‹ Histoire d'AllemagneChapitre 67 sur 100 · LIV. Xfll · texte numérisé non relu

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naissance du Sauveur à Ratisbonne, avec les princes et les seigneurs du pays; puis dans son duché de Souabc; et il tint à Augsbourg, avec les princes et les seigneurs de ce duché , une diète pour affermir la paix et l'ordre. Ensuite il se dirigea vers le Rhin. Le jour de Pâques, les hommes les plus éminents de Bourgogne (5) parurent devant lui à Ingelheim, et lui offrirent des dons précieux en signe de dévoûmeut. Us furent reçus avec aménité, et congédiés avec de riches présents. Après la fête vint aussi Héribcrt, archevêque de Milan. Depuis la mort de l'empereur Kunrad , il n'avait pas manqué de médiateurs pour éviter que la querelle dirigée par Kunrad contre ce puissant prince avec plus d'opiniâtreté que de sagesse , ne fût renouvelée" par le jeune roi; et Heinrich se prêta volontiers à un arrangement, d'autant plus que précédemment déjà il n'avait pas vu sans une secrète improbation la conduite de son père. Il fut donc facile d'amener une réconciliation entre lui et l'archevêque. Héribert prêta au roi le serment de fidélité, et reçut en retour l'assurance de la bienveillance royale. Puis il accompagna le roi à Cologne, et retourna ensuite en paix en Italie, sans doute avec la résolution de réparer les ravages que Kunrad avait faits dans son diocèse, ou que les partisans de ce prince avaient commis après sa retraite de l'Italie.

Mais la joie qui, dans ce voyage à travers l'empire , attendait par toutlc roi et l'accompagnait partout, fut troublée pour lui parce que Brecislav de Bohème ne tint point sa parole. Son absence semblait mystérieuse; elle trahissait un autre plan. La chose était d'autant plus dangereuse , que Pierre , roi de Hongrie , neveu de saint Etienne , avait rompu dans le cours de l'hiver la paix qui s'était maintenue entre les Tcutschs et les Hongrois. Car Pierre n'était pas monté sur le trône en vertu d'un droit incontesté; mais il le devait à la faveur de son oncle , le pieux Etienne , qui respectait en lui la culture supérieure italienne et grecque, et qui on cette considération avait passé condamnation sur ses vices; et deux princes de la race d'Arpad , qui lui contestaient le trône , se trouvaient en pays étranger , où ils s'étaient fait estimer et honorer. Ces relations avaient décidé Pierre à s'attacher à Brecislav de Bohême ; aussi Heinrich III avait-il des raisons de regarder une irruption des Hongrois comme un

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événement que le roi Pierre avait entrepris d'intelligence avec le duc Brecislav. Il envoya un message au duc de Bohême , et lui notifia ses rigoureuses exigences : Brecislav devait entièrement évacuer la Pologne , et rendre jusqu'à la dernière pièce de monnaie tout le butin qu'il avait levé dans ce pays. Brecislav offrit de payer au roi , comme vassal de l'empire teutsch, le même tribut qu'avaient payé ses prédécesseurs. Ces offres ayant été rejetées , il lit dans sa colère cette réponse : La Bohème est grande; des armées entières y ont déjà trouvé leur tombeau ; et il y a encore de la place pour d'autres. Cette réponse décida tout. Il n'y avait plus de ressource que dans l'épée.

Le roi résolut de pénétrer en Bohème avec deux armées ; de Bavière par Kamb à travers la forêt de Bohème ; et du Nord par Dohna à travers 1 "Erzgebirge. Et comme Pierre, roi de Hongrie, n'avait pas seulement envoyé des secours au duc Brecislav, mais continuait encore à inquiéter les frontières de la Bavière , le roi nomma un neveu du dernier duc Heinrich de Bavière et de l'impératrice Kunigundc , qui s'appelait également Heinrich, général des Bavarois contre les Hongrois, et lui donna, à ce qu'il parait, le titre de duc, sans toutefois lui confier le gouvernement du pays ou l'investir intégralement de la dignité ducale. Il n'est, pas invraisemblable que daus ces circonstances le jeune prince Casimir de Pologne soit aussi retourné dans sa patrie , pour rétablir quelque ordre dans ces pays désormais délivrés , et réconcilier devant son U'ônc les factions ennemies, soit que les Polonais l'eussent rappelé du ïcutschland, soit que Heinrich III l'eût renvoyé en Pologne, ou que son retour eût eu lieu do toute autre manière.

Le roi se trouvait à l'armée rassemblée en Bavière près de Kamb. Ias Bohèmes avaient cherché à barricader avec des arbres, avec des quartiers de rochers et toutes sortes do matériaux, pour rendre impossible rentrée de leur pays, les défilés des montagnes par lesquelles l'armée teutsche devait passer. Pour défendre ces retranchements , un nombre convenable de soldats fut posté dans les forêts des deux côtés du défilé qui y conduisait. Le roi détacha donc une partie de son infanterie , sous les ordres du vaillant Otto, markgraf de SchvVeinfurt , pour tourner et rendre inutiles ces ouvrages des Bohèmes. Tandis que le markgraf s'avançait

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à travers ces montagnes boisées et impraticables pour s'acquitter de sa mission , le roi envoya une bande en reeon naissance , atin qu'il pût de son côté marcher sur les retranchements, lorsque le markgraf, arrivé de l'autre côté , aurait jeté le trouble parmi les Bohèmes. Cette bande , composée de Hessois et d'hommes de l'abbé de Fulda , était commandée par le comte Wernhcr, porte-bannière du roi. Cet homme audacieux , soit qu'il ne vit pas le danger ou qu'il le méprisât, soit qu'il ne voulût pas laisser au markgraf Otto et aux Bavarois la gloire de prendre part à un fait d'armes aussi difficile , ou qu'il voulût se faire à lui-même un nom , engagea ses compagnons à prendre d'assaut les ouvrages des Bohèmes. Mais à peine en fut-il près, qu'il se vit assailli de tous côtés, cerné, et réduit à la dernière extrémité. Le comte Wernhcr tomba avec beaucoup des siens, ainsi que le comte Reinhard, qui commandait les hommes de l'abbé de Fulda; et il paraît qu'un petit nombre seulement échappa au désastre. Le lendemain , le markgraf Otto arriva de l'autre côté au retranchement des Bohèmes. Ignorant le malheur de la veille , et comptant par conséquent avec confiance sur une attaque du roi , il n'hésita pas à se précipiter aussitôt sur les Bohèmes. Mais le roi n'attaqua point, et il se trouva seul en face de l'ennemi enivré par la victoire. Sa troupe fut donc aussi perdue. Beaucoup de braves périrent inutilement, et quelques-uns ne se sauvèrent qu'en se dispersant et en fuyant à travers les forêts et les montagnes.

Pendant ce temps, l'autre «armée, qui venait du Nord , avait aussi avancé. A sa tête étaient Bardo, archevêque de Mayencc, et Ekkehard, markgraf de Meissen, le plus fidèle des fidèles du roi (6). Et cette armée s'ouvrit heureusement, par le fer on par l'or, le pays, qu'elle ravagea , dit-on , pendant neuf jours. Mais ils avaient entrepris une expédition inutile, si, ce qui du reste est vraisemblable , ils n'empêchèrent pas le duc Brecislav de poursuivre sa victoire de la forêt de Bohème, de se jeter en avant, d'attaquer le roi lui-même , et de dévaster la Bavière. Du moins il semble que le duc se tourna lui-même contre la seconde armée teutschc, et cette armée parait avoir été mise dans un tel embarras, qu'elle ne dut son salut qu'à un traité aveé le duc Brecislav. Il parait que ce traité fut ménagé par l'ermite Gunthcr, Thuringien de naissance, qui menait, dans ces

pays sauvages, une [vie retirée, pieuse selon lui , et agréable à Dieu , et qui , dans sa solitude , avait gagné la faveur et la vénération da duc Brecislav , qu'autrefois il avait tenu suri© fonts baptismaux (7). Peut-être ce pieux personnage obtint-il aussi la liberté des prisonniers de l'armée du roi ; et cette liberté fut peutêtre obtenue d'autant plus facilement, que le fils du duc se trouvait encore au pouvoir Je Heinrich. Il fut échangé contre les malheureu* compagnons du roi.

Telle fut la triste fin de la première entreprise du jeune roi. Plus son àmc était forte, plus fut profonde la douleur dont il se sentit saisi. Il vit dans cet événement à la fois un malheur et une honte, et il pouvait en acenstr non-seulement l'impétuosité de ses compagnon*, mais aussi sa propre imprévoyance. Toutefois ce malheureux commencement de son règne ne le découragea pas. Il quitta le théâtre de se> revers avec la résolution de réparer ce désastre et d'effacer cette honte. La confiance des Teotsrhs en leur jeune roi ne fut pas affaiblie. Sa lionlc était leur honte , et ils ne désiraient pas moin> vivement que lui-même la faire oublier.

Ce malheur était arm é nu mois d'août. Au mois d'août de l'année suivante 1041 , deux nouvelles armées se tenaient sur la frontière «le la Bohême ; l'une dans le Nordgau , l'autre dans la Marche de Meissen. A la tête de la première était le roi ; à la tète de la seconde étaient l'archevêque de Mayence et le markgraf Kkkebard, comme l'année précédente. Ixs deux armée> étaient plus fortes en nombre que la premiè/v fois ; mais elles étaient plus fortes encore par l'esprit qui les animait , par le sentiment qui' désormais la victoire était nécessaire, et par la prudence que l'on devait à l'expérience de l'année précédente. I.es deux armées pénétrèrent en Bohême par d'autres routes, sinon sans obstacle , du moins sans être arrêtées. El les ville* tombèrent devant leurs armes, et les châteaux forts furcut forcés. Ces succès les coiidubirent en trois semaines environ devant Prague. Lorsque le markgraf parut devant cette ville sur a rive gauche de la Moldau , la bannière royal' flottait déjà sur le camp de Heinrich , sur l«> | hauteurs de l'autre rive, au-dessus de la cite.

Dans ces circonstances le duc Brecislav reconnut peut-être que sa victoire avait éle »« accident et sa grandeur un rêve. Il i*'»^1' * peine espérer que les choses prendraient une

tournure nouvelle et favorable. Car dans le même temps où de si grands revers fondaient sur lui, son ami , Pierre , roi de Hongrie , qui jusqu'alors lui avait envoyé des secours, avait été contraint par son propre peuple a s'enfuir ; et Pierre ne put trouver de refuge qu'auprès du prince dont il avait été l'ennemi jusqu'à ce moment, auprès du roi des Teutselis. Pourtant Brecislav tint bon, et sembla regarder avec fermeté et résolution la destruction que les armées teutsebes répandaient autour de sa capitale. Et dans le fait , le danger qui le menaçait passa heureusement. Sévérus, évèque <!c Prague, était resté jusqu'alors Odèle an due. Il l'avait accompagné dans ses expéditions en Pologne, et avait profité du produit de ces courses en trésors profanes non moins peutêtre qu'en trésors sacrés. Mais maintenant il quitta tout-a-coup Prague en fugitif, et parut a l' improviste devaut Heinrich , roi des Teutsehs. Peut-être ce prudent personnage, prévoyant l'issue , craignait-il que le roi Heinrich ne le traitât en rebelle, s'il tombait prisonnier entre ses mains, et jugea-t-il à propos de se tourner à temps du cote- de ceux pour qui étaient le bonheur et la puissance, pour ne point perdre son siège épiscopal ; peut-être aussi le vénérable évèquc agissait-il de concert avec le duc , pour étudier les intentions du roi et des prirfecs de l'empire, et amener un accommodement. En tout cas, il est certain que, peu de temps après cet événement , des négociations furent entamées sous la médiation du markgraf Ekkehard , qui l'année précédente avait conclu un traité avec Brecislav par l'intervention du pieux vieillard Cunthcr. Le duc fit ses propositions; le roi se montra disposé à les accepter. Et ce fut avec raison. La position de l'armée teutsebe n'était pas précisément satisfaisante. Elle avait devant elle la ville de Prague bien fortifiée, et les troupes du duc; autour d'elle des campagnes dévastées ; derrière elle , et plus loin, un peuple hostile. Trois semaines s'étaient écoulées; on était à la fin du mois de septembre; si le duc faisait encore quelque résistance, l'armée, qui se glorifiait de ses succès , pouvait aisément périr par la disette de vivres et de fourrages pour les chevaux. De plus, un esprit inquiet se manifestait en Bourgogne, et les relations en Hongrie et avec les Hongrois étaient dangereuses. Ces motifs déterminèrent Heinrich a se relâcher de ses anciennes exigences. Le duc re-

connut la suzeraineté de l'empire, jura fidélité, s'engagea à payer un tribut, promit de comparaître devant le roi comme les autres vassaux de l'empire , et donna des otages de la loyauté de ses promesses ; et Heinrich s'en contenta. Ce fut sans doute avec joie que le roi revint de Bohême avant l'hiver : car une armée tcutsche était invincible en pleine campagne; mais la guerre contre dos murailles et contre des remparts était très-défavorable a des vassaux qui combattaient à cheval. Du reste le duc Brecislav tint désormais parole et resta tant qu'il vécut fidèle au roi.

Heinrich se rendit à Batisbonne. Le duc de Bohème l'y suivit pour lui donner la première preuve de la fidélité qu'il lui avait promise. Pierre, le roi chassé de Hongrie, vint aussi l'y trouver. Pierre en effet avait profondément blessé le peuple hongrois. Étranger parmi les Hongrois, il ne s'était pas le moins du monde efforcé de les gagner; bien plus, il les avait exclus de tout, comme si lui, homme d'une culture plus raffinée, il n'avait pu supporter le voisinage de semblables barbares. D'autre part, il avait attiré dans le pays des étrangers, surtout des Teutsehs et des Italiens ; il leur confiait les hautes fonctions de l'État ; c'était aussi d'étrangers qu'il composait les garnisons des forteresses. 11 s'inclinait bien bas devaut les ecclésiastiques chrétiens, et accomplissait avec une apparente humilité toutes les pratiques de l'Église chrétienne , qui , avec leurs accessoires de dimes et d'exigences, étaient d'autant plus odieuses à la majorité des Hongrois, qu'ils ne sentaient encore nullement le besoin des vérités du christianisme. En môme temps il s'abaudonnait à de sauvages désirs et à de sauvages jouissances. Par ces imprudences et ces vices il aigrit tous les esprits , et il n'y eut de satisfaction que pour les ennemis du christianisme, parce qu'ils rejetaient les résultats de la folio et de l'immoralité sur la religion qu'ils tendaient à effacer. Pierre , remarquant bien le mécontentement des Hongrois, chercha à lui donner un autre cours; il fit alliance avec le duc de Bohème, envoya des secours à ce prince, et lança des bandes hongroises au delà .des frontières du Teutschland , pour y commettre des actes de brigandage et de destruction. Mais les succès des troupes auxiliaires envoyées en Bohême ne furent pas assez éclatants , et le produit des courses dans le Teutschland ne fut pas

assez riche pour éblouit* les Hongrois ou pour gagner leurs cœurs. Avant quo la troisième année du règne de Pierre se fût éeoulée, ils se soulevèrent. Le palatin Samuel Aba, que les écrivains teutschs appellent habituellement Ovo (6) , et qui avait épousé une sœur de saint Etienne , fut salué roi ; et il ne sembla rester d'autre ressource que la fuite au roi Pierre , pour ne pas tomber entre les mains de ses ennemis. Pendant que Heinrich 11! se trouvait encore en Bohème , Pierre vint chez Albrecht , markgraf d'Autriche , mari de sa sœur. Maintenant il se montra devant le roi à Batisbonne, se jeta à ses pieds , et implora son pardon et son secours contre le peuple séditieux des Hongrois. Touché de son sort , ou inquiet des suites que les événements de Hongrie menaçaient d'avoir pour le christianisme et pour l'empire teutsch , et disposé en conséquence à s'assurer du prince expulsé, afin de pouvoir agir par lui sur les Hongrois, Heinrich lui pardonna, lui promit sa protection , et lui fit espérer des secours.

Puis , profitant de la saison , il se rendit en Bourgogne , accompagné sans doute d'un corps considérable levé dans son duché de Souabe (9); et il réussit aisément à rétablir l'ordre. Les fidèles furent affermis dans leur fidélité par la présence du roi; les rebelles, qui avaient troublé la paix , reçurent , en vertu d'une sentence judiciaire, le châtiment qu'ils avaient mérité. Mais pendant qu'il tranquillisait ainsi ses Etats occidentaux, la tranquillité fut encore une fois troublée à l'est. Samuel Aba, le nouveau roi de Hongrie, remonta avec deux ou trois années les deux rives du Danube et de la Drau , et entra en Autriche et en Carinthie, plus sans doute pour occuper son peuple et flatter son esprit belliqueux que parce que Heinrich avait accueilli Pierre, le roi chassé, et lui avait assuré sa protection : car il ne fit que des courses passagères, n'ayant pour but que le pillage et la dévastation, et non de véritables expéditions par lesquelles il espérait arracher l'extradition de son ennemi. Toute l'entreprise aussi se borna aux dévastations et au pillage , et ces troupes légères furent repoussées sans peine et non sans de grandes pertes. Mais elles avaient pillé ou détruit les propriétés de bien des individus ; il fallait châtier cette audace comme elle le méritait , afin d'empêcher qu'elle ne se renouvelât.

A l'époque habituelle, au mois d'août de l'an

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40 M , le roi s'avança par le Kahlenberg dmle pays des Hongrois , avec une armée fornv» vraisemblablement de Bavarois et de Souabe. Mais bientôt il reconnut que les marais et I* fleuves lui rendraient très-difficile de continuer sa marche vers le sud , comme il l'avait commencée. Il tourna donc sur la gauche, par possession de Heimenbourg , traversa le Dannl* et se rendit maître de Prcsbourg (10). Il soumit le pays jusqu'au Gran , après avoir battu de« fois les Hongrois en pleine campagne. Mais il obtint de médiocres résultats pour le véritable but de la guerre. La saison ne permettait p de pousser plus loin l'entreprise , et le roi oV Hongrie n'était pas encore réduit à l'extrémilf de demander la paix. Heinrich tenta de cw> traindre les populations qu'il avait soumises a reconnaître Pierre , le roi chassé , sans dont* dans l'espérance de laisser, en se retirant, la guerre civile aux Hongrois; mais cette tentative échoua entièrement. Pierre fut repous* même par ceux qui avaient été domptés. Heinrich , pour faire du moins quelque chose, remit la défense et l'administration du territoire conquis à un autre prince hongrois chassé, qui s'était retiré en Bohème. Mais à peine luimême eut-il quitté le pays, que ce prince *' vit contraint à s'enfuir. On put d'autant moii» éviter une nouvelle campagne. A la vérité, Aba , roi de Hongrie , envoya , dit-on , aux fe> de Noël , des ambassadeurs vers Heinrich , rw des Teutschs , à Goslar , et lui proposa un trailé de paix; mais cette offre n'eut pas de suite Comme Aba était resté en ix>ssession de tout son territoire , on peut supposer qu'il ne montra pas une grande condescendance. Et Beiorich ne pouvait être disposé à abandonner !> cause de Pierre, non sans doute parce <pf Pierre lui inspirait un intérêt particulier, nuu> parce qu'il pouvait espérer étendre par lui sur la Hongrie aussi la suzeraineté de l'eropirf ! teutsch ; car si cette suzeraineté , comme l< prouvait la position de la Pologne, n'aurait pa> eu une grande importance , elle aurait <l« moins assuré â l'empire , dans la suite du tcrop> de ce côté , des voisins tranquilles et des lirait* â l'abri de tout danger.

La nouvelle campagne, l'an 4043, fut entreprise avec une grande vigueur. L'armée , commandée par le roi, était forte ; une flott* construite sur le Danube facilita et favoris» l'œuvre. Le succès aussi fut plus grand quep^

cédemment. On ne célèbre, il est vrai, aucun exploit remarquable , et lleinrich resta bien loin du but qu'il s'était proposé; mais le roi de Hongrie fut amené à consentir A un traité de paix I>ar lequel le roi des Tcutschs sembla sortir assez honorablement de cette mauvaise affaire. Car non-seulement Aba se soumit à une forte contribution , mais encore il renonça au territoire jusqu'à la Leitha, et s'engagea par serment à rendre les prisonniers teutschs et à ne plus franchir les limites de l'empire : il donna aussi des otages pour répondre de la sincérité de ses promesses.

Il est difficile que Heinrich III ait eu une grande foi dans la parole et le serment du roi de Hongrie ; mais lui-même probablement ne fit pas cette paix avec des intentions loyales. Toutefois elle paraissait pouvoir donner quelque repos; et il en voulut profiter pour consolider la paix dans l'empire et fonder son bonheur domestique. Comme nous l'avons raconté , sa première femme était morte sans lui avoir donné de fils. Cette année , il avait enseveli sa mère , l'impératrice Gisela. Un second mariage était considéré comme également heureux pour lui et pour l'empire. On lui avait offert une princesse russe, peut-être parce que les Russes espéraient t rouver dans les Teutschs des alliés utiles contre les Polonais : car le jeune roi Casimir avait commencé à fonder de nouveau en Pologne une puissance qui peut-être n'était pas agréable aux Russes. Mais Heinrich , dont l'âme était pleine d'autres et plus grandes pensées, s'inquiétait peu des Polonais, et ne désirait de ce côté qu'une paix solide; aussi avait-il repoussé l'offre d'une princesse russe. D'autre part , il avait jeté ses regards sur Agnès, fille de Guillaume , ce puissant comte de Poitiers , duc d'Aquitaine , auquel on avait offert pour son fils la couronne d'Italie , pour Voter à Kunrad H , père de Heinrich. On ne vante nullement la beauté de cette jeune princesse ; mais elle se distinguait par de belles vertus propres à son sexe et par l 'élégance de ses habitudes; c'était aussi une princesse riche , et la puissance de son frère Guillaume était assez grande pour queson amitié ont beaucoup de prix pour le roi Heinrich , à cause de l'inquiète Bourgogne. Ce fut sans doute pour ce motif que Heinrich se décida à faire lui-même un voyage en France ; car en gagnant une jeune épouse il voulait en même temps gagner un ami.

11 fit ce voyage aussitôt après son retour de Hongrie ; mais il le fit en roi. Il eut à Ulm une entrevue avec beaucoup de princes et de seigneurs {A I ), sans doute pour s'entendre avec eux au sujet de ses desseins , qu'il désirait faire adopter dans une grando assemblée d'ecclésiastiques et de laïques à Constance. Et il parait qu'il les gagna à ses vues. A Constance , l'assemblée examina et discuta à la manière habituelle, durant trois jours, les affaires publiques. Le roi assista à toutes ces discussions, sans interruption et sans ennui, pour apprendre à connaître tout à fond; sans doute aussi pour prouver qu'il connaissait les matières mises en délibération. Le quatrième jour , accompagné d'un prêtre , il prit publiquement la parole , et exposa avec talent, clarté, force et efficacité , ce qui était le plus nécessaire à la patrie , à savoir une réconciliation générale , la tranquillité et la concorde. Ce fut un discours dans l'esprit de la paix de Dieu. Et ces paroles agirent avec d'autant plus de puissance sur les esprits, qu'elles sortaient de la bouche d'un roi , et d'un jeune roi plein de vie et de génie. Mais aussi Heinrich avait choisi un moment où les esprits étaient très-bien disposés pour un discours dans ce sens. Car cette année avait été semblable à la première année de ce siècle , où la plus effroyable famine avait rempli plusieurs pays de l'Europe de douleurs infinies , de terreurs , d'atrocités et de cadavres. Des pluies continuelles avaient succédé à un hiver rigoureux. 11 en était résulté une grande épizootie et nne récolte insuffisante. La misère du présent pouvait encore être supportable; mais on craignait qu'au lieu de se terminer avec cotte année elle ne fit peser sur le Teutschland ces mêmes malheurs infinis qui douze ans auparavant avaient fait naitre en France l'idée de la paix de Dieu. Aussi l'abattement régnait partout , et les âmes étaient en proie à la terreur. Lors donc que le roi , dans son discours à l'assemblée, déclara qu'il pardonnait A tons ceux qui l'avaient offensé , qu'il ne voulait se venger de personne et ne poursuivre personne; lorsqu'il demanda aux assistants la même déclaration, et lorsque, s'il rencontrait quelque répugnance, il n'épargna ni exhortations, ni présents, ni même , en certains cas, les menaces , il arriva à faire cesser toutes les fehdes , à ce que tous renonçassent A toute inimitié et s'obligeassent réciproquement à la paix et A la concorde. Et

il confirma par un diplôme authentique les conventions faites entre les assistants et les obligations qu'ils s'étaient imposées. Il continua sa route après ce succès. Partout où il alla après cette diète , il parla et agit dans le même sens; et ce ne fut jamais ou rarement en vain. Par là il établit au loin dans l'empire une paix inouïe jusqu'alors, el qui , si elle avait duré et avait été maintenue pendant une génération , aurait pu, bien plus, aurait dù produire d'heureux fruits. Mais c'était une paix du roi et non une jmix de Dieu. Voilà la différence entre ce que lleiuricb lit dans le Tcutschland et ce qui eut lieu en d'autres pays. C'était le roi et non l'Eglise qui était l'auteur de la paix; le roi voulait s'en réserver l'exécution, et non abandonner à l'Eglise ce qui regarde le maintien du bon ordre dans les affaires temporelles, à quelque point qu'il pût compter sur le concours du clergé.

De Constance le roi se rendit à Besançon , où (Guillaume, comte de Poitiers, duc d'Aquitaine, tenait sa cour. Lu grand nombre d'illustres seigneur*, ccelésiastiqucsct laïques, se réunirent pour les fêtes des fiançailles du roi avec Agnès , sœur du due. Ueinricb se concilia aisément les cœurs de tous les assistants , mais plus aisément encore celui de la jeune princesse qu'il avait choisie pour épouse. Elle le suivit bientôt dans Je Tcutschland ; et dès le i" novembre, après qu'elle eut été couronnée reine à Maycnce, il célébra son mariage avec elle à Ingclhcim. A ces fêtes accourut, selon l'habitude, un essaim d'hommes qui, comptant sur la facile curiosité et sur la prodigalité des seigneurs, se proposaient d'exercer des talents légers et frivoles , de faire des jongleries et «les jeux amnsuits. Mais lleinrich , réfléchissant aux temps difficiles qui pesaient sur le peuple , et fidèle aux principes qu'il avait publiquement exprimés à Constance, chassa de la cour tout cet essaim avec tous ses jeux , et employa l'argent qu'ils auraient coûté à donner des vivres et des vêlements aux pauvres. Par là il encourut un blâme injuste ; mais les sentiments des meilleurs et des plus nobles furent pour lui et pour sa conduite.

Pendant ce temps il s'était fait en Hongrie el dans les relations du Tcutschland avec ce pays des changements qui , s'ils ne forcèrent pas le roi à une expédition eu Hongrie, l'y engagèrent du moins. Le roi Samuel Aba, vieillard sans force et sans fermeté , était monté sur le trône

eomine par assaut , soutenu par un parti qui i, tenait pas à lui, mais voulait seulement se débarrasser du roi Pierre, et n'avait mis Aba «g av ant que parce qu il l'avait sous la main , parce qu'il était allié à la maison princiers et possédait de grandes richesses. Mais cette faction exigea des récompenses et de la reconnaissance ; elle voulait régner elle-même par sa créatare et ne pas se laisser gouverner; et , dans le tumulte des passions, elle voulait fonder sa domiiialion sur l'extirpation du christianisme, qii avait été imposé à leur peuple [tour son malheur, sur l'anéantissement ou l'expulsion des étrangers qui se trouvaient dans le pays, et sur l'entier asservissement des anciens habitants, aussi bien qne de tous ceux qui n'étaient pas avec elle. Tant que le roi Samuel avait craint k retour de Pierre , le roi chassé , il avait cobço et fait quelques actes dans le sens de cette faction ; dernièrement encore il n'avait entrepris la guerre contre l'empire teutsch que pour occuper l'attention et donner un théâtre au tumulte des passions : mais après que la paix eut été rétablie a\ee lleinrich III sans que le-* pfMM soulevées eussent été calmées, il crut devoir affermir son trône par des actes d'énergie. Dans sa cause il avait raison : il empiéta des dcu\ eûtes, ne voulut ménager aucun des partis qui se trouvaient sur le chemin par lequel il \<>ul arriv er à l'ordre. Mais ce n'était pas uu borna» capable de persévérer dans cette voie ou de h deblaver. H s'éleva donc un cri sauvant1 , » t > mucl Aba fut haï de tous les partis et repoupar tous, bien qu'Us n'éclatassent pas encore.

Beaucoup de Hongrois s'enfuirent dans le Tcutschland , et implorèrent le secoure du rw pour leur malheureuse patrie. Pierre , le roi chassé, qui était un fardeau pour Heinrich. conçut de nouvelles es|>éranees, et excita son protecteur à une nouvelle guerre. lleinrich m pouvait voir avec indifférence un état de choses qui rendait tout incertain. D'ailleurs Samuel Aba n'avait pas encore mis en liberté les prisonniers teutschs, comme il s'y était engagé par le traité de paix ; ce n'avait \ ■ ■ été par mauvaise foi , mais parce que ses emsttmis avaient représenté le traité comme honi. pour la Hongrie , et que , dans son embarras . il n'osait pas l'exécuter. Heinrich se porta don<avec une nrmée composée de Bavarois sur la frontière de Hongrie, comme en observa ti< L'armée était peu considérable , soit que Ucni-

pereur fût résolu à n'employer que des forces médiocres et A ne pas s'engager dans une guerre qui pouvait exiger de grands sacrifices, soit que la rareté des vivres eût rendu difficile l'entretien d'une grande armée. Il parait que des frontières, pour avoir un grief contre Samuel Aba, il le fit sommer de mettre sur- ' le-champ les prisonniers teutschs en liberté. Samuel, de son côté, demanda l'extradition des transfuges hongrois, qui étaient des traîtres et n'avaient d'autre but que d'impliquer les deux rois dans une guerre. Comme Ueinrich Justifié, à ce qu'il semblait, par ces négociations, trouva la frontière hongroise sans défense, il n'hésita pas à la franchir et à pénétrer dans le pays. 11 suiv il le cours de la Lcitha, axant cette rivière A sa gauche. Nulle part il n'y eut de résistance. Vraisemblablement Samuel Aba espérait que les Hongrois, oubliautt outes leurs divisions, courraient aux armes avec d'autant plus d'ardeur, qu'ils verraient leur propre ter- ' ritoire plus menacé, et que les ravages de la guerre s'étendraient plus sur leur propre sol. Dans le fait ils répondirent aussi en grand nombre à son appel pour la défense de la patrie; mais ils ne vinrent pas dans un même ' esprit, pénétrés d'un sentiment patriotique ; ils vinrentdans l'esprit de faction , pour ne pas manquer l'occasion qui pourrait se présenter d'agir dans ce sens. Samuel Aba rassembla les troupes qui arrivaient près de la ville de Raab, sur le fleuve du même nom. Il les tint réunies avec une grande prudence; il regarda tranquillement l'armée tcutschc s'approcher du fleuve ; il ne fit rien pour empêcher le passage A l'ennemi : mais aucun mouvement ne lui échappa , et il aurait pu être sûr de son succès , s'il avait pu l'être de son armée.

Le 5 juillet de l'an 4044, Ueinrich, roi des Teutschs, entreprit, après une marche forcée, de passer soudain le fleuve. Si l'on jugeait Hcinrich comme général , ce passage devrait attirer sur lui le blâme le plus sévère, dans le cas où il n'eût pas désarmé la critique par le succès. Car c'eût été un acte de la plus Mie audace, qui nécessairement l'eût précipité à sa pérte et à celle de son armée. Mais Ueinrich avait sans aucun doute, par les Hongrois fugitifs qui étaient près de lui, et par Pierre lui-même, le roi chassé, des intelligences dans le camp ennemi, et il savait d'avance ce qui arriverait. Il s'attendait à un vain jeu et uou à un combat ; |

ni.

et sou attente fut remplie , bien qu'imparfaitement. •

•A peine s 'était-il mis en mouvement avec la première partie de ses troupes, sur la riv e gaucho de la llaab , contre le camp ennemi , qu'il vit l'armée hongroise s'av aucerconttelui. L'attaque eut aussitôt lieu , et les Hongrois montrèrent une telle confiance, qu'évidemment Samuel Aba ne doutait pas de l'anéantissement de ses ennemis. Ueinrich, voyant l'impression que la multitude et l'assurance des Hongrois faisaient sur les siens , cria à ses compagnons de ne pas s'effrayer et de ne pas faiblir ; qu'il n'y avait de salut et de v ictoire que dans la constance. Le premier choc fut rude ; des deux côtés périrent de vaillants hommes , car le petit uombro des fidèles loyalement attachés au roi de Hongrie combattirent honorablement , et tombèrent en braves , ou firent mordre A des braves la poussière. Mais lorsque le combat fut plus animé , les ennemis de Samuel commencèrent leur œuvre, abaissèrent ses étendards, élevèrent des cris barbares, passèrent à l'ennemi, se sauvèrent, et mirent tout dans un désordre que rien ne put arrêter. Alors seulement le malheureux roi Samuel reconnut combien son ennemi était fort. Dans le trouble do son Ame, ;\ la vue du désordre de son armée, il chercha son salut dans la fuite , ou du moins il fut entraîné dans la fuite générale. Mais co désastre même ne calma pas la rage de ses ennemis. H fut poursuiv i par ceux qui étaient venus combattre sous ses étendards, et massacre cruellement comme un ennemi dangereux, lorsqu'il ne cherchait plus qu'à se défendre. Quant A Ueinrich, roi des Teutschs, il parut comme vainqueur et raaltro à la suite d'une bataille que sans doute il avait mérité de gagner par son héroïque bravoure, mais qu'en fait et en vérité il n'avait pas gagnée. 11 prit aussitôt possession de Raab, et dans celte ville la femme, les fils et les trésors d'Aba tombèrent entre ses mains. 11 ne resta d'autre ressource aux Hongrois que d'obéir aux ordres du roi. Ueinrich voulut que Pierre , qu'ils avaient chassé, fût rétabli sur le trône et redevint roi de Hongrie. Une partie des Hongrois, l'ancienne faction de Pierre, se conforma volontiers à cet ordre : c'était le but où elle avait tendu; ses adversaires, intimidés , dispersés , exposés à des persécutions , n'osèrent et ne purent pas résister. Tous s'humilièrent, non dc-

vant la puissance dont le roi étranger pouvait disposer , mais sous le joug présent qu'ils s'étaient imposé eux-mêmes par leurs discordes. Ce qu'ils firent les uns contre les autres fut attribué au vainqueur comme un titre de gloire, et ce fut dans l'éclat de celte gloire que Hcinricli satisfait revint dans sa patrie.

Mais a quelles conditions Meinrich avait-il remis à Pierre , son protégé , le royaume de Hongrie ? On le vit manifestement l'année suivante, 104*». Dans cette année, en effet, Heinrich, entouré d'une suite nombreuse , se rendit de nouveau, sur l'invitation du roi Pierre, dit-on, en Hongrie. Pierre avait réuni autour de lui des hommes éminents de ses États, soit que ceux-ci fussent ses adhérents, soit qu'il eût su se les gagner ou les rassembler par la force. Heinrich arriva le jour de la Pentecôte , et fut reçu de la manière la plus solennelle. Ensuite Pierre parut devant le roi Heinrich, déposa à ses pieds sa couronne, une lance dorée, d'autres insignes de la dignité royale, et avec ces symboles son royaume; il prêta au roi le serment de fidélité, ainsi que ses hommes. Puis Heinrich remit le royaume de Hongrie, comme un fief de l'empire teutsch , au roi Pierre , non toutefois a titre héréditaire, mais seulement pour la durée de sa vie. Mais celte concession on cette investiture ne fut qu'un fait sans consistance , sans importance et sans poids. Pierre désirait sans doute trouver dans Heinrieh un soutien de son trône chancelant, et effrayer par la puissance des Teutsehs les ennemis qu'il avait en Hongrie; les vues de Heinrieh étaient de conserver la haute main dans les affaires de Hongrie, d'occuper les Hongrois par des discordes intérieures, et de les mettre ainsi hors d'état d'inquiéter le Teutschland. Pierre ne voulut certainement pas établir une relation durable de suzerain à sujet, et il est difficile que Heinrich l'ait espéré. Mais ce dont on a fait un titre de gloire à Heinrich devint bientôt une cause de ruine pour Pierre ; car un peuple barbare ou civilisé qui a la moindre valeur ne permet pas qnc l'on se jonc de son honneur et de son indépendance ; et qui séme le vent, ne peut récolter que la tempête.

Pendant que Heinrich III était ainsi occupé des affaires de Hongrie, il se passait à l'ouest de ses États des changements et des mouvements qui réagirent au loin, et qui probable» ment l'affectèrent d'autant plus qu'ils permi-

rent aussi aux anciens ennemis des Tenlschs, aux Slaves Liutitzcs, de commencer de nouvelles hostilités, maintenant qu'ils avaient jusqu'à un certain point réparé leurs derniers revers. Le roi toutefois se maintint aussi devant ces entreprises , et bien qu'il ne rétablit qu'une tranquillité apparente, il sauva dn moins son autorité royale par une conduite intelligente , par la rapidité de son action , et par le zèle d'amis fidèles.

L'an \ 0-M mourut le duc Gozelo I" , auquel l'empereur Kunrad H avait confié toute la Lotharingie. Il laissait deux fils, Godefrid rt Gozelo. On considérait le dernier comme faible cl lâche; le premier, au contraire, dont nous avons déjà parlé au sujet de la mort d'Odo, comte de Champagne, se distinguait par son audace et son activité : on le surnommait le Barbu. Depuis quelques années son vieux père Gozelo lui avait remis, avec l'assentiment du roi , le duché sur la Meuse , ou de la basse Lotharingie; quant au duché Moscllan, ou de la haute Lotharingie, il se le réserva jusqu'à sa mort, le destinant à son second fils Gozelo. Le roi Heinrich lui promit que celui-ci lut succéderait; car il désirait maintenir la tranquillité en Lotharingie, tant à cause des forces que ce duché lui-même pouvait fournir, qu'à cause du peu de sfireté de la Bourgogne et du voisinage de la France ; aussi appronvat-il tout d'abord que la Lotharingie fût de nouveau divisée en deux duchés. Mais le vieux Gozelo étant mort, Godefrid sollicita le roi de l'investir aussi du duché destiné à son frère. Heinrich toutefois rejeta cette demande comme injuste el contraire à la parole qu'il avait donnée. Ce refus blessa l'orgueil de Godefrid; il prit les armes , se mit en révolte ouverte contre son roi et seigneur, chercha à se rendre maître du duché de haute Lotharingie , et s'en rendit effectivement maître, non sans exercer de grands ravages jusqu'au Rhin.

Cette révolte n'était pas à mépriser en ellemême. Elle dev int encore plus grave en ce que d'autres prinees des pays occidentaux de l'Empire prirent en même temps les armes, soit qu'ils fussent poussés par leur propre mécontentement , soit que Godefrid les eût gagnés on excités. En Bourgogne , deux comtes , Kainold de haute Bourgogne , oncle de la reine Agnès et vieil ennemi de Heinrieh, et Gérhard de Ge-

nève, commencèrent la guerre; Balduin, comte

de Flandre, fit sans doute aussi alliance avec Godefrid ; et en Frise il y eut des fehdes et des luttes, parce que le markgraf Thcodeiich, comte de Hollande , fils de ce Thcodeiich qui du temps de l'empereur Heinrich II s'était emparé du pays de Menvcde, cherchait ù étendre ses possessions à la manière de son père. Le roi, reconnaissant le danger, ne perdit pas de temps; et tout fut bientôt terminé, et si vite , qu'on ne peut s'empêcher de penser que Heinrich fit plus par les négociations que par les armes , et que les négociations furent conduites avec plus de finesse que de loyauté. Le comte Raiuold voulut attaquer Montbéliard ; mais Ludwig, comte de Monlbéliard , le surprit avec des forces bien inférieures, et le mit en fuite. Quant au roi lui-même, il força un château du duc Godefrid , que l'on appelle Beggclinheim. II n'est pas question d'autres exploits. On nous apprend même, sans plus amples détails, qu'au mois de janvier 10i"> les deux comtes bourguignons vinrent trouver le roi à Soleurc, pour se soumettre à lui, et qu'ensuite le duc Godefrid , désespérant du succès de sa révolte, vint faire sa soumission au roi, on ne sait où ni quand. II parait que le roi se contenta de la soumission des deux comtes bourguignons ; quant ah duc Godefrid , il le fit arrêter et conduire prisonnier à Giebichenstein. Et l'on se borne là. Mais, on ne peut. le nier, quelque faibles éclaircissements que l'on puisse attendre dos auteurs de chroniques , l'obscurité que nous rencontrons ici doit nous surprendre, et il paraîtrait presque que le duc tomba dans un piège.

Cette année Heinrich célébra les fêtes de Pâques i\ Goslar. C'est alors qu'il donna le duché de Souabe a Otto, comte palatiu du Rhin. Cette nomination était vraisemblablement contraire aux principes que le roi suivait en général. On ne sait ce qui le détermina a dévier de ses principes, et on ne peut que le supposer. Otto était fils du comte palatin Ezo et de Mathildc, soeur d'Otto III; son frère Ilermann était archexcque de Cologne; son troisième frère, Heinrich, obtint le comté palatin du Rhin {\2>. Ces trois frères", puissants par leurs propres forces et par di\ erses alliances, avaient prouvé au roi leur fidélité et leur dévoùment dans les querelles de Lotharingie et de Bourgogne, et Ueiurich prévoyait peut-être que plus tard il aurait encore besoin de leur fidélité et

de leur dévoùment. H chercha donc à les lier par la reconnaissance. D'autre part, les vues de Heinrich pouvaient inspirer des inquiétudes à plus d'un personnage. La Bavière avait , il est vrai , un duc , mais de nom plutôt que de puissance comme jadis. La Souabe, la Franconie, la Carinthie étaient sans ducs, comme tout Io ro\aumc de Bourgogne, sous l'autorité immédiate du roi. De plus, la basse Lotharingie n'avait pas non plus de duc, et l'homme qui, dans la haute Lotharingie, était revêtu du titre ducal, le lâche Gozelo , n'avait de cette dignité que le nom. I-i réunion à la couronne d'uue masse do pays si grande et si compacte dut exciter les réflexions et amener cette question : Dans quel but? 11 pouvait être bon, en face de ces réflexions, d'instituer un nouveau duc; et comme un duc venait d'être arbitrairement destitué et mis dans les fers, l'élévation arbitraire d'un nouveau duc ne pouvait assurément nuire à l'autorité royale. Enfin, vers ce temps, le roi avait acquis la conviction qu'il lui faudrait, aussitôt que cela serait possible, entreprendre une expédition en Italie, et il était décidé à la faire. Aussi désirait-il ordonner les relationsdans tous ses États, de manière que la tranquillité put être maintenue jusqu'à un certain point durant son absence. Il fut donc peut-être salutaire, moins à cause des Allcmanni , qu'à cause des Bourguignons et des Lotharingiens, de rétablir un duc en Souabe.

Dans tout ce que le roi entreprit à cette époque , il avait évidemment en vue l'expédition d'Italie. I.e traité même avec Pierre, roi de Hongrie , conclu à la Pentecôte , avait trait à ce dessein , ou plutôt il fut hâté à cause de ce dessein. De même la campagne contre les Liutitzcs, qui eut lieu vers l'automne de cette année, n'eut vraisemblablement d'autre but immédiat que d'intimider de nouveau cette nation turbulente , afin de la contraindre à rester en repos; aussi le roi se coutenta-t-il volontiers de les voir se soumettre à l'ancien tribut. Une diète à laquelle le roi convoqua a Tribur , vers la fin de l'année, les princes de l'Empire, eut sans aucun doute pour objet d'étendre et do confirmer les principes de paix qu'il avait exprimés et fait valoir à la diète de Constance : mais une maladie empêcha le roi de tenir cotte assemblée. Il était ainsi partout actif et vigilant. La Saxe seule parait lui avoir causé peu de soucis La tranquillité fut maintenue dans ce pays par

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le vieux due Beruhard; il semblait comme perdu dons le sentiment de sa grandeur décime; et Hcinrich ne jugea pas à propos de réveiller la puissante énergie des Saxons , et de leur rappeler en quelque sorte la grandeur des empereurs sortis de leur sein. Toutefois il séjourna volontiers parmi les Saxons , pour se les concilier et maintenir les Billungs dans leur fidélité ; c'est ainsi que cette année il célébra les fètes de Noél à Goslar.

Vers le printemps de l'an 4046 il se rendit en Lotharingie. Vers Pâques il passa avec une flotte le bras de mer du coté de Fhlatirtinga ou Vlaerdingen , pour arracher au markgraf Théodcrich ce canton dont il s'était emparé, vraisemblablement comme allié de Godefrid. Cette entreprise réussit ; mais le markgraf était l'ennemi du roi, et il n'attendit qu'une occasion pour se venger.

Le jour de la Pentecôte le roi se trouvait à Aix-la-Chapelle. Comme Cozelo , duc de haute Lotharingie, frère de Godefrid, prisonnier, était mort depuis peu , il Ut venir ce Godefrid de Giebichenstein a Aix-la-Chapelle , et il lui rendit par faveur royale le duché de basse Lotharingie, après qu'il se fut humilié devant lui : il espérait sans doute non -seulement réparer ainsi une injustice, mais encore s'assurer en Godefrid , après une telle épreuve , un Gdèle prince de l'Empire. Quant au duché de haute Lotharingie , le roi en investit Friedrich , frère de Hcinrich , duc de Bavière. Sans doute Godefrid avait donné son assentiment à cette investiture : probablement il se serait encore relâché davantage de ses anciennes prétentions, pour sortir de prison. Mais l'Âme de cet orgueilleux prince resta la même ; ses anciennes passions ne furent que refoulées et non éteintes. Hcinrich se faisait illusion , et avait une grande confiance daus sa propre prudence.

Vers le même temps il se passa en Hongrie des événements qui menaçaient de détruire l'édifice élevé par Hcinrich dans ce pays. L'nc nouvelle expédition eut été nécessaire , s'il avait été décidé à le maintenir. Mais il pensait qu'il ne pouvait ajourner l'expédition d'Italie, sentant bien qu'elle serait nécessairement retardée de longtemps, si maintenant il s'engageait encore une fois dans les affaires de Hongrie , et qu'il perdrait sans retour un temps précieux.

•LE ALLEMAND

ÉTAT DE l' ITALIE EX GÉNÉRAL , ET RELA- TIONS DU SAINT— SIÈGE EN PARTICULIER.

— RIVALITÉ ET LUTTE DES TROIS PAPES BENOÎT IX, GRÉGOIRE VI, SYLVESTRE II.

De Tan 1038 à l'an 1047.

L'empereur Kunrad H avait laissé l'Italie en proie à de grandes passions et dans une extrême excitation ; et dans les huit années qui suivirent son retour dans le Tculschland, le calme n'avait nullement été rétabli. Nulle part, depuis les Alpes jusqu'au détroit de Sicile , le regard de l'investigateur ne tombe sur une société bien ordonnée , mais partout il rencontre des luttes , des dissensions et un état barbare. Sans doute il se trouve <;à et là des faits satisfaisants; mais ils font naitre tout au plus des espérances pour l'avenir ; ils sont accompagnés d'une désolation et d'une misère sans mesure et sans nom , et ne -mon Iront en tout cas l'accomplissement de ces espéranecs que dans un lointain reculé. Et la précisément où l'on eut du trouver plus qu'ailleurs les consolations et le calme , régnaient les passions les plus sauvages et la plus horrible dépravation.

On peut toutefois ne dire que peu de mots de l'Italie inférieure. Là duraient toujours les anciennes relations. Grecs , Sarrasins , Normands étaient entre eux dans une lutte sans lin , ét dans cclto lutte le désespoir saisit de temps à autre les luibilunts de la Pouille, presque toujours pour leur malheur. Les Normands devenaient toujours plus forts en nombre et en puissance. Nc*le cédant à personne en astuce, supérieurs à tous en audace, également enclins à l'action et au brigandage , ils avaient toujours conservé l'avantage dans toutes les vicissitudes des choses, et acquis une position telle, que l'issue de cette lutte compliquée pouvait à peine encore être douteuse. Les Normands devaient , à ce qu'il semblait, devenir les maîtres de toute l'Italie inférieure , si des revers extraordinaires ne venaient les atteindre.

Dans l'Italie supérieure, au contraire, le génie qui naguère s'était éveillé, et qui marchait vers la liberté fondée sur des droits assurés, faisait chaque jour de nouveaux progrès. 11 y avait partout une grande excitation; mais c'était à Milan, dans la ville la plus grande et la plus vivante de ces contrées , que ce géuic se révélait

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