CHAPITRE
(1) Jutenis,qui nikil feeit. De là fainéant [ignavus ).
(i) il n'est pas question d'un couronnement d'Otto
comme roi d'Italie; mais nous avons raconté que tUn; son enfance, l'an 083, il fut couronné par les archevêques Jean de Ravenne et Willlgis de Btayeoce. Cependant jusque alors Otto avait à peine été regardé comme roi d'Italie , sans doute parce que les vassaux ne lui avaient pas encore prêté serment de fldéfitr.
(2) Selon Paci, au commencement du mois de nul
(3) ... Loquax. Peut-être Gerbcrt, comme on ft pensé.
(1) Le duc devait donner un poids d'argent égal au poids du cadavre; mais lorsqu'on pesa celui-ci, il se trouva aussi léger qu'une plume.
(2) Otto eut le bonheur d'obtenir un bras de salai Adalbcrt.
(1) Ce qui n'est pas indigne de remarque, c'est que l'on lit venir le droit de succession de Heinrkh même de Karl le Grand.
(2) C'est ainsi qu'on l'appelle habituellement : dvx Alemannim et Alsatia. On ne peut dire avec confiance d'où vient cette addition.
(3) Vraisemblablement l'an 007.
(4) C'est peut-être de là que vient l'addition dux AUemannia et Alsatia.
(1) Ad Frasant, eurtetn regiam.
(2) Le soir il y avait prafatis dominabus (dominb) in magna domo sediliaavleis ornataet menta variis cibis referta. Ekkihard entra avec le duc Bernhard, l évéquc Arnulfet d'autres encore, sans doute avant qu'il y eût personne , et ils mangèrent tout ce qu'il y avait à manger. Cela ne chagrina pas seulement les deux princesses , mais aussi cateros eompiures, qui interfuere , parce qu'on leur avait gâté la plaisanterie.
(3) Elle était déjà nommée abbesse , mais non encore consacrée.
(4) ... In urbe, qua Geni dicitur, dit Ditumaii. (.r>) ... Ad urbem Fjarsem. Laurisheim.
(B) Franeorum et Muselenorum primatus.
(7) Dithmar ■ prominum Uassmxu recni dmcatum dari rogavit.
(8) On a souvent cherché Tkornburg sur l'Elbe, dans le voisinage de Barbi; je crois plutôt que cette
NOTES Dl UYltE XVI.
pclilc \ille était fur la Sale, ù deux licucà au dessous d'Iéna.
(0 Ditiimar appelle ces princes solo tuinint dOces, ted non re.
(2) Cri endroit n'est pas nommé, mais c'était la résidence habituelle de llcinricb.
(3) UlTUMAR : ad Cmsni catteltum; AvNAMSTA SAXO : ad Crumi caslellum ; AufcLBOLD: Crusina.
(4) Mogilina.
[.'») Ditiimar : Crana ; A.vn. SAX. Grana ; Aiif.l- Bold: Erana.
(fi) Suinordi caUelhim.
(I) SeUMI II tRMANNUS COMHACTLS, a. 1001.
[1) Castrum falenlianense. t'rbs ï'alenliana. Lrbs Kalentina. Valentia.
(3} ... Philaterium, continens dentem S.f'incentii, ledit et ma rt gris.
(4) Rocholenzi.
(b) Annal, sax. Eadem tempeslate a piratis magna vastatio fada est in partibus aquilonis... Sicirkrt. GesiW.ac. fnd.a. 1010) : Aormanui.— Ultrajtetum oppidum intendant.
(I) Au nombre de aes machines est une horloge que l'on voyait à Magdebourg.
(?)Uitumar l'appelle Jokannes rhasan, id ett,
[V, Ditiimau donne à re pape le surnom àc IJucca Porci.
(4) Ditiimar. l/cmpcrcur se rendit à ta Pcnlecolo dcCasscl [Cassalun), à Immshauscn [Immedetltmun). lit vint a lui de l'Occident quidam rusticus tantre longitndlnis , ut omnes qui enm videront, nimiM admirarenltir, et il apporta un message qu'il ne voulut révéler qu'à l'empereur lul-iiicinc, eum hoc ei ralitus per eolumbam jnssum fuit. El quia hanr adtnnnilionem et erebrn atiam innumetabilem imperotor sprecit, vindictam sentit.
(I) Il était paralysé d'un pied; de là on l'a surnommé Claudus, le boiteux.
(3) Les villes de Besancon , Genève, Lyon, Vienne, Grenoble, Avignon, Arles, Marseille, appartenaient au royaume de Bourgogne.
(3) Ditiimau est vraisemblablement mort cette mime année 1018.
(1) DitiimaR: Ail nisi XXX milita perdidii, et hos élégantes.
(2) Plusieurs indices font supposer que Dithmar donne le nom de légion ù un corps d'armée de mlUo
(1) 11 s'appelait également Pandolf, et était eofnto de Trano.
(2) Grona, Gronaha. Sans contredit Grolinde prc«
L'EMPIRE TEUTSC1I SOUS LES EMPEREURS SAXONS KUNRAD Il ET HEIN- RICH III (II). — NOUVELLE ÉLÉVATION DE L'EMPIRE ET PLUS GRAND POUVOIR DU ROI — COMMENCEMENT DES QUERELLES ENTRE LE POUVOIR SPIRITUEL ET LE POUVOIR TEMPOREL.
élection et sacre de kukrad ii (le saliqie).
L'an 102t.
Les princes de la race mérovigienne avaient, pendant trois siècles, obtenu sans contestation la dignité royale, parce que cette race était arrivée ù cette dignité en des temps dont nul homme n'avait la mémoire, et parce que son histoire s'était élevée du sein de la même nuit que l'histoire de la nation franke. On saluait les descendants deChlodwig, les lils comme les pères, du litre de roi, par une vieille habitude, sans que personne demandât ou rendit compte de son motif et de son origine.
Les Karolingiens avaient construit leur trône d'éléments tout différents sous les yeux de leurs contemporains : ces éléments étaient la vertu et l'activité, la force et la fortune. Ils l'avaient fondé sur une base nouvelle, sur la consécration religieuse de l'Église. I,a bénédiction du pape, comme sa malédiction, pouvait s'ou-
blier dans la suite du temps; mais l'une et l'autre affermirent cette race sur le trône dont Pippin le Bref s'était mis en possession en se servant d'une sentence du pape comme d'un marchepied. Les karolingiens, de même que* les Mérov ingiens , avaient regardé la dignité roy aie comme leur propriété héréditaire; et comme ceux-ci partageaient habituellement le pouv oir inhérent à la royauté aussi souvent qu'un prince qui l'avait exercé laissait plusieurs fils en desrendant au tombeau, les Karolingiens n'hésitèrent pas à partager le territoire soumis aux ai mes des Franks.
Lorsque la race légitime des Karolingiens se fut éteinte ou eut été rejelée par le Teutschland, les idées changèrent, et tout devint de plus en plus incertain. Arnulf se rendit maître de l'empire contre tout droit et tout usage. Il lient être vrai qu'il avait attiré sur lui les regards du monde par son énergie et par ses talents ; mais il n'est pas moins vrai que des relations singulièrement confuses , une agitation passionnée et pleine d'intrigues, des moyens qui n'avaient rien de régulier, lui ouvrirent
seuls l'accès du trône dont sans doute il se montra digne dans la suite aux yeux de ses contemporains. Son fils, le malheureux enfant Ludvvig, ne dut pas le titre de roi à un droit reconnu, mais simplement aux efforts de sou père et à l'avidité barbare des vassaux ceelésiastiques et laïques , qui espéraient trouver plus aisément les moyens de se satisfaire dans l'impuissance d'un roi enfant que sous les yeux d'un homme capable de se sen ir de l'épée. Ludwig vécut comme il était arrivé au tronc, sans volonté et sans action , cl il mourut comme il avait vécu, inaperçu et non regretté. Mais , sous ces rejetons illégitimes de la race karolingienne , un principe était entré dans la société, qui avait une graude importance, et qui , bien appliqué , pouvait , avec le temps , réparer beaucoup de choses et consoler de beaucoup : ce principe était que leTeutschland était un seul empire, et ne pouvait avoir plusieurs rois les uns à côté des autres.
Sur cette base le Franconien kiinrad essaya de fonder de grands projets, afin de maintenir dans l'unité de I empire l'honneur menacé de son peuple et la gloire blessée de sa race. 11 saisit vivement la couronne, qui semblait laissée la comme un bien sans maître , et il espéra raffermir d'autant plus sûrement sur sa tétc que personne n'y avait droit, liais les moyens cl la puissance lui manquaient. Avec toutes les vertus qui étaient en lui , il ne put ni effrayer ni gagner les princes et les seigneurs de l'empire; il sentit ses forces épuisées de\ant cette teiivre téméraire lorsqu'elle était à peine commencée. Dans ce sentiment , sou esprit s'éleva à une grande idée. Non-seulement l'éclat de sa race , mais aussi le nom des Franks , s'évanouit à ses yeux , et l'image de la grande patrie eommuuc de tous les peuples teutschs se présenta à son àme. Il désigna donc le seul homme qui parut en état de fonder pour tous les Teutschs une seule patrie, et de la mettre eu sûreté et contre la puissance des ennemis du dehors et contre les passions et la perversité de ses propres fils : cet homme était Heinrich le Saxon.
Et Heinrich justifia d'une manière éclatante la confiance du roi mourant. Salué roi par deux nations , les Saxons et les franconiens , il sut, par la sagesse de ses discours et de ses actes, les gagner toutes, et réconcilier avec lui-même les rebelles. Puis , avec vertu et ac-
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tivité , douceur cl modération , résolution dans la paix et dans la guerre , fondant , favorisant et encourageant , il gouverna avec une autorité royale d'autant plus grande qu'il semblait moins savoir combien il était fort. Il resta dans son siècle, et ne put sortir du monde dont il se voyait entouré. Toute grandeur était dans le système vassalitique, la plus grande liberté dans le service. Ix*s classes inférieures , peu remarquées et peu considérées, gémissaient sous la dure oppression de la féodalité; elles ne trouvaient, pour vivre comme il convient à des hommes, ni lumière ni espace, et jouissaient a peine des consolations de la religion de Jésus-Christ , dans l'espérance d'un autre monde où régnerait la justice. Mais dans les villes fut jetée la base d'une nouvelle liberté qui , sous la double protection du trône et de l'Église , pouvait se développer avec d'autant plus de puissance qu'elle devait gagner davantage toutes les forces que comporte l'esprit humain. Eu tout cas, le premier point, et le plus nécessaire , était obtenu : le Teutschland était un seul empire ; tous les Teutschs étaient une seule nation. Les grands-ducs mômes des nations tcutsches furent amenés à un tel amour de la patrie, qu'ils se rangèrent avec joie autour du trône de leur roi commun, et parurent plus grands à leurs propres yeux dans sa grandeur, parce que l'éclat de la couronne royale rejaillissait sur eux , et montrait au inonde leur majesté.
Li magnificence du couronnement d'Otto I" à Aix-la-Chapelle jette une vive lumière sur la voie que Heinrich avait suivie. Otto dut l'empire, comme cette solennité inouïe, a.la vie et aux actes de son père. Cependant il dédaigna do suivre les traces de son père , on il ne le sut pas. Le jeune et beau priuce fut ébloui par tant de magnificence. La ligure héroïque de Karl le li ranci couronné de gloire s'éleva devant lui du tombeau sur lequel il reçut la couronne , et lui montra une autre carrière , celle de la vainc grandeur et des troubles infinis. Et plus le génie d'Otto fut puissant , plus fut énergique la force de sa volonté, plus la fortune qui le précédait et le suivait fut fidèle, plus aussi il avança dans cette carrière avec irréflexion , avec confiance, avec persévérance, avec opiuiatreté. Au lieu d'être roi des Teutschs dans toule l'extension de ce titre et de toule son àme , il chercha a saisir le fanlôme d'uue vainc diguité impériale
HISTOIRE Dl PEUPLE ALLEMAND.
qui èvoillail de malheureux souvenirs et était le ni duchés et comtés , en é\ échos et abbav es , en
produit de la décadence cl de la confusion ; au lieu de fonder l'union des peuples teUtschs sur un respect et une fa\eur réciproques, et d'alimenter le besoin d'une patrie commune, il abandonna les peuples à eux-mêmes , Cl , s'il DO déchira pas le lien dont Heinricli les avait en-
cantons, en marches, en communautés, en localités , en métairies, et sur l'empire et sur la nation s'étaient étendues , comme un doubleréseau magique replié sur lui-même, la féodalité et I'Lglise, sans qu'il se trouvât une main qui tint réunis les (Us de l'un et de l'autre. Il
lacés , il le relâcha du moins ; au lieu de tendre faut attribuer beaucoup de choses à la jeuncsM*
vers le Nord et de conquérir pour le TeutscbJand toute la côte des deux mers et la communication entre elles, que la nature semble avoir destinées à la nation teutsche, il prodigua les forces du Tcutsehland pour la soumission de
des rois ; beaucoup de choses à des accidents qu'il était impossible de détourner; niais la source véritable, la source la plus féconde du mal \inl de la singulière liaison du Tcutsehland avec l'Italie , liaison qui non-seulement
l'Italie, que la nature a in\ inciblcmcnt séparée rendit les rois étrangers à leur peuple, mais du Tcutsehland par de hautes montagnes, et qui encore jeta dans beaucoup d'Ames une inil impliqua pour des siècles] les Teutsehs dans des relations d'où il leur fut impossible de se retirer. On ne peut le nier, Otto s'est fait à luimême un grand nom et a donné à l'empire tcutsch une gloire séduisante ; il a son i également l'esprit humain en élevant l'Kglise à une puissance nouvelle et en sauvant le siège apostolique d'une ruine à laquelle il semblait à peine pouvoir échapper ; mais il a moins favorisé sa patrie; il a peu fait pour sa patrie dans uu temps où beaucoup de choses pouvaient être faites pour unir et fortifier à tout jamais. Et pourtant , qui ose réprouver ce qui est arrivé? l a volonté humaine et la puissance qui est dans les choses, qu'on l'appelle destin ou pro\ idence, agissent tantôt de concert et tantôt l'une contre l'autre , et souvent les actes «pic celui qui juge plus tard les événements regarde comme arbitraires, blâmables, ont peut-être semblé à leur auteur une inévitable nécessité. Kl, si l'on doit nous pardonner la douleur que nous inspirent l'abandon de la patrie et les désastres qui ont frappé notre nation, il convient pourtant à l'homme qui réfléchit <le reconnaître que dev anl celui par qui nous sommes , les peuples , comme les individus, ne sont et ne peuvent être que des parties du tout infini.
Le hls et le petit-lils d'Otto obtinrent l'empire après lui, et l'un après l'autre : mais ce ne fut ni par un droit reconnu d'hérédité , ni par une élection libre; chacun d'eux le dut plutôt aux efforts de son père. Cependant les semences jetées par Otto sortirent de terre. L'empire perdit sa puissance , le trône sa dignité , la couronne son éclat; la nation teutsche, qui avait montré tant de bonne \olonté et même d'a\iditcà do cuir une seule nation , s'était morcelée
certitude desorganisatrice , des désirs vague*, des contradictions et l'inconstance , et lit de plus d'un vaillant homme un étranger dans sa propre patrie.
l.e dernier roi des Teubchs dont nous a\on« parlé dans cet ouvrage , Ileinrieh II, n'arma à l'empire ni par ses exploits et ses vertus , ni par le désir et l'élection des princes cl des seigneurs, mais seulement parce qu'il sut profiter sagement des circonstances , et négocier isolément avec chaque prince et chaque nation, de manière à faire reconnaître d'un coté ce qui a\ait été accordé de l'autre; négociations favorisées par la décadence de l'autorité ro\ale et par des passions nobles et ignobles, mais qui pourtant réussirent surtout tantôt par la jalousie réciproque des princes et des seigneurs , tantôt par l'indifférence pour le trône et l'empire, qui s'était emparée de tant d'hommes. A force de prières, il rassembla la couronne morceau par morceau; les différentes parties n'en joignaient pas bien ; aussi ne fut-elle sur sa tète . pendant toute sa vie, qu'un jo\au mal réparé. Sous lui fut acheté ce qui avait été commencé au temps d'Otto le Grand , et ce que le lils et le petit-lils de cet empereur avaient si rapidement et si malheureusement continué.
Lorsque Ileinrieh II mourut , l'empire était tellement morcelé en une multitude de dominations particulières, qu'il semblait a peine possible de songer nu trône laissé vacant et beaucoup moins encore à une réunion pour y éloer un roi, d'autant que l'on n'était menacé d aucun danger extraordinaire par d'autres peuples.
I>aiis le fait aussi , il semble que d'abord il ne lui nulle part question de Irôuc ni d'empire ; il
LIY. XVII ,
parait plutôt que chaque prince poursuivit son propre avniitn.se plus par lïpée que p..r dis travaux nationaux, comme s'il avait dessein de s'organiser à sa guise et de se tirer d'affaire sans roi (I). Et pourtant, chose à laquelle on pouvait le moins s'attendre dans le temps présent , il y eut bientôt , pour l'élection d'un nouveau roi, une diète telle que l'on n'en niait pas encore vu; et le Teutschland reçut pour roi un homme habile, mais qui n'était distingué ni par ses actes, ni par ses richesses ou par sa puissance.
(\e phénomène , surprenant de prime abord , résulta sans doute peut-être de circonstances fortuites et des menées secrètes de quelques hommes ; mais il avait sa véritable cause dans I "état de la société , et cet état l'explique suffisamment.
I-es princes de l'empire étaient en partie des seigneurs ecclésiastiques, en partie des seigneurs laïques. Bien que souvent unis entre eux par les liens du sang et égaux sous plusieurs rapports, les princes laïques lisaient pourtant a un autre but que les princes ecclésiastiques. I^s premiers cherchaient la richesse, la considération et la puissance pour fonder la grandeur de leur maison et une race éclatante ; les derniers cherchaient la richesse , la considération et la puissance pour étendre la domination de l'Église. De plus , les ecclésiastiques étaient pénétrés de l'idée de l'unité de l'Église; et à l'unité de l'Église était étroitement liée l'unité de l'empire par la dignité impériale : bien plus , on pouvait croire à cette époque que l'unité de l'Église était subordonnée à l'unité de l'empire. Us étaient dans une position dangereuse eu face des princes laïques, lueurs possessions étaient grandes, leurs richesses immenses. Depuis longtemps ils avaient excité l'envie des princes laïques , et peut-être aussi , dans leur zèle pour les intérêts matériels de l'Église, l'avaient-ils souvent méritée. La grande faveur dont ils avaient été l'objet dans les derniers temps avait fait monter la jalousie des soigneurs laïques jusqu'à la colère , jusqu'à la haine. Quoique le nombre de leurs vassaux ne fût pas médiocre, et que plus d'un d'entre eux sût faire la guerre , la situation des domaines de l'Kglise, qui n'étaient pas compactes , les mettait hors d'état de résister aux hommes de l'épée. Il fallait peu songer à une assistance mutuelle; ils avaient plutôt besoin d'une pro-
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toction laïque , et ils ne pouvaient trouver cette protection q:ie daiis le roi , auquel ils devaient leurs places, et dont l'intérêt propre exigeait leur conservation. Eux donc, et eux seuls, avaient tenu à ce que le Teutschland reçût un roi devant le trône duquel ils pussent porter leurs plaintes contre tout préjudice , et autour duquel ils pussent réunir leurs forces.
Mais ils avaient tenu aussi à empêcher que l'homme qui arriverait au trône fût nn prince puissant, par exemple l'un des grands-dnes de l'empire. Après les expériences qu'avaient faites les successeurs d'Otto le Grand , on ne pouvait attendre qu'un duc qui obtiendrait la couronne renoncerait comme eux à son duché , afin d'être roi de l'empire. Et , s'il conservait son duché, non-seulement sa puissance était trop dangereuse, mais encore son intérêt comme duc différait trop de l'intérêt de l'Église , pour que les ecclésiastiques pussent justement espérer le voir être ou rester de leur côté comme roi. Ils devaient plutôt vouloir un roi qui n'eût pas moins besoin d'eux qu'ils n'avaient eux-mêmes besoin de lui ; un roi qui ne trouv ât pas les moyens de se maintenir dans la puissance qu'il possédait comme prince de l'empire , mais qui serait forcé de ne pas les chercher ailleurs que dans l'empire lui-même : car dans ce cas il semblait ne pouvoir les acquérir que par le concours des évêques et des abbés.
Les relations de cette époque étaient favorables aux ecclésiastiques ; elles leur permettaient d'obtenir non-seulement un roi, mais encore un roi tel qu'ils semblaient en avoir besoin. Parmi les princes laïques il ne se trouvait pas un personnage qui par de glorieux exploits fût devenu l'homme de la nation et eût attiré sur lui les regards de tous les Teutscbs, au nord comme au sud. En général les princes laïques avaient été peu en év idence sous Heinrich II , et la plupart n'étaient peut-être connus que dans le pays à la tète duquel ils étaient placés. Dans le Teutschland propre , abstraction faite de la Lotharingie, il n'y avait non plus que deux grands-ducs qui fussent peutêtre capables de monter sur le trône : c'étaient Bcrnhard de Saxe et Heinrich de Bavière ; car Ernest, duc de Souafae, était encore dans sa minorité. Mais le duc de Saxe ne pouvait pas être plus dispose» à élever des prétentions à la ronronne pour son propre compte qu'a l'a-
bandonnor à un au Ire dur. L'histoire do sa maison devait lui rendre le duché de Saxe beaucoup plus cher que la couronne pour laquelle Otto le Grand a\iiit renoncé au duché, et les relations difficiles où il se trouvait impliqué par sa propre faute avec- les peuples slaves lui rendaient d'ailleurs impossibles d'autres projets que ceux qui tendaient à étendre et a consolider sa puissance ducale. Mais si, paires motifs, il n'était pas dans son intérêt de viser A la couronne, ce devait être à ses yeux une question d'honneur d'empêcher qu'elle n'échût a, un prince qui se crût égal à lui en puissance et en dignité , parce que le monde aurait pu s'imaginer que celui-ci lui avait été préféré. Ix» duc de Ba\ iére de son < ôlé , frère de la reine douairière Kunigundc, avançait déjà en Age et sentait bien que ses jours étaient comptes. Il ne pouvait s'élever plus haut, s'il ne voulait pas réveiller l'ancienne envie et tout mettre en danger. D'ailleurs il n'avait point de fils pour lequel il put aspirer à une plus grande fortune; mais en présence d'un autre duc il ne pouvait pas non plus lui être indifférent d'être en apparence supplanté. Quant aux autres princes enfin , markgrafs et comtes, lequel eût risqué une possession assurée pour visera un bien incertain devant lequel se plaçait le sort fécond en enseignements du markgraf IMihard?
Les joyaux de l'empire, les ornements rovaux setrouvaiententre lesmainsde l'impératrice Kunigundc : ce n'était pas unoehosode médiocre importance dans ces temps de signes et de miracles. Or l'impératrice était attachée de toute son Ame a l'Église, cl ne pouvait attendre que des ecclésiastiques l'accomplissement desvo'ux qui auimaient son cœur pieux. Dans la position oû elle s'était trouvée depuis une série d'années, elle n'avait pas acquis une médiocre influence sur plus d'uu homme puissant, de l'ordre laïque comme de l'ordre ecclésiastique. Deux de ses frères appartenaient à l'Église, et la propension de l'impératrice à agir dans leur sens s'était toujours manifestée avec tant de force, qu'elle n'a pas échappé au blâme de ses contemporains et de la postérité. Le dernier des. cendant mâle de lleinrich I", issu d'un légitime mariage, qui existât encore, était aussj dans les ordres: c'était Bruno, évèque d'Augs. bourg. Son autorité , que sans doute il ne taisait pas toujours valoir dans l'esprit et dans l'intérêt de l'Église, devait être d'anlanl pins grand
après la mort de son frère lleinrich H , que Ton pouvait moins comprendre pourquoi, son frère n'ayant pas d'enfants , il avait embrassé l'état ecclésiastique , et renoncé par 1A aux prétentions que le droit de naissance lui permettait d'élever avant tous les autres à la dignité royai le. Mais sur son ou-ur pesait encore un v ieux ressentiment qu'il désirait satisfaire par le nouveau roi. Ikinrich II, par la fondation de l'éuVhé de Hainherg, avait enlevé à leur maison des biens héréditaires considérables. Bien que Bruno, comme é\éque, ne pût que j>en jouir de ses biens, une mesquine passion lui j faisait désirer ardemment de détruire l'œuvre entreprise par son frère à son détriment ; et il semble avoir cru qu'un roi qui n'aurait pas de grandes possessions territoriales l'aiderait tout le premier à satisfaire ce désir, dès qu'il lui anrait montré en perspective l'acquisition des biens de Bamberg. Werinhar, év èque de Strasbourg, avait obtenu une grande considération, parce qu'il avait acquis le royaume d'Arles a l'empire tcutsrh et connaissait mieux que personne les relations de ce pays. Poppo, archevêque de Trêves, avait eu la tutelle de son neveu, le jeune Ernest, duc d'Allemannie, et il avait administré le duché en son nom. Partout, dans lesprovinces de l'empire teutseh, lesévèques avaient, d'une manière analogue, trempé leurs mains sacrées dans les affaires temporelles. De plus, ils avaient la puissance ecclésiastique, l'avantage d'une culture supérieure, une plus grande facilité de communiquer et de s'entendre entre eux , et une masse d'artifices sacerdotaox dont ils savaient se servir avec adresse. Enfin, à cette époque, le Teutschland voyait un grand nombre d'hommes habiles parmi les princes de l'Eglise, dont on peut ne nommer que les archevêques Aribo de Majcnceet Piligrin de Cologne , parce que , de même qn'ils étaient les premiers par leur position, ils n'étaient pas non plus les derniers parleurs vertus, leursagesse et leur énergie.
Toutes ces remarques semblent mettre hors de doute que le Teutschland dut aux seuls ecclésiastiques de recevoir de nouveau un roi et de saluer de ce titre l'homme qui , comme nous allons le .remarquer, arriva A l'empire; bien que du reste on ne puisse contester que les ecclésiastiques songèrent a l'Église chrétienne plnsqu au peuple teutseh, A leur propre intérêt plus qu a la patrie commune.
Aussitôt après la mort de Heinrich II , des négociations fuient nouées entre les princes ecclésiastiques et laïques pour donner un nouveau chef suprême à l'État. Il y eut des lettres, des messages , des conférences ; peut-être même y eut-il des assemblées des princes et des seigneurs de chaque peuple (2). 1 /impératrice Kunigunde, continuellement appuyée des conseils de ses deux frères, Thiedrieh et Heinrich, dirigeait ces communications. Bientôt on fut d'accord sur le temps et le lien où une diète serait tenue. Dans les huit semaines après la mnrt de Heinrich , cette diète s'ouvrit à Kamba sur le Rhin , sur la limite des diocèses de Mayenec et de Worms, vis a-vis d'Oppenheim. Les princes et les seigneurs de toutes les nations lentsches, entourés de leurs vassaux > garde intrépide; non moins comme mesure de sûreté respective que comme marque d'honneur , campèrent sur les deux rives du fleuve royal : ceux de la Saxe et des pays slaves adjacents , ainsi que ceux de la Franeonie , de la Bavière et de la Souabe, sur la rive droite du fleuve ; ceux de la haute et de la basse Lotharingie sur la rive gauche. Ix*s princes délibérèrent à kamba.
On raconte , mais avec plus de jactance que de vérité, que l'on balança entre la crainte et l'espérance ; que l'on s'attacha à pénétrer ses projets respectifs; que l'on discuta, en tenant compte de la vieillesse et de la jeunesse, de la bravoure et des mœurs , le mérite des candidats au trône; que beaucoup furent proposés, mais la plupart repoussés, jusqu'à ce qu'enfin deux hommes résistèrent également aux épreuves les plus sévères. Mais probablement la vérité de l'histoire est que tout était convenu entre les princes ecclésiastiques ; que toutefois , conformément a ces conventions , les opinions se montrèrent divisées entre deux hommes afin de garder, à cause des princes laïques, les apparences de la liberté d'élection : en effet , Aribo , archevêque de Mayence , proposa l'un des prétendants, et Piligrin, archevêque de Cologne, proposa l'autre.
Ces hommes se nommaient tous deux Kunrad. On les distinguait, d'après leur ctge, par les snrnoms û'Jncien et de Jeune. Us étaient cousins, fils de deux frères, petits-fils d'Otto, duc de Carinlhie, dont nous avons parlé a plusieurs reprises , nrrière-petits-fils de ce célèbre Kunrad , due de l,otharingie, le héros du Lechfeld , qui avait épousé Luidgarde, fille d'Otto leCrand.
Kunrad le Jennc avait pour père Kunrad , duc de Carinthic ; Kunrad l'Ancien était fils du comte Heinrich ou Hezel. La vie du premier, que l'on appelle communément duc de Franeonie, plutôt h cause de son origine et de ses possessions qu'à cause d'une véritable dignité d'empire, est très-peu connue avant la diète do Kamba; la vie de l'autre ne l'est pas beaucoup
i plus, kunrad l'Ancien n'avait point de dignité d'empire , vraisemblablement parce qu'il avait encouru la disgrâce de l'empereur Heinrich H; mais il avait dédaigné d'entrer comme vassal au service d'un autre prince. Aussi n'était-il ni puissant ni riche. Il parait avoir eu pour toute possession les domaines qui lui étaient échus par héritage. Il avait assurément donné des preuves de bravoure ; mais elles n'étaient ni extraordinaires ni bien glorieuses. Il ne s'était montré que dans les querelles des princes Tcutsehs entre eux : c'est ainsi que, dans ce combat sanglant contre le duc Godefrid dont il a été fait mention , il avait secouru le frère de sa mère Adelheid, le comte Gerhard, duquel on a dit qu'il fut constamment en querelle avec les rois et les ducs ; et il était sorti blessé de cette bataille. Le Teutschland avait sans aucun doute des milliers d'hommes qui pouvaient se vanter d'exploits pareils ou analogues. Peutêtre , en épousant contre les lois de l'Église Giscla, veuve d'Ernest Ier, ducid'AlIcmaonic (3), avait-il montré un jugement plus net que la plupart de ses contemporains ; mais on peut croire que cette union ne le recommanda pas aux yeux de ses contemporains, et encore moins à ceux du clergé, qui pourtant le favorisa (4).
I Dans le fait , il parait qu'il s'attira tout d'abord la colère de l'empereur Heinrich II ; et bien que Tonne put nier que Gisela, comme épouse de Kunrad , ne montrât une àme forte , un esprit énergique et beaucoup des vertus de son sexe , et que Kunrad ne lui restât attaché avec fidélité et déVoûment , un blâme général frappa longtemps l'homme qui avait bravé les mreurs de son peuple. Du reste , Kunrad ne brillait nullement par ses connaissances et par sa culture. 11 avait passé sa vie dans les armes et était resté étranger à toute science (5). Sans doute son esprit , sa pénétration , sa finesse et la netteté de son coup d'oeil n'étaient pas moins vantés que son noble caractère, sa bienveillance et son activité ; el certainement on no les vantait pas a tort, ces dons et ces vertus;
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mais avant la diète do Kamha l'on on cherche inutilement dos prou vos dans l'histoire. Dans les portraits bienveillants que Ton fait de lui , on a évidemment eonfondu les terni»; 0,1 ccr* tains points de justes doutes s'élèvent sur leur vérité, non -seulement à eausc des couleurs chargées dont on s'est servi, mais aussi à cause de l'honuuc qui les a tracés : car cet homme est Wippo , un oeclésiaslique qui a vécu à la cour du roi Kunrad et de son fils lleinrich III.
Avec les indices que nous avons sous les yeux, ils est donc diflieilc d'expliquer en quoi Kunrad l'Ancien attira réellement l'attention sur lui ,
on particulier ce qui décida des hommes vénérables comme Aril>o , rrel c\èquc <'c Ma>cnce , et les évoques Ebcrhard de Baml erg et lleiuo de Constance, à mettre tout en oruvre p mr l'élever à l'empire. Il faut qu'il y ait eu des motifs qui nous sont inconnus. Vraisemblablement ces motifs se trouvaient dans les relations de l'archevêque de Cologne et d'attirés évoques de I>othariugic avec les princes laïques de ce pays, et de ces princes entre eux. I,a mère do Kunrad le Jeune, Dlathildc, avait épousé en secondes noces Friedrich, duc de la haute ïxrthaiïngic , fds de Thexlerich. Ce Kunrad, lorsqu'il rechercha la couronne, fut particulièrement favorisé par le duc Friedrich, son beau-père; et Piligrin , archevêque do Cologne, et les autres évoques de Ix>tharingic se virent sans aucun doute forcés , par leur position à l'égard de ce duc, de favoriser, du inoins en apparence , les prétentions de Kunrad , «Fautant plus que Cozclo, duc de la basse liOtharingic , frère et successeur de Godcfrid, prit aussi parti pour Kunrad le Jeune par haiue pour Kunrad l'Ancien.
Que les évoques du Teutsehland propre, l'archevêque Aribo à leur tète, rejetassent Kunrad le Jeune comme trop dangereux par sa propre puissance et par ses alliances , cela se conçoit ; mais ce que l'on comprendra toujours moins, c'est le motif qui les porta à lui opposer précisément Kunrad l'Ancien, que sa participation aux querelles perturbatrices de son oncle avait fait haïr on Lotharingie. Ou bien espéraient-ils peut-être que Kunrad le Jeune serait moins blessé d élie mis de coté, si son cousin et ami , Kunrad l'Vncien, obtenait la couronne? et comptaient-ils sur cette circonstance favorable que Mathildc, mère de Kunrad le Jeune, était sn ur do Cisela, femme do Kunrad lNncicn ?
I TLF. ALLEMAND.
j Cette espérance du moins ne les aurait pas trompés. Coite grande affaire fut menée a bonne fui , grâce à la parenté dos deux concurrents au trône et à la prudente conduite de Kunrad l'Ancien. Celui-ci en effet , lorsque tout était encore incertain, et que l'on hésitait encore n décider qui serait roi des Teutschs, s'approcha de son cousin , et lui adressa des paroles sensées
! avec une apparente cordialité : « C'était un grand moment , comme il ne s'en présenterait plus ; il était donc nécessaire de ne pas le laisser passer sans en profiter : ec n'était pas à l'un d'eux seulement que la diguité suprême était destinée; car ni l'un ni l'autre ne pouvait se vanter de semées qui le rendissent plus digne que l'autre de cet honneur : c'était en faveur do leur maison commune , c'était en faveur de leur race commune que Dieu avait décidé les vœux , l'inclination , les suffrages dos peuples teutschs. Tous deux, par leur concorde, pouvaient assurer pour toujours à celte maison , à cette race , de la grandeur et de l'éclat ; et en tout cas tons doux auraient eux-mêmes leur
| part de cette grandeur et de cet éclat. Par leur
| désunion, an contraire, par leur discorde, par leur inimitié , ils dégraderaient leur maison et attireraient sur eux-mêmes la honte d'une misérable envie et d'une mesquine jalousie. Il fallait éviter une telle folie. I n seul pouvait devenir roi , et non tous deux. Aussi , ajouta-til , ma résolution est prise». Si je vois que le peuple te demande pour roi et seigneur, je te reconnaîtrai avec d'autant plus de plaisir avant tous les autres, que j'espère que tu me seras favorable avant tous les autres. Si au contraire Dieu devait laisser tomber son regard sur moi , j'attends la même chose de toi, mou ami et mon plus cher parent. »
Ce discours , où du reste se laisse à peine entrevoir une idée d'empire, de nation et de patrie , plut au duc Kunrad le Jeune , soit qu'il sentit la vérité de ces paroles , soit que , comptant trop sur sa puissance et sur ses amis, il se crût assuré du succès. Il ne refusa nullement la promesse qui lui était demandée , mais il la donna amicalement. Aussitôt Kunrad l'Ancien donna à ses amis, qui l'observaient, le signal convenu : il se baissa et donna un baiser à son rival.
A l'instant, Aribo , archevêque de Mayence, éleva la voix ; il se prononça résolument et avec éloge pour Kunrad l'Ancien , et l'élut pour son
seigneur et roi , pour régulateur et défenseur delà patrie. La plupart des arches t%ques et des ecclésiastiques sni\ irent son exemple, kunrad le Jeune , lié par sa parole et par l'honneur, le suivit également, ainsi que les princes , et la multitude assemblée, Taisant entendre des cris de joie et des voeu * de bonheur, approuva l'élection de kunrad l'Ancien comme celle d'un 't homme digne. L'impératrice kunigundc ap- ; porta les insignes de la dignité royale, qui | étaient encore entre ses mains , et ne dissimula j pas la satisfaction que lui causait cette heureuse i Issue. I-es princes , il est vrai , n'avaient pas été unanimes ; bien plus, Piligrin , archevêque de Cologne, et Friedrich , duc de Lotharingie , et leurs amis , quittèrent avec un ressentiment véritable ou simulé l'assemblée , par laquelle ils avaient été ou prétendaient avoir été ruinés dans leurs projets , trompés dans leurs espérances. Ils se repentirent pourtant bientôt, à ce qu'il parait, de leur démarche précipitée; du moins ils revinrent à l'assemblée , recou- ; mirent kunrad l'Ancien comme leur roi et leur seigneur ; et les ecclésiastiques , pour faire oublier leur opposition , se montrèrent désormais plus prévenants qu'ils ne l'avaient osé paraître jusque alors. L'archevêque Piligrin pria le nouveau roi de lui accorder la faveur de sacrer la reine Gisela dans l'église de Cologne.
Le quatrième jour après l'ouverture de l'assemblée, le 8 septembre de cette année 1024 , le nouveau roi , accompagné des princes de l'empire et de tout le peuple , avec des cris de joie et au milieu d'hymnes d'actions de grâces , se rendit a Mayencc. Kt déjà avant ce voyage kunrad donna les preuves les moins équivoques qu'il avait une haute opinion de la nouvelle dignité dont on l'avait revêtu ; qu'il avait formé la résolution de remplir fidèlement et avec conscience les devoirs de sa charge royale , et qu'il regardait comme le premier devoir du roi d'être bon , doux et juste. Pourtant l'archevêque Aribo lui rappela dans le sanctuaire, et par un discours sévère , Dieu , la source première de toute puissance, de tout honneur et de toute dignité; il lui mit sous les yeux les péchés attachés à l'abus du pouvoir par l'orgueil , l'envie, la volupté, l'avarice , la colère, la dureté, la cruauté; et, au nom de toute l'Eglise, il supplia Dieu que la dignité qui avait été remise sans tache au roi kunrad fût maintenue intacte par lui. « Tu es arrivé , dit-il ,
seigneur roi , à la plus haute dignité ; tu es le vicaire du Christ. Celui-là seul c-A un véritable souverain , qui imite l'exemple du Christ. C'est un grand bonheur de régner sur la terre; mais c'est un plus grand bonheur de gagner le ciel. Dieu demande de grandes choses de toi ; mais la plus grande , c'est que tu assures la paix à (a patrie , qui tourne constamment ses regards vers toi; que dans la patrie tu respectes le droit et assures la justice ; que tu sois le défenseur des églises et le protecteur des veines et des orphelins. Ensuite ton tronc sera solide à jamais. » Enfin le vénérable prélat somma le roi de déposer tout ressentiment qui pouvait rester dans son nmc , et de pardonner et d'oublier toutes les offenses qu'il avait pu recevoir. Et pendant qu'avec piété et enthousiasme il parlait ainsi devant la multitude assemblée, il versait l'huile sainte sur la tête de kunrad l'Ancien et le sacrait roi des Yeutschs.
kunrad, profondément touché des paroles de l'archevêque , et ému jusqu'aux entrailles de ces majestueuses cérémonies , ne put retenir ses larmes. Il promit volontiers et volontairement ce qu'on lui demandait, et certainement son cœur était plein de grandes et nobles résolutions. Et de nouvelles espérances se répandirent parmi les peuples teutschs , et dans ces espérances, le nouveau roi fut partout reconnu. Tons les évéques de l'empire , tous les ducs et tous les princes , los vassaux les plus éminents et les vassaux du dernier rang, tous les hommes libres de quelque importance eux-mêmes , lui prêtèrent successivement le serment de fidélité (6).
Voilà comment kunrad II arriva au tronc des Teutschs. Un siècles suivante l'ont surnommé le Salique , et sa maison la maison Salique , plus par une savante erreur qu'avec vérité. Tout ce qui est certain, c'est que kunrad était un Franconien ; que par lui la couroune passa encore une fois d'hommes de race saxonne à des hommes de race francique ; et que , comme la maison fondée par Heinrich 1" est communément appelée maison de Saxe ,de même la maison royale qui monta sur le trône avec kunrad est à bon droit distinguée par le nom de maison de Franconie.
KINRAD It RECONNU D VNS TOI T lV.MPIRE.
— EMBARRAS DIVERS DU ROI. — RELA- TIONS AVEC l'|TALIR. — QUERELLES AVEC LA BOURGOGNE.
De l'an 1024 à l'an 102G.
Aussitôt que la fête occasionné par l'élection et le sacre du nouveau roi eut été terminée, Kunrad organisa sa cour d'une manière convenable : les évêques d'Augsbours; et de Strasbourg l'assistèrent de leurs conseils ; quant a sa femme , elle lit aussitôt , comme reine , paraître dans cette occasion son intelligence et «ne grande connaissance des hommes Mï.
Puis le roi voulut parcourir ses États. Il y fut sans doute décidé par des raisons diverses et importantes. Il voulait apprendre à connaître les pays et les habitants; il voulait particulièrement visiter les palais des rois et les terres qui en dépendaient, et qui avaient pour lui une valeur d'autant plus grande que l'exiguïté de
Puis Kunrad se dirigea vers Aix-la-Chapelle avec son cortège royal. I-es deux ducs do Lotharingie étaient dans des dispositions hostiles : l'un, Gozclo, nourrissait dans son co>ur le vieux ressentiment qu'il avait hérité de son père ; l'antre, Friedrich , était irrité du mauvais succès de ses desseins au sujet de son l>eaufils Kunrad le Jeune. Le roi tint d'autant plus à se montrer aux Lotharingicns sur le trône de Karl le Grand, que l'on regardait comme le trône dominant de tout l'empire [2 , et d'y paraître comme digne successeur de ce puissant empereur. Il s'y assit , il s'y montra à une grande assemblée, et déploya, dans ses règlements et ses dérisions, unè telle sagesse, qu'il sembla satisfaire le droit divin et le droit humain , les seigneurs ecclésiastiques et les seigneurs laïques. lJar là il gagna beaucoup de cunirs; et il en gagna plus encore en se montrant à tous bienveillant et doux , raison-
sa fortune personnelle lui rendait leurs revenus nable et intelligent, et surtout en accordant plus nécessaires. Mais il voulait aussi se conei- à chacun, autant qu'il le pnt , l'objet de ses délier les peuples teutschs et briguer leur amour; , mande$. Il lit aux ecclésiastiques des conces-
il voulait se l'aire reconnaître et rendre hommage par ceux qui n'avaient assisté ni à son
sions de toute nature , et il disposa particulièrement en sa faveur les vassaux laïques, en
élection à kamba ni à son sacre à Mavence; reconnaissant l'hérédité des fiefs, de ces fiefs du il voulait enfin se montrer en roi aux hommes moins qui n'étaient pas nouvellement conférés, de tout rang , et , par le profond sentiment de mais se trouvaient déjà en la possession des
son mérite et de ses vertus , les amener tous à la conviction qu'un homme habile était monté sur le trône de la nation teutsche. Et il gagna beaucoup ; il eût tout gagné , si le manque d'une fortune royale ne l'avait pas mis souvent dans rembarras : car le co ur de son peuple ne fait jamais faute à un roi chez lequel on ne peut méconnaître la réunion du talent , de la bonté et de la force.
Le roi descendit d'abord le Rhin. Il tenait à faire sacrer sa femme, cérémonie que l'archevêque Piligrin lui avait promis d'accomplir. Il
vassaux. Toutefois il ne gagna pas les ducs C.ozclo et Friedrich.
Après les Lotharingicns, c'étaient les Saxons qui inquiétaient le plus le nouveau roi. Les Saxons étaient le peuple le plus jeune dans l'empire et dans l'Église. De tonte antiquité leur position avait été hostile à celle des Franks: au tempsdeKarl le Grand, ce nom leur était deveun odieux jusqu'à l'exécration. Depuis cette époque deux siècles s'étaient écoulés. Le temps avait guéri bien des blessures et fait oublier bien des atrocités. Quoique chez eux la croix eût été éle-
s'élcva, il est vrai, des oppositions à cet acte vée parle fer et le feu , clic avait, par ses dousacré, à cause du mariage illégal de Gisela ; cl ces doctrines et par la révélation d'une éternité cette opposition , qui occasionna un retard de qui compenserait tout, consolé de beaucoup
de douleurs et de misères. Depuis cent ans , le génie des Saxons s'était élevé avec puissance, parce que la couronne de l'empire était v enue des Franks à eux , et , dans le sentiment de la gloire acquise par lleinrich 1", et de l'éclat répandu par Otto le Grand, les idées de nière tache qui , dans les idées du temps, dé- | haine et de vengeance s'étaient évanouies, parait la vie antérieure de Kunrad et de Gi- j d'autant plus que les Franks s'étaient déclarés scia. avec empressement pour les premiers rois Sa-
; , ne causa pas un médiocre chagrin nu couple royal. Toutefois la sage modération de Piligrin et l'intervention de quelques princes laïques éloignèrent tout obstacle : la reine fut sacrée dans l'église de Cologne par l'archevêque, et celte cérémonie effaça la der-
xons. Mais maintenant que la couronne était échue de nouveau h un Frank ou Franconien , ce changement ne devait-il pas ranimer l'ancien ressentiment des Saxons, et blesser leur orgueil de cent années? Le nouveau roi crut devoir prévenir tout conflit, et s'entendre avec ce peuple énergique. Il se rendit en Saxe, et invita les princes et les seigneurs du pavs a passer avec lui les fêtes de Noël à Miudon. Ils s'y montrèrent. Ceux qui avaient été présents à Kamha ctù Mayence ne vinrent pas assurément sans bienveillance, parce qu'ils avaient déjà apprécié l'homme qui avait été salué roi ; les autres vinrent en partie par curiosité, en partie sans doute pour ne pas amener une division inopportune. Kunrad les gagna tous. Ceux qui ne l'avaient pas encore reconnu pour leur roi et seigneur lui prêtèrent le serment de fidélité , et une fête réunit Franks et Saxons. Mais Kunrad , en Saxe comme en Lotharingie , dut faire des concessions aux passions des vassaux et des seigneurs. Kn effet , les v assaux et les seigneurs de Saxe semblent avoir craint qu'un nouveau roi, pris dans le peuple des Franks, ne fût disposé à adoucir enfin et à rendre plus supportables les lois cruelles que les Franks avaient introduites en Saxe pour y étouffer l'antique esprit de liberté et les usages païens, et y fonder en même temps le système vassalitique, l'organisât ion seigneuriale et l'église chrétienne. Mais ils tenaient plus à leurs possessions , a leur domination , à leur puissance, qu'à la douceur et h l'humanité. Kndurcispar leurs préjugés, ils demandèrent donc que le roi Kunrad confirmât ces lois cruelles. Il le fit sans doute par nécessité et non par inclination.
Malgré l'hiver, le roi continua son voyage h travers la Saxe. Il visita particulièrement les sièges épiscopaux et sans doute au -si les abbayes, en partie parce qu'il était certain d'y être mieuxreçu que partout ailleurs, en partie sans doute aussi parce qu'il ne pouvait entretenir sa suite que parles prestations (pie les domaines ecclésiastiques devaient au roi. Fn même temps il lit percevoir le tribut des peuples slaves soumis, et vraisemblablement avec une sévérité d'autant plus grande que les besoins de la royauté le pressaient davantage. Au printemps de l'an 1025 , le roi se rendit dans le Teulschland méridional, en Ilavicre et en Allemannie, pour y achever ce qu'il semblait avoir commencé avec
| tant de bonheur dans le Nord. Il réussit à affermir également dans ces pays son autorité royale, J quoique dés lors , le jour de Pâques , a Augsbourg, son cousin , Kunrad le Jeune , fit brutalement éclater son brûlant ressentiment (3). Il crut donc pouvoir désormais jeter les yeux sur les relations où l'empire teutsch se trouvait a l'égard des pays étrangers , et dont maintenant aucun roi ne pouvait tenir peu de compte. L'Italie et la Bourgogne eurent ses premières i pensées , et non sans raison.
Kn Italie l'ancienne discorde continuait à régner, et la vieille haine contre les Teutsehs animait , comme toujours , les esprits. Cette fois la nouvelle de la mort de lleinrich II avait d'aborti aceasionné une nouvelle révolte a Pavie. Les habitants de cette ville n'avaient pas , oublié les atrocités que v ingt ans auparavant | les guerriers teutsehs de êc roi avaient commises ; sur eux. Sans doute , dans leur terreur et leur . danger, ils avaient , pour résister h une arro- | gauce intolérable, livré aux flammes le palais du roi ; mais leurs biens et leurs propriétés étaient aussi devenus la proie de l'incendie , et l'épée avait été employée contre eux avec une rage barbare, et tout crime avait été commis ; sur leurs personnes. Ils avaient été forcés de se construire eux-mêmes de nouvelles maisons sur les cendres de leurs demeures et sur les cadavres de leurs parents , pour trouver un abri pour leur vie et pour le produit de leur travail, ' et les auteurs de leur malheur, retournés dans j leur patrie avec le produit de leurs pillages, ne s'étaient pas inquiétés d'eux. D'autre part , neuf ans après l'incendie, et en expiation de ce qu'ils avaient fait, ils avaient été forcés de reconstruire au milieu de la ville le palais du roi plus beau qu'il n'était auparavant, et l'on ne peut croire que les charges aient été réparties équitablement entre les coupables et les innocents. Depuis ce temps, ce palais s'élevait a leurs yeux comme un monument qui leur rappelait constamment la honte qu'ils avaient soufferte et leur servitude. Mais autour de ce monument s'étaient solidement unis le ressentiment et la haine; deux passions qui plus d'une fois ont donné naissance j a un esprit plus libre et à des pensées plus i élevées. En général il s'était élevé, depuis deux générations, dans les villes d'Italie, un esprit j de bourgeoisie qui commençait a, faire des efforts | pour se délivrer de l'oppression féodale. Les expéditions des rois teutsehs en Italie, les que-
HISTOIRE W PEl PLE ALLEMAND.
relies des vassaux entre eux , les discussions puissance brutale de l'épéc pour oser faire
l'essai do leurs forces réunies : les vassaux et dignitaires, ducs, marquis, comtes, n'avaient que le courage de l'arrogance envers leurs inférieurs, et tout au plus entre eux, pour se contester réciproquement des droits et des possessions; mais ils n'avaient pas le courage résolu et actif du dévooment et des efforts pour la d'autres familles; tout cela avait développé la I chose commune ; aux rois des Teutschs ils ne
continuelles entre les é\èqucs et les vassaux laïques, les vicissitudes diverses des choses, la tentative soin eut répétée de donner à l'Italie un roi qui lui fût propre , la différence de langage et de manière de vivre, la perte de beaucoup d'hommes puissants et même de familles entières , et l'élévation d'autres hommes et
perception des hommes, éveillé leur intelligence , tiré de leur long sommeil et rappelé au sentiment d'eux-mêmes les habitants des villes , que l'on appelait au moment du danger et que l'on maltraitait dans la prospérité, Pavic, qui avait souffert les traitements les plus atroces, sentait plus vivement aussi. Uns donc que retentit la nouvelle que l'empereur Mcinrieh 11 était mort , les habitants de cette ville se soulevèrent , et détruisirent de fond en comble le nouveau palais des rois-, de sorte qu'il n'y resta pas pierre sur pierre : cor ils voulaient ôter ;i tout roi à venir l'envie de reconstruire le palais dans l'intérieur de la ville.
montrèrent que la rébellion de l'envie; ils ne se retournèrent contre eux que comme des vers écrases du pied. (le n'était que par l'intrigue et la perfidie qu'ils cherchaient à se maintenir et à s'agrandir, et à remettre entre des mains étrangères la lutte qu'ils désiraient exciter. Ils négociaient et délibéraient entre eux, mais le résultat était une nouvelle division.
Lue partie des princes d'Italie résolut de se jeter entre les bras du roi de France pour échapper à la domination des rois teutschs. Ils s'adressèrent à ce roi, à Robert, et lui offrirent la couronne d'Italie, s'il voulait la défendre contre lu roi des Teutschs comme contre un ennemi; et dans le cas où ce roi hésiterait ù accepter
Mais cet acte de destruction ne fut que le : pour lui-même celte couronne, ils l'offrirent à sauvage éclat d'une colère longtemps contenue, I son fils Hugues , jeune homme qui du reste sem-
snns plein arrêté, saus calcul des conséquences, blait mériter beaucoup de confiance
Il ne manquait pas d'hommes en Italie qui ap- \ Les Teutschs aussi avaient un parti en Italie,
prouvassent l'aftion de ceux de Pavie et qui Composé d'hommes qui étaient devenus grands
s'en réjouissent, mais il manquait, dans ce sous la domination tcutschc ou qui espéraient
malheureux pays, d'union et de coucorde. le devenir par elle , ce parti entra désormais en
Beaucoup étaient d'accord sur ce point, qu'il ' scène avec d'autant plus d'audace, qu'il était
fallait se soustraire à la domination violente des Teutschs et , puisque la maison royale du
plus difficile de nier qu'en face du parti français il semblait être dans son droit. D'ailleurs
Teutschland était éteinte , profiter de ce mo- . il ne pouvait temporiser , s'il consultait ses in-
ment pour briser les liens qui attachaient l'Ita- | térêts : car ?cs adversaires étaient de beaucoup
lie au Teutschland; les princes mêmes qui supérieurs en nombre, et leur victoire devenait
n'avaient pas été contraires à la domination d'autant plus probable que la chose traînerait
teutsche sentaient trop d'humiliation à se voir davantage en longueur. De plus, la récom-
forcés de reconnaître un roi étranger, élu par , pense d'une fidélité et d'une affection éprouvées
un autre peuple, sans qu'on le leur lit mé.ne | devait être plus graude, si l'on ne s'exposait
savoir. Mais les longs malheurs qui avaient point, par des relards, au soupçon de trahison,
pesé sur l'Italie avaient tellement abaissé ou j Parmi les partisans des Teutschs, Iléribcrt,
troublé les rimes, que personne n'avait plus confiance en sou propre pays ou en son propre peuple. Personne ne croyait que l'Italie put se passer des étrangers et trouver parmi ses propres fils un homme capable de réunir le pays et de rassembler tous les Italiens autour d'un trône national. Les \illes n'étaient pas encore assez fortes pour entreprendre quelque chose d'efficace; elles craignaient encore trop la
archevêque de Milan , s'élevait de beaucoup au dessus de tous les autres, non-seulement par la grande autorité qu'avait acquise son siège archiépiscopal, mais aussi par sa puissance, et parles qualités du prince, qui ne le distinguaient pas moins que les vertus du prêtre. Cet homme, lorsqu'il vit les efforts que l'on opposait aux siens en Italie , résolut d'aller tout droit dans le Teutschland, pour se mettre en
rapport avec le roi Umirail , et le décider à \ faire une expédition au delà des Alpes, afin de . mettre un lermeà In discorde. l/inllueiiccdcson ; exemple se Ht sentir au loin. Beaucoup d'éxè- (|iies et de seigneurs laïques s'attachèrent à lui ou l'imitèrent. Les malheureux habitants de Pavie furent frappés de terreur lorsqu'ils xi- \ rent la tournure que prenaient les choses. On ne pouvait plus douter de la prochaine apparition d'une armée teiitschc en Italie ; ils redoutèrent la vengeance des Teutschs , dont ils avaient si cruellement ressenti la dureté; et, dans leur terreur, ils résolurent d'envoyer également des députés au roi kunrad pour apaiser ou tout au moins calmer sa colère par leurs présents , leur repentir et leur soumission. En tout cas, on pouvait gagner beaucoup, et certainement ne perdre que peu de chose à une députation.
Le roi reçut à Constante , le jour de la Pentecôte de cette année , l'archevêque de Milan , Ueribcrt, et ceux qui l'accompagnaient. L'archevéque se déclara, ainsi que les autres, vassal du roi, prêta le serment de fidélité, et donna des otages en garantie de cette promesse que , si le roi arrivait avec une armée j»our soumettre l ltalic, il le recevrait, il le reconnaîtrait pour roi et le couronnerait aussitôt, kunrad, assuré ainsi d'entrer sans obstacle en Italie, promit sans doute de faire bientôt une expédition au delà des Alpes; ce qui est certain, c'est qu'il congédia delà manière la plus gracieuse et la plus amicale, après leur avoir lait de riches présents, l'archevêque et ceux qui l'accompagnaient.
l/s députés de Pax ie lurent reçus et congédiés bien différemment, kunrad était un homme noble, juste et bon, non sous le rapport de l'humanité pure , mais seulement autant que pouvait l'être un homme d'armes, un vassal et un guerrier de cette époque. Parmi des hommes qui, accoutumés dès l'enfance au spectacle du commandement cl de l'obéissance absolue , se trouvaient dépositaires de la puissance, le caractère le plus noble lui-même est soumis, comme le prouve l'histoire de tous les siècles , à un malheureux désordre : ce n'est qu'eux -ers les égaux qu'il se manifeste sous la forme de la justice et de l'équité ; envers les inférieurs au contraire, il ne prend d'autre forme que celle de la faveur et de la condescendant e. Aussi permet-il non l'action, mais la passixité; non la demande, mais la prière; non l'essor, mais
la soumission ; et il dcxienl dur jusqu'à la rigueur, jusqu'à la cruauté, s'il se manifeste quelque force de vérité chez ceux qui ne doixent qu'obéir. Il est donc incertain de quel œil kunrad vit la destruction du palais des rois à Pavie; mais ce qui n'est pas douteux, c'est qu'il apostropha rudement les députas de cette ville , soit qu'il regardât réellement comme un crime le fait d'une passion qui n'était pas commune , soit qu'il crût ne pas devoir laisser impuni un événement qui paraissait dangereux au moins dans ses causes. Les députés cherchèrent à défendre leur ville. « Et qui donc, dirent-ils, axons -nous offensé? Nous axons été fidèles et dévoués jusqu'à la mort à notre empereur : on ne peut donc nous accuser d'avoir détruit la demeure du roi , puisque nous n'avious pas de roi. - kunrad répondit : « 11 peut être Mai que vous n'ayez pas détruit la demeure du roi parce que vous n'aviez pas de roi. Le roi était mort ; mais l'empire était resté , comme le vaisseau reste lorsque le pilote tombe. C'était un édifice publie et non votre propriété. Celui qui attaque le bien d'autrui tombe sous le droit du roi : vous ax ez attaqué le bien d'autrui , donc vous êtes toml)és sous le droit du roi. » Ce fut avec ces paroles sévères que kunrad congédia les députés, et ils firent de vains efforts pour obtenir une autre réponse.
Mais le roi était hors d'état de les suivre en Italie aussi vite que les députés de Pavie pouvaient le craindre, et que Héribert, archevêque de Milan, l'axait sans doute espéré. Les relations de l'empire se montraient si compliquées, qu'il ne pouvait encore en quitter les frontières. Il était venu à Constance pour entre- ' prendre une expédition en Bourgogne, et il crut devoir continuer avant tout celte expédition.
Nous avons raconté les négociations suix ies à plusieurs reprises par l'empereur Hcinrich II avec le roi Hudolf III au sujet de la couronne de Bourgogne ; nous ax ons dit comment , en partie par la force ouverte, mais plus encore par les artifices de l'habileté sacerdotale, le roi Hudolf et les vassaux du pays furent amenés à reconnaître l'empereur Hcinrich II pour successeur, dans le royaume uni de Bourgogne, de Hudolf III, qui n'axait pas d'enfants. Or l'empereur lleinrich , nexeu de Rudolf, et fils aîné de Cisela, s<i'iir aînée de ce roi, était mort , et le roi Rudolf lui-même était encore assis dans
l'inaction , selon son habitude, sur son trône sans éclat, ileiurich n'avait pas laissé d'enfants, et sur le tronc des Tcutschs avait été élevé un homme d'une autre race et d'une autre famille. Il était dune naturel que , daus l'obscurité des relations, la question s'élevât maintenant de savoir si Rudolf, avec l'assentimeut des vassaux du pays, avait promis de laisser la couronne,
du sang, Odo, comte de Champagne , et le jeune duc de Souabe , beau-ûls de kunrad, restassent indifférents; il était impossible qu'ils renonçassent au droit de succession que le roi et les vassaux de Bourgogne leur reconnaissaient. Kunrad de son côté , pénétré de cette idée que si, nouvellement roi, il ne voulait pas voir son trône ébranlé dés le principe, il lui fal-
eu qualité d'oncle, à son neveu Hcinrich, qui lait agrandir et non restreindre l'empire, pen-
élait sou plus proche héritier , ou , en qualité de roi, au roi des Tcutschs? Dans le premier cas, le traité entre le roi Ueinrich et le roi Rudolf était incontestablement détruit par la mort de Ueinrich , et les droits de succession reconnus à celui-ci passaient d'abord au comte Odo de Champagne , puis au jeune duc Ernest II de Souabe, beau-fils de Kunrad , le nouveau roi des Tcutschs : car Odo était aussi neveu du roi Rudolf, comme fils de la seconde sœur de celuici, Bcrtha, femme d'Odo , comte de Blois. Ernest était petit-ueveu de Rudolf : en effet, la troisième sœur de celui-ci , Gerbcrga , ava>t épousé llcrmann, duc de Souabe, et lui avait donné une fille, (iisela, maintenant femme de kunrad et reine des Tcutschs , mais qui, mariée en premières noces à Ernest, duc de Souabe, lui avait donné uu fils, lequel, bien que mineur, avait été investi du duché de Souabe. Dans le second cas, Rudolf avait évidemment renoucé au droit de faire à son gré des changements au traité conclu avec Hcinrich H, et kunrad, de son côté, était autorisé à le forcer à le maintenir, et à contraindre les Bourguignons à l'exécuter après la mort de leur roi.
Rudolf prétendit qu'il n'av ait accordé, réservé
sait que dans les relations des peuples et tics rois les armes sont le moyen le plus prompt de régler les choses incertaines et équivoques, et que le temps transforme en possession légitime la |H)sscssion acquise par la violence: il ne s inquiéta pas de l'opposition du roi Rudolf et de ses v assaux, mais entreprit nne expédition eu Bourgogne. Il y appela sans doute les vassaux d'Allemannie. Il employa donc les forces d'un pays dont le duc devait perdre tout droit sur le même roy aume qu'il songeait a soumettre a 1 aide de ces forces. Ce fut là entre le roi Kunrad et son beaufils le duc Ernest de Souabe le commencement d'une mésintelligence qui, avec le temps, prit un développement si déplorable.
I.c roi se présenta devant Baie, et soumit sans grande difficulté cette ville , le boulevard du rovaume de Bourgogne sur cette frontière. Mais ce succès ne le rendait pas maître de tout le royaume. I n double embarras l'empêcha de terminer rapidement ce qu'il avait rapidement commencé : il manquait d'argent, et en même temps l'empire était menacé sur uu autre point d'un danger qu'il ne pouvait mépriser. Le manque d'argent le força à un
ou promis qu'en qualité d'oncle le rovaume de acte dont il se repentit bientôt, il est vrai, Bourgogne à son neveu Ueinrich ; et la marche ! et qu'il promit de ne jamais recommencer; des négociations pour cette affaire rend son as- mais qu'il recommença pourtant de temps à sertion très-vraisemblable. Il rejeta donc le : autre dans la suite , lorsqu'il se trouva dans traité; et les vassaux de Bourgogne, qui étaient 1 le même embarras : il eut recours à la simodevenus grands sous leurs rois particuliers, et nie. Le siège épiscopal de Bàle était vacant qui ne pouvaient calculer d'avance leurs rela- depuis trois mois. I n ecclésiastique de notions sous des rois étrangers, sous les rois des blc lignage, nommé Udalrich, offrit au roi Tcutschs, appuyèrent leur souverain, llsvou- i et a la reine une grande somme d'argent s'ils laient tout aussi peu que les vassaux d'Italie > lui accordaient cet évéché. Kunrad et sa femme
permettre qu'un roi étranger, élu par les princes et les vassaux du Teutschland, sans qu'à eux on eût demandé le inoindre avis ou montré la moindre déférence , prit possession de leur couronne comme d'un bien v ulgaire laissé sans maître. Il était impossible que les princes qui tenaient de plus près à Rudolf par les liens
prirent l'argent, et Udalrich devint évêque de BAIe. C'est ainsi que Kunrad put se mettre , pour quelque temps, en état de subvenir à ses plus pressants besoins : mais il ne gagna pas en considération aux yeux des Bourguignons. Le danger qui s'éleva en même temps sur un autre point de l'empire ne lui permit pas non
plus d'étouffer par le bruit des armes la voix de ceux qui blâmaient hautement une telle conduite pour soulever les esprits contre lui.
Ce danger venait de Bolislav , prince des Polonais, contre lequel lleiniïch II avait eu à soutenir des guerres si longues et si difficiles. Ce Bolislav , après avoir subjugué tous les pays slaves à l'est de l'Oder, peut-être aussi la Prusse, et planté partout la croix, en partie , pendant ses guerres avec l'empereur Heinrich, | eu partie après qu'elles eussent été terminées, avait été occupé, dans ces dernières années, par des luttes contre Jaroslaw, grand prince de | de Russie, et d'ordinaire, alors comme autrefois , il était resté vainqueur. Mais après la mort de Heinrich II et ( élévation de kunrad sur le tronc des Teutschs, il prit, dans le sentiment de sa puissance , une position telle à l'égard de l'empire , qu'évidemment il méditait le renouvellement de la guerre a\ec des projets plus vastes que précédem nient. Car il parait que non-seulement il se revêtit, comme par insulte, des iusignes de la dignité royale usités dans le Tcutschland, mais qu'il se déclara j soustrait entièrement à l'autorité du roi des Teutschs quant aux pays qu'il possédait sous la suzeraineté de l'empire teutsch sur les deux rives de l'Oder.
kunrad crut devoir réprimer aussitôt une toile insolence , pour éloigner de lui toute I bonté et de l'empire tout dommage, il prit donc les mesures nécessaires pour s'assurer la possession de la ville de Bàle et des frontières du royaume de Bourgogne , et accourut ensuite, vers l'automne de cette année , en descendant le ! Rhin, en Saxe, saus doute pour faire les pré- ! parntifs d'une guerre contre les Polonais. Mais cette guerre n'eut pas lieu ; car au milieu des armements sur lesquels Bolislav comptait pour exécuter ses ambitieux projets, ce prince fut j subitement arraché a la vie, et av ec lui s'écrou- I lèrent tous ses plans. Mjesko II, son lils et successeur, était au dessous de lui sous tous les rapports, en raisou, en force de volonté, eu qualités intellectuelles, comme en vertus. Il ne pouvait ni achever ni maintenir l'uni v re de son | père. En peu de temps l'autorité rojalc que Bolislav avait si éuergiquement acquise, si puissamment exercée , était perdue. Mjesko, brutal, débauché, vit se dissoudre le monde que son père av ait organisé. Les peuples opprimés se
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soulevèrent , et un frère du roi , nommé Otto , chercha à lui ôter le tronc, et excita contre lui , dans l'intérieur de l'empire, une lutte affreuse par ses cruautés.
Ces relations délivrèrent pour le moment le Teutschland de toute inquiétude du côté de la Pologne. Si, dans ces circonstances, le roi Kunrad avait pu réunir toutes les forces des peuples teutschs pour une expédition contre les Polonais, la honte que BolLskiv avait imprimée :i l'empire teutsch eût certainement été effacée et réparée , et les limites de cet empire auraient été reculées loin au delà de l'Oder. Mais les pensées de kunrad étaient aussi dirigées vers le sud : la Bourgogne occupait son esprit; l'Italie remplissait son âme; la couronne impériale agitait son cœur ; et de nouvelles complications s'étaient présentées qui menaçaient de devenir inextricables si elles n'étaient bientôt débrouillées.
Uobert , roi de France , dans la conscience de sa faiblesse , avait été assez sage pour refuser la couronne d'Italie , qui lui avait été offerte par les ennemis des Teutschs; mais il semblait disposé à permettre à son Cls Hugues de tenter la fortune : car les rusés env oyés d'Italie lui firent remarquer que kunrad, le roi des Teutschs, ne renoncerait certainement pasà l'Italie ; que dans ses efforts pour conserver ce pays, il pouvait s'engager une lutte difficile ; qu'alors le roi de France pourrait aisément , durant cette lutte, pénétrer en I«othariugic ; qu'il verrait aussitôt passer de son côté les ducs de ce pays, Gozclo et Friedrich, ennemis de kunrad ; qu'ensuite kunrad serait forcé de diviser ses forces pour soutenu cette double guerre contre l'Italie et contre la France et la Lotharingie ; qu'il pouvait tomber dans un danger plus grand encore, si les Polonais, selou leur habitude, faisaient irruption dans le Teutschland ; que les Bourguignons se lèveraient pour assurer leur indépendance menacée; qu'enfin l'on pouvait prévoir que kunrad le Jeune, qui uc pouvait se consoler d'avoir perdu la couronne tculsche, se mêlerait à toutes ces guerres, ainsi qu'Odo de Champagne , et le propre beau-fils du roi des Teutschs, le duc Ernest de Souabe, et qu'au milieu de toutes ces relations kunrad périrait ; que l'Italie deviendrait iudépcndantcduTcutschland, que la Bourgogue resterait indépeudaute, et que la Lotharingie, séparée du Teutschland, appartiendrait pour toujours à la France.
On ne peut le nier , cet enchaînement de
choses pouvait ébranler un esprit faible comme l'était celui du roi Robert. La perspective était séduisante, et le succès d'une entreprise hardie
semblait assuré. Mais avant que Hubert put prendre une résolution , on remarqua les manières bienveillantes par lesquelles le nom eau roi gagna tous les peoglea teutschs et rassemblait autour de son trône les hommes les plus habiles; on remarqua la rapidité avec laquelle il marcha contre la Bourgogne, et prou\a au monde qu'il n'était pas fait pour renoncer à quelque chose qui appartint à l'empire; on remarqua aussi que Héribcrt , archevêque de Milan , accourut à Constance et s'entendit et se lia avec le roi , tandis que les députés de Pa\ ie étaient sèchement renvoyés. Toutes ces choses effrayèrent Hubert, roi de Ernncc; il perdit confiance , et aima mieux ne pas se mêler des affaires d'Italie qui lui paraissaient trop embrouillées, qu'y précipiter son fils.
S'il avait été possible au roi Kunrad d'entreprendre aussitôt une expédition au delà des Alpes, le parti fiançais, doutant du succès de ses efforts, se serait \ raiscmblablcmcnt soumis de suite; mais comme il se vit forcé de renoncer même à son entreprise contre la Itourgogne pour défendre les frontières orientales de l'empire contre les Polonais, ce parti reprit courage et tacha d'atteindre son but par une autre voie. Ils offrirent le royaume d'Italie et la couronne impériale au (ils du riche (iuillaume, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine ; et (iuillaume, bien que \ ieu\ et peu enclin à la guerre, ne put rejeter une telle offre. Il accepta ces offres pour son fils, également nommé Guillaume, sous la condition que tous les marquis, évéques et seigneurs seraient unanimes dans le désir de !'a\oir pour chef. Les députés assurèrent que cette unanimité existait. Alors (iuillaume, par sesj richesses, noua une grande intrigue. Tout fut mis en moin émeut. Il offrit beaucoup d'argent au roi Hubert , et ii sa femme, qui avait beaucoup d'influence, pour entretenir les ducs de Lotharingie dans leur inimitié contre Kunrad, et menacer même de faire irruption dans ce pays. Il promit à l'adroit et cupide Léo , é\ èque de VerceiL de grandes récompenses, s'il voulait favoriser sa cause et celle de son (ils: Lcu devait particulièrement, à ce qu'il parait, chercher h détacher son archevêque, lléribert de Milan, de la cause des Teutschs. 11 avait pour beau-frère l'actif Odo,
comte de Champagne, qui avait assez d'intérêt à la réussite de sou plan , pour qu'il ne fut pas nécessaire de le stimuler. On agit d'autant plus aisément sur les ducs Ernest de Souabe cl Kuurad de Francouie, qu'ils étaient plus animes contre le roi Kunrad. Enfin on (nuivait compter avec eux fiance sur les Bourguignons. Et réellement il s(> |ji partout des armomenb pour I exécution de l'entreprise ainsi engagée 1
Mais ce projet échoua avant que l'on en vin! aux faits, par la réflexion de (iuillaume, par la perfidie des Italiens, par la fortune et la résolution de Kunrad.
l •• duc (iuillaume, vraisemblablement inquiété par des nouvelles d'Italie, crut nécessaire de sonder à fond le terrain sur lequel il songeait à élev cr son édifice. Il se rendit en per- | sonne en Italie. Mais il n'y trouva que discorde et désunion, factions et querelles, haine et inimitié, égoismc et cupidité, désirs sauvages qu'il dev ait satisfaire par la v iulence, sans antre but que de forcer l'un à quitter sa place pour que l'autre la put prendre. Cet état de choses lui inspira une telle répugnance, qu'il quitta l'Italie avec la ferme résolution de ne pas s'occuper de cette affaire, et il vit sans regret j s'évanouir l'éclat qui l'avait un moment ébloui.
Pendant ce temps le roi Kunrad était arrivé à la liberté de mouvemeut, grâce à la mort de Bolislav , roi de Pologne ; et il mit le temps a profit. Dans les derniers mois encore de cette année, il accourut en Lotharingie, et se trouva avec des troupes fidèles au milieu du pays, avant que les dues fussent informés de. son arrivée. Aussitôt le roi Hubert renonça à ses projets, d'autant plus aisément que Guillaume d Aquitaine n'était plus le même, cl que le vénérable Gérard, évèque de Cambrai, Intervint comme médiateur. l,es dues de Lotharingie furent effravés. Toutefois, révèqne. Gérard se plaça aussi entre eux et le roi. \ Noël, il conduisit les ducs* à Aix-la-Chnpelle. où Kunrad célébrait cette fête ; ils promirent d< nouveau d'être fidèles et dévoués au roi, et Kunrad fut assez sage pour accepter celte promesse avec une bienveillance telle, qu'ils ne doutèrent nullement de sa sincérité.
C'est ainsi que la trame ourdie autour du roi ne fut pas détruite, mais du moins il s'y fit une assez grande ouverture pour que Kunrnd put i loire n'avoir lien à craindre de ses ennemis dans le Teubchhmd.
IJV. XVII,
EXPÉDITION ET COMBATS DE KUNRAD II EN ITALIE. KUNRAD II, EMPEREUR ROMAIN.
De Tan 1026 à l'an 1027.
Si le roi Kunrad reportait ses regards sur les derniers dix-huit mois de sa vie, il lui était difficile de se défendre du plus grand étonnement. Avant cette époque il n'était rien , sans autorité et sans puissance, redouté peut-être comme audacieux guerrier dans un coin du Teutschland , à peine connu dans tout ce grand peuple, et non de la manière la plus glorieuse. Il n'y avait que quinze mois que, contre toute espérance, et sans qu'il l'eût mérité, on lui avait comme jeté l'empire, et il s'en était emparé comme d'un trésor qu'il aurait découvert. Depuis ce temps , bonheur sur bonheur , succès sur succès. L'homme se gâte aisément : la réussite en beaucoup de choses la fait croire en tout; les obstacles rendent le cœur impatient, et de l'impatience naît l'impétuosité contre toute résistance matérielle et une méprisante dureté contre toute force morale. Un homme tel que Kunrad , prompt dans la résolution*, rapide dans l'action, pouvait aisément, d'après ce qu'il avait atteint, être amené à croire que rien de ce qu'il aurait la volonté d'atteindre n'était hors de sa portée.
Lorsque le Tcutschland parut assuré contre les Polonais , et que la Lotharingie fut calmée et mise hors de danger, le roi résolut de faire le plus promptement possible une expédition en Italie. Le moment était favorable, et l'archevêque Héribert le pressait de ne pas le laisser échapper. I<e parti français n'était ni détmit ni gagné, mais il était en déroute , et n'avait pas de chef depuis que Guillaume d'Aquitaine l'avait abandonné. I.cs habitants de Pavie n'avaient pas encore achevé leurs préparatifs de défense, et l'esprit public, dans les villes qui avaient les yeux ûxés sur Pavie, n'avait pas encore de point d'appui. L'entreprise devait devenir d'autant plus difficile qu'on la relarderait davantage. Mais si elle réussissait elle devait , selon les apparences, décider du même coup le sort du royaume de Bourgogne. Dans le Tcutschland même il y avait sans doute encore beaucoup d'éléments hostiles; les ducs de Lotharingie n'avaient pas encore prouvé la fidélité qu'ils avaient promise; l'envie prenait d'autant plus
CUAP. III. 385
de force dans le coeur du duc Kunrad que son cousin et son- adversaire, le roi Kunrad, semblait s'élever plus haut ; et la jeune âme du duc Ernst de Souabe était dévorée d'un chagrin d'autant plus opiniâtre qu'il voyait sa mère attachée avec amour et abandon à l'homme qui cherchait à le dépouiller de ses droits légitimes. Mais Kunrad pouvait espérer qu'une grande partic de ces éléments hostiles trouverait un point d'écoulement en Italie , et qu'une autre partie s'éteindrait par d'heureux exploits dans la conquête du pays. A un tel homme il parut plus glorieux d'amener par une grande entreprise contre un peuple étranger les princes récalcitrants â la conviction que toute résistance serait vaine, que de faire petitement une malheureuse guerre civile, dans les limites de la patrie, contre des princes d'empire et des parents.
Dès le milieu du mois de février de l'an 1026, les princes de l'empire que Kunrad avait sommés de le suivre en Italie se rassemblèrent autour de lui à Augsbourg. Mais ce ne furent en majeure partie que des évéques des bords du Rhin, de la Lotharingie et de l'Allemannie qui se rangèrent autour de lui. On prétend que, de l'avis et même à la prière des princes de l'empire assemblés , le roi désigna pour son successeur son fils Hcinrich , âgé de huit ans ; il est plus certain qu'il remit l'éducation de cet enfant à Bruno, évêque d'Augsbourg, dont nous avons parlé à plusieurs reprises (t). Ernst, duc de Souabe, décidé sans douto par sa mère , s'était aussi trouvé â Augsbourg. Gisela intervint entre son mari et son fils pour opérer une réconciliation. Le roi y était peu disposé, ou feignait de l'être. Mais la noble femme , soutenue par le frère utérin du jeune duc , par le petit Heinrich , son fils et celui de Kunrad , et par quelques princes de l'empire , triompha de l'opiniâtreté du roi , et amena pour le moment une réconciliation. Le roi , contre le droit et l'usage , donna en fief au duc son beau-fils l'abbaye de Kcmptcn , et en retour Ernst promit de s'opposer partout aux ennemis de Kunrad. Aussitôt celui-ci se mit en marche pour l'Italie ; Ernst l'accompagna peu de temps jusqu'au delà des Alpes, et fut ensuite honorablement renvoyé pour la défense de la patrie.
Le roi en effet semble avoir craint de rencontrer des difficultés dans les Alpes, et c'était pour cette raison qu'il avait emmené le duc de Souabe. Comme cependant il ne trouva ras de
résistance, il pnratl avoir regardé comme inutile une plus longue présence du duc Ernst à son armée. Mais la snite ne répondit pas à l>tlonte de Knnrad. Il arri\a heureusement à Vérone; mais, soit qu'il fût poussé par la passion, soit qu'il craignit par-dessus tout l'esprit des villes, il continua sans s'arrêter sa marche vers Pavie. Vraisemblablement il espérait que les Paverons, dans la première terreur que leur causerait son «arrivée, se soumettraient sans conditions. Dans le fait, les habitants de Pavie étaient assez disposés à se soustraire à la colère du roi. Ils offrirent de construire un nouveau palais pour expier leur crime , mais hors des murs de la ville. Knnrad, au contraire, demanda qu'ils élevassent cet édifice à la place de l'ancien. Ils s'y refusèrent, et par là ils irritèrent de nouveau cl au dernier point le roi contre eux. Il échoua toutefois dans sa tentative d'enlever Pavie comme par assaut. Il parait même qu'il eut de notables désavantages sous les murs de cette grande ville; car le jour de Paqncs'il se trouvait à Verccil ; et sans doute il ne s'y serait pas retiré s'il avait été entièrement maître de ses mouvements. De Verceil il se rendit vraisemblablement à Milan, car on assure qu'il fut couronne roi d'Italie par l'archevêque Héribert , bien que l'on ne donne pas la date de ce fait et que Ton ne parle pas de solennités particulières, de sorte qu'il parait n'avoir reçu la couronne que comme en courant. Bientôt il tira une indigne vengeance de Pavie. Qu'il combattit les princes de ces contrées, considérés comme les défenseurs de Pavie , parce qu'eux aussi ne voulaient pas se soumettre au roi , comme les marquis Adelbert et Wilhclm ; qu'il prit et détruisit leurs châteaux et leurs forteresses, cela était naturel : il était également dans les nécessités de la guerre qu'il cernât la ville, empêchât la navigation et arrêtât tout commerce ; mais il détruisit anssi tout dans les environs par le fer et le feu; il dévasta les campagnes, les vignes, et brûla avec les forteresses les églises elles-mêmes. 11 ne prit pourtant point Pavie; et pour tout fruit de sa conduite il attira sur lui , de près comme de loin , le ressentiment et la haine.
Le roi eut bientôt de fortes et désastreuses preuves de ce ressentiment et de cette haine. Au mois de mai, renonçant à Pavie, il entra dans Ravennc. Une partie de l'armée resta dans la ville autour du roi , une autre partie fut campée ou logée hors des murs. Le roi était mécontent,
et l'armée partageait son mécontentement. Do là, partout une conduite rigoureuse et dure; de là, résistance, querelles, contestations. Jliontôt, durant le repos de la nuit, éclata un grand soulèvement, auquel prirent part ton* les habitants de Ravennc. Le plan était combiné : d'abord ils coupèrent les communication* entre la ville et le camp; puis ils attaquèrent les Teutschs sur tous les points, se faisant des armes de tout. Tandis que le combat s'étendait dans les rues , les propriétaires des maisons se jetèrent sur leurs hôtes, et du haut des murs, des toits et des tours , on lança sur les soldats teutschs «les pierres, des traits, et tout ce qno l'on trouva. Les Teutschs combattirent avec la
! rage du désespoir , et portèrent de tous côtés des coups terribles au milieu de cette multitude sans ordre pour s'ouvrir un passage et réunir leurs forces en une masse imposante. Beaucoup tombèrent sans le poids de leurs armes , mais la lutte ne fut décidée que le matin, après que le comte Eppo, le meilleur guerrier de Bavure, eut réussi, la bannière à la main, à s'emparer du pont sur le Montone, et à rétablir ainsi les
| communications avec l'armée campée dev ant la ville. Lorsque ces troupes fraîches se précipitèrent dans la cité, les habitants se regardèrent comme perdus, et s'enfuirent dans les églises pour se sauver. Le roi knnrad , qui au bnût s'était levé de son lit et élancé sur son cheval , fut ému en voyant la fuite de ces malheureux et en entendant les cris de terreur des blessés : il eut pitié de ce pauvre peuple qui lui appartenait aussi : il rappela ses guerriers de la poursuite de ces malheureux sans armes. Mais ce noble mouvement ne dura pas. Le roi n'avait pas assez de la victoire, ce n'était pas assez pour lui d'avoir sauvé la vie à des infortunés au milieu de cadavres et de scènes atroces. Comme si ces hommes, qui, à force d'avoir perdu du sang et versé des larmes, ne pouvaient plus avoir d'autre sentiment que de l'indifférence pour la vie ou une stupide douleur, devaient être humiliés plus profondément encore , il ordonna qu'ils se présentassent devant lui sans armes, pieds nus , dans l'habit de pénitents. Us obéirent à cet
ordre : mais la crainte que le roi voulait leur
inspirer n'entra point dans leurs âmes brisées;
et le malheur des habitants de Ravenne fut tout
au plus pour d'autres un av ertissement de mieux
choisir leur temps.
D'ailleurs la perte essuyée par l'armée de
Kunrad ne fut pas plus réparée par ces rigueurs» que par les récompenses assurées par le roi à ses guerriers. Il se vit contraint île rétrograder , pour se reposer et se refaire, dans les vallées ombragées et fraîches de l'Adda , aux dépens de l'archevêque de Milan. Cette retraite, bien que les chaleurs de l'été servissent de prétexte, semble avoir rendu toute l'Italie supérieure, sinon hostile , du moins méfiante et douteuse. Le roi eut à négocier et à combattre toute l'année , et ne fit passer ou ne garda personne de son côté , si ce n'est par des assurances , des promesses et la crainte de ses armes. 11 célébra les fétes de Noël à Ivrée , et séjourna tout l'hiver dans ces contrées supérieures de l'Italie, de sorte qu'au mois de février de l'an 4027 il était à peine arrivé plus loin que dans le même mois de l'année précédente. Et le véritable motif de ce retard , qui ne pouvait manquer d'avoir des suites malheureuses , se trouvait sans doute dans la passion avec laquelle il agit contre Pavie, et dans la dureté qu'il avait déployée à Ravcnne.
Le premier résultat de ces événements fut de changer la position du roi Kunrad à l'égard de la Bourgogne. Kunrad avait sans aucun doute espéré de contraindre, par la soumission de l'Italie, la Bourgogne à se soumettre aussi. Peut-être avait- il cru qu'en parlant de Rome, orné de la couronne impériale, il pouvait rcveuir par la Bourgogne sans do grandes difficultés , puisqu'il était en possession de Baie et de la frontière orientale du pays, et que par conséquent il pouvait toujours la menacer et l'attaquer du Teutschland. Mais comme maintenant l'Italie ne faisait qu'éveiller des espérances en Bourgogne sans y inspirer de terreur, Kunrad pouvait craindre que , s'il descendait dans l'Italie au milieu de combats continuels, les Bourguignons ne tombassent sur ses derrières , qu'ils ne coupassent ses communications avec le Teutschland, et ne le missent ainsi dans le plus grand danger ; et ce danger devait lui paraître d'autant plus grand que dans le Teutschland aussi , comme nous le raconterons , il se passait des choses qui lui ôtèrent toute espérance de recevoir des secours de sa patrie. Ce fut pour cette raison peut-être qu'il se dirigea sur Ivrée , afin de menacer de ce côté les frontières de Bourgogne, et forcer le roi Rudolf à un traité qui lui garantit la sécurité dont il avait besoin. Cette tentative lui réussit complètement.
cn.AP. m.
Sans doute la marche des faits est incertaine ; mais probablement il employa l'adresse des ecclésiastiques. Des négociations furent nouées avec Rudolf. Des ambassadeurs bourguignons vinrent trouver le roi des Tcutscbs. Rudolf fut amené à promettre d'accompagner le roi Kunrad a Rome et d'assister à son couronnement comme empereur romain. On ne sait pas ce que Kunrad lui promit en retour; mais il est certain que le roi de Bourgogne tint sa parole et vint en Italie; cet événement inspira à Kunrad une grande joie qu'il ne dissimula pas. Et ce n'était pas sans raison , car à partir de ce moment sa cause prit une autre tournure. Les Italiens, qui avaient eu un fort appui dans la Bourgogne, perdirent l'espérance de réussir a user ou à écraser l'armée teutschc , et avec cette espérance , le courage de continuer une résistance qui désormais leur semblait inutile et pernicieuse. Tous les princes reconnurent Kunrad pour roi, et lui prêtèrent le serment de fidélité. Pavie elle-même, désormais abandonnée, et fatiguée par de nouvelles dévastations, céda. La ville s'engagea à exécuter les ordres du roi , et Kunrad fut assez prudent pour écouter de sages conseils et de pieuses prières , et ne demander autre \ chose que l'exactitude à remplir cet engagement. Puis se soumit aussi le dernier qui restait , [le marquis Reginher, qui tenait Lucqnes et s'était enfermé dans cette forteresse pour s'y défendre. Il n'y eut plus d'obstacle au voyage du roi vers Rome.
A cette époque, le siège apostolique était occupé par le pape Jean XIX, l'ami et le protégé de Heinrich II : Benoit VIII était mort Tan 4024, peu de temps avant l'empereur, et ce Jean , son frère , avait obtenu la dignité papale. Et ce n'avait pas été aux meilleurs titres , car il était laïque. Les degrés par lesquels il s'était élevé si haut étaient l'argent et dc'mauvais artifices, et les comtes de Tusculum avaient peut-être employé leur influence pour le pousser au souverain pontificat. En d'autres circonstances, il se peut que le roi Kunrad eût demandé compte de la manière dont ce pape était arrivé au saint-siège ; mais comme lui-même n'avait pas sa conscience bien nette au sujet de la nomination aux évêchés et de ses relations antérieures, et comme il avait perdu toute une année en Italie, il feignit d'ignorer tout ce qu'il y avait eu d'irrégulier dans cette élection. Le pape fut d'autant plus prévenant.
Kunrad fnt reçu de la manière la plus solennelle par lui et en général par les Romains. Le jour de Pâques, 26 mars, les Romains le saluèrent empereur, le pape le couronna en celte qualité , et en même temps la reine Giscla reçut, comme impératrice , la bénédiction pontificale.
Cette solennité reçut un nouveau lustre de la présence de deux rois étrangers, Rudolf de Bourgogne, qui avait accompagné Kunrad, et Kanut le Grand , qui s'intitulait roi de Danemark et d'Angleterre, et qui par hasard était venu dans ce moment à Rome dans des intentions pieuses. II est propablc qu'entre le nouvel emperenr et ces deux rois il y eut diverses négociations, et qu'ils nouèrent et consolidèrent des relations amicales, kunrad et Kanut s'inspirèrent une estime réciproque , et Rudolf, faible, indécis, sans volonté et sans résolution , ne pouvait résister à un homme tel que kunrad. Il pouvait d'autant moins être contre lui que le pape prit sans aucun doute les intérêts de l'empereur , et que l'adroile impératrice Gisela , qui d'ailleurs avait gagné de l'autorité par sa nouvelle dignité , sut faire une profonde impression sur l'esprit de son oncle. 11 est donc vraisemblable que, grâce à ces relations personnelles , plusieurs traités eurent lieu entre les rois. Rudolf arriva à voir que ce qu'il avait de mieux À faire , c'était de reconnaître l'empereur Kunrad pour son successeur en Bourgogne, afin d'arriver par là à finir tranquillement ses jours. L'empereur , de son côté , crut peut-être que l'acquisition du royaume de Bourgogne , donné par un homme de faible caractère , l'autorisait à céder quelque chose à un homme plus énergique , d'autant plus que les idées des Tcutschs étaient dirigées vers le sud et non vers le nord : ici ils ne désiraient maintenir que la sûreté et le repos ; tandis que là Us visaient à la gloire , aux richesses, aux conquêtes. Il abandonna donc à l'amiable au roi de Danemark la Marche au delà de l'Eider avec la ville de Schleswig, Marche que l'on peut appeler saxonne avec une double vérité; il accorda aux pèlerins et aux marchands danois le libre passage par le Teutschland et l'Italie ; pour affermir cette nouvelleamitié,il convint du mariage à venir de son fils Heinrich avec Kunihild , fille de Kanut (2). Ce dernier acte se fit à la manière habituelle ; le second, en général , était un acte d'humanité et de bonté; mais le
premier, la concession do la Marche de Schleswig, ne peut être nijustifié ni vanté. Sansdoute, si la Bourgogne devait être acquise, l'Italie conservée et la couronne impériale assurée , cette Marche devait être un fardeau plutôt qu'un avantage aux yeux d'un roi des Teutsehs. Les Danois n'étaient pas , il est vrai , bien dangereux ; mais c'étaient des amis fort onéreux ; les peuples slaves aussi trouvaient toujours en eux des alliés qui, s'ils ne les secouraient pas, les encourageaient du moins constamment. Une amitié durable avec les Danois, facilitée par le christianisme, auquel ce peuple était désonnais également converti, devait donc nécessairement être salutaire pour l'empire teutsch ; et cette amitié ne fut certainement pas achetée trop cher par le sacrifice de la Marche de Sclrieswig, daus l'état où elle se trouvait alors. Mais si la remarque que nous avons faite précédemment sur la valeur et l'importance dont cette péninsule , située entre la mer orientale et la mer occidentale, était pour le Teutschland contient quelque vérité , on ne peut nier que le rétrécissement d'une frontière qu'il fallait reporter le plus avant possible ne fut une perte irréparable dont le Teutschland souffre encore aujourd'hui et souffrira peut-être toujours.
L'empereur Kunrad lui-même eut encore, durant ces fêtes de Pâques , une nouvelle preuve que les Teutsehs s'étaient placés avec l'Italie dans une position défavorable , et qu'aucune communauté ne pouvait durer entre les Teutsehs et les habitants de l'Italie. Un Teutsch et un Romain eurent une dispute pour une peau de bœuf. Des mots ils en vinrent aux coups. Aussitôt toute l'armée impériale se mit sous les armes , et les Romains se rangèrent en face d'elle , à pied et à cheval. De là une lutte sanglante. Les Romains succombèrent après une longue résistance. Le lendemain on ordonna aux vaincus de se présenter devant l'empereur, les hommes libres avec l'épée nue , et les hommes non libres la corde au cou , pour reconnaître, les premiers qu'ils avaient mérité d'être décapités, et les seconds d'être pendus. Le ressentiment était bien grand des deux côtés, puisqu'une telle occasion pouvait amener une scène si horrible ; et chez les Teutsehs , le mépris ou l'aveuglement était tel , qu'ils croyaient ton- . jours encore pouvoir forcer l'obéissance et la soumission par des humiliations aussi outrageuses.
Il était impossible que l'empereur se vit avec i plaisir ainsi environné de sang et de désolation, de haine et de colère. Dans le fait , il se hâta de sortir de Rome; mais il ne voulut pas quitter ces contrées sans avoir forcé aussi les parties les plus méridionales de l'Italie, les principautés de Bénévent et de Capoue, qui avaient jadis été considérées comme appartenant an royaume des Langobards, a reconnaître sa souveraineté. 11 fit une expédition dans ces principautés, et atteignit aisément son but. Comme il ne demanda que des assurances de fidélité , qui ne coûtaient rien, et la défense du pays contre les Grecs , à laquelle on était porté par l'intérêt personnel , il s'entendit sans peine avec les princes. Mais ce qu'il y eut de plus important dans cette entreprise , ce fut le renouvellement de l'alliance avec les Normands, qui, comme nous l'avons dit , avaient reçu des possessions de l'empereur Heinrich II, pour soutenir les princes du pays contre les Grecs. Kunrad leur confirma ces possessions; il les étendit vraisemblablement , et imposa de nouveau aux Normands l'obligation de défendre le pays. A partir de cette époque , les Normands se montrèrent sans doute toujours audacieux et téméraires comme autrefois; mais en même temps s'éleva en eux la pensée de ne plus faire la guerre pour des étrangers, mais pou rieur propre compte, et de posséder par eux-mêmes comme souveraineté indépendante le pays qu'ils pourraient conquérir ou protéger par leurs armes ; pensée qu'ils surent faire valoir dans la suite avec autant d'adresse que de bravoure.
A son retour de la Pouille par Rome , l'empereur s'efforça, comme partout, d'assurer le repos et l'ordre. Mais il ne put faire beaucoup. La précipitation avec laquelle Kunrad s'efforça de regagner les Alpes lui permit à peine d'employer d'autre moyen qu'une prompte rigueur pour empêcher les crimes par la terreur. Un barbare vassal , nommé Thasselgar, issu d'une illustre famille, avait longtemps profité des troubles du pays pour se livrer à sa méchanceté, et vivre dans toutes les débauches avec le produit de ses brigandages (3). S'élançantde ses repaires et de ses châteaux forts avec les complices de ses excès, il avait longtemps répandu au loin le malheur et les désastres, et n'avait pas même épargné les églises. Toutes les tentatives faites pour le dompter ou pour se rendre maître de sa personne avaient été vaines. Mais main-
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tenant le hasard le fit tomber entre les mains des hommes de l'empereur, kunrad accourut aussitôt. « Par la croix du Seigneur, s'écria-til , un tel lion ne mangera pas plus longtemps de mon pain, bien qu'il ait avalé les bétes d'Italie. » Et sans autre formalité, avec l'assentiment des princes qui l'entouraient, il fit pendre à une potence cet homme indomptable. C'est au milieu de tels actes que l'empereur continua sa retraite. Dès le 1er mai il se trouvait à Ravcnne, et le 23 du même mois il était à Vérone. Là il tint , il est vrai , une diète pour apaiser des discordes entre le patriarche d'Aquilée et le duc de Carinthie , et régler d'autres affaires ; mais il n'y séjourna que par besoin , car les relations du Teutschland exigeaient impérieusement sa présence.
RÉVOLTE MALHEUREUSE d'eRNST, DUC DE SOUABE. — GUERRES AVEC LES POLO- NAIS ET LES HONGROIS. — COURONNE- MENT DE HEINRICH III ; FIN DU DUC DE SOUABE.
De l'an 1026 à l'an 1030.
Pendant que Kunrad, empereur et roi, suivait en Italie, par des exploits et des actes de cruauté, une carrière sans fin, les germes de mécontentement et d'inimitié qu'il avait laissés derrière lui dans le Teutschland commençaient a se développer. Au nombre des adversaires et des ennemis de Kunrad, son beau-fils, Ernst, duc de Souabe , n'était nullement le plus considérable ou le plus dangereux; mais on le poussa en avant , et les mécontents , abusant de sa jeunesse , en firent leur chef. Précisément pour cette raison , c'est lui qui excite le plus grand intérêt. Une Ame noble était en lui ; mais il se sentait profondément blessé par le mari de sa propre mère , et son esprit n'avait pas encore assez de force pour qu'il pût se rendre maître de ses passions. Aussi vit-on se presser autour de lui ceux qui n'avaient pas ce qu'ils demandaient , et qui ne savaient comment satisfaire la fougue de leurs désirs et de leurs caprices, sans une révolution, sans lutte et sans désordre. 11 leur fut facile d'allumer l'incendie dans le cœur du jeune prince; il leur fut facile a> gagner la confiance d'un adolescent qui se croyait abandonné par ceux auxquels la nature
l'avait uni par les liens les plus étroits , et par sa mère elle-même.
Tant que le roi resta dans l'Italie septentrionale, près des frontières de la patrie, le duc Ernst se tint tranquille; il [chercha secrètement à s'allier aux autres ennemis de Knnrad , j et chercha en même temps à augmenter le nombre de ses partisans et à les affermir dans leur dévoùroent , en leur inféodant les domaines que son beau-père lui avait donnés lors de leur réconciliation à Augsbourg. Mais vers la fin de l'an 1026 , à ce qu'il parait, il fut déjà fait usage des armes, mais ni par le duc directement, ni indirectement , contre le roi. Un comte : souabe, nommé Welf (I), dont on a cherché, dans les siècles suivants, à faire remonter l'origine aux temps les plus obscurs , qui , en tout cas, était riche en domaines et puissant par les armes, commença une guerre privée contre Bruno, évêque d' Augsbourg, auquel le roi Kunrad avait conûé l'éducation;de son fils. Le motif de cette fehde se trouvait sans doute dans les relations malheureuses que nous av ons expo- ' sées ; l'on n'en connaît pas l'occasion immédiate ; ou le prétexte. ;Lc duc Ernst n'y prit peut-être aucune part; mais probablement il ne fit aucune démarche pour l'empêcher; aussi est-il hors de doute qu'ilVignora pas l'entreprise du comte Welf (2). La fortune balança entre les deux partis. Les ravages furent d'autant plus I grands.|Enfin, à ce qu'il parait, vers le printemps de l'année suivante , le comte réussit à prendre î la ville d'Augsbonrg elle-même et à contraindre l'évêque à la fuite. Bruno se sauva avec son i royal élève au delà des Alpes , et arriva en j Italie au moment où l'empereur s'occupait de son voyage de Rome. La nouvelle apportée par Bruno n'arrêta pas Kunrad ; il emmena l'évêque à Rome, et hâta seulement autant qu'il le put ce qu'il avait à faire.
Dans le même temps, Kunrad s'était entendu avec Rudolf, roi de Bourgogne, qui suivit également l'armée teutschc à Rome. Tant que Rudolf avait été dans une position hostile envers Kunrad , le duc Ernst avait conservé l'espoir d'une révolution qui l'aiderait à jouir de ses droits. Maintenant l'issue était claire pour lui. L'indignation fut plus forte que lui. Il prit les armes, soit sans plan raisonnable, soit dans l'espérance de soulever les Bourguignons, de donner par là un nouveau courage aux Italiens , et d'impliquer ainsi le roi son beau -père dans de
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grandes difficultés qui le forçassent à renoncer à d'ambitieux projets : quoi qu'il en soit , il comptait, pour son entreprise, sur une participation active de Friedrich , duc de Haute- Lotharingie , et de Kunrad le Jeune. 11 se jeta d'abord sur l'Alsace pour forcer les châteaux du comte Hugo, proche parent du roi; et lorsqu'il crut par cette expédition avoir dégagé ses derrière*, il entra dans le royaume de Bourgogne, favori* vraisemblablement par Wcrinher, évêque de Strasbourg.
Toutefois, le jeune prince fut promptemeot déçu dans toutes ses espérances. Le doc Friedrich mourut avant d'avoir pu rien entreprendre; et sa mort tint le duc Kunrad dau> l'inaction. Le roi Kunrad s'avança jusqu'à Rome avec une rapidité que rien ne put arrêter, et reçut la couronne impériale. Il était impossible que les Bourguignons eussent désormais confiance dans un jeune prince qui d'ailleurs n'avait encore aucun droit sur la Bourgogne; aussi ne fut-il pas difficile au roi Rudolf, qui revenait de Rome, de le repousser. H put, il est vrai , s'établir dans un château fort près de Zurich , et inquiéter de là les couvents de Reichenau et de Saint-Gall ; mais il ne se fit pas d'amis par cette conduite; et elle poinait d'autant moins réussir, que Kunrad , orné de la couronne impériale , parut bientôt dans les Alpes. Dès le dernier jour du mois de mai, l'empereur était à Brixen. Son arrivée troubla tous ses ennemis dans leurs efforts.
L'empereur se dirigea sur Ratisbonne i3 . Il crut peut-être qu'il serait dangereux d'entrer dans la Souabe ennemie avec son armée, sans doute bien réduite et épuisée par les fatigues de deux campagnes en Italie. Les Bavarois seuls pouvaient lui donner les premier* renforts. Mais, pendant son absence, Ileinricb, duc de Bavière, frère de l'impératrice Kunigundc , était mort. Tout cela rendait sa présence nécessaire parmi les Bavarois. Il assembla à Ratisbonne les princes et les seigneurs du pays ; et même dans les circonstances où il se trouvait il les amena à saluer duc son liK Heinrich, un enfant de dix ans. L'empereur conféra à cet enfant la dignité ducale, et par là même le gouvernement du duché tomba entre ses propres mains. Il prouva aussitôt qu'il voulait diriger ce gouvernement avec vigueur , car il ordonna une enquête exacte sur les domaines et les propriétés du pays, pour
savoir tjuels de ces domaines avaient été soustraits au flsc royal par les évôqucs, les comtes et les markgrafe, ou, selon le langage des temps postérieurs, étaient devenus domaines médiats de l'empire, de domaines immédiats: H j)oussa cette enquête jusqu'à des procédures judiciaires selon la loi bavaroise. Depuis Karl le Grand , on n'avait pas exercé une telle surveillance sur les domaines du roi ou de l'empire; Kunrad y fut peut-être déterminé par sou besoin d'argent: au fond, elle ne remédia pas non plus au mal ; mais du moins elle rappela une foisénergiquement qu'il y avait un domaine de l'empire , et peut-être aussi mit-elle quelque frein aux spoliations les plus impudentes de ce domaine.
De Ratisbonne, l'empereur se rendit à Augsbourg. La il eut une conférence avec ses fidèles de Souabe , au sujet de ceux que l'on désignait comme traîtres à la patrie. Puis une diète fut annoncée à Ulm , et le duc Ernst et ses adhérents furent sommés d'y venir, afln que le procès du duc et des siens eut lieu dans les limites mêmes du duché de Souabe. I-c due s'y présenta non en suppliant, mais en guerrier, entouré des vassaux d'Allemannie , la main sur l'épéc, pour conclure avec l'empereur un arrangement honorable, ou pour quitter la diète en ennemi, et tenter ensuite les chances de la guerre. Le malheureux jeune homme comptait sur le nombre et sur les talents de ces vassaux qui l'avaient suivi pour épier ce qui se passerait, et qui savaient bien pourquoi; il se fiait à des hommes qui tenaient rarement la foi promise , cl ne se tournaient d'habitude que du côté de la fortune. Il fut bientôt cruellement désillusionné. Avant d'entrer en négociation avec l'empereur , le duc assembla encore une fois les siens; il leur rappela leurs serments et leur foi; il les engagea à ne pas l'abandonner et à ne pas exposer son honneur ; il les conjura de se rappeler leurs aïeux, qui, selon le témoignage de l'histoire, avaient toujours conservé et prouvé une inviolable fidélité à leurs seigneurs ; il leur promit enfin , s'ils montraient aussi le vieil esprit des Alleirtanni , de grandes récompenses pour le présent , la gloire et les honneurs pour l'avenir. Lorsqu'il eut terminé ce discours, les comtes Friedrich et Anselm prirent la parole, et lui répondirent par des principes dignes de tout éloge, s'ils avaient été loyalement et honorablement appH-
quésdans la proipori té comme dans l'adversité, et s'ils n'avaient pas été av ancés hypocritement pour cacher l'odieux du sacrifice que l'on voulait faire d'un jeune prince entraîné dans une fausse voie ; principes qui prouvent que l'on connaissait encore fort bien dans le Teotsch- Iand les relations des vassaux envers les ducs et envers le roi, mais qui par là môme jettent un jonr d'autant plus odieux sur la conduite habituelle des vassaux. « Nous ne voulons nullement nier, dirent les comtes , que nous vous avons juré fidélité contre tous , mais non conta* celui par qui nous avons été soumis. Si nous étions serfs de notre roi et empereur , et si nous avions été donnés par lui en propriété comme serfs, nous ne pourrions nous séparer de vous ; mais nous sommes des hommes libres, et le protecteur suprême de notre liberté , c'est notre roi et empereur. Si donc nous abandonnons le roi , nous perdons notre liberté, ce bien qu'un homme noble ne consent à perdre qu'avec la vie. Tant que vous ne nous demanderez que ce qui est bon et juste, nous vous obéirons. Si vous nous demandez autre chose, nous retournerons librement d'où nous sommes venus sous condition auprès de vous. »
Cette déclaration ouvrit les yeux au duc Ernst. Tous sans doute n'étaient pas dans ces dispositions; un plus grand nombre était résolu à tenter les moyens extrêmes, soit qu'ils tinssent à la parole donnée , soit qu'ils redoutassent trop la colère de l'empereur, parce qu'où les accusait d'être les auteurs de la révolte et les séducteurs du jeune prince. Parmi eux , Wernhcr, comte de Ky bourg, était l'homme le plus hardi, et peut-être aussi le plus noble (4). Quant au duc Ernst, il savait bien que les armes d'uu si petit nombre d'amis ne pouvaient pas le proléger. Il vit l'abîme au bord duquel il se trouvait. Il fit donc tout ce qui semblait lui rester à faire : il se remit sans condition à la merci de l'empereur. Kunrad accepta sa soumission ; toutefois il crut devoir envoyer le jeune rebelle prisonnier en Saxe, dans le château de Gibichcnstein. Les partisans du duc suivirent presque tous son exemple. Ils se soumirent à l'empereur , et subirent les peines qui furent prononcées contre eux. \àî comte Wclf fut forcé d'indemniser l'évéque Bruno de tous lesdommages qu'il luiavait causés lors delà prise d'Augsbourg, puis on l'exila. D'autres furent punis autrement. Tous les châteaux forts de
ceux qui Areot leur soumission furent détruits. Le comte Wernhcr seul dédaigna de s'humilier. Il se jeta dans son château fort de Kybourg (5) , et attendit l'empereur. Et bientôt celui-ci se montra devant le château. Wernhcr se défendit durant trois mois; et lorsque toutes ses ressources furent épuisées , il abandonna la forteresse à ses ennemis, et chercha son salut dans la fuite. C'est ainsi que Knnrad devint maître de toute l'Allemannie.
Les succès obtenus dans cette contrée réagirent au delà de ses frontières. Rudolf , roi de Bourgogne , se trouva à Baie , et confirma le traité qu'il avait conclu ou du moins arrêté , vraisemblablement à Rome , avec Tompcrcur. Et lorsque l'empereur descendit le Rhin , son cousin et son concurrent pour la couronne teùtsche , le duc Kunrad , se présenta aussi à lui pour lui prouver son dévoûmeut. Le duc n'avait fait aucuncentreprise contre l'empereur; mais il avait entretenu chez ses adversaires l'espérance de la victoire; il les avait peut-être même excités et encouragés ; l'empereur kunrad crut donc ne devoir pas le laisser partir sans quelque châtiment. Il le retint quelque temps prisonnier sur parole , et fit détruire les châteaux qu'il avait élevés contre lui ; puis il lui rendit la liberté et le rétablit dans tous ses honneurs. Il ne restait plus que deux hommes de quelque importance qui peut-êtro avaient pris quelque part à ces querelles ; c'étaient Werinher, évéque de Strasbourg , et Geberhard , on très-jeune homme , Je propre frère de l'empereur. Kunrad envoya le premier en ambassade» Constantinoplc, vraisemblablement pour le mettre hors d'état de nuire ; il força l'autre , dans un grand concile de vingt-deux évéques , qu'il tint cette année encore à Francfort , à renoncer aux armes et à prendre l'habit ecclésiastique. Avec cet événement se termina cette tentative contre l'empereur , bien que l'esprit d'inimitié ne fût pas étouffé partout , et que plus d'un germe de nouvelles discordes fermentât dans un sol fécond.
L'empereur ne dissimula pas la joie que lui causait cedénoùmcnt, et il ne manqua pas de tirer un avantage durable desa prompte victoire. Qui eût osé lui résister dans ce moment? Aux fêtes de Pâques de l'an 4028, il rassembla les princes de l'empire à Aix-la-Chapelle ; et avec leur assentiment , le jour même de Pâques , jour anniversaire de son couronnement comme em-
pereur , il fit sacrer et couronner par Piligrin , archevêque de Cologne , son fils Hcinrich , alors âgé de onze ans , comme roi et son successeur à l'empire , avec une grande solennité et à la satisfaction générale. Puis suivirent des jours tranquilles. L'empereur voyagea dans l'empire, ainsi que le jeune roi Hcinrich conduit par son gouverneur, l'évêque Bruno d'Augsbourg, et partout l'ordre et la paix furent établis ou consolidés. Mais ces jours s'écoulèrent rapidement. Bientôt arrivèrent de nouveaux malheurs. Il fallut faire une guerre pernicieuse contre les Polonais , et une guerre affligeante contre les Hongrois, et dans l'intérieur du Teutschland se passèrent des événements qui, s'ils ne causèrent aucun danger , furent pourtant déplorables de leur nature et sans doute très-douloureux pour l'empereur. Toutes ces choses exercèrent une action d'autant plus profonde qu'elles arrivèrent en même temps, et qu'elles acquirent ainsi une force d'ensemble qu'elles n'avaient nullement dans leur origine et dans leur but.
Nous avons dit que Bolislav l'Audacieux , roi de Pologne, avait repris avec arrogance et insulte , et sur un plan plus vaste , ses anciens projets contre le Teutschland; que la mort l'avait empêché de les exécuter, et que Mjesko, son fils et son successeur, s'était vu, par le mouvement de peuples soumis et par les prétentions de son frère Otto à la couronne , impliqué dans des difficultés qui paraissaient d'autant plus grandes que le nouveau roi avait moins l'esprit de son père. Nous avons en même temps remarqué que le roi Kunrad aurait sans doute réussi a venger la honte que les Polonais avaient imprimée au Teutschland, s'il avait pu, dansées circonstances, entreprendre une expédition contre ce peuple. Toutefois les relations du roi et de l'empire rendaient une telle expédition impossible , et le moment favorable passa sans que l'on en profitât. Après que la Lotharingie eut été calmée, la France effrayée, l'Italie soumise, la couronne impériale obtenue, la Bourgogne assurée , les Danois rendus amis, et les querelles de Souabe arrangées , il parait que l'empereur Kunrad songea à revenir sur ce qui avait été négligé, sans faire attention qu'en Pologne aussi beaucoup de choses avaient changé dans les quatre dernières années. L'an 4029, Kunrad célébra la Pentecôte à Mersebourg. Là , de concert avec les princes de Saxe
et de Thuringe, il résolut de conduire une armée contre les Polonais. Les levées se firent ; le jour fut fixé ; Liczeke ou Leizkau , près de Magdebourg , fut désigné pour rendez-vous. L'empereur laissa sa femme à Merscbourg , et se mit à la tète de l'armée. Mais l'expédition fut malheureuse. L'empereur fut trompé : la trahison l'égara dans des contrées impraticables , dans des déserts, dans des marais, dans des forêts , et il arriva enfin , fatigué lui-même et avec une armée harassée , devant la ville de Budissm ou Baulzcn, où il ne voulait pas aller. Pour faire du moins quelque chose , il suivit le conseil de quelques-uos de ses fidèles , et assiégea cette ville qui jadis avait déjà appartenu à l'empire des Teutschs. Mais les Polonais qui formaient la garnison de Bautzen firent une si vigoureuse résistance, que l'empereur fut forcé de lever le siège après de grandes pertes , et de retourner en Saxe. Il remit à l'année suivante le renouvellement de l'entreprise.
Mais cette année , 4050 , une autre guerre fut nécessaire contre Etienne , roi de Hongrie , le pieux fondateur du christianisme parmi son peuple , beau-frère de l'empereur Heinrich 11. Les causes de cette guerre s'étaient amassées depuis longtemps. Il ne pouvait y avoir rien de commun entre les Bavarois et les Hongrois. Ils avaient trop souffert les uns des autres pour se sentir une affection mutuelle après un si court intervalle. Depuis quelque temps, il est vrai , des relations paisibles et amicales avaient existé entre les Bavarois et les Hongrois; mais elles n'avaient été que l'œuvre des princes , et n'avaient pas poussé de racines dans les deux peuples. Tant que le pieux empereur Ileinrich II , qu'aimait et honorait le roi Etienne, et qu'il égalait en sentiments religieux , occupa le trône des Teutschs, la bonne intelligence se maintint ; mais lorsque cet empereur eut quitté la vie , l'ancien esprit se réveilla chez les peuples du moins , si le roi Éticnnc resta semblable & lui-même. 11 ne fallait qu'une occasion pour faire courir les deux partis aux armes. Wcrinher , évêque de Strasbourg , la fournit.
Werinher, comme nous l'avons dit, avait été envoyé par l'empereur Kunrad en ambassade à Constantinople. 11 avait passé par la Hongrie , et connaissant bien la dévotion du roi Etienne, il avait cherché à en abuser dans son intérêt particulier. Il prétendit, sans aucun doute pour être exempt de tout péage, et même pour tra-
verser le pays aux frais du roi , qu'il allait en pèlerinage à Jérusalem. Mais son train de voyage le convainquit de mensonge. Car il avait une suite nombreuse d'hommes ; une suite plus nombreuse encore d'animaux , de chevaux , de bœufs, de moutons, de porcs; de plus, il était richement pourvu de tout ce qui sert aux commodités et aux plaisirs de la vie. ta roi Etienne lui refusa donc le passage dans ses États, soit qu'il fût indigné de son impudence , soit que son mensonge lui inspirât de la méfiance, soit qu'il ne crût pas sage de montrer de près à son peuple, qu'il voulait gagner à la religion chrétienne , la mollesse et le luxe d'un prêtre de cette religion. Quoi qu'il en soit, rien ne put le décider à revenir sur sa défense , pas même la déclaration que l'évêquc était ambassadeur de l'empereur. Werinher fut forcé de revenir en Bavière , et ne put qu'avec de grandes difficultés continuer son voyage par Venise (6).
Cet événement réveilla chez les Bavarois leur ancien ressentiment ; et comme probablement l'empereur en manifesta aussi son mécontentement, Albrecht , comte de la Marche bavaroise d'Autriche , n'hésita pas à commettre des hostilités contre les Hongrois. Etienne , qui croyait être dans son bon droit, qui vit peut-être dans ces hostilités un nouveau motif de méfiance contre l'empereur , qui pouvait d'autant moins exposer son peuple a des vexations sous le rapport temporel qu'il s'opposait plus à lui dans les choses spirituelles et religieuses , Etienne crut devoir tirer vengeance de cette conduite injuste ou légère. Aussitôt, par ses ordres, de grandes bandes de Hongrois passèrent la frontière , exercèrent a leur manière des ravages sur divers points , et mirent tout le duché de Bavière en danger.
Le duché de Bavière était soumis immédiatement à l'empereur , à cause de la minorité du duc Hcinrich. Depuis que ce Ucinrich , fils de l'empereur, avait été couronné roi et son successeur à l'empire , Kunrad avait espéré trouver dans le duché le moyen d'arranger dignement ses malheureuses querelles avec son beau-fils Ernst , duc de Souabe , qui était encore prisonnier à Gibichcnstein. Il voulait donner ce duché à cet infortuné jeune homme , dont le sort inquiétait le cœur maternel de l'impératrice sa femme, au point que plus d'une fois
j peut-être sa vie domestique en fut troublée.
I 11 espérait , à ce qu'il parait, que cet arrange-
HISTOIRE 1)1 PEl PLE ALLEMAND.
ment satisferait le fils aussi bien que la mère , tandis que lui-même n'aurait plus rien à craindre du duc Ernst, parce que celui-ci, lors même qu'il n'aurait pas profité des leçons de l'expérience, trouverait difficilement parmi les Bavarois un parti aussi considérable que celui qu'il avait trouvé en Souabe , dans sa patrie , dans le pays de son enfance. Dans le fait, pendant que l'empereur, avant la campagne contre les Polonais, séjourna en Saxe, un traité fut conclu entre lui et le jeune duc; la disposition principale en était que le duché de Bavière serait donné au duc Ernst. Ce traité toutefois n'avait pas été mis à exécution , vraisemblablement a cause de la malheureuse expédition contre les Polonais. Et les nouvelles relations dans lesquelles on se trouva , sur ces entrefaites , engagé avec les Hongrois, en rendaient maintenant l'exécution sinon impossible, du moins imprudente. Bien plus, l'empereur jugea nécessaire de marcher sans retard en personne avec une nombreuse armée contre les Hongrois, pour protéger la Bavière et l'empire, et pour ne pas laisser aux Hongrois le temps de sentir se réveiller en eux leur ancienne ardeur de pillage. Mais Kunrad crut en même temps devoir prendre de nouveaux arrangements avec son beau-fils le duc Ernst, afin que cette malheureuse aiïaire fût enfin mise de côté. Il résolut donc d'investir de nouveau Ernst du duché de Souabe; toutefois il crut nécessaire de séparer entièrement ce jeune prince des hommes sur lesquels précédemment il s'était le plus fermement appuyé. Il pouvait espérer que le duc, reconnaissant d'une telle générosité, ne ferait pas difficulté de renoncer à ces hommes qu'il était si facile de représenter comme les séducteurs de sa jeunesse, comme les véritables auteurs et fauteurs malintentionnés de tout le mal. Mais l'empereur ne connaissait pas son beau-fils; il le mettait sous la mesure commune des princes: aussi, comme nous le verrons , se vit-il trompé de la manière la plus douloureuse dans ses calculs.
Pendant l'hiver, l'empereur fit les préparatifs nécessaires pour la guerre contre les Hongrois. Mais , dès le mois de janvier les Polonais firent en grand nombre et avec impétuosité irruption dans le Teutschland. Le bonheur avec lequel l'attaque des Tculschs avait été détournée l'année précédente avait , à ce qu'il semble , augmenté de beaucoup l'autorité du roi
Mjcsko parmi son peuple ; devant lui son frère Otto avait été forcé vraisemblablement alors de s'enfuir du pays : il pouvait disposer de» forces des Polonais ; et ceux-ci n'avaient pas besoin d'être particulièrement excités à une expédition de brigandage contre les odieux Teutschs. Et une circonstance fortuite rendit encore le moment plus favorable pour les Polonais. l^markgrafThietmarmourutvers laûn de l'année précédente, et sa mort mit le désordre dans les mesures établies pour la défense de ces contrées. Il parait en conséquence que les Polonais , lors de leur irruption , trouvèrent a peine quelque résistance ; ils furent d'ailleurs conduits par des Teutschs, qui, entraînés par quelque passion sauvage, avaient renoncé a leur patrie et même au christianisme, ou qui, chassés de leur patrie et dominés par le ressentiment, les stimulaient à la vengeance et à la cruauté. Parmi eux on remarquait par-dessus tous Sigefried, fils du markgraf Odo, oncle du comte Esik [ de Ballenstedt 1, qui avait été moine dans le couvent de ÎSicnbourg sur la Saale, fondé par son père, mais qui, après la mort de son père, avait quitté le froc, et s'était réfugié en Pologne pour chercher dans le paganisme un dédommagement à la contrainte du cloître.
Mjesko passa l'Elbe, et ses bandes commirent les plus terribles cruautés. On dit qu'entre l'Elbe et la Saale, plus de cent localités furent anéanties par le fer et le feu ; en raconte que plus de dix mille personnes, hommes et femmes , furent traînées en captivité. Mjesko fit saisir comme un esclave vulgaire le vénérable Liuzo , évéque de Brandebourg. L'ennemi ne respecta ni le sacré ni le profane : des femmes , religieuses et nobles , furent égorgées ; des femmes enceintes périrent parl'épée ou furent percées à coups de lance; la vieillesse la plus avancée, la tendre enfance n'éveillèrent pas de pitié dans ces hommes barbares, et le lit de douleur même des malades ne les fit pas reculer. Enfin, lorsque toute atrocité fut épuisée , ils se retirèrent , soit parce que le pays était complètement dévasté et qu'ils étaient suffisamment charges de butin , soit parce que le vaillant comte Theoderich allait arriver pour mettre un terme à ces infamies.
Kunrad fut sans doute profondément affligé de ces événements , qui du reste ( tant il y avait peu de confiance^ donnèrent occasion
il Hildeward , évoque de Zeitz, de transporter son siège à Naumbourg. Mais l'empereur ne pouvait remédier au mal ni en tirer aussitôt vengeanee ; les Polonais s'étaient retirés. S'il s'était décidé à les poursuivre, les Hongrois auraient ravagé le duché de Bavière tout aussi cruellement, peut-être plus cruellement encore. Il laissa donc aux Saxons et aux Thuringiens le soin de se tirer d'affaire comme ils pourraient, et persista dans l'intention d'entrer en campagne contre les Hongrois. Mais avant de commencer cette expédition , l'affaire de son beau-flls devait être réglée , afin qu'au milieu de ces désastres publics les douleurs domestiques fussent du moins réduites au silence.
L'empereur célébra les fêtes de Pâques à Ingelheim. Il y invita le duc Ernst, auquel il donna la liberté. Le duc y vint. Aussitôt l'empereur lui rendit le duebé de Souabe, à la condition toutefois qu'il poursuivrait par tous les moyens, comme ennemi de l'empire, Wernher , comte de Kybourg , qui ne s'était pas encore soumis, et qu'il s'y engagerait par serment.
On ne peut le nier , l'empereur, après taut de condescendance pour sa femme et de bonté pour son beau-fils , pouvait bien croire que ces conditions étaient équitables et même trèsdouces, et qu'il était autorisé à les imposer; on ne peut nier non plus qu'après les malheurs de la Saxe et les dangers de la Bavière, Kunrad ne pouvait exposer la Souabe et la Bourgogne à de nouvelles secousses. Mais le duc Ernst, ebez qui le sentiment de l'injustice de son beau-père s'était nourri et accru dans la prison de Gibichenstein , crut, en recevant de nouveau le duché de Souabe , ne faire antre chose que rentier dans ce qui lui appartenait; il lui fallait renoncer en silence à son droit sur la Bourgogne, dont il n'était nullement question ; et il devait non-seulement repousser, mais encore poursuivre un homme qui s'était intéressé à sa jeunesse; qui avait combattu pour lui; qui , pour lui, avait tout perdu ; un homme qui , pour lui , s'était exilé et avait adopté la vie d'un vagabond ; un homme resté fidèle dans toutes les circonstances, le comte Wernher en un mol ! Voila ce qui était, à ses yeux , une injonction dure, cruelle , honteuse. Il repoussa donc les exigences de l'empereur, quitta la cour , et prit la fuite, fermement résolu à partager fidèlement , s'il le
fallait , le sort des fidèles, et à vaincre ou a mourir avec son ami, avec Wernber.
Cette fuite du jeune prince embarrassa l'empereur, et mit au désespoir l impératrice, mère du duc. Il n'y avait pas de temps à perdre. Il fallait que l'empereur partit pour la guerre contre les Hongrois ; mais il ne pouvait non plus quitter une épouse chérie sans lui laisser quelquo consolation , et il était nécessaire d'ôter au duc Ernst et à ses amis la possibilité d'exciter des troubles dangereux.
Dans ces circonstances, l'empereur, avec l'assentiment de tous les princes de l'empire qui se trouvaient présents, déclara le duc Ernst ennemi de la chose publique, et lui retira pour toujours le duché de Souabe. Il le donna à un jeune frère d'Ernst, nommé Hermann ; et comme celui-ci n'était pas encore en âge do diriger les affaires, il confia le gouvernement du pays a Warmann , évêque de Constance (2). Il demanda aux évèques d'excommunier Ernst, ennemi de l'empire, et tous ses adhérents, dont lui-même confisquait les biens, parce qu'ils étaient ennemis de la justice et de la paix. Les évèques hésitèrent. Ils connaissaient l'influence de l'impératrice Cisela sur son mari , et craignaient la puissance de l'amour d'une mère pour son premier- né. Mais Cisela wpréciait la position. Elle reconnut que son malheureux fils Ernst ne pouvait être sauvé, et que le destin réserverait une fin déplorable à tous ses enfants , si elle ne tenait pas fermement à son mari. Elle fit donc la déclaration officielle et solennelle que, quelque chose qui arriverait à son fils mal conseillé , elle ne chercherait jamais à venger son malheur, et qu'elle n'aurait jamais de ressentiment contre ceux qui auraient été mêlés à cette triste affaire. Après cette déclaration, les évèques prononcèrent l'excommunication, comme l'empereur l'avait demandé. Puis Kunrad quitta cette contrée , et se rendit à l'armée qu'il avait résolu de mener contre les Hongrois.
Quant au duc Ernst , agité par la crainte et la douleur par la colère et l'amour, par des sentiments nobles et ignobles , il se réunit au comte Wernher, puis, accompagné d'un petit nombre de fidèles , il alla d'abord trouver son cousin Odo, comte de Champagne. 11 lui demanda conseil et secours. Mais Odo ne reconnaissait pas plus que l'empereur les droits du duc sur lo royaume de Bourgogne. 11 ne put donc ni ne
voulut faim eauso commune avec lui, et repoussa ses instances. Après cette tentative faite sans succès, il ne resta plus à ce jeune homme proscrit et abandonné , que sa mère cllemème avait délaissé, d'autre ressource que son épée et la lidélité de son ami Wcrnher et du petit nombre d'hommes qui avaient attaché leur sort au sien. Il repassa le Itliin avec eux , et revint dans le pays où il était né et dont il avait été duc dés son enfance. La petite troupe se cacha dans les retraites les plus inaccessibles de la forêt Noire, et soutint par le brigandage et la chasse une misérable vie. Comme on avait détaché des hommes armés pour prendre le duc et les siens, il se jeta sur le rocher fortifié de Falkenstcin , et de là , pressé par la nécessité, il accabla le pays. La forteresse était sure, et ses habitants pouvaient braver toute attaque ; mais le manque de vivres pour eux-mêmes et de fourrage pour leurs chevaux les força d'étendre leurs courses toujours plus loin. I.e comte .Maiicgold , qui tenait un fief considérable do l'abbaye de Keichenau , reçut de l'evêquc Warmann, gouverneur du duché de Souabe, la mission de surveiller le duc Ernst et ses compagnons sur le Falkenstein, d'empêcher leurs coursesdanslescnvirons, et de bloquer toujours plus étroitement le château de tous côtés. Bientôt ce comte pan int à enlever par adresse à ces malheureux, dans un pâturage, les beaux chevaux en qui ils se fiaient pour leurs courses aventureuses. Cette perte était irréparable. Ernst, VAernher, tous reconnurent qu'il ne leur restait plus qu'à mourir les armes à la main ou de faim, ou de se remettre lâchement à la merci de l'empereur, ce qui, après tout, ne pouvait non plus aboutir qu'à la mort, à la prison, au bannissement. Il ne leur fut pas difficile de choisir. Après s'être procuré d'autres chevaux , quoique mauvais, ils quittèrent le M août la forteresse et la forêt. Iii même ils rencontrèrent le comte iManegold et ses hommes, peu contre beaucoup. Aussitôt l'attaque. La lutte fut horrible. Mancgold et les siens combattirent en braves pour l'honneur, la gloire et les récompenses ; Ernst et les siens combattirent comme des héros qui se sont voués à la mort, avec la rage du désespoir, pour la vie, le salut ou une prompte fin. Mancgold tomba et beaucoup des siens tombèrent avec lui; le duc Ernst, qui n'épargnait personne et que personne n'épargnait , fut couvert de bles-
sures, et trouva la mort qu'il cherchait; Wernher, son ami, fut tué à côté de lui; et le combat ne cessa que lorsque ses partisans eurent péri , tous jusqu'au dernier.
Ou ne peut le nier, Ernst, duc de Souabe, était dans son tort; du moins, dans sa patrie, il s'était mis en opposition si tranchée avec l'ordre social, qu'il devait succomber. Aussi ne blâma-t-on pas l'empereur d'avoir ordonne contre lui les mesures les plus dures, et l'on admire dans l'impératrice Cisela la force d'arat avec laquelle elle comprima le plus noble sentiment d'une femme, l'amour maternel, et abandonna son malheureux fils à son sort. Mais on ne niera pas non plus que le duc Ernst était fermement convaincu de la justice de a cause, et même, dans son entêtement, se révéla un esprit élevé. Aussi la mort d'un jeune prince qui renonça à un duché , aux honneurs du monde, à tout ce que la vie offrait <le brillant, pour ne pas être un traître envers un ami qui avait embrassé sa cause, et qui s'était montré prêt à mourir connue à vivre avec lui . cette mort d'une noble victime a excité l'intérêt général de ses contemporains et de la postérité. L'excommunication fulminée contre lui fol levée; son corps fut enseveli dans l'église de la Sainte-Vierge, à Constance. Son noble courage, son esprit héroïque, son malheur et l'inviolable fidélité entre lui et son ami le comte Wernher, ont fourni un digne sujet à la poésie jusqu'à nos jours, huit siècles aprèl ces triste, événements.
GUERRE AVEC LES HONGROIS ET PAIX AVI I LES POLONAIS. — QUERELLES AVEC LES BOHÈMES ET LUTTES AVEC LES LILTIT/f - .