconté l'origine et la position équivoque. Entre ce markgraf et le markgraf llermann , fils de l'infortuné Kkkihard et gendre du due Itolislav , éclata une guernprhée qui a\ ait \ raisemblablement son origiae dans les relations des deux princes teutvh» avec le prince polonais , et qui fut faite <f noo manière inouïe, même dans ce siècle barbare. Gnncelin voulut prendre Strchla , \ille <pti avait clé assignée en douaire à la femme de llermann. Cette tentative échoua. Dans sa colère , (iuncelin incendia la ville de Hochlitz (5'. llermann et son frère Kkkihard, voulant se venger de cette cruauté , forcéreat un château fort de (iuncelin, situé sur la SaaJc, cher par-dessus tout à ce prince, où il avait entassé ses trésors les plus précieux , parw qu'il se liait à sa force et à sa nombreuse garnison. I.es deux frères prirent le clwHeau , le pillèrent , et détruisirent tout par le fer cl le feu . A coté deces faits d'armes se plaçait uncsrrie de petites bravades et de petites méchancetés, dont l'une donnait sans cesse naissance à l'autre, et qui augmentaient de plus en plus l'exaspération. 1.1 le Polonais se tenait derrière ces odieuses menées , riait avec mépris en les considérant , et attendait son heure.

l/e roi lleinrich 11 crut devoir mettre des bornes à ces infamies dont les suites éUieut incalculables. L'an 4010 il vint dans ces contrées. Il se rendit à Mersebourg. Cette xille lui était particulièrement chère, parce qu'il v avait rétabli le siège épiscopal, et parce que l'année précédente il avait réussi h placer sv ce siège un homme qu'il considérait et en qui il avait confiance , Dithmar , ou , comme il écrit lui-même son nom, Thietraar, qui . écrit l'histoire de ces événements. Il appela a .Mcrsebourg les princes ennemis. Ils y vinrent : (iuncelin remit la défense de Mers» lwurg à son frère Brun. Le roi écouta leurs plaintes réciproques, et les pesa. Le désavantage fut pour (iuncelin , sur qui l'on rejeta toute la faute. Il ne fut pas seulement chargé ptf llermann et par Ekkihard , mais beaucoup d'autres firent entendre contre lui toute sorte

UV. XVI,CIIAP. Mil.

de griefs : ses brigandages , dit-on , étaient grands; il avait vendu à des Juif;» les serfs qu'il avait arrachés à ses ennemis; il avait méprisé les ordres du roi, et n'avait réparé aucun mêlait. Quelques-uns l'accusèrent expressément de trahison envers le roi et l'empire, et offrirent de prouver par le jugement de Dieu , par le duel, la vérité de cette accusation. Le roi soumit donc l'affaire a la délibération des princes assemblés à Mersebonrg , et , d'après leur sentence , il enleva le markgrav iat à Guncclin, et plaça celui-ci sous la garde d'Arnulf , évéque de Halberstadt. Le markgraviat devait être quelque temps administré par le comte Friedrich d'Ilcnbourg, frère de l)edi; mais il fut bientôt donné au markgraf Hermann, fds d'Ekkihard. Pendant ce temps BolLslav avait profité de tout. Le jour qui précéda l'arrivée de Ilermann devant Meisscn, une grande troupe de soldats polonais passa l'Elbe , et s'approcha de la ville, dans l'espoir de s'en emparer; le hasard seul sauva la place. On accusa de trahison deux gardes du château , appelés Kuekeburger , et ils payèrent de leur vie leur crime ou du moins l'accusation élevée contre eux.

Ces événements déterminèrent le roi à continuer vigoureusement la guerre contre Bolislav, non sans doute dans l'espoir d'en Unir, mais du moins dans celui de le forcer a un armistice de plus longue durée. Il annonça donc, sous des peines sévères, une nouvelle campagne qui devait commencer après les fûtes de Pâques de Pau 4011. Ijcs princes se rassemblèrent en grand nombre avec leurs hommes à l'époque Ihéc ; mais l'entreprise n'eut ni succès ni résultat. Le roi tomba malade dès le commencement de la route, ainsi que Tagino, évéque de Magdebourg. Il fut donc résolu que les deux princes repasseraient l'Elbe av ec une partie de l'armée, et que l'autre partie seulement continuerait l'œuv re commencée. Dans le fait , les Tcutschs pcnétrôreut jusqu'à Glogau et ravagèrent au loin le paj s. Mais Bolislav les attendait derrière les murs «le Glogau , et empêchait sagement ses gucrricrscxaspéiésdeliv rer un combaten plaine campagne. Comme les Tcutschs, de leur côté , n'osèrent pas attaquer la forteresse , il ne leur resta plus , après avoir ravagé la camjMigne , que de retourner chez eux en repassant l'Elbe. Aussitôt sans doute Bolislav passa à de nouvelles attaques, ou du moins menaça de le faire. Car pendant l'hiver lleiurich lit jeter les fonni.

déments d'une grande ville ou forteresse , i mée Liuhtisua, de l'autre côté de l'Elbe; et après avoir fait consacrer , l'année suivante , son église de Bamberg, et donné un nouvel archevêque a Magdelxnirg, après la mort de Tagino, il annonça une nouvelle campagne contre les Polonais; elle dev ait avoir lieu au mois d'août. L'armée appelée sous les armes se rassembla ; mais cette campagne fut une œuvre v ainc. I,c roi ne put y assister ; il se vit forcé de marcher encore une fois sur .Metz, où ses beaux-frères mettaient de nouveau l'empire en danger par leurs intrigues et par leurs armes ; il donna en conséquence le commandement de l'armée à A\ althard, le nouvel archev équcdeMflgdcbourg. Les princes , lorsqu'ils virent l'empereur s'éloigner, et peut-être parce qu'ils n'avaient pas de confiance dans le prètrc-général , se montrèrent peu disposés pour l'entreprise. Walthard, voyant leur répugnance , noua des négociations avec Bolislav, et se rendit en personne auprès de ce prince, pour arriver à la paix , si cela était possible. Bolislav reçut révèquo avec la plus grande bienveillance ; ils restèrent deux jours ensemble : mais les propositions de l'évêquc furent repoussées par le Polonais , et M althard revint comblé de riches présents, mais sans av oir rien terminé, auprès de l'armée teutschc. Comme alors même on ne put décider les princes teutschsà continuer l'entreprise; comme, s'ils commencèrent à se mettre en marche, ils firent bientôt halte et prirent la résolution do n'occuper vigoureusement que la Marche, l'archev èque conçut tant de chagrin et de souci , qu'il tomba dangereusement malade, se vit forcé de quitter l'armée, et mourut sans que rien put le sauver. Après le départ de >\ althard, l'armée se sépara, h ce qu'il semble; Bolislav, de son coU; , s'avança avec des troupes vers l'Elbe , et tourna tout d'abord ses armes contre la nouvelle forteresse de Liubusua, quo le roi avait fondée pour la défense de l'empire. 1a garnison était trop faible pour un si vaste établissement ; il ne vint pas de secours ; la garnison perdit confiance et courage. I-c Pclonais parvint donc à enfoncer les portes et a se rendre maître de la forteresse, où beaucoup de sang fut répandu. Le vainqueur emmena comme butin tout ce qu'il trouva, et détruisit la forteresse de fond en comble.

Dans cet état de choses , on rev int aux négociations, lleiurich, roi des Tcutschs, en lit, à

ce qu'il semble, la demande. Et il y était poussé par de graves motifs. Sa querelle avec ses beaux-frères s'étendait de plus en plus sans intermption , et aucun effort ne pouvait l'amener à une heureuse lin. Us désordres et les guerres privées continuaient dans presque toutes les parties de l'empire ; et des pirates du Nord répandaient au loin la craint»', la terreur et les désastres (1). D'autres calamités aussi ne cessaient pas de peser sur des milliers d'hommes. Sur le Danube et sur le Rhin des inondations inouïes désolèrent le pays, et uu tremblement de terre ébranla les Ames. Les princes et les vassaux étaient fatigués des expéditions continuelles contre les Polonais; quelques-uns même entrèrent dans des communications dangereuses avec Holislav , et le roi était maladif et faible. D'autre part , Rolislav n'était pas éloigné de la paix. Ces luttes continuelles lui avaient égalemeut coûté cher à soutenir ; peutrétre lui-même sentait-il baisser ses forces. Quoi qu'il en soit, le moment était favorable pour obtenir une paix avantageuse ; et si enfin le renouvellement de la lutte promettait des avantages plus grands encore, quelque temps de repos ne poux ait qu'être fort utile. Au commencement de l'au 1015 il envoya donc son lils MLseko ou Mjesko à Magdcbourg vers le roi Ucinrich. Mjosko vint et fut reçu en ami. H revint chez lui vassal du roi des Teutschs : on ne sait pas a quelles conditions. Ricntot après, aux fêtes de la Pentecôte , Holislav luimême vint trouver le roi à Mcrsebourg; mais il s'était fait donner des otages pour sa sûreté. 11 devint aussi l'homme féodal du roi ; il lui prêta serment de fidélité , et l'accompagna à l'église comme son écuyer. On ignore également ce que Ucinrich peut lui avoir concédé; on a seulement remarqué que Heinrich se montra très-libéral et lui donna un fief qu'il désirait depuis longtemps. Cette remarque rend vraisemblable qu'une grande partie du pays en deçà de l'Oder , pour lequel on avait combattu a\ec tant d'aebarueincnt , lui fut abandonnée sous la suzeraineté de l'empire teutsch. Et ce qui semble appuyer cette conjecture, c'est cette circonstance que des hommes teustclis suivirent, sans doute avec l'assentiment légal du roi, le prince des Polonais, le plus opiniâtre des ennemis de l'empire feutsch , à une expédition qu'il crut nécessaire d'entreprendre contre les Russes.

LPLE ALLEMAND.

SECONDE EXPÉDITION DE HEINRICH 11 EN ITALIE. — SON COURONNEMENT COMME EMPEREUR. — NOUVELLE ET MALHEU- REUSE GUERRE AVEC LES POLONAIS.

De nia 1013 à l'un lOlà.

Neuf ans s'étaient écoulés depuis la malheureuse expédition «lu roi en Italie. Durant cet intervalle , on peut presque dire qu'il n'y a pas d'histoire d'Italie, ni de tout le pays, ni de quelques-unes de ses parties , cantons ou villes. Le petit nombre d'indications que l'on peut trouver consignées chez les écrixains sont sans valeur , parce qu'il est impossible de les soumettre a un ordre rationnel, et parce qu'elles sont à peine intelligibles : les actes publics même que l'on a pu garder de cette époque portent un caractère d'équivoque qui leur ôte également tout leur poids pour l'histoire. Une seule chose toutefois résulte d'une manière évidente de ces ombres de monuments : c'est que la situation de l'Italie était singulièrement embrouillée et malheureuse ; c'est que nulle part il n'y avait d'ordre ni de sûreté, si ce n'est peut-être dans les murs des monastères.

A l'arrivée de Heinrich en Italie, le roi Harduin s'était retiré dans les montagnes des Alpes, et de là il avait travaillé contre les Teutschs et par les armes et par les artifices «le sa politique. Mais lorsque les Teutschs, effrayés par l'incendie de Pavic et par tant de passions sauvages , furent retournés dans leur patrie, Hnrduiu descendit aussi des montagnes et chercha à ramener sous sa domination tout le royaume des Langobards. Pavic s'était soule\ée en son nom contre les Teutschs ; ou du moins les habitants, laissant en gémissant errer leurs regards sur les cendres de leurs habitations et de leurs biens, l'appelaient, dans leur infortune, du geste et de la voix. Harduin revint a Pavic, et de là il chercha à reprendre les autres villes. Et bien qu'il ne réussit à ramener sous son pouvoir qu'une partie de ces x illcs et avec elles les vassaux ecclésiastiques et laïques , il maintint du moins le titre de roi d'Italie , et poursuivit par tous les moyens ses prétentions ou ses droits sur tout le pays. Les villes et les cantons qu'il ne put gagner restèrent dans des positions diverses. Ceux des princes et des seigneurs qui espéraient pouvoir se maintenir

ne s'inquiétaient de personne, ou faisaient cause commune avec ceux qui visaient au même but : d'autres reconnaissaient secrètement ou ouvertement l'autorité du roi des Tcutschs; les seigneurs ecclésiastiques particulièrement tenaient pour lui , les plus faibles pour le plus fort. Beaucoup aussi, qui avaient désespéré de trouver aucune protection en Italie, a\ aient suivi les Tcutschs au delà des Alpes; et de même que d'un côté ces fugitifs ne cessaient pas d'exciter et de pousser le roi Heinricb à une nouvelle expédition eu Italie , ils ne cessaient pas non plus de faire valoir leur influence en Italie , pour amener une révolution favorable à leurs intérêts. Tout cela produisit sans aucun doute le mouvement , le désordre , la confusion les plus divers , la guerre et les combats, les guerres privées et les luttes publiques, la trahison et l'intrigue, la cruauté et le crime, la désolation et la misère.

A tous ces maux, que les habitants de l'Italie, ou plutôt que les princes et les seigneurs d'Italie attirèrent sur cette contrée, se joignirent encore de grands daugers et de grandes souffrances que les ennemis du dehors causèrent aux malheureux habitants, et qui se combinèrent avec la famine et les maladies contagieuses. La situation misérable de l'Italie, où tontes les forces étaient brisées ou paralysées, n'échappa point aux Sarrasins , qui étaient établis en Italie et qui s'étaient rendus maîtres de la Sardaigne : ils surent en profiter. Dès l'an 1005 ils surprirent la ville de l»isc, la pillèrent et en liv rèrent une partie aux (lamines. A partir de ce moment , ils se montrèrent tantôt sur un point, tantôt sur un autre, pillant et détruisant ; et leur conduite envers les malheureux qu'ils pouvaient atteindre était d'autant plus cruelle, qu'en général, depuis le commencement du nouveau millénaire après Jésus-Christ , la haine des Musulmans contre les chrétiens se montra partout plus grande et plus dure qu'elle n'avait jamais été. Kn même temps , les (Irecs se remuaient dans l'Italie inférieure plus qu'ils ne l'avaient fait jusqu'alors. Ils y furent peut-être décidés par un soulèvement des habitants conta? eux ; mais après que ce soulèvement eut été comprimé , ils cherchèrent aussi , et non sans succès , à étendre lenr domination : du moins toute l'Italie inférieure fut exposée tantôt à leurs attaques , tantôt à leurs menaces , et Komc elle-même ne

fut pas a l'abri de toute inquiétude et de tout danger.

Komc, la \ille éternelle, éveille à cette époque , comme toujours, une attention et un intérêt particuliers, aussi bien à cause des souvenirs indestructibles que son nom évoque, qu'à cause de la position que le siège apostolique avait prise à l'égard de tout le monde chrétien. Et Homo présente le même aspect que le reste de l'Italie, bien qu'avec un cair-tèrc qui lui est propre. Les anciens partis, qui avaient a peine été contenus par la présence des Tcutschs, éclatèrent aussitôt les uns contre les autres lorsque les Tcutschs se furent éloignés. Le pouvoir que Cresccnlius avait exerce provoquait plus les àmes à aspirer à sa puissance , que son infortune ne faisait redouter sa grandeur. Son parti n'avait pas été écrasé avec lui ; bien plus, Otto III avait favorisé , dans ses dernières années , ceux qui appartenaient à sa famille , soit par amour pour Stéphanie, soit par repentir do sa conduite envers l'orgueilleux duc, soit parce qu'il croyait pouvoir compter désormais sur la fidélité de ces hommes. La maison des comtes de Tusculam n'avait pas non plus oublié la puissance que jadis elle avait eue à Komc ; elle s'opposait à tout parti , et cherchait à former elle-même un parti aussi fort que possible. Entre les deux factions se trouvait le siège apostolique , recherché par l'une et par l'autre , comme un instrument et un mojen , à la dérision en quelque sorte du monde chrétien et des besoins des peuples. Dans ces relations, le pape ne pouvait avoir que peu d'importance. En général , comme nous l'avons remarqué , il n'était fort que lorsqu'il s'appuyait sur l'empereur ou lorsqu'il luttait contre lui : si l'empereur manquait , le pape était aussi sans puissance. Sans doute le saint-siége ne perdait, même alors, rien de sa considération , surtout dans les pays hors de l'Italie : car on désirait si ardemment l'unité de l'Église et de la foi , on sentait avec tant de force le besoin d'une puissance spirituelle que l'on pût opposer si l'agitation barbare et désordonnée des hommes du glaive , que l'on conservait le plus grand respect pour le siège de l'apôtre , alors même que l'homme qui occupait ce siège et qui devait exercer cette puissance était le jouet de la fureur des partis ou de ses propres passions ; mais le pouvoir du vicaire apostolique languissait pourtant

dans de telles circonstances, et une longue immobilité dans une société en mouvement est toujours dangereuse , parce qu'elle ressemble a un recul.

Avec la vie d'Otto III cessa également l'influence du pape Sylvestre IL Cet homme savant, doué d'un génie inventif (4), mourut des l'an 4005 , sans que le monde y fit presque attention. On lui donna pour successeur un pape nommé Jean , et désigné d'ordinaire comme le dix-septième de son nom. H mourut quelques mois après , sans avoir rien fait , et Jean XVIII monta sur la chaire de saint Pierre (2). Il est difficile de dire de quelle manière ces hommes arrivèrent à cette haute dignité ; il est difficile dédire a quelle faction ils durent leur élévation et quelle faction ils servirent. Il est même possible que les principes de l'Eglise aient été mieux observés dons leur élection que l'on n'ose le croire, parce que sans doute les partis n'avaient pas encore pris une force convenable , et peut-être aussi parce que l'impression laissée; par la présence des Tcutschs n'était pas encore effacée. Il est peut-être certain que les deux papes furent impuissants fi Home même contre le pouvoir temporel

du troisième pape de celle époque, de Ser gius IV (5) , qui arriva au siège apostolique l'an 4000 et l'occupa environ trois ans. Mais à sa mort l'état des choses changea, et les partis, désormais formés de nouveau , agirent avec plus de force et d'opiniâtreté qu'auparavant les uns contre les autres. L'un de ces partis, qui était conduit et dirigé par les comtes de Tuscnlum , élut pape un piètre de cette famille : il prit le nom de Benoit VIII. Le parti opposé , à la tète duquel était le patricc et sénateur Jean , non sans doute (ils , mais peutêtre frère de Cresccntius, nomma un autre pape qui fut reconnu par une grande partie du peuple romain : il s'appelait Grégoire, ou du moins il s'attribua ce nom. Le patricc Jean avait jusqu'à ce moment reconnu l'autorité du roi Heinrich II , et il avait cherché de diverses manières a lui prouver son respect, afin de pouvoir affermir d'autant plus son propre crédit , sous les apparences de relations amicales. Les mêmes motifs l'avaient porté jusqu'alors non-seulement à tolérer les papes qui n'étaient pas ses créatures, mais encore à leur rendre des honneurs extérieurs, tout en cher-

chant à les faire chanceler sur leur siège , afin de détourner, si cela se pouvait, et le plus longtemps possible, le roi Heinrich d'une expédition à Home. Mais enfin il avait tenté avec les siens de se rendre maître du siège apostolique en y élevant un homme qui leur appartenait sans réserve. Cette tentative avait échoué. Les choses en vinrent à uue lutte ouv crte entre les deux papes et leurs partisans ; dans ce combat, Grégoire, le pape de la mai.-on de Cresccntius, fut v ainqueur , et Benoit Mil se v il forcé de quitter Rome.

Depuis longtemps peut-être Heinrich , roi des Tcutschs , était mécontent de la marche des choses en Italie en général et à Rome en particulier. Il était descendu de beaucoup delà haute position des Otto à l'égard du siège apostolique. Depuis la mort de Gcrbert et depuis celle d'Otto III, on n'avait vu revêtir de la dignité pontificale ni un Teutsch ni un homme qui jouit de la confiance du roi. VA pourtant le plus beau privilège du roi des Tcutschs, le droit de nommer les évèques, ne pouvait avoir sa plus haute importance, son complément, sa sûreté, que s'il était étendu au premier siège épiscopal du monde, et ro-

des partis en lutte. On peut en dire autant \ connu et consacré parce siège, en qui se per-

sonnifiait l'unité de toutes les églises. Le roi Heinrich devail donc désirer sans aucun doute de faire une expédition à Rome pour y mettre un terme à l'étal des choses ou le changer, et les relations du Teulschland l'avaient seules retenu. D'autre part, les papes de celle époque avaient aussi fort bien senti leur faiblesse, et les causes de cette faiblesse ne leur avaient pas échappé. Ils n'avaient pas cessé de prier le roi de venir a Rome pour recevoir la couronne impériale, ou , comme on le pensait réellement, pour les délivrer de la puissance des partis , et rétablir sous sa protection leur iiiîluence sur les églises du Teulschland et de l'Italie. Le roi pourtant n'avait pas pu accomplir leurs prières plus que ses propres désirs. Mais alors le pape chassé, Benoit VIII, se réfugia auprès de lui; il se montra devant lui, le jour de la naissance du Sauveur, dans tout l'éclat de ses ornements, à, Poclden; il lui raconta son malheur, cl lui dépeignit le déplorable état des choses à Rome. 11 y avait urgence. Benoit, homme décidé, appartenait à une famille que les rois de la maison de Saxe j avaient toujours fav orisée ; son adversaire, Gré-

goirc, appartenait ù ce parti qui avait suscité aux Otto de si grandes et de si dangereuses querelles. On ne pouvait cajculcr jusqu'où ce parti irait dans sa victoire. Si le roi n'intervenait promptement , s'il ne troublait ou ne détruisait les desseins de cette faction, il était à craindre même que le pape Crégoirc ne plaçât sur une autre tétc la couronne impériale et n'amenât par là des relations nouvelles et plus compliquées. Et comme bientôt après le roi réussit à conclure la 'paix avec Bolislav, duc des Polonais, il crut devoir entreprendre sans retard une expédition en Italie. Bien plus, quoique ce fût une grande erreur , il crut pouvoir consolider cette paix elle-même par une campagne en Italie. Car dans ses négociations avec Bolislav, il se lit promettra par ce prince qu'il l'accompagnerait dans une telle entreprise, et rien ne semblait plus propice au roi pour maintenir et affermir le Polonais dans la foi jurée, que celte communauté d'action. Enfin la position où le roi se trouvait à l'égard des Bohèmes inllua peut-être sur l'expédition d'Italie. Ileinricli avait confié au prince Jarimir le gouvernement 1 de la Bohême. Ce prince n'avait pas non plus violé la fidélité jurée; mais il avait été dépouillé du pouvoir par son frère Othclrik , et chassé du pays l'an 1012. Il s'était réfugié auprès de Heinrich. Celui-ci toutefois , impliqué dans des querelles difficiles avec Bolislav de Pologne, ne put le secourir. Dans l'intervalle , il parait qu'Olliehili se mit en relation avec Bolislav; de graves accusations furent élevées contre Jarimir; il avait fait attaquer et massacrer des Bavarois qui voulaient se rendra auprès du duc de Pologne, et qui par conséquent trahissaient leur roi, et maintenant on lui faisait un crime de ce zèle. Lors donc que l'on en vint à des négociations avec Bolislav, ce prince s'occupa peut-être du prince bohème: Hein- ! rich devait désirer de finir aussi cette affaire ; 1 on abandonna donc Jarimir , et Othclrik fut investi de la Bohême, à condition toutefois de suivre le roi en Italie.

Bolislav , toujours égal à lui-même , ne tint nullement la parole qu'il avait donnée au roi ; il chercha bien plus à lui aliéner les esprits et à entourer son entreprise de toutes les difficultés possibles; le nouveau duc des Bohèmes , Othelrik , suivit l'exemple de son ami et resta également chez lui. Heinrich , soit qu'il fut instruit trop tard de la perfidie des princes

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slaves, soit qu'il regardât le danger qui le menaçait à Borne comme plus pressant que celui qu'il pouvait craindre du coté de Bolislav, persista dans sa résolution. La campagne commença au mois de septembre de cette anuéo IOôO. Sans doute les monuments du temps sont singulièrement pauvres en ce qui concerne la marche des choses ; il parait cependant qu'un petit nombre seulement des grands princes laïques, mais un grand nombre d'évêques, accompagnèrent le roi avec leurs vassaux, et que cependant l'armée était forte pour le siècle ; car Hcuirk-h ne rencontra sur sa route d'autres obstacles qu'il fallut quelques efforts pour surmonter , que des chemins en mauvais état et des fleuves débordés. Harduin, son adversaire , fut tellement effrayé des forces des Tcutschs , qu'il contint sa bouillante colère , et envoya des ambassadeurs à Oeinrich afin d'obtenir un accommodement. Il se déclara prêt à remettre au roi sa couronne et ses fils , s'il voulait lui inféoder quelque comté. Heinrich n'était pas éloigné d'accéder a cette demande modérée ; mais il y avait à sa suite des hommes qui , trompés par l'abandon des Italiens, ne voulaient pas entendre parler d'une transaction avec le perfide Harduin ; et Heinrich , entraîné par leur impétuosité , rejeta ces offres, pour le malheur de bien des hommes. Alors Harduin se retira devant lui sans combattre, pour ménager ses forces, dans les montagnes et derrière les murs des forteresses , et pour attendre que les choses prissent une autre tournure. Le roi vint jusqu'à Pavic. Il y célébra la fête de Noël ; mais ce ne fut certainement pas avec un cœur satisfait : car les habitants de Pavic se souvenaient du sang qui avait coulé et de l'incendie qui avait détruit leur ville ; ils souffrirent , il est vrai , en silence ce qu'ils no pouvaient détourner, mais dans leurs cœurs couvait la haine et contra les Teutschs et contre les adhérents des Tcutschs , parmi lesquels la ville de Milan semblait tenir la première place. De là on se dirigea sur Ravcnnc. La le roi éleva arbitrairement sur le siège archiépiscopal Arnulf, son frère, après l'expulsion du prélat qui l'avait occupé jusqu'alors ; on prétendit peut-être que celui-ci était arrivé par des voies illégales à la haute dignité de l'archiépiscopat , par cela seul qu'il s'était déclaré pour les adversaires des Tcutschs : il s'appelait Ethclbert. Puis le roi marcha

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vers Homo. L'antipape Grégoire avait, à ce qu'il parait, quitté le siège apostolique et la Aille éternelle ; le parti auquel il del ail son élévation, voyant bien qu'il serait aisément tenté par les forées réunies de ses adversaires et du roi des Teutschs, s'il n'abandonnait tonte résistance, renonça à. lui et à sa cause, et attendit le dénnnmcnt en repos et avec les apparences du dévoûment au roi. Il parait d'autre pari que le pape Benoit VII! courut en avant, certainement avec nnc forte escorte, pour reprendre possession du siège apostolique et préparer au roi une digne réception ; et il est facilo de comprendre que, dans ces circonstances, on lui concéda un pouvoir tel que depuis longtemps pas un seul de ses prédécesseurs sur le saintsiége n'en avait exercé d'aussi étendit.

Heinrich , accompagné de sa femme Kunigunde, entra dans Home au mois de février 4014, et fut reçu par le pape avec les plus grands honneurs. Le dimanche \'i de ce mois, douze sénateurs le conduisirent avec son épouse à l'église de Saint-Pierre. Ix; pape, entouré de tout le clergé, l'attendait sous le portail. Ijc pontife lui demanda s'il voulait être le 11déle avoué et défenseur de l'Église romaine , et l'assister fermement en toutes choses , lui cl ses successeurs. Heinrich répondit avec piété, comme Benoit s'y était attendu. Alors le pape introduisit le couple royal dans l'église ; il sacra d'abord le roi , lui plaça une couronne sur la tétc et le salua empereur romain ; puis il couronna aussi impératrice , Kunignndc , femme de Heinrich. Cet heureux événement inspira une telle joie au nouvel empereur , qu'il crut devoir donner aussitôt une preuve éclatante de sa reconnaissance envers le saintpère. II fit don de sa couronne à l'église , et voulut qu'elle fùl suspendue sur l'autel. Ce fut le commencement de ses libéralités.

Des fêtes et des solennités suivirent cet événement. Mais Heinrich eut bientôt occasion de voir qu'à Rome , comme autrefois à Pavie, il n'y avait rien de commun entre les Teutschs et les Italiens, et que les expéditions des Teutschs en Italie n'amenaient que des relations violentes. Le huitième jour après son couronnement , des querelles graves s'élevèrent sur le pont du Tibre entre les Teutschs et les Romains; querelles qui durèrent jusque dans la nuit, et coûtèrent la vie à beaucoup d'hommes. L'empereur, pour qui

PLE ALLEMAND

les sanglantes horreurs de Pavie n'étaient pas perdues, ordonna une enquête: il se trouva que trois frères de son armée, Hug, lied! et Keilin , étaient les auteurs de ce conflit; il ordonna i]i;e rcs perturbateurs fussen arrêtés et emmenés prisonniers dans le Teutschland. Il semble que par celle juste sévériU envers les Teutschs et par l'emprisonnement des plus dangereux d'entre les Romains, il tranquillisa et intimida ceux-ci; et comme il ne négligea rien pour prendre en même temps des mesures efficaces , comme il siégea au tribunal et encouragea le pape à rétablir une meilleure discipliuc et un meilleur ordre dans l'Église, selon les anciens principes et les anciens droits , il parait aussi qu'il les maintint et les confirma dans ce calme. Pourtant il ne jugea pas à propos de séjourner longtemps à Rome. Le séjour au milieu de ces hommes hostiles avait toujours quelque chose de. désagréable ; de plus, Harduin ne cessait certainement pas d'exciter, de séduire, de pousser, dans l'Italie supérieure, pour mettre le pays en mouvement contre les odieux étrangers, et peut-être aussi la présence du souverain étuit-elle nécessaire dans le Teutschland même. I.c jour de Pâques, il se trouvait à Pavie, et il chercha à gagner à force de bienveillance et de douceur les âmes des Langobards; mais il soumit aussi à une justice sévère quelques grands seigneurs, comtes et marquis, lesquels axaient de nouveau pris le parti de Harduin pendant son séjour à Rome; il les déclara coupables de lèsemajesté , selon le droit des Luigobards, et confisqua leurs biens. Il excita donc les passions tout en cherchant à les calmer. Puis il revint dans la patrie; et à peine eut-il franchi les Alpes , que les prisonniers brisèrent leurs fers, no respirant que guerre et vengeance. Harduin reparut sur la scène, plus furieux que jamais , s'empara de Verceil , prit d'autres villes, répandit partout la terreur, et comme il trouva beaucoup de partisans , il ramena de bonne volonté ou de l'orée l'ancien état de choses. Quant à l'empereur, il continua en toute hato sa route, et il célébra déjà la Pentecôte à Ramlierg.

Durant la courte absence de Heinrich , il ne s'était fait aucun changement important dans le Teutschland. Bien que probablement il y eût eu partout , comme en Saxe , des actes

de violence , des guerres privées et des querelles sanglantes, Ileinrich, de\cnu empereur, retrouva en somme ses Liais tels qu'il les avait quittés notant que roi. Cependant des événements s'étaient préparés qui ne pouvaient manquer de s'accomplir et d'avoir de grandes eouséquences.

L'an I0H, le duc de Saxe Bernhard, nommé habituellement Benno, et fils de Hermanu, était mort, et son fils, nommé comme lui Bernhard , avait reçu la dignité ducale comme un héritage, mais probablement avec l'investiture royale. Ce jeune prince, qui ne suivit pas le roi en Italie, fit de la puissance qu'il avait entre les mains un usage cruel contre les peuples slaves , qui, demeurant au nord et à l'est de l'Elbe, le long des eûtes de la mer Baltique, étaient soumis à son gouvernement. Ces peuples s'étaient convertis an christianisme depuis un demi-siècle , mais par nécessité plutôt que par conviction. Us ployaient le genou au nom du Sauveur des chrétiens, mais leur cœur restait attaché aux superstitions de leurs pères , qui avaieut été libres et indépendants. Le prêtre chrétien était h leurs yeux un seigneur paresseux qui, mangeant la dlme, vivait de leurs sueurs, plutôt qu'un ministre de la vérité. Ils n'avaient pas pris une part énergique a la tentative que leurs compatriotes des contrées dullavel avaient faite du temps d'Otto III pour reconquérir leur liberté; mais ils n'a\ aient pas non plus tenu ouvertement et honorablement pour les Teutschs. Ils se trouvaient donc a l'égard de ceux-ci dans une position doublement malheureuse, surtout depuis que, par une suite de .faits et d'événements que l'histoire ne peut pas snivre en détail, ces Sla\es eurent été ramenés successivement sous le joug du christianisme et de la domination teutsche. Des deux côtés on était rempli d'une égale méfiance, et a la juste haine des uns, les autres répondaient par le mépris et par le désir de la vengeance. Bernhard , le nouveau due des Saxons, était-il un homme dur et arrogant , insensible a la douleur pardonnable et naturelle d'hommes opprimés ? ou bien la résistance des Abodrites et d'antres nations slaves au christianisme lui paraissait-elle , dans son zèle religieux , assez criminelle pour mériter toute espèce de punition et de châtiment? ou bien encore les circonstances lui

C1IAP. IX. 543

semblèrent-elles si difficiles , qu'il fallût recourir aux moyens les plus durs? C'est ce que l'insuffisance de; documents nous força à laisser dans l'incertitude. Mais ce qui n'est pas douteux, c'est que Bernhard maltraita cruellement et réduisit au désespoir les peu* pies slaves placés sous sa puissance. Sans doute ils furent tenus quelque temps encore au repos ; mais à la première occasion favo* rablo, il fallait s'attendre à un éclat, et il no pouvait se fairo que d'une manièro horrible.

Mais avant que cette occasion s'offrit aux Slaves septentrionaux, un autre événement amena une nom elle guerre entre les Teutschs cl les Bolonais. Tandis que Ileinrich était en Italie, Bolislav, duc des Polonais, poursuivant ses anciens projets, chercha à étendre et à consolider l'alliance qu'il avait faite précédemment déjà avec Othelrik, duc de Bohème. Il fit prier ce duc de se rappeler leur parenté; il leur convenait, disait-il, de tenir fermement l'un à l'autre, et de s'opposer par leurs forces communes ù tous leurs ennemis, particulièrement à l'empereur Heinrich. Othelrik accueillit probablement avec faveur ses ouvertures ; car Mjesko, fils de Bolislav, vint en personne avec un nombreux cortège en Bohème , pour mener plus vite à fin les négociations. Mais dans le même temps où Mjesko se trouvait en Bohème , Ileinrich , que les Slaves n'attendaient pas, revint d'Italie. Othelrik en fut effrayé. C'était lui que menaçait le premier danger ; et pour le détourner, il se jeta traîtreusement, dans sa crainte, sur le cortège du prince polonais, en tua les hommes les plus marquants, fit les autres prisonniers avec le prince Mjesko, et les enferma dans des cachots. Puis, en fidèle serviteur, il informa l'empereur de ce qui s'était passé , et lui présenta la chose comme si Bolislav avait cherché à le faire tomber dans ses filets pour l'entraîner au mal. Aussitôt l'empereur fit dire à Othelrik de mettre en liberté son vassal. Othelrik fit des représentations : « 11 était prêt à exécuter partout les ordres de son seigneur; mais il voyait du danger à mettre en liberté le fils d'un ennemi si cruel ; l'empereur devait encore une fois réfléchir à cette affaire; dans la personne de Mjesko on avait le gage d'une paix avantageuse et durable. » Ce langage plut à l'empereur. Tant d'humilité jointe

"Si

à tant de zèle lui parut une preuve do la fidélité du Bohême. Il répondit : « que Mjesko n'obtiendrait pas sa libellé; il voulait le garder aussi; mais il demandait qu'il lui fût livré. - Et Othelrik le livra. Lorsque Bolislav apprit que son fils était auprès de l'empereur, il envoya aussitôt une ambassade, exprima sa rceonuaissanec pour la délivrance de son fils, et pria l'empereur de lui permettre sans retard de retourner en Pologne ; que ce serait une chose honorable pour lui, Bolislav , douloureuse pour ses ennemis, et avantageuse pour l'empereur. Ilcinrich répondit qu'il ne pouvait permettre à Mjesko de retourner de suite dans sa patrie; mais qu'il soumettrait cette affaire à la décision des princes de l'empire à Merscbourg. A partir de ce moment, Bolislav no respira que In guerre et la vengeance.

Peu de temps avant Pâques de l'an 4015, Heinrich vint h Merscbourg. Là se trouvèrent beaucoup de princes, et parmi eux Othelrik, duc de Bohème. Mais Bolislav n'y parut pas. Ilcinrich s'élant plaint de sa félonie, il fut sommé de justifier ou de réparer son manque de parole. Il ne vint pas. Alors l'empereur soumit aux princes l'affaire de Mjesko , et demanda ce qu'il fallait en faire, (iero, archevêque de Magdclxmrg , répondit : « Auparavant il aurait pu être bon de donner la liberté au fils de Bolislav ; maintenant il est trop tard , le père est trop aigri de la longue captivité de son fils. Si celui-ci obtient la permission de s'en retourner, nous aurons deux ennemis furieux. Il faut donc que Mjesko serve lui-même d'otage de la fidélité de son père, ou que Bolislav donne d'autres otages pour répondre de sa propre fidélité et de celle de son fils. » La majorité des princes se rangea d'abord à ce sage avis. Mais il y en avait aussi que le Polonais avait su gagner, et qui élevèrent des doutes et des difficultés. Et ces princes, qui sont expressément signalés par l'historien comme corrompus , surent graduellement amener l'assemblée à résoudre la mise en liberté de Mjesko. L'empereur le lira donc de sa prison, et lui donna, pour lui et pour son père , le bienveillant conseil de ne plus inquiéter désormais l'empereur, et de ne plus tramer d'intrigues. Mjesko répliqua par des promesses hypocrites.

Mais à peine fut-il de retour dons sa patrie,

que Bolislav pressa des armements si formidables, que les princes de l'empire durent reconnaître la folie avec laquelle ils avaient dédaigné le sage avis de l'archevêque Gero. On crut nécessaire d'entrer le plus tôt possible en campagne contre les Polonais, afin de prévenir une irruption de ceux-ci dans le Teutschland ; et le roi persista dans cette résolution, sans tenir compte d'avertissements mystérieux (4). Au commencement du mois de juillet, l'armée qui devait faire cette expédition avec l'empereur se rassembla sur l'Elbe. Elle passa ce fleuve , à ce qu'il parait, dans le pays où est situé >Vittenberg. Le duc Bcrnbard de Saxe avait l'ordre de passer le fleuve près de Magdebourg avec ses troupes, composées de Saxons et de Slaves, et d'opérer sa jonction avec le roi sur l'Oder près dcCrosscn. Othelrik, duc des Bohèmes, devait, à la tète des Bohèmes et des Bavarois levés pour cette entreprise, se joindre également au roi qui devait ensuite , avec toutes ces forces réunies, pénétrer en Pologne, et qni pensait et espérait contraiudre par la terreur le prince de ce pays à une paix durable.

Mais l'empereur se trompait dans ses espérances. Il s'éleva un mouvement dans le monde des peuples slaves qui s'étendit depuis le Danube (car Heinrich , markgraf d'Autriche, fils de Lcupold , avait à combattre des bandes de brigands slaves qui reconnaissaient l'autorité de Bolislav) , jusque vers les côtes de la mer Baltique : partout ou ne v it qu'armes et combats. L'empereur arriva sur l'Oder près de Crosscn; mais ni le duc Bcrnbard ni (e duc Othelrik ne le rejoignirent. Le premier rencontra le duc Bolislav dans de si fortes positions sur l'Oder, qu'il n'osa pas continuer sa route; le second se contenta de prendre, de piller et de détruire une ville nommée Busink, et revint ensuite en vainqueur dans son pays. L'empereur , informé de ces circonstances, vit bien qu'il ne pouvait attribuer à une trahison l'absence de ces deux princes; mais son embarras n'en était pas moins grand. En face de lui se trouvait Mjesko, fils de Bolislav. Il envoya vers lui les premiers hommes de son armée pour lui rappeler ses promesses, et le prier de ne point faire quo l'empereur leur enlevât leurs biens pour avoir procuré sa mise en liberté. Les envoyés s'acquittèrent de leur mission. Mjesko répondit: « qu'il n'é-

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tait pas libre dans ses mouvements ; qu'il était sous l'autorité de son père; que les soldats qu'il commandait étaient les soldats de son père; qu'il défendrait donc sa patrie tant qu'il pourrait la défendre; mais qu'il tâcherait de décider son pére à rechercher de nouveau les bonnes grâces de l'empereur. » Sur cette réponse évasive, l'empereur passa l'Oder, surprit les Polonais, leur tua six cents hommes , les mit en fuite et fit un grand butin. Les Tcutschs , dit-on , ne perdirent que trois cents guerriers. Parmi eux était llodo, jeune homme d'une illustre famille, à qui la garde de Mjesko avait été confiée pendant la captivité de ce prince, et qui était devenu son ami. Uodo avait excité les soupçons du roi à cause de son intimité avec Mjesko : en ce jour il se purgea avec éclat de ce soupçon , mais il paya de la vie son audacieuse bravoure, et son corps tomba au pouvoir des Polonais. Lorsque Mjesko reconnut en lui son ami, il répandit des larmes brûlantes sur son cadavre; il le fit ensuite laver et préparer avec soin , et le renvoya honorablement à l'armée teutsche. Yoilà quels nobles sentiments quelques Polonais et quelques Teutschsse montrèrent les uns aux autres même au sein d'une si malheureuse confusion des peuples et de leur position.

Cependant une bataille avait été livrée entre Bernhard , duc de Saxe , et Bolislav , duc ou roi des Polonais. Celui-ci avait réussi à rendre vaines toutes les tentatives du premier pour passer l'Oder ; mais après que son fils Mjesko eut pris la fuite devant l'armée impériale , il ne lui reste d'antre ressource que la retraite. Le duc Bernhard traversa le fleuve; mais son entreprise était désormais inutile : car dans le même temps où Bernhard touchait la rive droite de l'Oder, l'empereur revint sur la rive gauche, sans doute parce qu'il craignait d'être coupé par Bolislav, ou parce qu'il manquait des moyens nécessaires pour avancer plus loin ou pour prendre une position solide. Bernhard ne put pas non plus se maintenir : il ravagea le pays aussi loin qu'il le put; il repassa également l'Oder, et revint , à ce qu'il parait , découragé en Saxe , sans s'inquiéter davantage de l'empereur et de l'armée impériale.

Hcinrich fut rudement poursuivi par les Polonais. 11 se vit serré contre un marais dans

le canton de Diadesisi, et forcé de dresser son camp dans cette position. Les Polonais le cernèrent tellement , qu'il ne lui resta d'issue qu'à travers le marais. Il semblait perdu avec toute son armée. Bolislav , qui ne voyait pas de salut possible pour les Tcutschs, envoya son abbé, nommé Tuni, pour le sommer, comme il est difficile d'en douter , de mettre bas les armes, ou tout au moins pour obtenir un accommodement, sans engager de combat. Hcinrich toutefois, décidé à tenter tout ce qui était possible, retint l'abbé auprès de lui, et fit dans l'intervalle préparer des planches que l'on établit sur le marais. Lorsque , durant la nuit, ce travail fut terminé, il renvoya le député du prince polonais vers son armée , douna à l'archevêque Gero, au markgraf Gero et au comte palatin Burchard , la mission de tirer avec la plus grande prudence tous ses hommes du marais et du danger, et lui-même, avec une petite escorte, il franchit avant les autres ce pont improvisé par la nécessité , et courut vers l'Elbe. Il eut le bonheur d'échapper. Mais avant que le reste de l'armée pût se rassembler a l'autre bout du pont, les Polonais avaient tourné le marais; a la vue des Tcutschs , dans l'obscurité d'une forêt , ils élevèrent trois fois un sauvage cri de joie, se portèrent en avant et se précipitèrent sur les ennemis effrayés et terrifiés. Beaucoup de Teutsehs crurent tout perdu ; d'autres combattirent vaillamment pour leur salut et pour leur vie. L'archevêque Gero ri le comte Burchard furent blessés; cependant ils parvinrent ù se sauver : ils rejoignirent l'empereur et lui apportèrent la nouvelle de ce désastre. In petit nombre seulement subit le joug de la captivité ; il parait que la plupart trouvèrent la mort. On évalue à deux cents le nombre des nobles vassaux tués. Parmi eux étaient les markgrafs Gero et Folkmar. L'empereur Hcinrich fut au désespoir. 11 voulut revenir sur ses pas pour ensevelir du moins les morts ; mais comme ses compagnons s'y montrèrent peu disposés, il envoya /Kgidius, évêque de Meissen , vers Bolislav , avec la prière d'accorder cette sépulture et de renvoyer le corps du markgraf Gero. Bolislav , transporté de joie d'une telle victoire , accorda volontiers ce que demandait le prélat , et fit ensevelir les morts par ses propres soldats. L'empereur repassa l'Elbe près de Strehla.

De là il envoya en toute bâte le markgraf liermann à Meissen pour défendre cette ville contre les Polonais qui s'avançaient toujours; lui-même, incapable de toute résistance, se rendit a Mersebourg. A peine Hermann fut-il arrivé à Mcissen , que Mjesko passa le fleuve, le -15 septembre, près de celte ville, dont les vassaux de Ditlimar , évéque de Mersebourg , formaient la garnison. A l'aspect des forces polonaises, ces hommes, comptant leur petit nombre , se retiréreut aussitôt dans la forteresse , et abandonnèrent les faubourgs aux Polonais. Aussitôt en commença l'attaque de la forteresse elle-même. Pourtant Mjesko avait commis la faute de détacher une partie de son armée, moins sans doute pour ravager le pays environnant que pour le piller et subvenir aux besoins de ses soldats. Il avait donc diminué ses forces. II réussit, il est vrai , à réduire au dernier danger la v ille par le fer et par le feu ; mais il ne put la prendre , car, dans son extrémité, le markgraf liermann fit un appel aux femmes de Mcissen , et elles vinrent au secours des hommes. Une partie se plaça sur les murailles a côté des soldats , et jeta des pierres sur la tète des assaillants; d'autres, comme on manquait d'eau, éteignirent avec du fumier l'incendie qui s'élevait. Ces efforts des femmes et des hommes fatiguèrent les Polonais. Mjesko s'aperçut que les eaux de l'Elbe s'élevaient soudain. Effrayé, il rassembla toutes ses troupes, renonça a l'attaque, et chercha à regagner l'autre rive du lleuve, tandis que cela était encore possible. C'est ainsi que fut sauvé Mcissen , l'un des boulevards du Tculschland, d'après les idées et les relations de ce siècle. Mjesko battit en retraite sans être poursuivi ; la saison avancée interrompit la guerre ; l'épuisement des deux partis et divers événements qui ne furent pas sans influence maintinrent pour quelque temps la tranquillité dans ces contrées , sans donner aucune sécurité.

PREMIÈRE TENTATIVE DEHE1NRICH II POUR DE- VENIR ROI DE BOURGOGNE. — CAMPAGNE MALHEUREUSE CONTRE LES POLONAIS, ET PAIX DÉFINITIVE AVEC BOLISLAV.

I)c fan 10IS à l'an 1018.

II est difficile de se faire une idée bien

précise de l'empereur Heinrich II d'après les récits douteux et sans couleur qui nous ont été transmis. Qu'il ait loyalement voulu le bien de l'empire tcutsch , cela est à peine douteux; mais qui peut dire comment il concevait l'empire et en quoi il mettait son bonheur? Il mêla le sacré au profane ; il confondit les 1:« mites de la société ecclésiastique et de la société civile ; la vie religieuse était pour lui la vie civile ; les hommes de la foi et de la parole devinrent par lui les hommes des affaires temporelles et des armes; aussi donna-t-il aux évéques le pas sur les princes laïques , tandis que lui-même pourtant, le premier prince laïque , il voulait disposer des sièges des ecclésiastiques et rester maître de tout. Dans la confusion que par une telle couduitc il lit naître , entretint et augmenta, il montra sans doute, pour y remédier, une activité plus grande que ne semblaient le permettre sa faible sauté et la débilité de sou corps (4); mais son activité ressemble à une inquiète usurpation plutôt qu'au résultat d'une volonté énergique : on le voit jeté de côté et d'autre plus souvent qu'il ne s'y tourne lui-même et n'y entraîne les autres; il commence sans continuer , il continue sans finir. Aussi beaucoup de choses ne lui réussissent pas, et dans celles qui lui réussissent , on ne sait s'il doit le succès à l'intelligence de sa conduite ou au hasard. Car l'ancienne fortune de sa maison ne l'abandonna pas entièrement , il quelque distance qu'il pût être de son illustre aïeul Heinrich I", ou d'Otto le Grand.

Après que le Polonais Mjesko se fut retiré de Mcissen , le premier soin de l'empereur fut d'effacer les traces de destruction laissées par l'ennemi, et, comme il apprit bientôt qu'en Pologne ou songeait plus à se préparer pour la défense qu'a armer pour l'attaque , il résolut, l'an JOIC, de visiter les parties occidentales de l'empire, et particulièrement les pays du Rhin , et de suspendre la guerre contre les Polonais, quoique des hommes prudents pensassent qu'une nouvelle expédition entreprise dans ce moment contre la Pologne aurait pour résultat l'entière soumission du duc Holislav. Sa femme resta en Save pour veiller aux mesures de défense qui pourraient être nécessaires. Pendant que l'empereur entreprenait ces voyages pacifiques et bienveillants , il se noua entre le Teutscbland et

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le royaume de Bourgogne des relations obscures dans leur origine , équivoques dans leur développement, mais d'une haute imporlauce dans leurs suites.

En Bourgogne, Rudolf III était roi. Avant lui, son père Konrad, frère de l'impératrice Adclhcid, femme d'Otto IcCrand, avait porté cinquante-sept ans le titre de roi , sons activ ité, sans force cl sans volonté , livré aux plaisirs matériels dans une retraite que personne ne lui enviait. Dans ce long temps, l'autorité royale était complètement déchue ; les dignitaires et les vassaux étaient devenus seigneurs indépendants, qui régnaient en leur propre nom sur les terres qu'ils devaient administrer au nom du roi , et il n'était résulté pour le troue aucun avantage des grandes villes commerçantes situées dans les parties occidentales et méridionales du royaume i*2). lorsque enfin Konrad fut mort , presque inaperçu comme il avait vécu, les seigneurs du pa>s reconnurent pourtant pour roi, vingt-trois ans avant l'époque où npus sommes arrivés, sou fils Rudolf III : car le fils paraissant avoir le même caractère que le père, ils pouvaient espérer qu'à l'ombre d'un trône sans éclat, ils resteraient en paisible possession de ce qu'ils avaient usurpé et possédé. Dans le fait, le nouveau roi semble avoir été un homme sans génie et sans vigueur; mais il est presque impossible de porter un jugement sur lui : car les écrivains ne parlent de lui que rarement, et ne lui sont pas favorables, parce qu'il était le plus faible. II parait hors de doute qu'il connaissait sa position et sentait toute la négligence de son père. Il essaya de donner plus de revenus au tronc et de reprendre les domaines qui lui avaient été enlevés. Mais il échoua dès la première tentative : les vassaux , qui sans doute avaient tous des possessions qu'ils étaient hors d'état de justifier, s'élevèrent aussitôt contre un roi si dangereux, battirent le petit nombre de fidèles qui lui étaient restés dans sa pauvreté , et l'auraient vraisemblablement tout à fait chassé, si l'impératrice Adelheid n'était intervenue comme médiatrice entre son neveu et les vassaux bourguignons. Elle conserva au malheureux prince le titre de roi, mais elle ne lui en donna pas l'autorité. Rudolf fut continuellement dans le besoin. Comme les domaines de sa famille et de sa couronne étaient tous perdus ,

| il vécut en quelque^sorte d'aumônes : en effet, les é\ êehés étaient conférés en son nom , mais seulement à des ecclésiastiques choisis par les grands seigneurs du pays ; et ceux-ci ne choisissaient que des ecclésiastiques qui avaient promis de servir en toutes choses les seigneurs auxquels ils devaient leur élection , etd'abaudonner au roi une partie de leurs revenus. Cette déplorable dépendance , qui réduisait le roi a la plus triste dépendance, lit de Rudolf le jouet de ses contemporains , et pour les hommes des temps suivants , l'objet d'un blâme sévère et peut-être injuste : on lui a reproché de l'ignorance, de la lâcheté, un caractère

I efféminé , sans songer qu'un homme enchaîné ne peut accomplir d'exploits héroïques ni montrer une grande intelligence dans ses ne tes.

L'an 4016 , une entrevue fut convenue à iiamberg entre le roi Rudolf et son neveu , l'empereur Ileinrich II, fils de sa soeur aînée Cisela. Budolf toutefois fut hors d'état de se rendre a Bambcrg, et invita l'empereur a venir à Strasbourg. C'est la qu'eut en effet lieu l'entrevue des deux souverains : Rudolf était accompagné de sa femme Irmengarde et de deux fils que cette princesse avait eus d'un premier lit. Dans cette conférence, le roi Rudolf transmit à l'empereur tout son royaume , le reconnut pour son suzerain, et promit entre ses mains de ne rien entreprendre ni faire d'important sans la volonté impériale. L'empereur de son côté donna ce qu'il avait obtenu du roi en fief aux Iwmmcs qui semblaient les plus fidèles. Il exerça aussitôt un autre droit de haute suzeraineté en nommant arbitrairement à un évéché; il chercha à faire rentrer dans les relations d'un vassal et d'un dignitaire du royaume le comte Wilhelm lui-même, l'homme le plus puissant entre le Rhône et les Alpes, où il régnait en seigneur indépendant , et qui , pour cette raison , ne pouvait assurément être dépouillé de ses honneurs et de ses dignités.

Tel fut en somme le traité convenu entre Ileinrich II et Rudolf : mais on ne sait d'où vint la négociation , ni qui fit la première proposition, l/opinion de quelques écrivains modernes , que Rudolf, dans son impuissance , chercha un protecteur contre ses vassaux , n'a pour elle aucun témoignage valable de l'histoire; et il est difficile de croire qu'après avoir si longtemps porté le joug des vassaux,

niSTOIRE DU PF.l PLE ALLEMAND.

il ne l'ait pas seulement tromé trop lourd, mais qu'il se soit encore senti le courage de s'en affranchir. D'après la marche des événements et d'après le naturel inquiet de Ilcinrich II, il est plus vraisemblable que cet empereur engagea et poussa la négociation. Les royaumes de Bourgogne, qui depuis le temps de Hugues, roi d'Italie, étaient réunis en un seul royaume, avaient inspiré dès leur Baissante le plus grand mécontentement aux rois du Teutschland et de France de la race de Karl le GfMMf. Mais ceux-ci n'avaient pas réuni dans les teutatixes qu'ils firent pour les écraser. Lorsque Arnulf, roi des Teutschs, se crut assez fort pour conquérir l'Italie et la couronne impériale^ il tourna d'abord ses armes, quoique sanssiiceès, contre la Bourgogne, soit qu'il crût que du haut des montagnes il pourrait se précipiter avec plus de force sur l'Italie, soit qu'en tout cas il espérât mieux eou\rir ses derrières. Otto le Grand gagna dans la suite une grande intluencesur la Bourgogne. Le père de Rudolf III , Konrad , fut dans sa jeunes.se sons la haute surveillance de ce puissant prince ; il resta aussi dans la suite sous sa direction, et peut-être Konrad ne devint-il si pacifique , si inaclif , si ami de la retraite, que parce que la main de son impérial beau-frère pesait lourdement sur le pays. Rudolf III n'avait pas d'enfants. Son plus proche parent était lleinrich II, fils ainéde sa sœur aînée. L'un comme l'autre, mais comme cela est naturel à l'homme, le dernier surtout, pensèrent peut-être de bonne heure que le temps était venu d'opérer la réunion de la Bourgogne à l'empire teulsch, et que lleinrich pouvait et devait , après la mort de son oncle , devenir aussi roi de Bourgogne. Dans le fait, on affirme que depuis longtemps il y avait eu entre les deux princes certains pourparlers pour le cas de la mort de Rudolf, et que maintenant ce fui lleinrich qui invita le roi Rudolf I l'cntrex ne.

On ne peut dire a\ec certitude pourquoi l'enq>crcur empiéta à l'avance et chercha à réduire le royaume de Bourgogne sous son autorité du vivant même du roi. Sans doute l'empereur devait tenir à s'en mettre en |>ossession , afin qu'un changement de circonstances ne fit pas avorter encore une fois ce vieux projet ; mais une antre circonstance ne fut pas sans doute sans influence sur une conclusion hative de cette affaire: c'est que l'année précédente,

1013, Hardnin, qui s'intitulait roi d'Italie, avait quitté d'abord la scène du monde , puis la \ie elle-même. Après que l'empereur lleinrich fut sorti d'Italie, Harduin avait mis tout en o«u\re pour faire rentrer sous sa pui-sanu le royaume dont il prétendait être le souverain. Mais quelque inconstants que pussent être les Lombards , quelque petit que fut le nombre de ceux d'entre eux qui tenaient honorablement et localement aux Teulschs, Harduin avait contre lui les actes de son premier règne, et ne put gagner le cteur du peuple. Ses entreprises échouèrent, ses forces s'épuisèrent en efforts malheureux. Il tomba malade , et sentit les approches de la mort. Alors il renonça au trône et au monde, et pour se préparer a l'éternité, à laquelle il n'a\ait pas songé an milieu des orages et des passions de la \ie, il se rendit dans le monastère de Fructuaria, dé- |H)sa sur l'autel le sceptre et la couronne , et se fit humblement revêtir de l'habit monasth que. Il mourut dans ce coin eut des le .~>0 octobre. Alors les Lombards, parmi lesquels ne se trouvait pas un homme qui eût osé relever la couronne déposée par Harduin , reconnurent tous l'autorité de lleinrich , empereur et roi des Teulschs. Aussi lleinrich put-il bien penser qu'ils persévéreraient d'autant plus dans l'obéissance, si le royaume qui touchait au leur, si la Bourgogne était aussi soumise à son autorité ; et cette réunion pouvait lui paraître nécessaire , parce que l'un des grands seigneurs du pays , Otto-Guillaume, auquel appartenait le comté de Bourgogne , passait pour fils d'Adalbcrt, roi d'Italie, et, en qualité déparent d Harduin, excitait soit I espérance, soit la crainte des Italiens. En général , l'empereur , comme tout Teutsch, de\ait être singulièrement flatté de réunir à l'empire teutsch tout le pays qui s'étend des Vosges et de la Saône, en descendant le Rhône , jusqu'à la mer , cl de mettre ainsi l'Italie et Rome en contact immédiat avec l'empire teutsch ; l'exécution de ce projet devait lui paraître doublement désirable dans un moment où sur un autre point il avait li\ ré des combats malheureux.

Quelle qu'ait été la marche des choses, les deux princes furent bientôt d'accord. .Mais il était plus facile de faire un traité «pie dïn mettre les articles à exécution. Lorsque la nouvelle do ce qui s'était passé à Strasbourg arriva aux vassaux et seigneurs de Bourgogne , il*

entrèrent tous en mouvement et s'élevèrent contre une telle entreprise : car ils craignaient que sous un autre roi , qui pouvait disposer d'une puissance étrangère et imposante, de la puissance dcsTcutselis, on '.ne leur demandât compte de leur administration et de leurs prétentions, et ils voyaient en danger tout ce qu'ils avaient usurpé depuis trois générations , depuis un siècle , par la violence, par la ruse, par la fraude, par toute sorte d'artifices. Ils déclarèrent donc « que le roi Rudolf n'avait pas le droit de disposer du pays et de la couronne comme d'une propriété vulgaire; que le pavs leur appartenait ; que la couronne lui a\ait été donnée par eux; qu'ils l'avaient élu comme, avant lui, ses prédécesseurs ; que si le sceptre était trop lourd pour la faible main de Rudolf , il n'avait qu'à le déposer; qu'ensuite il dépendrait d'eux de le confier à un plus fort; que Ueinrich, roi des Tculsihs, était étranger en Bourgogne; qu'ils ne l'avaient ni élu ni reconnu ; qu'entre eux et ce roi il n'y avait ni droits ni devoirs. » Ils prirent les armes , et le comte Guillaume fut l'àmc du mouvement : levéquc que Hcinricli avait nommé fut chassé du pays par des chiens que Guillaume lança contre lui.

A la nouvelle de ce mouvement en Bourgogne, l'empereur résolut de montrer aussitôt à ces vasssiux rebelles les armes des Teulschs. Il espérait sans doute que des hommes qui depuis longtemps n'avaient pas eu l'occasion d'acquérir de la gloire dans la guerre reviendraient promptement de leur audace, s'ils voyaient la guerre les menacer si près d'eux. Mais il n'avait que des forces peu considérables. On ne sait s'il n'osa pas ou s'il ne put pas appeler les Souabcs sous sa bannière; mais ils ne paraissent pas être venus en grand nombre auprès de l'empereur; car eu Souabe aussi l'on était contraire , à ce qu'il semble, au traité conclu entre Hcinricb et Rudolf. Cet llermann ,duc de Souabe, qui avait disputé la couronne tcutsche au duc de Bavière Ueinrich , maintenant empereur, avait été l'époux de Gcrbcrga, sœur de Rudolf, roi de Bourgogne, et un fils que cette princesse lui avait donné lui avait succédé dans le duché sous le nom de llermann III. Celui-ci était mineur en arrivant à la dignité ducale; il n'en avait été revêtu que huit ans , et était mort sans avoir été marié , Tau 1012, eu Italie. Sa sœur aînée, Gisela,

avait épousé Ernast , ce fils de Luipold, markgraf d'Autriche, qui , dans les premiers temps de Hcinricb II, avait combattu d'abord pour ce roi et ensuite contre lui; et Ueinrich II s'était laissé décider à donner le duché d'Allcmannie à ce mari de sa cousine. Ernast, jeune homme habile , avait déjà trouvé une mort malheureuse deux ans après cette investiture. Il poursuivit sans permission une chasse sur le territoire du comte Adalbcro , son vassal : celui-ci, sans le reconnaître, le blessa d'une flèche qu'il lui lança, et de cette blessure le duc mourut pieusement, à la grande édification de beaucoup d'hommes. Comme il n'y avait pas là de piètre auquel il put confesser ses péchés, il fil approcher tous les assistants, leur recommanda son àmc ainsi qu'à tous les fidèles, les pria de dire à sa femme de ne pas oublier leur chasteté commune , et aimant mieux rougir dans ce monde devant beaucoup de personnes que de cacher la moindre chose au Dieu tout-puissant, il confessa tous les péchés qu'il put se rappeler. Ernast avait laissé deux fils en bas âge , Ernest et llermann , et l'empereur avait transmis le duché à l'aîné , sons la tutelle de sa mère Gisela. Tout cela avait eu lieu peu de temps avant l'expédition de l'empereur contre les Polonais. Comme Hcinricb H n'avait pas d'enfants , il se peut bien que Gisela ait conçu l'idée qu'elle parviendrait à assurer le royaume de llourgogne à son fils, le jeune duc Ernest II , après la mort de son oncle , le roi Rudolf. Les vassaux d'AlIemannic partagèrent peut-être celte idée, et y tinrent d'autant plus, que les hommes du royaume de Bourgogne qui parlaient la langue tcutsche , avaient la même origine qu'eux, étaient leurs frères, et que de libres communications avec le pays qui alimentait les sources du fleuve national , du Rhin , qui ouvrait eu même temps l'Italie et la mer du Midi , leur présentaient une belle perspective. Il se peut donc qu'ils n'aient pas été trèsdisposés à soutenir énergiquement l'empereur pour l'exécution du traité de Strasbourg.

C'est dans ces circonstances que l'empereur marcha sur la ville de Bàle avec les forces qu'il avait réunies. Là se présenta contre lui le comte Guillaume avec des troupes bien armées. Ueinrich , se méfiant de l'infériorité numérique de son armée , chercha à la renforcer, et fit venir des soldats de tous côtés. Puis il pénétra dans le royaume et ravagea le terri-

toire dont il se roudil mailrc; puis il reconnut l'impossibilité de prendre les villes , qui étaient fortifiées de toute manière. Il jugea donc à propos , quelque pénible que lui fut cette marche des choses, de renoncer pour celte fois à l'entreprise, d'autant plus que l'empire tcutsrh présentait un aspect peu rassurant, et que l'ancien danger qui menaçait du côté de la Pologne ne s'était pas encore évanoui ; car partout dans l'empire, de Metz à Magdd>ourg, on ne voyait que brigandages et violences , guerres privées et querelles sanglantes ; partout les seigneurs ecclésiastiques et laïques levés les uns contre les autres, parce que chacun poussait ses usurpations aussi loin que son bras pouvait atteindre; parce que le droit était confondu et ne reposait que sur la domination de la force et de l'astuce; parce que si quelques hommes et quelques femmes s'occupaient de la culture de l'esprit , les ecclésiastiques et les laïques mettaient tous leurs cfforls à étendre follement des propriétés territoriales que l'on se voyait hors d'état d'utiliser. Heinrich congédia donc le roi Rudolf, après avoir comblé de présents sa femme, les enfants de celle-ci et toute la suite de la famille royale, vraisemblablement après être convenu d'une nouvelle entrevue, et lui-même retourna, en descendant le Rhin, vers le Teutschland septentrional. Rudolf lut mieux reçu qu'on n'eût osé s'y attendre, par les seigneurs et les vassaux de son royaume. Ces seigneurs et ces vassaux en effet, quelque tiers qu'ils pussent être du succès de leur résistance, semblent avoir reconnu que l'alTaire n'était pas terminée, que Heinrich reviendrait avec une plus grande armée, et qu'ensuite toute résistance serait vainc. Ils désiraient donc que Rudolf rompit lui-même ses liens avec j l'empereur, afin qu'il n'y eût pas de prétexte ! au rcnouvcllemcut des hostilités; quant au roi Rudolf seul, ils en auraient beau jeu, comme autrefois, dès qu'ils auraient attiré sur lui la colère de l'empereur. Lors donc que Rudolf revint dans son royaume , ceux qui avaient été jusqu'alors ses tyrans et ses adversaires vinrent à lui , et lui jurèrent un dévoùmcut hypocrite : « H devait pardonner ce que l'on avait fait dans l'ignorance des relations. De toute antiquité, les Bourguignons av aient eu le droit d'élire leur roi , et ils avaient toujours élevé sur le Irôno un prince de leur nation; il ne devait pas permettre qu'un étranger s'insinuât cl encore

moins qu'il exerçât la souveraineté parmi les Bourguignons ; que , s'il se détachait de l'empereur, et embrassait franchement la cause du peuple bourguignon, ils obéiraient à l'avenir à tous ses ordres. » Ht le faible roi Rudolf, soit qu'il n'eût recouru que malgré lui au moyen extrême de reconnaître un plus puissant au dessus de lui , soit qu'il fut épouvanté de cette formidable humilité des vassaux , céda à ces insinuations , et reprit le royaume auquel il avait renoncé. Puis il env oya dire à Heinrieli que : « puisque l'empereur n'avait pu donner suite an traité de .Strasbourg, lui, Rudolf, regardait ce traité comme nul et de nul effet , et priait l'empereur de ne pas troubler davantage la bonne intelligence rétablie entre lui et les vassaux de Bourgogne. » Il était impossible que ce message fût agréable a l'empereur ; mais il laissa faire ce qu'il ne pouvait changer aussitôt.

Pendant ce temps, l'empereur, en partie sur sa route en revenant de Bourgogne , en partie après son arrivée en Saxe , av ait fait tout ce qu'il était possible de faire pour ramener à quelque ordre las vassaux ecclésiastiques et laïques en guerre entre eux ; pour arranger leurs querelles, les réconcilier les uns avec les autres , et mettre un terme aux brigandages de grands chemins qui augmentaient partout au milieu des querelles et des guerres privées des grands seigneurs. Et ses efforts ne furent pas sans succès. Des comtes et des seigneurs tirent satisfaction pour les injustices qu'ils avaient commises ; des évêques et des archevêques levèrent l'excommunication dont ils s'étaient servis pour se défendre contre les laïques ou pour se venger d'eux ; et bien des hommes furent arrêtés et cruellement et sans pitié punis de mort comme brigands et voleurs , bien qu'alors, comme précédemment, ces infortunés n'eussent peutrêtre été poussés, a leurs crimes que par la misère la plus poignante. On n'obtint pouitant que de bien faibles avantages : les tendances barbares restèrent, et avec elles le ressentiment , la discorde , l'inimitié , ainsi que le crime, et les paroles de réconciliation que le bon empereur arracha ne furent qu'un son parti des lèvres et où le cœur n'était pour rien.

L'empereur trouva les relations avec Bolislav , roi des Polonais , telles qu'il les avait laissées. Lamente méliaucc, la même colère,

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