EN ITALIE. SA MORT
De l'an 1030 à l'on 1024.
Pendant que ces événements se passaient dans le Teutschland, un grand désordre régnait aussi sous plus d'un rapport dans les relations de l'Italie. Nous avons parlé plus haut des faits accomplis dans l'Italie supérieure jusqu'à la mort du roi Harduin. Depuis ce temps , sans doute , l'empereur Heinrich avait été partout reconnu comme roi , mais il parait que rarement on songea au roi , si ce n'est peut-être lorsqu'il fallait nommer des évêques. Là aussi chacun suivait sa propre voie, et usurpait tout ce qui se trouvait à sa jiortée.
Au loin , en descendant les côtes méridionales du pays , se joignirent alors encore , comme dans les temps antérieurs , aux man\ qui naissaient du sein même de la société humaine, des maux non moins grands, que les audacieux et pillards Sarrasins faisaient tomber sur les populations qu'ils pouvaient atteindre. Le pape Benoit Mil avait plus d'une fois fait d'honorables efforts contre ces insolents brigands , tantôt pour les éloigner des côtes, tantôt pour leur arracher les positions dont ils s'étaient
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rendus maîtres , sans doute aussi pour les chasser des lies voisines , d on ils répandaient tant de calamités, et les efforts du saint-père n'avaient pas été sans succès.
Mais des événements accomplis dans l'Italie inférieure eurent une plus grande importance que ces scènes passagères et désastreuses , parce qu'ils ont eu des suites durables. Iaîs empereurs romains d'Orient , en possession de la Calabrc et de la Touille, faisaient administrer ces contrées avec tous les artiûccs d'exaction et d'arbitraire dont ils étaient maitres, depuis qu'ils n'étaient plus inquiétés par un roi des Teutschs; et les habitants, race mêlée, agités par une continuelle incertitude, et auxquels le changement incessant de domination et les plaisirs si variés que leur assurait une nature si riche avaient fait perdre toute haute pensée et tout noble sentiment, supportaient, à ce qu'il parait, avec indifférence ou avec résignation la dure oppression qu'ils n'avaient pas le courage , sinon la force de repousser. L'an tOlO toutefois, un puissant citoyen de Bari, nommé Melus, et Langobard de naissance , a ce que l'on dit , soutenu par un de ses concitoyens et parents qui pensait comme lui , et se nommait Datus ou Dattus , avait formé le projet d'un soulèvement général des habitants do la Pouille et de la Calabrc contre la destructive dominatiou des empereurs d'Orient. A Bari même son appel ne fut pas sans effet; Bari se souleva pour la liberté, ou du moins contre la tyrannie qui était pernicieuse pour tous; mais hors de la ville, dans la Pouille , la voix de cet homme aux nobles sentiments se perdit dans le brouillard que la crainte , la lâcheté et l'égoïsmc avaient étendu sur le pays. H y eut peut-être quelques mouvements , mais il n'y eut ni ensemble, ni énergie, ni persévérance: aussi les lieutenants de l'empereur purent -ils rassembler bientôt une armée devant Bari. A la vue de ces troupes , le courage manqua aussi aux habitants de la \ ille. L'auteur du soulèvement, Melus , reconnut bientôt que l'on commençait à penser à la soumission, a en parler; que l'on ne tarderait pas à le représenter comme le séducteur, et à le livrer pour seule victime expiatoire aux mains des Grecs. Pour se soustraire à un tel soit, tandis qu'il en était temps encore, il sortit secrètement Je la ville avec Dattus , s'enfuit d'un endroit a l'autre , mais n'oublia pas un instant son but , et ne cessa pas d'exciter les esprits
contre la dure arrogance et la lâche cruauté
des Grecs.
Cinq années s'écoulèrent ainsi. Ensuite il arriva qu'un petit nombre d'hommes habiles et belliqueux de Normandie, en France, pousses par une piété fanatique , vinrent en Italie pour faire leurs dévotions au mont Gargano , où l'archange Michel était particulièrement honoré. Rodulf, homme très-audacieux, qui se trouvait dans de mauvaises relations avec Richard , duc de Normandie , et qui voulait pour cette raison invoquer en même temps la médiation du pape Benoit Mil, parait avoir eu la plus grande autorité parmi ces Normands. Melus rencontra les Normands sur le mont Gargano. Cette race forte et audacieuse lui plut , à lui , homme intelligent et enthousiaste. Melus montra aux Normands la beauté du pays, la désolation du peuple , le caractère misérable des Grecs. Par là il réveilla puissamment en eux l'ancien génie aventureux qui jadis avait poussé leurs ancêtres à des exploits si hardis et si admirés. Mclus et les Normands tombèrent d'accord : les Normands devaient retourner dans leur pays , y lever des compagnons qui les égalassant en force et en courage , et revenir avec eux au printemps suivant. Pendant ce temps , Melus devait réunir des armes et des munitions de guerre , afln que ces hommes pussent commencer avec les moyens convenables la lutte que l'on devait engager pour le salut, la vengeance, la gloire et le gain.
De part et d'autre on tint loyalement parole. Au printemps de l'au 1017 commença , aux environs de Béuévcnt , la lutte d'une poignée d'hommes libres et amis de la liberté contre les troupes nombreuses du maître de l'empire d'Orient ; et pendant plus de deux ans la victoire se déclara pour ceux qui semblaient la mériter par leur courage et par leur esprit héroïque. Mais, malgré ces premières victoires, le génie de Melus et l'épée des Normands ne purent triompher de la mollesse et de la peur des habitants de ces contrées, ni ramener dans ce corps l'amc qu'il avait perdue. Ils ne calculaient pas la force qui était entre leurs propres mains, mais seulement le nombre de ceux qui , dans leur pays , portaient les armes les uns contre les autres. Kl l'exactitude de leur calcul sembla bientôt se démontrer, parce que le génie ne pouvait se passer de la masse. Vers le commencement du mois d'octobre de l'an IOtî>, un
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combat fut livré dans les plaines de Cannes, si célèbres jadis par la victoire d'Annibal sur les Romains. Moins, avec les Normands, fut si complètement battu, qu'il dut renoncer à continuer son œuvre. Il ne pouvait en être autrement : car bien que Mclus eût gagné et décidé plus d'un bomme d'Italie à prendre les aimes pour sa cause et pour celle de son pays , les Normands n'en formaient pas moins le noyau de la petite armée dont il était l'ame , et l'on dit que parmi les combattants do Cannes il n'y avait que deux cent cinquante Normands , et que deux cent quarante tombèrent sur le champ de bataille. Alors Mclus , après avoircm toutefois assurer le salut des dix derniers Normands et de Dattus , son ami et son compagnon , quitta la Ponillc et l'Italie , et courut dans le Teutschland , où il voulait tâcher de trouver les secours nécessaires. Pourtant , quelque honorable que fût la réception qu'on lui fit, il n'atteignit pas son but : il ne revit pas non plus sa patrie; mais , usé par de si grands efforts et par le chagrin qui lui rongeait le cœur , il mourut dans le Teutschland , à Bamberg.
Sur ces entrefaites, les Grecs mirent h profit le bonheur qu'ils avaient eu sans le mériter ; les possessions qu'ils avaient si facilement abandonnées , ils les reprirent plus facilement encore ; ils s'étendirent même plus loin qu'auparavant. Le prince de Capoue lui-même , l'andolf II , envoya des clefs d'or a l'empereur de Constantinople, en signe de la reddition de sa ville , et soumit en même temps toute sa principauté & la suzeraineté de l'empire grec. Dès ce moment , les Grecs tournèrent leurs regards vers Rome , qu'ils convoitaient depuis si longtemps. La ville étemelle ne semblait point pouvoir leur échapper. Ce furent réellement ces relations qui , au printemps de l'année suivante, décidèrent le pape Benoit VIII , effrayé, à passer les Alpes, parce qu'il ne savait où trouver du secours , si ce n'est auprès de l'homme qui l'avait placé sur le saint-siege , et auquel «1 son tour il avait donné la couronne impériale, auprès de Heinrich H , roi des Teutschs. En conséquence, la dédicace de l'église de Itamberg ne fut certainement qu'un acte dout la présence du pape daus le Teutschland fut l'occasion fortuite , bien que le pape, une fois dans le Teutschland , ait pu être sollicité par l'empereur à ce sujet. Mais il était dans les intérêts de l'Église de représenter la chose comme
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si le paffc n'était pas venu lui-même en suppliant auprès de l'empereur, mais comme s'il était venu pour lui rendre service et remplir un vœu de son cœur.
Les négociations entre le pape et l'empereur sont inconnues. Mais sans aucun doute Benoît représenta ft Heinrich le danger dont étaient menacés Rome et le saint-siège , et par conséquent l'église catholique d'Occident et la dignité impériale des rois teutschs ; sans aucun doute Heinrich promit à Benoit , selon son désir et ses prières , de faire une nouvelle campagne en Italie avec toutes les forces qu'il pouvait réunir.
En racontant les expéditions antérieures des rois teutschs en Italie, nous avons souvent regretté que ces rois , négligeant leur patrie , aient sacrifié de si grandes et si nobles forces , qui eussent si puissamment activé la civilisation nationale des Teutschs , à poursuivre un brillant fantôme qui devait nécessairement s'évanouir dès qu'un jour plus pur se lèverait pour le génie et la civilisation ; mais il est difficile de dire si un semblable regret peut se justifier au sujet de la promesse de Heinrich H. De l'exposé que nous avons fait jusqu'ici des relations où se trouvait ce souverain , il semble résulter incontestablement qu'il était entré dans une position où il pouvait à peine faire encore quelque chose de favorable et d'utile aux progrès du peuple et de l'empire. Celui qui prend a position sans honneur peut la changer ou la quitter sans qu'une plainte honorable soit entendue. En cela un roi ressemble au simple eito\en. La présence de Heinrich II daus le Teutschland ou son absence était assez indifférente; mais, dans les circonstances présentes, il n'était pas indifférent de savoir qui Rome reconnaîtrait pour souverain. Si la ville éternelle tombait au pouvoir des Grecs, les suites de ce fait pour le développement de l'esprit humain et des relations sociales pouvaient être incalculables. Il y aurait de la présomption à vouloir déterminer ou même indiquer ces suites; mais l'on peut admettre avec confiance que les choses auraient pris une forme tout autre que celle qui leur fut donnée , et que cette forme eût difficilement été meilleure. Les rois des Teutschs (si du reste les princes teutschs n'avaient pas essayé de se tirer d'affaire sans roi , comme soin crains du pays) auraient pu sans doute se passer de la dignité impériale ; mais,
nous le répétons , le christianisme jurait-il vécu sans l'unité de l'Église , l'unité de l'Eglise sans un chef suprême, sans le pape; le pape hors de la ville éternelle, où, suivant la croyance de cette époque , son siège était établi sur les tombeaux des apôtres? ou bien quelque puissance que ce fût aurait-elle pu , sans l'unité de l'Eglise , décider les arrogants seigneurs de Fépéc à donner du jour et de l'espace à la naissance et au progrés des villes , au perfectionnement propre de chaque peuple dans les sciences , dans les arts , et en tout enfin? Vraiment, ici comme précédemment, il est permis d'en douter. Lors même qu'il pourrait être vrai que la domination grecque ne se serait jamais maintenue en Italie , il peut ne l'être pas moins que, si les Grecs avaient repris la ville de Rome, on aurait vu recommencer une série de bouleversements qui , venant compliquer encore ceux qui s'accomplissaient déjà, auraient opposé de nouveaux et terribles obstacles à la formation et à la civilisation des nations européennes.
On ne sait pas sous quel jour Heinrich II envisagea ces choses : vraisemblablement il ne fut décidé à son entreprise que par sa piété, et peut-être par le sentiment de la dignité impériale qu'il avait reçue à Konie, dans l'église des Apôtres, de la main du pape Benoit. En tout cas , après le départ du pape , il s'occupa de faire l'expédition qu'il lui avait promis d'entreprendre; mais ce ne fut que bien avant dans l'automne de l'an 10*21 qu'il put quitter la patrie. Jusqu'à cette époque , il voyagea de côté et d'autre dans l'empire , bien qu'il séjournât la plupart du temps en Saxe. Il s'efforça d'éteindre les discordes et de rétablir ou de maintenir quelque tranquillité. En même temps il travailla sans doute à s'assurer des hommes avec lesquels il pût se présenter en Italie comme empereur, roi et protecteur. Mais il semble qu'un petit nombre seulement de princes laïques se laissa décider à prendre part à cette entreprise , et que l'empereur ne fut presque accompagné que de quelques évéques avec leurs gens de guerre. Bien plus , peu i\c ces évéques sont nommés; le plus important d'entre eux était l'archevêque Piligrin , qu'après la mort d'Héribcrt, son ancien adversaire, l'empereur venait d'élever au siège archiépiscopal de Cologne : car on peut à peine compter parmi les prélats tcutschs Poppo , archevêque
d'Aquiléc. Et pourtant les seigneurs ecclésiastiques du Tcutschland devaient surtout tenir à ce que l'entreprise de l'empereur eût un heureux succès. Car Heinrich avait incontestablement les plus grands droits à leur gratitude ; et même, dans les derniers temps, comme le prouve un grand nombre de diplômes , il n'avait pas cessé d'augmenter partout le domaine des églises par des donations et des inféodations, ou par la confirmation de ce que les églises possédaient sans titre légal : et, si l'on ne sauvait Borne et le sainteiége, la cupidité des seigneurs laïques les menaçait dans la possession de ces biens ecclésiastiques toujours croissants, et ils n'étaient pas plus sûrs de leur influence religieuse et intellectuelle sur le peuple. H n'est pas douteux sans doute que Heinrich n'ait été accompagné d'un corps bien exercé de guerriers volontaires : pourtant il ne parait pas qu'il ait conduit de grandes forces en Italie.
Heinrich resta dans le Tcutschland septentrional jusqu'au mois d'octobre; d'après des diplômes qu'on lui attribue, il était encore le 1*2 novembre à Augsbourg; mais le 16 décembre il était à Vérone. On vit en Italie ce qui s'était vu dans le Teutschland. En Italie, les seigneurs laïques ne se joignirent pas non plus à l'armée impériale , soit que l'empereur ne jugeât pas à propos de les appeler aux armes , soit qu'ils trouvassent moyen de se soustraire à ses ordres. D'autre part, un grand nombre d'évêques de Langobardie se rangèrent sous ses drapeaux avec leurs vassaux, et le suivirent au commencement de l'an 4012 versl ltalic inférieure. L'empereur ne prit pas sa route vers Borne , mais il marcha aussitôt contre les ennemis du pape et les siens. L'nc partie de l'armée , sous le commandement de l'archevêque Poppo, s'avança par la marche de Canierino ; un autre corps , à la tète duquel était l'archevêque Piligrin , s'avança par la marche de Spolète et le duché Romain contre Capouc , pour châtier le prince Pandolf, qui non-seulement avaitreconnu la suzeraineté de l'empereur grec, mais qui avait de plus prêté la main à ce que Battus , le parent et l'ami dcMelus, fût livré aux Grecs et mis à mort. Quant à l'empereur, il marcha contre la ville forte de Troia,qui, pourvue d'une nombreuse garnison grecque , se prépara à une vigoureuse résistance. On réussit assez. Les Grecs reculèrent; Pandolf se livra lui-même.
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à l'archevêque Piligrin , et fut conduit prisonnier et chargé de chaînes dans le Tculschland. La ville de Troia résista , il est vrai , durant trois mois aux aimes impériales ; mais enfin , domptée par la famine et par les maladies pestilentielles plus sans doute que par l'épée et les machines de guerre, elle se vit contrainte à implorer la grâce de l'empereur. Iténévent, Salcrnc , ÎNaples et d'autres villes de ces contrées furent également forcées de se soumettre. Ileinrich fut salué et fété par les habitants de ces villes et par ceux de la campagne , comme leur roi et seigneur.
Ainsi fut détourné le danger qui avait menacé le saint-siége de Rome et peut-être mémo toute l'église d'Occident. 11 se peut donc que Ileinrich ait rendu par son entreprise plus de services que l'on n'a paru le croiro ; mais on n'obtint aucun résultat durable; et si le danger détourné par Ileinrich ne se renouvela pas, la raison n'en fut pas dans les mesures de conservation et de sûreté prises par ce prince , mais dans la faiblesse des Crées et dans des circonstances fortuites. S'il donna à Capouc un prince auquel il croyait pouvoir se fier (1) , s'il donna des fiefs au petit nombre de Normands qui avaient pris part à la lutte, ces actes n'eurent d'importance que par suite de cette faiblesse et de ces circonstances fortuites. Luimême se vit forcé de quitter ces contrées si rapidement qu'il lui resta à peine quelque temps pour satisfaire par des pratiques pieuses sur le mont Cassin et a Rome, à coté du pape, aux besoins de son cœur. Ces maladies pestilentielles qui avaient contraint Troia à la soumission envahirent son armée , enlevèrent beaucoup de vaillante hommes, et répandirent la terreur et l'effroi. Le roi crut donc devoir retourner dans la patrie pour sauver de la mort, sous un ciel plus sain , ceux qui avaient partagé avec lui les fatigues de la guerre. 11 remonta l'Italie plus vite qu'il ne l'avait descendue, et se hâta tout autant de passer les Alpes. En automne il se vit de nouveau sur le sol de la patrie.
Il retrouva le Tcutschland dans l'état où il l'avait laissé. On ne fit pas plus attention h son retour que l'on n'en avait fait à son départ. Rien du reste ne fut changé dans les relations publiques ni dans les anciennes habitudes du roi. 11 parait qu'il partagea son temps entre des exercices de dévotion et des plaisirs tranquilles. Voyageant d'un lieu à l'autre , il cher-
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cha a. apaiser les querelles, à calmer on à prévenir les inimitiés , et n'oublia jamais de faire du bien aux églises. Pendant ce temps, il vit encore descendre dans la tombe plusieurs chèques, auxquels il s'efforça de donner de digm* successeurs. Mais il souffrait de plus en plus des infirmités qui plus d'une fois déjà l'avaient étendu sur le lit de douleur. Il se rendit avec » femme à Magdcbourg, afin d'y célébrer les fctc< de Pâques de l'an 4024. Puis i\ alla par llalbcrstadt à Coslar, et de là on ne sait où. Il arrna à un endroit nommé (trôna (2). Là, il fut sus d'une maladie si dangereuse, qu'il ne put continuer sa roule. Il mourut le 43 juillet, à I'Am de cinquante-deux ans : il avait été vingt-dcui ans roi des Teutschs , et avait porté dix an* la couronne de l'empire appelé romain. Son corps fut transporté à Bamberg , vraisemblablement d'après sa volonté , afin qu'il reposât dans le lieu qu'il avait affectionné plus que tous les autres. Il avait eu peu de valeur et encore moins de pouvoir pendant sa vie ; on s'aperçut peu de sa perte ; après sa mort , il n'a été pla<v bien haut ni par ses contemporains ni par h postérité. Les ecclésiastiques seuls l'ont célébré pendant sa vie, et ne l'ont pas oublié après sa mort. L'Eglise a montré sa reconnaissance en ce que , cent vingt-deux ans plus tard , le pape Eugène III le mit au rang des saints, parmi lesquels il avait assurément bien mérité une place.
Avec Ileinrich II finit la série des rois saxons , qui depuis un siècle axaient porté la couronne de l'empire teutsch. Celui qui , debout sur la tombe du dernier Ileinrich saxon , reporte ses regards vers le temps où le premier Ileinrich avait été salué des titres de roi et de père de la patrie, et qui parcourt d'un œil intelligent la chaîne de cette période, embrassant et l'empire et le trône , et le peuple teutsch et la maison royale ; celui-là certes ne pourra se défendre d'un sentiment de douleur , et sera forcé de s'humilier devant l'étemelle Providence qui règne sur les peuples comme sur les familles, sur les empereurs comme sur les rois, et devant la mystérieuse action qu'exercent les unes sur les autres les sociétés humaines et leurs chefs. La noble race des rois saxons s'éleva par la sagesse , la vertu et les hauts faits; c'est par là qu'elle acquit une éclatante majesté et une gloire impérissable; l'empire fut sauvé des mains de l'étranger et doviut grand
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parmi les peuples; et tous lesTeulschs furent réunis par le sentiment de la patrie, dont le trône royal était le foyer. Le fils conserva fidèlement les vertus et l'activité de son père, mais non sa sagesse; àcôté de l'honneur de la nation et de la gloire de l'empire , il chercha sa propre grandeur et la suprématie de sa maison. Un bonheur merveilleux remplaça la sagesse, et donna au trône un éclat immense , et à la famille royale une puissance éblouissante. Mais les fondements du trône étaient ébranlés; l'admiration prit la place du respect , et la crainte celle de l'amour; le sentiment de la patrie se dissipa dans des pays lointains ; les regards des fils de la patrie errèrent çà et la ; des désirs sauvages et une insatiable avidité remplirent les âmes , et chacun
I s'empara de ce qu'il put saisir et tint ferme à ce qu'il avait pris : l'empire se tint là comme un grand et puissant édifice , excitant de loin rétonuement, de près l'inquiétude, parce qu'il laissait voir des fentes et des crevasses. Les petitsfils n'eurent rien de l'énergie de leurs pères ; ils vivaient de la sagesse , de la vertu et de l'activité de leurs aïeux, et comptaient sur la fortune, comme si elle ne pouvait pas devenir infidèle ou rebelle. Aussitôt la décadence commença , et les passions furent plus fortes que tout noble sentiment , jusqu'à ce qu'enfin , dans les derniers temps, la faiblesse du roi , de l'empire, de la nation, se manifestât aux yeux du monde et de la postérité.
NOTES DU LIVRE XVI
(1) Une anecdote racontée par Dithmar (ait voir comment en général les Slaves acceptèrent le christianisme. Boso, premier évéque de Ncnebourg, prédécesseur de Slseler (mort en 010), écrivit Xlavorisea Verba,nb\\ de pouvoir mieux instruire ses ouailles slaves. Il voulut particulièrement leur apprendre à chanter Kgrie eleison, exportons eis hujus utilitatem. Lorsqu'il fallutchnnter, ces ignorants chantèrent : Y Kruiosla, ce qui veut dire: « il y a nn aune dans le bois. ■ Et ils soutinrent que sic locutus est Boso.
(2) \ji maison de Saxe.
(3) Selon Dithmar , Thiedricus était actuellement Marchio. Peut-être Liuthar, père de Dithmar, n'était pas encore revenu d'Italie.
(4) Seusun. Scosen, dans le pays d'Hildeshein.
(6) Dithmar nomme le premier endroit Ala , urbs comitis Ekberti, et ne nomme pas le second. Le Ckron. Corbei dit qu'ils se jetèrent sur la urbs comitis Ekberti si labeur g , et détruisirent ensuite le castrum Hebesheim , eodem in pago Derlingo situm. Il est difficile de dire où était Alabourg. Quoi qu'il en soit, H est certain que tout le théâtre de ces événements est en Saxe , au nord du Harti , dans le Dcrlingau.
(G) Heinrich adiU Franeorum terminas , et consedlt in pascuis ad Binsinstidi pertinentibus. l'Ax- NALISTE saxos à Bissintide. Wedekikd {noten S. 37) suppose que c'est • Wiesentkeid, ein Schloss und Dorf im Umfange der Grafschaft Castell , vier meilen ostlich von Wûrtburg. » Nais cette conjecture n'a pour elle qu'une ressemblance de nom. Je serais asses porté à croire que c'est Blsscnstalt , aux environs de Worms. Il n'est pas absolument nécessaire que eet endroit soit sur la frontière de Franconie , mais seulement dans le pays des Franconiens.
(7) Juxta villam qua Stiri dicitur (Dithmar).
(8) Assal. Saxo (ad a. 004 ). Slaxsi omnes , exceptis Sorabis, a Saxonibus defecerunt.
(0) Le mot askomannem vient du vieux mot ask , qui signifle vaisseau , ou barque. On a donné d'autres étymologies sans valeur.
(10) Ditumar le nomme Lieunizo.