‹ Histoire d'AllemagneChapitre 69 sur 100 · LA LUTTE ENTRE LE POUVOIR SPIRITUEL ET LE POUVOIR TEMPOREL. — GRANDE · texte numérisé non relu

LA LUTTE ENTRE LE POUVOIR SPIRITUEL ET LE POUVOIR TEMPOREL. — GRANDE

EXCITATION RELIGIEUSE. — CONTINUA- TION DES TROUBLES DANS l'eMPIRE.

De l'an 10*8 û fan 1054.

L'empereur opposa la plus grande résolution aux troubles qui s'élevaient. Il porta un regard ferme sur chaque relation ; mais évidemment son plus grand soin fut de maintenir dans l'intérieur de l'Empire la tranquillité et la paix.

Des ambassadeurs étaient arrivés de Rome pour remettre à l'empereur la nomination d'un nouveau pape. Heinrieh les reçut durant les fêtes de Noël à Poelden en Saxe. Comme Benoit IX était en possession de la ville de Rome, ces ambassadeurs n'avaient probablement éfé envoyés officiellement ni par le peuple, ni par le clergé : ils ne lui apportèrent sans doute que des vœux ; probablement aussi des propositions furent faites par des cvèques de l'Empire, dout Heinrieh demanda l'avis; mais il destina au sainl-siége Poppo, évéque de Brixen, s'inquiétautpeu , à ce qu'il semble, de vœux et de propositions. C'était peu toutefois que d'avoir nommé cet homme, auquel du reste on reproche un grand orgueil ( I ), le plus difficile restait à faire; il fallait l'installer. L'empereur chargea le marquis Boniface de conduire le nouveau pape à Rome. Boniface s'acquitta de cette mission. Pourtant les discussions qui peuvent avoir eu lieu entre lui et l'empereur en retardèrent l'exécution. Ce ne fut que vers la (in du mois de juin , 1 an 10î8, que le marquis arriva devant Rome avec levéque Poppo, le pape nomme. A leur approche Benoit IX sortit encore une fois de la ville éternelle. Le nouveau pape fut honorablement reçu par les Romains, sinon avec une grande joie, du moins avec résignation. Il reçut la consécration , et porta le nom de Damase H ; mais on ne sait si ce fut dés II- moment de sa nomination , ou seulement à dater de sa consécration. Mais dès le 17 juillet il n'était plus qu'un cadavre.

Le monde fut frappé de cette fin soudaine de deux papes de race teutschc élus par l'empereur : le premier, Clément H, était mort au bout de neuf mois ; l'autre, Damase II, au Iwut de trois semaines à peine. Cela parut contraire au cours de la nature. Les adhérents de l'empereur crurent devoir expliquer ce singulier événement en admettant que Damase, comme Clément, avait élé empoisonné ; mais beaucoup de per-

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sonnes , et peu a peu sans doute la plupart nonseulement des adversaires de Heinrich , mais aussi des hommes impartiaux , bien intentionnés et pieux, considérèrent comme un jugement de Dieu cette mort si prompte de deux hommes qui avaient été élevés par l'empereur sur le saint-siége ; ils y virent la preuve la plus manifeste que l'immixtion du pouvoir temporel dans les statuts de l'Église était un crime que devaient expier de leur vie ceux qui s'étaient décidés à y prendre part , et à servir deux maîtres à la fois , l'empereur et le chef suprême de l'Église , qui était le Christ. Ainsi commença une excitation des esprits , qui peut-être gagna de proche en proche les ecclésiastiques de tous les pays chrétiens , bien qu'elle fût plus forte en Italie et dans le Teutschland ; et probablement les laïques de toutes les classes ne restèrent pas étrangers à ce mouvement. Cette agitation, conformément à la nature des choses humaines , donna de nouveau la plus grande importance au siège papal , auquel on pensait à peine peu d'années auparavant. La foi et la superstition l'élevèrent dans l'imagination des hommes à une hauteur où il ne s'était jamais trouvé, et d'où il jetait sa lumière sur tout le monde chrétien d'Occident, qu'il menaçait en même temps. Il enflamma enfin d'autant plus l'ardeur du cœur humain , qu'il resta inoccupé dorant plus de six mois , en partie parce que l'empereur lui-même était peut-être effrayé, en partie certainement aussi parce qu'il ne se trouva point d'évèque qui osât s'asseoir sur un siège sur lequel régnait une influence si mystérieuse. Quant à ceux qui , comme le moine Hildehrand, avaient précédemment déjà pénétré les vues de l'emi>ereur, et qui par conséquent étaient capables d'apprécier de sang-froid cet état de choses , ils ne virent certainement pas sans joie comment on labourait le champ où ils .songeaient a jeter leurs semences, et probablement ils travaillèrent en silence et de toute manière à rendre plus prononcée encore la séparation commencée entre l'Église et le pouvoir temporel.

Dans ces entrefaites , Heinrich III , sans doute vivement affligé de voir son œuvre pieuse interrompue, déploya dans l'Empire une grande activité. Il déclara le duc Godefrid déchu de son duché de basse Lotharingie , et nomma à sa place le comte Adalbert , son paient. Celui-ci entreprit la guerre contre Godefrid, aussi brave

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qu'arrogant. L'empereur lui-même resta dans l'Empire et courut d'une contrée dans l'autre, de Saxe en Souabc , de Souabe en Bavière , de Bavière , par la Souabe , en Bourgogne , et de Bourgogne, par la Franconie, en Saxe; et partout il maintint par sa présence l'ordre et la paix (2). Dans une diète tenue à Ulm il donna un duc aux Souabes. On ne sait si ce fut d'après leur désir, ou s'il voulut récompenser un homme qui lui avait rendu de fidèles services, ou si, ce qui est plus vraisemblable, il fut déterminé par ces deux motifs ; car il conféra le duché à Otto, markgraf de Schvv einfurt , qui par sa mère était petit-fils de Hermann II, duc de Souabc, et qui s'était distingué dans les guerres contre la Bohême. Mais on ne trouve pas que le nonveau duc [ait exercé le moindre pouvoir ; il parait plutôt que l'empereur se réserva le gouvernement du pays. En Bavière , qui précédemment déjà avait été son propre duché, il ne rencontra peut-être pas le désir d'avoir un duc particulier; il retint encore une fois ce pays sous son administration immédiate. Et il pouvait le faire avec d'autant plus d'assurance, que les Hongrois étaient encore dans une situation où ils ne pouvaient causer aucune inquiétude à l'Empire , et que Brecislav , duc do Bohème , parut aussi devant lui à Rastisbonnc , et lui donna de nouvelles preuves de sa fidélité. C'est ainsi qu'il agit partout selon les circonstances, et ce ne fut nulle part sans succès. La guerre seule que le duc Adalbert faisait en Lotharingie contre Godefrid pour chasser ce prince et arriver lui-même au duché dont il avait été investi , tournait continuellement contre les espérances de l'empereur. Hciurieh ne parait pas avoir envisagé cette guerre sans inquiétude. Car elle ne troublait pas seulement la paix de l'Empire ; elle faisait craindre aussi que le roi de France ne se mêlât enfin à la lutte, et ne cherchât à s'assurer la souveraineté de la Lotharingie en soutenant le duc Godefrid. Ce fut cette inquiétude sans doute qui, vers l'automne de cette année, décida l'empereur à une entrevue avec Henri 1", roi de France. Elle eut lieu au mois d'octobre , sur les bords de la Meuse , dans l'évéché de Metz, et l'empereur y réussit à décider le roi non-seulement à la paix , mais encore à une alliance qui , jurée des deux côtés , ôta de grandes espérances a Godefrid. Adalbert, il est vrai, périt près-

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qu'à eeltc époque devant ce duc ; mais l'empereur, sans perdre de tem[ s, nomma duc à sa place Gerhard , comte d'Aisn e, et Godcfrid ne retira aucun avantage de la mort de son adversaire; en général d'ailleurs on pouvait regarder déjà sa cause comme chancelante, par cela seul qu'elle ne faisait pas de progrés. Ce ne fut pas une chose sans importance , et c'est un des sigues de ce siècle, que, dans les besoins auxquels cette guerre donna lieu , on appela à plusieurs reprises aux aimes les bourgeois des villes, et particulièrement ceux de Liège (3). C'était là une reconnaissance d'un droit qui élev ait les sentiments de ces bourgeois. Elle leur rappelait qu'ils avaient des bras , et la force de porter et de manier l'épéc.

Durant ces événements Hcinricb III n'avait jamais perdu de vue les affaires du siège apostolique. Mais ce ne fut que dans le dernier mois de l'an 1018 qu'il trouva un homme qui parût sous tous les rapports digne d'occuper ce siège sublime en des temps si difficiles. Dans une grande assemblée d'évèques teulschs , et eu présence des députés envoyés de Rome vers l'empereur pour demander un nouveau pontife, Bruno , évèque de Toul, parent de l'empereur, fut désigné unanimement comme leprétroqui, par sa sagesse, par la pureté de ses mœurs , par son zèle pieux cl son infatigable activité, était plus que tous en état de remplir la plus haute dignité de l'Eglise, et méritait plus que tous de l'obtenir. L'empereur nomma pape l'évéque Bruno, et toute l'assemblée lui donna avec joie son assentiment. L'évéque s'effraya à la pensée d'abandonner le troupeau qu'il avait dirigé avec amour et bonheur , d'entrer dans des relations qui se compliquaient à l'infini , et de se charger de travaux dont le poids pouvait bien effrayer l'esprit le plus vigoureux. La volonté de l'empereur toutefois, les représentations des évèques assemblés , les prières des députés romains, mais avant tout, le sentiment que l'Église ne pouvait plus longtemps se passer d'un chef, décidèrent le pieux personnage à céder. Il semble qu'il changea aussitôt de nom, et s'appela I,éon IX ; du moins il parait qu'il revêtit déjà à Worms les signes extérieurs de la papauté. Puis il revint à Toul , pour se mettre le plus tôt possible en route pour Borne.

Cet événement délivra sans doute le cœur de peinrich d'un pesant fardeau , de sorte qu'il

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put commencer avec quelque sérénité la nouvelle année 10 59. Les relations semblèrent aussi prendre une meilleure tournure pour l'Empire. Lu changement arrivé en Hongrie panit , il est vrai , donner quelque inquiétude à l'empereur : car le faible roi André avait rappelé de Pologne son frère Bcla, et celui-ci, à qui fut concédé un tiers du royaume de Hongrie , était un homme vaillant, sachant faire la guerre et l'aimant. Il n'était donc pas invraisemblable qu'il s'élèverait en Hongrie de nouveaux orages, qu'il s'y ferait de nouveaux changements, et (fie l'empire tcutsch pourrait en souffrir; mais les mesures que prit l'empereur punirent suffisantes pour détourner tout danger. Il se rendit au commencement dcl'année en Bavière, et éleva Knnrad, comte de Zutphen, au rang de duc de ce pays, pour en réunir, en cas de besoin , les forces contre les Hongrois. Cette nomination ne fut pas non plus une déviation des principes de Heinrich. Kunrad ne devait pas être plus duc de Bavière, dans l'ancienne acception de ce titre, qu'Otto de Schweinfurt n'était en ce sens duc de Souabe. Heinrich se réserva également le gouvernement de la Bavière , et son but , comme le prouvent les événements qui suivirent , n'était autre que d'établir , dans la personne de Kunrad , un général pour défendre un pays à la défense duquel il pourrait n'èlre pas toujours préparé lui-même. D'autre part, ce fut un grand avantage pour l'empereur que dans le même temps où il prenait ces mesures en Bavière l'opiniâtre markgraf Théoderkh périt. L'hiver fut rigoureux. Les fleuves, les lacs et les marais , dans lesquels le markgraf avait trouvé ses moyens de défense les pins efficaces, ne le protégèrent plus. Aussi plusieurs princes des environs, et les évêques de Liège, d'Urecht et de Metz, se réunirent contre lui. Ils firent traverser les glaces à leurs vassaux , lui li\ rèrent une bataille où il fut tué , et soumirent le pays à l'empereur. Leduc fiodefrid, sentant combien un tel allié avait de valeur pour lui, accourut, il est vrai, avec une armée, afin de sauver son ami et son territoire; mais il arriva trop tard, et fut luimême mis eu fuite. Cependant cet audacieux génie resta égal à lui-même , et s'il fut ébranle dans ses espérances, il ne perdit du moins pas courage.

Pendant que l'empereur agissait ainsi , la querelle qui s'était élevée entre lui et l'Église

liv. xvir,

d'une manière presque purement spirituelle continuait et prenait un caractère plus déterminé. L'Église se mit à lui arracher ce qu'il croyait avoir déjà gagné ; et cette discussion fut conduito avec tant d'adresse , que ileinrich se vit presque forcé de féliciter ses adversaires de leur victoire (4).

Le nouveau pape , l'évéquc Bruno do Toul , se mit, au commencement de cette année , en route vers l'Italie , afin de prendre possession du saint-siége. Au devant de lui vint jusqu'à Besançon Hugues , abbé de Cluny , accompagné de Hildebrand , qu'il avait nommé prieur du monastère, à cause des grandes qualités de son esprit , de son savoir et de sa piété. Hildebrand gagna la confiance du pape tout aussi aisément qu'il avait gagné celle de l'abbé ; et , à la faveur de cette confiance , il se fit l'interprète des sentiments qui animaient beaucoup d'hommes, mais qu'il avait réduits eu principes. « Le pouvoir temporel , dit-il , n'a pas le droit de disposer du sacerdoce, parce que l'Église n'est pas la servante du pouvoir temporel. C'est à l'Église elle-même qu'il appartient de conférer ses dignités les plus élevées comme les plus petites. Elle n'a personne au dessus d'elle , si ce n'est le Seigneur, qui l'a fondée sur un rocher sur lequel les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Elle ne doit servir que ce Seigneur, et ensuite elle est tout pour son service; si elle veut servir un seigneur temporel , elle n'est rien. Aussi tout homme qui accepte le pontificat romain par Tordre de l'empereur n'est pas l'évéque apostolique , mais un infidèle, un apostat (5). » Ces paroles, ou d'autres analogues , ébranlèrent l'homme vénérable à qui elles étaient adressées, d'autant plus profondément que le moine qui les prononçait se distinguait par la sévérité de ses mœurs et par la pureté de sa conduite. 11 pria l'abbé Hugues de permettre à Hildebrand de l'accompagner : Hugues se rendit, bien qu'à regret, à cette prière. Eu quittant Besançon il déposa les insignes de la papauté, dont il était revêtu, et continua sa route comme un pieux pèlerin qui va prier sur le seuil des apôtres ; et par là il déclara devant le monde qu'il ne reconnaissait pas à l'empereur le droit de nommer au saintsiége , et que par conséquent tous les actes de Worms étaient nuls. Eu chemin , Hildebrand et Bruno tombèrent probablement d'accord sur ce qu'il y aurait à luire par la suite. Le projet de

l'empereur de purifier l'Église et de la ramener à quelque unité devait être reconnu bon , noble et nécessaire, et l'on devait regarder comme un bonheur qu'un prince laïque si illustre travaillât sans relâche et avec un zèle si pieux au bien de l'Église ; aussi était-il nécessaire de favoriser l'œuvre de toute manière, et d'en amener l'accomplissement. Mais en môme temps il fallait veiller à ce que tous les avantages acquis pour l'Église fussent réellement des avantages pour elle; il fallait veiller à ce que l'Église, si elle était délivrée des abus qui avaient fait sa désolation et sa honte , ne laissât pas abuser d'elle-même pour un but temporel et mondain, à ce que l'on n'abusât pas du sacré en faveur du profane. Pour prévenir tout cela , il était absolument nécessaire , parce qu'après l'empereur actuel , si noble et si pieux , il pouvait en venir un d'un autre caractère, que la direction, de toutes les affaires ecclésiastiques fût enlevée à l'empereur et remise aux mains du pape ; il était absolument nécessaire que la collation des sièges épiscopaux, et avant tout la nomination au saint-siége, fussent otées à l'empereur, parce que , tant que cette nomination dépendait de lui , il était à craindre que le pape ne fût, comme les évéques, un instrument entre ses mains : et pourtant le sacré ne devait pas servir le profane, mais le profane devait servir le sacré.

Ce fut dans la disposition d'esprit créée par de semblables manières de voir, que l'évéque Bruno, accompagné du prieur Hildebrand, arriva à Rome. Il courut aussitôt au seuil des apôtres. Dans l'église de St-Pierre , il adressa au clergé et au peuple , qui étaient assemblés dans une grande attente, les paroles suivantes : « ïrès-chers frères, je ne suis venu à Borne que d'après votre message, d'abord pour prier , ensuite pour faire votre volonté. » Les ecclésiastiques, qui sans doute étaient instruits d'avance et adhéraient volontiers aux principes de Hildebrand, répondirent : « Nous t'avons invité à venir pour t'élire pape. » Aussitôt , scion l'antique usage, l'archidiacre de l'Église romaine s'écria à haute voix : « Saint Pierre a élu pape le seigneur Léon. » Et le peuple poussa des cris de joie , lui souhaitant bonheur et prospérité ; et au milieu de ces cris de joie, Léon IX fut élevé par les ecclésiastiques sur la chaire du prince des apôtres.

C'est ainsi que ce qui s'était fait à Worms fut

annulé, et de la nomination impériale de ce pape il resta tout au plus une approbation donnée d'avance. Mais aussi il était entré dans la vie des principes qui, s'ils étaient sévèrement maintenus, et si on les faisait valoir dans la suite, devaient avoir des conséquences incalculables. En face de ces principes , l'empereur ne pouvait presque conserver encore quelque influence sur l'Église que par la simonie. Si au contraire la simonie était extirpée , et si en mémo temps un sentiment profond pour l'Église était éveillé dans les ecclésiastiques , si seulement les dispositions qui animaient déjà beaucoup de membres éminents du clergé se répandaient parmi tous les membres de l'Église ; l'empereur, le pouvoir temporel, ne devait pas seulement perdre son autorité sur l'Église , mais tout pouvoir temporel était en danger d'être abaissé sous l'autorité de l'Église , et ce danger était d'autant plus menaçant, que les domaines, les immunités et les droits dont les empereurs et les rois , tantôt par pitié , tantôt dans des vues temporelles, avaient doté les églises , étaient plus considérables , et que les armes dont l'Église devait et savait faire usage frappaient d'une manière plus mystérieuse.

Il est incertain si l'empereur Hcinricli III comprit entièrement dès lors la position dans laquelle il était tout au moins sur le point d'entrer; mais il lui était difficile de se dissimuler que, s'il avait espéré élever et consolider par le pouvoir de l'Église son autorité royale , ce levier avait perdu son poiut d'appui et menaçait de trébucher. Cependant il était hors d'état de revenir sur ses pas, ou d'abandonner la position qu'il avait prise. C'était lui-même qui avait éveillé les esprits et qui s'était placé au centre du mouvement : il lui était impossible de sortir du cercle qui désormais se resserrait de plus en plus autour de lui ; bien plus, il s'était attaché avec un zèle trop saint à purifier l'Église, et il avait recommandé d'une voix trop forte l'ordre et la sévérité , pour oser même faire une tentative d'opposition contre le pape et le clergé , s'ils suivaient la direction signalée par luimême comme la seule véritable. D'ailleurs les choses temporelles lui donnaient assez de travail. De quelque côté qu'il tournât ses regards , il rencontrait des relations dont il ne pomait tenir peu de compte. Les événements de Hongrie exigeaient toute son attention , et il ne pouvait se lier aux nations slaves,"qui n'attendaient

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qu'un moment favorable. La lutte malheureuse engagée en Lotharingie continuait , et un événement désastreux pouvait la rendre dangereuse. Hcinrich avait su , il est vrai, maintenir la tranquillité dans l'intérieur de l'Empire: mais l'ancien goût des guerres privées , l'ancien esprit de brigandage ne s'étaient nullement éteints chez les princes laïques. La paix, qu'il avait su maintenir avec tant d'énergie , avait détruit bien des espérances d'honneurs et de fortune , et déjoué avant l'exécution bien des projets audacieux. 11 y avait donc partout des passions; et ce qui même blessa peut-être plo> d'un seigneur laïque, c'est que Hcinrich, occupé des affaires de l'Église, semblait négligr-r les affaires temporelles, et laissait rouiller l'épee qu'ils étaient si accoutumés à tirer du fourreau. Les constantes allées et venues de l'erapereor dans ses États prouvent de la manière la plus évidente quel était ou quel devint l'état des choses.

Ces allées et ces venues de Heinrich'sembleDt avoir servi de modèle au nouveau pape Léon IX Elles prouvent quelle force l'autorité impériale conservait dans toutes les parties de l'Empire, puisqu'il savait lui-même la maintenir et la faire valoir partout. Comme donc Léon accepta la papauté avec la ferme résolution d'appliquer les principes dont nous avons parlé , il ne voulot pas se borner à envoyer de Home au mondt chrétien des ordres dont on aurait peut-être tenu peu de compte comme de vaines paroles, ou auxquels ou aurait donné une interprétation par laquelle ils n'auraient pas semblé valoir la peine d'être exécutés, mais il résolut de se rendre lui-môme partout où son secours semblerait nécessaire , pour montrer avec vie et force par sa présence la puissance pontificale , et faire concorder les actes avec la parole, Hildebrand était constamment son conseil et son appui. Dès son avènement au saint-siège, il l'avait nommé tout à la fois sous-diacre et trésorier de l'Église romaine, et il parait qu'il l'emmena teujours avec lui dans ses tournée» pontificales. Pendant le petit nombre d'aune de son poutiticat il présida en personne vu grand nombre de conciles, non-seulement à Rome et en Italie , mais aussi dans le Teutsdilaud et en Franco. Et la manière dont Léon IX se conduisit dans la convocation et la tenue de ces assemblées donne un grand témoignage sur ce siècle comme sur le pape, qui comprit

ce siècle , ou sur lliomme qui le dirigeait.

Léon osa faire de son propre mouvement ces voyages dans les diverses contrées , sans avoir reçu l'invitation ou la permission des princes laïques ; il osa convoquer en concile les évêques d'un pays sans s'être entendu avec le roi ; il osa mépriser même l'opposition des rois , et opposer son invitation à leurs ordres; bien plus, il osa excommunier les évêques qui suivaient les ordres de leur souverain plutôt que son appel; car il savait que les sentiments des peuples étaient pour lui, et que l'on résisterait vainement à ses efforts. C'était là le résultat de cet éveil des esprits auquel l'empereur Hcinrich avait si efficacement contribué ; c'était le résultat de cet essor que le saint-siége avait pris dans les imaginations. Les bommes étaient comme dominés par un charme magique. Le pape , auquel personne ne pensait quelques années auparavant, dont le nom n'était prononcé qu'avec mépris, fut maintenant regardé comme un être d'une nature supérieure. On reconnut hautement que, comme chef de toutes les églises , il devait avoir droit de décider partout de toutes les affaires de l'Église ; ce fut un être auquel on croyait devoir la plus profonde vénération. De la plus impudente insolence à la plus lâche bassesse il n'y a qu'un pas. Lorsque le pape se mit en avant pour une cause sacrée avec une conscience pure , les pécheurs tremblèrent partout, et bientôt rien ne sembla se maintenir solidement que le rocher sur lequel était fondée l'Église , qui ne semblait avoir qu'en lui son existence.

Dans les conciles se découvrirent et furent blâmés des abus et des vices de toute nature; ce fut toutefois la simonie que le pape poursuivit avant tout ; puis la débauche , le concubinage et d'autres débordements du même genre. Depuis qu'une fois il avait été question de ces désordres, ils avaient aussi préoccupé l'attention générale , et le blâme réfléchi par lequel on commença se changea bientôt en un cri de terreur universelle. Lorsqu'on crut voir que le pape et l'empereur agissaient d'accord , il s'éleva de pieux zélateurs qui représentèrent l'état de choses comme si tout le clergé était tombé dans un abime de vires et d'ignominie ; et plus d'un probablement ne demanda secours avec tant de terreur que parce qu'il était tourmenté par le sentiment de ses propres souillures. Toutefois il y a une exagération évidente dans

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les tableaux de ce siècle; des contradictions flragrantes, qui se présentent partout et à l'honneur des ecclésiastiques, prouvent cette exagération d'une manière irrécusable. Mais ces clameurs ne restèrent pas sans effet.

Le pape put se permettre, comme s'il en avait le droit (et par là même il l'acquit) , de faire tout ce qui lui sembla nécessaire ou utile pour écraser î'infAmc fléau de la simonie. 11 put se permettre, sans que l'on osât le repousser , do déclarer tous les évêques suspects de simonie , et d'exiger qu'ils se purgeassent de cette accusation; il put se permettre de menacer tous les évêques d'excommunication , afin que , s'ils avaient la conscience de leur culpabilité, ils s'accusassent eux-mêmes, confirmassent par serment leur innocence, et signalassent tout ce qui, dans leurs diocèses ou en dehors, s'était fait et était venu à leur connaissance contre les principes de l'Église, contre la vertu et la morale. Et quelques évêques prêtèrent le serment qu'on leur demandait; d'autres avouèreut leurs fautes ; beaucoup signalèrent ce qui leur semblait digne de reproche on pernicieux. Contre ceux qui se déclarèrent coupables de simonief ou qui avaient reçu la consécration d'un homme souillé de ce crime , le pape appliqua, dans le cas où ils ne renonçaient pas volontairement à leurs places , les peines établies par Clément IL

L'effet de cette conduite fut prodigieux. Dans nos temps modernes, où règne tant de froideur, où se manifeste le doute en tout, dans les choses divines comme dans les choses humaines, oùl'on s'efforce de raisonner même les croyances religieuses, il est sans doute difficile de se faire une idée de l'impression produite alors sur le monde. L'apparition du pape dans les pays en deçà des Alpes enflamma déjà les esprits et causa un grand mouvement parmi les peuples. On voulut voir le successeur de saint Pierre , l'homme qui était à peine encore un homme , et l'on vit en lui ce qu'il prétendait être. Et comment aurait -ou pu comprendre la puissance mystérieuse qui se manifestait en lui avec tant de force ? Il se présentait sans or et sans fer ; et devant lui , devant sa parole , tombaient dans la poussière des princes qui naguère étaient encore grands et arrogants , et qui avaient bravé le monde dans leur éclat et leur majesté. Certainement un tel changement des choses devait ébranler les anies des hommes de tout

rang. A tout cela se joignit une circonstance qui | répandit la crainte et la désolation. Les princes déc hus avaient été prêtres, pasteurs des peuples ; par eux avaient été consacrés les ecclésiastiques inférieurs, ceux qui veillaient réellement au salut des communautés chrétiennes; leur bras s'était étendu loin. Et maintenant ils étaient déchus, parce qu'ils avaient élé de faux prêtres, indignes du saint ministère auquel ils étaient arrivés parcaptation ou à prix d'argent. Ils avaient tèa'i des enfants à leur naissance , des vieillards [ à leur passage dans l'éternité , et ç'av ait été une bénédiction fausse, une bénédiction donnée par par des maudits. Nécessairement des milliers d'hommes durent être saisis de la plus vive inquiétude pour leur salut spirituel |et éternel , et pour le salut de ceux qui leur étaient chers. Et pouvaient-ils être tranquilles, ceux mêmes qui avaient reçu les sacrements , toutes les consolations , tous les bienfaits de la religion de Jésus-Christ, des mains de prêtres qui n'avouèrent pas ou ne furent pas convaincusd'avoir été de faux prêtres, indignes de leur ministère? Pouvaient-ils savoir si le lendemain ne révélerait pas des choses encore cachées la veille? On déclara assez souvent cl assez haut que le mal était général. Personne ne pouvait donc être tranquille, et celui-là moins que tout autre qui vivait avec le plus de piété dans la foi chrétienne.

Mais l'irritation universelle excitée par là fut encore augmentée, parce que le nouveau pape Léon IX mit en question l'autre sujet dont nous avons parlé , la débauche et le concubinage , et parce qu'en s'abandonnant à son zèle contre ces vices , il entama une affaire qui louchait immédiatement aux plus chers intérêts de milliers d'hommes dans tout le monde chrétien , et qui , si elle était réglée dans son sens , devait entraîner des suites d'une immense importance sous le rapport spirituel et moral , et même sous le rapport civil : cette affaire était la nécessité du célibat de tous les ecclésiastiques.

On ne peut le nier, de très-bonne heure dans ton t le monde ch rétien , et pa r ticu I ièremen t dans l'Église romaine, on avait fait aux ecclésiastiques un mérite tout particulier de vivre dans le célibat ; et de pieux zélateurs avaient constamment insisté sur cette nécessité , parce que celui qui se consacre au serv ice de Dieu et de son fils doit lui donner sa vie toul entière; parce que celui qui s'unit à l'autel ne peut en

même temps s'unir à une femme; parce crue celui qui voue son àme au maintien de la foi ne doit pas s'embarrasser en même temps des soins de sa propre maison ; parce qu'enfin celui qui a su dompter le plus violent ennemi que le bien ait en nous-mêmes , le désir des sens , est seul capable de tout le bien , de toute la grandeur, de toute la perfection ou peut atteindre la nature humaine. Mais, en dépit des vœux et des exhortations de ces pieux zélateurs ; en dépit des règlements, des ordres, des injonctions qu'avaient pu donner des évèques, des papes, des conciles ; en dépit de la conv iction que les masses avaient de la plus grande sainteté d'un pré li e non marié , les passions humaines avaient élé plus fortes que tous les statuts de l'Église et que tous les ordres, et jamais l'on n'avait obtenu le célibat de tous les ecclésiastiques, lticn plus , par suite de la grande décadence du système ecclésiastique dans les dernières générations, toute cette question était jusqu'à un certain point tombée en oubli. Partout les ecclésiastiques étaient en majeure partie mariés , et il n'y av ait môme pas d'exception pour l'Église romaine. 11 est vrai que les ecclésiastiques du rang le plus élevé restèrent dans le célibat ; mais on leur reprocha plus d'une fois que leur célibat ne venait pas de la chasteté, et qu'ils tachaient, souillaient, détruisaient par des vices grossiers et réels cette vertu apparente. Maintenant le merveilleux zèle religieux qui s'était élevé dans les derniers temps, qui agissait de tous côtés, et poussait même de nouveau des hommes pieux dans les pays des païens pour y piauler la croix et y annoncer la parole du Sauveur , ce zèle ranima et répandit encore une fois dans le clergé et dans les peuples l'ancienne croyance aux avantages du célibat. Ce qui eu donna peut-être la première occasion , ce fut la circonstance que plus d'un de ceux qui furent accusés ou convaincus de simonie av ait aussi donné un grand scandale par une vie de débauches , et que de là vint la pensée que la simonie et l'impudicité se touchaient de près , et que l'impudicité déjà autorisait le soupçon de simonie. Alors s'élevèrent ces clameurs contre le concubinage et les débauches qui, disait-on, avaient lieu même dans les cloîtres, jusqu'à ce qu'enfin de pieux zélateurs ne se contentèrent plus de la chasteté conjugale chez les ecclésiastiques des classes inférieures , mais exigèrent avant tout

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la chasteté de l'enfance, et représentèrent celleci comme une vertu nécessaire , parce qu'elle garantissait seule la pureté indispensable pour l'administration des choses saintes.

Le pape Léon IX et Hildebrand, son ami, son conseiller et son directeur, en s 'attachante cette idée , et en prenant la résolution de ramener tons les ecclésiastiques au célibat , ne partagèrent sans doute nullement l'opinion qu'un homme non marié est plus pur et plus saint qu'un père de famille ; mais ils rattachèrent le célibat à tout leur plan , qui était de rendre l'Église indépendante du pouvoir temporel; bien plus , de l'élever au dessus de ce pouvoir. Si toute influence était ôtée à l'empereur sur la nomination au saint-siége de Rome ; si la simonie était extirpée , et si l'unité de l'Église était rétablie dans le pape et par le pape , de telle sorte que l'on reconnût a celui-ci le droit de décision suprême dans toutes affaires ecclésiastiques de tous les pays , le célibat devait briser le dernier lien qui rattachait l'Église aux choses temporelles; les domaines de l'Église devaient être considérés comme domaines libres , et tous les ecclésiastiques , arrachés h toutes relations de famille , et voués exclusivement à l'Église, devaient former une masse compacte soumise à un chef commun , au pape. Hildebrand toutefois et le pape étaient trop prudents pour qu'ils aient pu avoir le projet de transformer aussitôt en loi le célibat des prêtres. Ils durent prévoir qu'un ordre d'une si immense importance, qui frappait nonseulement les prêtres et leurs femmes et leurs enfants , mais qui touchait aussi au fond des relations de mille autres familles , devait soulever, si on le lançait tout à coup dans l'état des choses, une tempête terrible qui éclaterait sur les pays chrétiens , et dont personne ne pouvait calculer d'avance l'action destructive. Bientôt aussi ils firent l'expérience que les ecclésiastiques ne consentiraient pas aisément à se séparer des femmes avec lesquelles ils s'étaient mariés de bonne foi , et des enfants dont ils étaient pères. Lue telle mesure avait besoin d'être préparée longtemps d'avance. 11 fallait que les esprits fussent travaillés , que le nombre des prêtres mariés fût moindre. Le coup pouvait être porté au bout d'une génération peut-être. Aussi Hildebrand et le pape n'avaient certainement en vue que de soulever et d'engager l'affaire, et de s'en remette aux

moines et a de pieux zélateurs pour la pousser plus avant , fermement convaincus quo ceuxci ne se reposeraient quo lorsque le but aurait été atteint.

En présence de tous ces faits et de tous ces événements , l'empereur et le pape , Ileinrich et Léon IX , étaient , à ce qu'il semble , tellement unis par leur ancienne amitié et leur ancienne confiance, qu'ils ne se contrecarrèrent pas , mais cherchèrent à s'aider selon leur pouvoir. Sans doute il est difficile à l'homme qui réfléchit de croire que l'empereur , cet homme si prudent et si pénétrant , n'ait conçu aucune méfiance sinon contre les intentions du pape , du moins contre ses actes ; il est difficile de s'imaginer que l'empereur, 'quelque forte qu'ait été sa confiance dans la pureté et la piété du pape , quelque respect et quelque amour que lui inspirassent son noble caractère, sa douceur a juger les choses humaines, sa fermeté a faire ce qui semblait nécessaire , ce que semblaient exiger la religion de Jésus- Christ et l'état de la société humaine, n'ait jamais pesé les conséquences que la conduite du pontife pouvait, devait même avoir par rapport à son autorité impériale et royale , sur laquelle il se montrait du reste si jaloux de veiller. Mais rien n'annonce que l'empereur ait jamais travaillé contre le pape, ou qu'il ait même vu rien de dangereux dans sa conduite. Peutêtre croyait-il lui-même loyalement les maux dont l'Église était affligée tellement forts, qu'il lui semblait nécessaire de les extirper le plus promptement possible , et pensait-il en conséquence qu'il ne fallait pas calculer avec trop d'hésitation les moyens d'arriver à ce résultat. Peut-être aussi comptait-il trop sur sa propre énergie , et espérait-il qu'avec le temps il trouverait l'occasion de remettre toutes choses en leur place , et d'obtenir ensuite d'autant plus que le pape aurait plus obtenu ou pourrait obtenir jusque-là. Est-il certain d'ailleurs que l'empereur ait connu tous les actes du pape depuis son départ de Worms? Et les faits dont il fut instruit ne lui furent-ils pas représentés peut-être sous un jour tel, que les actes de Léon lui semblèrent plutôt des preuves d'une humilité sans bornes devant Dieu qu'un soulèvement contre l'autorité de l'empereur ? En tout cas , le pape ne lit aucun acte d'opposition contre lui , et alors encore il disposa des sièges épiscopaux avec le même arbitraire qu'il avait

montré à cet égard avant l 'avènement de Léon au siège apostolique. Car le même homme qui savait conduire le pape comme d'une main invisible fut assez sage pour le diriger de telle sorte que dans sa carrière il ne heurtât pas l'empereur.

Dans l'été de l'an 1049 , l'empereur se prépara il faire en personne uue campagne contre le duc tiodefrid et contre son allié , Balduin , comte de Flandre. Vers le même temps le | pape passa les Alpes pour continuer en France et dans le Tcntschland l'œuvre d'amélioration qu'il avait énergiquement commencée en Italie, et i\ sou arrivée il fulmina aussitôt l'excommunication contre les deux princes rebelles. Alors le crime de Verdun retomba sur le cœur du ( ducGodefrid avec une telle force, qu'il renonça J à son ancien orgueil , et s'adressa humblement au saint-père alin d'obtenir de lui sa rentrée dans la communauté des fidèles, et, par son intermédiaire, le pardon de l'empereur. Le pape , doux et sage en même temps , se rendit à ses instances. Il fut apaisé par les pénitences que le duc s'imposa lui-même , et par la construction d'une nouvelle église à Verdun, dont ce prince se chargea. Heinrich III le reçut aussi avee bienveillance à Aix-la-Chapelle ; toutefois il ne lui rendit pas le duché de Lotharingie. Balduin , comte de Flandre , dans sa colère et dans sa témérité, comptant sur la position favorable de sou pays , lit peut-être encore quelque tentative de résistance, mais elle ne put avoir d'importance. Bientôt aussi il se vit force de demander la paix et de donner des otages , bien que, vassal français, il conservât sa colère dans son cœur et attendit des temps meilleurs.

Le pape avait sans doute efficacement contribué à rétablir cette tranquillité momentanée en Lotharingie , et par la il avait rendu un important seniee à l'empereur. Car, vers ce temps, les relations avec les peuples voisins de la frontière orientale de l'Empire, avec les Polonais comme avec les Hongrois , devinrent très-dangereuses, et l'empereur désirait avoir la main libre à l'ouest, afin de rester maître de ses mouvements a l'est. Il parait que les Hongrois et les Polonais s'étaient liés par une alliance secrète afin de se lever avec leurs forces réunies contre les Tcutschs. Ces deux nations, en effet , regardaient comme une honte d'être forcées de reconnaître la suzeraineté l'empire teutsch ; et bien que le tribut qu'ils avaient à

payer ne fût peut-être pas un poids bien accablant, il leur était néanmoins intolérable, pam que son payement équivalait à une reconnaissance constamment renouvelée de leur dépendance. En Pologne, le duc Kaseniir, que I- Polonais appelaient leur roi , avait enfe apaisé jusqu'à un certain point les désordres; la société avait repris quelque régularité, et lf christianisme s'était raffermi. I-e bonheur fit-il oublier a Kasemir les bienfaits dont autre/ou dans l'adversité, on l'avait comblé dans ïc Teutschland ; ou bien crut-il nécessaire èV rendre aux instances de son peuple , c'est u qui reste incertain : mais il semble hors •' doute qu'il retint le tribut habituel que Mje4 s'était engagé à payer. Vers le même temples Tcutschs, impatients, avaient exercé dehostilités en Hongrie, pays avec lequel fcasem/r était allié parce que Bela, frère du roi André, était son beau-frère. Gebehard , évéque de ÏLitisbonuc , se tenait avec ses vassaux sur l'ev trame frontière du côté de la Hongrie, pour défendre l'Empire. Ce seigneur ecclésiasfiqu»' . comptant peut-être sur l'extinction de la guenen Lotharingie , franchit la frontière avec srhommes au commencement de l'an I050,pilh les localités voisines, et emmena comme butin bien acquis le produit de cette course. Les flou grois crurent d'autant plus devoir tirer vengeance de cette injustice , qu'ils espéraient pouvoir compter sur l'intérêt des Polonais. De? troupes se réunirent donc sans retard, pa>s<rent la frontière de l'Empire, exercèrent une vengeance terrible en ravageaut par le fer cl le feu le pays jusqu'au Kahlemberg. Puis Jedeux peuples, les Hongrois et les Polonais se résolurent a faire la guerre en commun.

Mais cette ardeur tomba bientôt. Hein rich III était prêt. 11 recommanda aux prince> bavarois de se borner avant tout à la défens de la frontière; et le duc Kunrad, le markgra Adalbert,que d'ailleurs le sort horrible don; ils avaient frappe son beau -frère, le roi Pierre, avait singulièrement exaspéré , GebcharH évêque «le Batisbonne , et d'autres on ceptèreiit cette mission et la remplirent aviv bonheur : ils rétablirent la forteresse de Hcimenbonrg, l'un des boule\ards do l'Empire, ft battirent les Hongrois, qui \oulaient les entraver dans cette entreprise. L'empereur lui-mèm so prépara à une campagne en Pologne. K.v ■-émir, voyant ces armements , et ne recevant

liv. xvn ,

pas de nouvelles satisfaisantes de Hongrie, plia et demanda la paix. Heinrich accepta sa soumission , en partie parce qu'il n'y avait pas encore d'hostilités à compenser , en partie parce qu'il fut attaqué d'une maladie dangereuse, en partie sans doute aussi parce qu'il jugeait nécessaire une expédition contre les Hongrois, ce peupleayant osé violer les frontières de l'Empire.

Mais cette expédition ne put être entreprise que Tannée suivante, IO.*iO, peut-être parce qu'un beau-frère du duc déposé Godefrid, le comte Lampert de Louvain, avait excité en Lotharingie de nouveaux troubles qu'il fallait étouffer. Dès qu'on y fut parvenu, l'empereur alla en Hongrie avec une grande armée: Welf, duc de Carinthie, et Brecislav, duc de Bohème, durent aussi assister à l'expédition, et des Polonais durent aussi y prendre part. Us troupes descendirent les deux rives du Danube. Mais celte guerre n'eut pas le succès auquel l'empereur s'était attendu. D'abord de grandes inondations retardèrent la marche sur la rive droite du fleuve , nécessitèrent des détours et des mesures particulières, empêchèrent le transport des vivres, et rendirent impossible tout concert entre les diverses divisions de l'armée. D'autre part, les Hongrois furent dirigés avec talent par le prince Bela , de sorte qu'ils n'engagèrent aucun combat , mais se retirèrent toujours en bon ordre devant les Teutschs ; dans leur retraite ils changèrent entièrement en désert le pays qu'ils étaient obligés d'abandonner aux ennemis, emmenant hommes et bétail, et livrant aux flammes ce qu'ils ne pouvaient emporter. L'armée teutsche se vit bientôt forcée de renoncer à combattre un tel ennemi, et à rétrograder, tourmentée par la disette et par la faim. Pendant ce temps une partie «les Hongrois, tournant l'armée teutsche, s'était placée sur ses flancs et sur ses derrières, et se rendit bientôt si redoutable , qu'elle pouvait espérer que toute l'armée , épuisée de fatigues et de faim, serait forcée de se rendre, prise entre les fleuves et les marais . ou exterminée jusqu'au dernier homme. Mais les Teutschs déjouèrent ces espérances par leur fermeté. Ils traversèrent avec la plus grande audace les lleu\es et les marais, et mirent constamment l'ennemi en fuite. Sur le Uaah seulement ils furent menacés d'un grand danger. Ce lleuve était trop large et trop profond ; l'armée ne pouvait le passer que sur un pont; et de l'autre j

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coté les Hongrois avaient construit une forteresse qui empêchait entièrement le passage. Des voloutaires bourguignons, saxons et polonais, tenant peu de compte de leur propre vie dans le danger où se trouvaient l'empereur et toute l'armée, osèrent s'élancer sur le pont et courir contre ce boulevard. Ce trait d'audace fut heureux. La forteresse fut prise et la route ouverte à l'armée, de sorte qu'elle échappa presque tout entière à sa ruine : les derniers seuls furent faits prisonniers, parce que, pour arrêter l'ennemi , par lequel on était serré de près, on avait mis le feu au pont, qui s'enflamma trop tôt. Puis l'armée revint dans la pairie sans autre obstacle.

Aussitôt après sa retraite, André, roi de Hongrie, s'adressa à Adalbcrt, markgraf d'Autriche, et lit des propositions de paix. Adalbcrt ne les rejeta point, parce qu'il désirait maintenir la tranquillité sur la frontière de l'Kmpire. L'empereur était également assez disposé à. les écouter ; mais il ne s'y fiait pas, et n'attendait rien des négociations, sachant bien qu'après les revers qui l'avaient frappé , les Hongrois élèveraient toujours plus leurs prétentions. Il crut donc nécessaire de continuer la guerre, pour effacer avant tout la honte imprimée à ses armes. En attendant qu'il pùt exécuter cette résolution , il voyagea , selon l'ancienne habitude, dans l'Empire, afin, à ce qu'il parait, d'y agir comme autrefois. Mais le succès ne fut probablement pas heureux partout, et l'empereur ne se montra pas partout aussi net, aussi réellement pur, aussi au dessus du blâme, qu'il s'était montré autrefois. Celte agitation générale des esprits l'avait saisi comme tant d'autres personnages , et sous son influence il n'était sans doute pas faede de reconnaître la véritable voie. A Spire, il entra en querelle avec l'évêque, et il quitta cette ville, où reposaient les restes de ses parents, saus que cette querelle eut été arrangée. Dans une conférence avec les vassaux de Bourgogne, à Solcure , plusieurs le quittèrent comme blessés par lui , et il n'en revint qu'un petit nombre pour rentrer dans ses bonnes grAccs. Mais la scène la plus odieuse se passa à Coslar, où Heinrich célébra la fête de Noël. Nous avons déjà remarqué plus haut que les tentatives faites par l'empereur et le pape pour purifier et améliorer l'Eglise avaient en général fait naître un nouveau zèle religieux qui se manifesta de diverses

manières. Ce zèle entraîna des génies énergiques à d'audacieuses hérésies, comme Bérenger de Tours; d'au Ire part, des hommes moins fermes, mais pieux, ne pouvant satisfaire par les voies de l'Eglise les besoins religieux de leur cœur, se laissèrent aller à divers désordres, à des actes de fanatisme et de dévotion affectée. Dans ces malheureux, les orthodoxes crurent voir ressusciter d'anciennes sectes; aussi les persécutèrent-ils avec la dernière rigueur. C'est ainsi qu'en France et en Lotharingie il s'était répandu, entre autres opinions peu d'accord avec la foi , que c'est un péché de manger de la viande, ou de tuer quelque animal que ce fût; et cette croyance pénétra aussi dans le Teutsehland. On donna le nom de Manichéens a ceux qui la partagèrent, et la rapide propagation de leurs doctriues fanatiques excita de grandes inquiétudes. De même qu'ils travaillèrent sans doute avec le zèle le plus ardent à cette propagation, de même leurs adversaires agirent contre eux avec un zèle non moins ardent. Il s'éleva une véritable persécution; il parait même que l'on en vint au meurtre et à l'assassinat. Quelquesuns de ces hérétiques, vraisemblablement Saxons, furent accusés a Coslar devant l'empereur; et comme les accusés soutinrent opiniâtrement l'opinion qu'il n'était pas permis de tuer quelque animal que ce fût; comme, en conséquence , ils furent frappés d'excommunication, l'empereur donna l'ordre cruel de pendre ces infortunés au gibet ; et cet ordre fut réellement exécuté.

On ne peut le nier, la naissance d'une nouvelle superstition au milieu des troubles ecclésiastiques et religieux de cette époque dut sembler dangereuse même à l'homme le plus réfléchi. De plus, il peut être vrai que Heinrich ait considéré, dans son orthodoxie, cette superstition comme un mal condamnable qu'il fallait nécessairement extirper; il n'est pas douteux non plus qu'il n'ait été assailli de plus d'un coté et excité a défendre la véritable doctrine du Christ contre des erreurs aussi dangereuses pour le salut de l'Ame de tous les fidèles; enfin il arriva peut-èlre simultanément plusieurs choses que nous ignorons , mais qui ne peuvent être restées sans influence sur l'esprit de l'empereur. Mais il y eut aussi des hommes, même parmi les ecclésiastiques les plus sévères, qui conseillèrent l'indulgence et la douceur ,

sachant bien que les livres sacrés des chrétû n'autorisent aucune cruauté, aucune violence. Aussi la dureté de Heinrich dut paraître d'autant plus singulière, et affliger d'autant plus profondément l'homme de bien , que les actes de cet empereur , pour l'Empire comme pour 1 Église, étaient d'ordinaire plus honorables.

Pendant ce temps furent prises les mesures nécessaires pour la seconde expédition contre les Hongrois : car les négociations n'avaient pas abouti h la paix. L'empereur entra en campagne plus tôt que d'habitude, dans l'été de l'an 4052. Mais la fortune ne lui parut pas plus favorable que la première fois; car Presbourg seul fut assiégé et vigoureu sèment attaqué , et Presbourg ne fut pas pris. Tous les efforts échouèrent si complètement, qu'il ne resta plus guère à l'empereur qu'à désirer de se retirer avec quelque honneur; et ce désir fut accompli. Le pape Léon IX arriva dans le Teutsehland , non pas certainement à l'improvisle, mais du moins à propos , et il somma l'empereur de renoncer aussitôt au siège : car il voulait par sa médiation rétablir la paix. L'empereur, que cette sommation ne surprit nullement, obéit de suite au saint-père, et se retira ; mais le roi André, qui assurément n'était pas sans méfiance contre ce médiateur, montra moins de docilité. Léon, irrité, le menaça de l'excommunication. André toutefois , connaissant bien la position du pape à l'égard de son peuple , à la majorité duquel le christianisme était encore indifférent et l'Église odieuse, s'inquiéta peu de cette menace ; et le pape hésita à la mettre à exécution, parce qu'il craignit la défection de toute la nation. U se retira, comme Heinrich , sans avoir rien terminé.

Tout resta donc indécis. Il s'établit même de mauvaises relations. D'un côté, Heinrich était très-affecté de ce que son entreprise avait encore une fois échoué; d'autre part, cet échec même avait excité de grandes passions chez les princes de l'Empire, particulièrement chez ceux qui axaient pris part à l'expédition. En géuéral les dispositions n'étaient plus ù l'égard de l'empepercur ce qu'elles avaient été précédemment. Sa fermeté, sa conduite décidée, ses nobles efforts et la pureté de ses mains avaient , dans le commencement, fait une profonde impression sur le monde, et l'on s'était partout conformé a\ec d'autant plus d'empressement à la volonté du jeune souverain , que partout Ton seutait

plus profondément le besoin d'une société ré- [ gulicro. Mais les événements des dernières années avaient autrement disposé les esprits. Plus la pensée était excitée, plus il s'était répandu dans le monde un malaise plus poignant. On se croyait à la \ cille de grands changements, de choses que l'on désirait en partie , qu'en partie l'on craignait , et dont on ne pouvait calculer les suites. Dans ce malaise et dans cette incertitude qui donnaient aux hommes tant d'irritabilité , les actes de l'empereur furent soumis aussi à un jugement d'autant plus sévère, que dans les derniers temps la fortune ne lui avait pas toujours été favorable , et que deux fois déjà il avait accepté et peut-être sollicité le secours du pape pour sortir d'embarras trop grands pour lui-même. Or il parait que lleinrich attribua, peut-être avec raison, le mauvais succès de sa dernière entreprise contre les Hongrois à la désunion et à la mauvaise volonté de quelques princes qui se trouvaient avec lui, et particulièrement à une querelle qui s'était élevée eutre Kunrad , due de Bavière, et Gebehard, évêque de Ratisbonnc. C'était l'évéquc qui avait occasionné la guerre avec les Hongrois : il était oncle de l'empereur; peut-être à l'abri de cette parenté se permit-il des choses blessantes pour le duc , et dans son ressentimeut celui-ci négligea peut-être ce que l'empereur lui demanda ou fit ce qu'il lui défendait. Tandis qu'en 4033 l'empereur célébrait les fêtes de Pâques à Merscbourg, quelques princes qui voulaient faire leur cour à Hcinrich ou à son oncle accusèreut devant lui le duc Kunrad, et lleinrich n'hésita pas à lui ôter le duché de Bavière, sans autre formalité.

Cette conduite de Hcinrich causa dans tous les rangs et dans tout l'Empire un grand mécontentement ; on dit hautement partout qu'il n'était plus le même; que la justice, la piété , la vertu qu'il avait montrées dans ses premières années dégénéraient de jour en jour en insouciance et en passions vulgaires, kunrad luimôme, duc dé Bavière, comptaut sans doute sur ces dispositions du peuple teutsch , ne s'inquiéta point de la sentence de l'empereur, mais resta tranquillement dans son duché. Cette arrogance ne resta sans doute pas cachée à Hcinrich , comme aussi la rébellion du duc Kunrad ne put lui être indifférente. Pour prévenir les suites de l'une et de l'autre , il annonça

qu'il était résolu à citer le duc devant une diète et à faire décider l'affaire par cette assemblée ; et en même temps Gebehard , évêque de Ratisbonne, reçut la mission de négocier avec André, roi de Hongrie, pour le décider à la paix : car les relations avec lui étaient devenues doublement dangereuses par la position hostile du duc de Bavière. La déclaration de l'empereur tranquillisa, à ce qu'il parait, les princes et les vassaux de l'Empire, et empêcha tout le monde de prendre le parti du duc déposé, de sorte que celui-ci se vit contraint de rassembler autour de lui des bandes de volontaires (6), afin de ne pas se montrer tout à fait sans armes en cas d'attaque ; et d'autre part , les efforts de levèque Gebehard ne furent pas sans résultat. Vers le commencement de l'année 4054 Hcinrich assembla à Tiïbur la diète annoncée, et il y appela aussi le duc Kunrad. On y vit paraître des ambassadeurs d'André, roi de Hongrie ; mais le duc n'y vint pas. Il était entré en Carinthic avec ses bandes de volontaires ; là il avait décidé à embrasser sa cause une partie de ses vassaux, et tenté de persuader au roi de Hongrie de ne consentir à la paix d'aucune manière , mais de se jeter sur le Teutschland , et de renverser l'empereur du trône. André fut enchanté de la perspective que Kunrad lui ouvrait : il était tout prêt à accéder à ses propositions. Mais ses ambassadeurs s'étaient déjà mis en route pour Tribur. IÀ ils conclurent un traité de paix avec l'empereur; ils promirent une grande somme d'argent; ils promirent aussi de rendre le pays jusqu'à la Lcitha; ils promirent enfin de suivre l'empereur dans toutes ses guerres, à l'exception toutefois de celles d'Italie. L'empereur, de son côte, renonça soit expressément, soit tacitement, à la suzeraineté sur la Hougric, et renonça par conséquent en réalité à toutes prétentions sur la Hongrie , parce que la promesse de le suivre dans ses guerres n'était qu'une parole vide de sens. Pourtant André rejeta la paix, comptant fermement sur le duc Kunrad, qui se tenait en Carinthic et sïnquiétait peu de voir l'empereur lui arracher quelques domaines et en prendre arbitrairement possessiou pour sa chambre : car ses pensées tendaient à des choses plus éle\ées. Mais, heureusement pour l'empereur et pour l'Empire, une mort subite l'enleva avant qu'il eût pu commencer l'exécution d'aucun de ses projets. On s'en tint alors à la

poix de Tribur. Hcinrich III suivit une autre voie , et les Hongrois vécurent désormais en peuple indépendant à côté des Teutschs.

CUAPITRE XIII.

POSITION DES SAXONS ENTRE EUX A l' ÉGARD DE LEMPIRE ET A L ÉGARD DES RENDES.

— GODESCUALK, PRINCE DES ARODRITES.

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