CHANGEMENT DANS LA POSITION DU ROI LUDWIG APRÈS SON RETOUR DE FRANCE
LB PAPE NICOLAS I".— -ORIGINE DES QUE- RELLES ENTRE LUDWIG ET SES FILS.
De l'an 8M à l'an 862.
Ludwig s'était sauvé de France et était arrivé sain et sauf dans son royaume. Mais les suites de cette malheureuse entreprise ne tardèrent pas à se faire sentir ; toute la position du roi était changée. Avant l'expédition, il avait été respecté et honoré ; ses fautes antérieures envers son père étaient oubliées ou avaient trouvé une excuse suffisante dans les circonstances. Après la mort de son père , à l'exception des cruautés exercées en Saxe, œuvre cruelle d'une grande nécessité et de passion sauvage, il s'était presque en tout conduit avec prudence, souvent avec patience , toujours avec modération; et par là il avait acquis une haute considération et une confiance universelle. 11 s'était efforcé de régulariser , d'avancer , d'améliorer les affaires intérieures de ses États selon le temps et les besoins ; les diètes s'étaient tenues , les lois avaient été observées, les mœurs respectées ; toutes les guerres qu'il avait faites avaient eu un caractère national ; elles avaient été entreprises pour la défense du royaume , on pour rentrer en possession de pays qui jadis avaient appartenu aux peuples tcutschs, et ne leur avaient été arrachés qu'à la faveur de leurs revers et de leurs troubles ; et si , dans ces guerres , il n'était pas toujours resté vainqueur , il avait du moins sauvé ou rétabli l'honneur.
Maintenant, après son retour, tontes les choses étaient bien changées. Lui-môme, le roi , ne reportait pas sans douleur ses regards vers ses espérances détruites , ni sans bonté vers la voie de sa fierté et de sa fuite. Son àme était livrée à la colère , à la fureur, au ressentiment. Ses compagnons tcutschs, qui l'avaient abandonné lorsqu'il avait le plus besoin d'eux pour assurer sa victoire , lui semblaient être les véritables auteurs de sa honte. Aussi son cœur se détournat-il d'eux ; le soupçon et la méfiance se placèrent entre lui et ces hommes que jusqu'alors il avait considérés comme ses fidèles. Et les dispositions de plusieurs vassaux à l'égard du roi ne restèrent pas non plus les mêmes: plusieurs, qui l'avaient suivi en France et l'y avaient quitté , n'étaient pas sans prévention à son égard; beaucoup ne lui pardonnaient pas d'avoir renoncé à la patrie pour gagner un royaume
étranger ; tons sentaient ce qu'il y avait dans le roi de sombre et de peu bienveillant. Ijcs relations étaient donc mauvaises. Les (ils mêmes du roi , surtout Karlmann, l'alné, prirent bientôt une autre position à l'égard de leur père ; car ils éprouvèrent aussi la colère du roi ; et les officiers de l'État et les vassaux qui avaient aussi à sup|K>rtcr la fureur royale, ou qui euxmêmes s'irritaient contre le roi, se réunirent au jeune prince , et cherchèrent a le gagner, à le séduire , à l'égarer.
Mais ces passions , qui menaçaient de troubler la maison royale et le royaume , n'étaient pas la seule chose que Ludwig eût à craindre : son frère Karl semblait pouvoir le menacer du danger le plus immédiat. A peine s'était-il éloigné de France, que son neveu Lothar fit avec ce Karl une nouvelle alliance , qui était évidemment dirigée contre lui. Dans l'embarras où se trouvaient les royaumes de Karl et de tathar, ces deux princes ne pouvaient sans doute éveiller de grandes inquiétudes ; mais Karl le Chauve pouvait se sentir excité à des tentatives de vengeance; et ses vassaux, qui l'avaient abandonné pour passer du côté de Ludwig , devaient désirer de réparer cette grande faute. D'autre part, ce n'était pas assurément pour le roi Ludwig une agréable pensée de sentir qu'il pouvait être forcé de convoquer ses vassaux contre un frère devant lequel il s'était retiré si honteusement, après l'avoir provoqué avec tant de dédain. En conséquence , l'alliance conclue entre Karl et Lothar , entre son frère et son neveu , ne pouvait lui être indifférente ; bien plus, elle devait lui sembler singulièrement dangereuse , s'il appréciait les relations où , durant son séjour en France, il était entré, sinon avec tout le clergé, du moins avec un grand nombre d'ecclésiastiques, et au sujet desquelles il ne pouvait avoir le moindre doute.
\jc roi Karl le Chauve, en effet, pour n'être pas abandonné par tous les vassaux dans ses embarras de toute espèce , avait précédemment dépossédé des couvents et des églises, pour donner leurs biens aux vassaux dont la cupidité était insatiable. Dans la suite , effrayé et tourmenté par les ecclésiastiques , il avait cherché à réparer ce crime. Lorsque Ludwig était venu en France, et que les vassaux étaient accourus au devant de lui , il s'était bientôt vu forcé de suivre l'ancienne conduite de Karl , s'il voulait s'attacher les vassaux ; car ce n'était