‹ Histoire d'AllemagneChapitre 66 sur 100 · LA HONGRIE SOUS LA SUZERAINETÉ DU ROI DES TEUTSCHS · texte numérisé non relu

LA HONGRIE SOUS LA SUZERAINETÉ DU ROI DES TEUTSCHS

De l'an 1039 à l'an 1040.

Dès son avènement au trône, Heinrich III fit l'expérience que les rois , comme le vulgaire des hommes , dépendent des circonstances et en reçoivent leur direction. Il fut contraint à des expéditions qui ne pouvaient lui plaire, et impliqué dans des guerres où il ne trouva pas de joie : d'abord avec Brecislav, duc de Bohême, ensuite avec les Hongrois.

L'an io" ; , Mjcsko H , duc de Pologne, était mort , après avoir cherché à expier par des actes de dévotion les péchés de sa vie intérieure (t). Ses querelles avec son frère Otto et sa domination molle et passionnée avaient jeté la Pologne dans de grands troubles , et par sa mort ces troubles furent sans bornes. Il laissait, il est vrai , un fils nommé Casimir, qui restait seul de la race princière des Piasts; mais celui-ci ne se trouvait pas en Pologne à la mort de son père, ou bien il quitta aussitôt le pays. Il était encore mineur; sa mère, Richsaou Richcnza, était une princesse teutsche (2), et c'est peut-être pour cette raison que les Polonais la détestaient. Richcnza s'était précédemment déjà enfuie dans

le Teutschland avec son fils pour se soustraire aux violences et aux insultes de sou mari; ou bien elle prit la fuite après la mort de Mjesko, pour échapper à la colère et à la vengeance des Polonais. Quoi qu'il en soit, la Pologne se trouvait sans chef, et nul ne savait où il devait tourner ses regards, non pour trouver une chose publique, mais pour rencontrer seulement quelque ordre social. Aussi , plus était et devait être grand le besoin que tous avaient du rétablissement de Tordre, plus il s'éleva nécessairement partout la plus violente division , parce que toute réunion était impossible dans une telle confusion des relations , et de cette division résulta une agitation sauvage et pleine d'atrocités , qui semblait ne pouvoir aboutir qu'à une complète dissolution.

Dans le même temps où ces déplorables événements avaient lieu en Pologne , l'empereur Kunrad , père de Ueinrich III , fut d'abord occupé par les affaires de Bourgogne , puis il se prépara à une seconde expédition en Italie ; enfin il la fit. En Bohême, Brecislav était arrivé à la dignité ducale après Othelrik, son père, pendant que l'empereur se trouvait en Italie. Brecislav , jeune homme brave , hardi, téméraire, crut la coïncidence de ces circonstances favorable pour se faire un nom parmi son peuple. Eut-il l'ambitieux projet de fonder un grand empire slave, ou voulut-il seulement faire en Pologne une incursion dévastatrice pour piller et pour tirer vengeance d'anciens griefs? C'est ce qu'on peut laisser indécis. Ce qui est certain, c'est que Brecislav pénétra en Pologne avec une armée nombreuse et, a ce qu'il semble, indisciplinée. Sans rencontrer de résistance, il passa comme un vent d'orage sur ce pays privé d'un chef (5). 11 exerça de grands ravages, rompit les forteresses, et livra des villages et des hameaux aux flammes. Cracovie fut prise , dépouillée de ses antiques trésors, et détruite avec barbarie; Posen fut occupée ; Gnesen tomba sans effusion de sang au jwuvoir du redoutable vainqueur ; on enleva à cette ville de précieuses reliques , le corps de saint Adalbert , qu'on transporta avec une grande pompe en Bohême , afin que ce saint reposât a Prague , où il n'avait pas trouvé de repos pendant sa vie, et répandit sur sa patrie toute sorte de prospérités. Des hommes mêmes furent emmenés et réduits en esclavage. I-es calamités de la Pologne furent si grandes, que le christianisme même fut eu danger, et

que beaucoup de personnes désespérèrent de son maintien (4).

Sur ces entrefaites , Heinrich III arriva au trône. 11 ne paraît pas que Brecislav, dam son bonheur et dans son orgueil , se soit inquiété le moins du monde du nouveau roi dn Tcutschs , dont il était vassal , et qui se considérait comme son suzerain. Heinrich en fut blessé. D'ailleurs, dans le Tcutschland, on comptait volontiers la Pologne parmi les pats placés sous la suzeraineté et par suite sous la protection de l'empire, et il était impossible au jeune roi de renier cette idée. Peut-être aussi la renommée exagéra-t-ellc singulièrement la masse d'or, d'argent et d'autres choses précieuses que les Bohèmes avaient enlevée en Pologne ; et par là sans doute on vint facilement à croire qu'il était dangereux de laisser de si grandes ressources entre les mains des Bohèmes, et l'on brûla de prendre part du moin* au produit du pillage. Enfin beaucoup de Polonais s'étaient sauvés dans le Teutschland, oo ils demandaient asile, salut et vengeance, et ou ils excitaient la compassion et la colère; cl il est possible que le jeune prince Casimir et a mère, qui n'avaient nullement renoncé à la Pologne , aient sollicité les secours du roi Heinrich contre l'insolent dévastateur de leur patrie. En tout cas , le roi crut devoir d'autant moins rester spectateur inactif du malheur des Polonais et des crimes des Bohèmes, que son âge lui imposait plus l'obligation de montrer au monde qu'animé du génie de son père , il était digne du grand empire des Teutschs, et qu'il avait la force comme la volonté de protéger des suppliants , et de ramener à l'obéissance, par de sévères châtiments , des crimiuels qui osaient braver sa souveraineté.

Dés l'automne de l'an 1039, il s'occopa d'une expédition contre la Bohème. Mais elle fut prévenue par le duc Brecislav , dont je* troupes étaient encore en Pologne , et qui n e* tait pas préparé à une guerre avec les Teutscltf- Il ût annoncer au roi qu'il paraîtrait lui-même devant lui et se soumettrait à tous ses ordres; jusque là il le priait d'accepter pour otage de sa fidélité son fils, qui se trouvait avec les ambassadeurs. Heinrich, dont l'àme était livrées de plus grands desseins, se félicita de cette nninililé , et renonça à son entreprise. Il se rend" dans le Teutschland méridional , d'abord daçs son duché de Bavière : il célébra la fête de la

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