‹ Histoire d'AllemagneChapitre 75 sur 100 · CHAP · texte numérisé non relu

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au nord de l'empire, de l'est à l'ouest pour montrer, autant que cela serait possible, son fils à tous les cantons, pour conserver partout vivaut le souvenir du trône et de l'empire , pour gagner de côté et d'autre par des secours, des soins ou des faveurs, il sa cause et à celle de son lils , quelque homme habile qui semblait y étro contraire. C'est ainsi que peut-être, durant son séjour en Saxe, elle reconnut dans Otto de Nordheim un homme actif et habile, capable de rendre de grands services à tout parti qui saurait se l'attacher; peut-être aussi remarqua-telle qu'on ne pouvait précisément se fier à lui à cause de son emportement, de son opiniâtreté et de son audace, et que, s'il se déclarait contre elle, il pouvait devenir très-dangereux , surtout en Saxe, à cause doses relations de famille et de ses grandes possessions. Mais il est incertain si elle se douta que cet homme était déjà engagé dans les menées secrètes, cl qu'il travaillait à tendre le fdet que l'on projetait de jeter sur elle. Quoi qu'il en soit, elle résolut d'attirer le comte Otto hors de la Saxe, et non-seulement de le rendre inoffensif, mais encore de le décider à soutenir et à défendre sa cause et celle de son fils. Elle résolut, afin de gagner tout d'un coup tant d'avantages, de faire un grand sacrifice, et de remettre au comte Otto le duché de Bavière dès qu'il se présenterait une occasion convenable de justifier aux yeux du monde cette concession. Et cette occasion se trouva assez tôt, d'une manière déplorable et malheureuse.

André, roi de Hongrie, avait fait couronner comme son successeur sur le trône son fils Salomon, un enfant de sept ans, celui-là même à qui avait été fiancée la seconde fille de Heinrich III. Celte cérémonie s'était accomplie an milieu de grandes solennités, mais avec maladresse et de manière à blesser bien des esprits. Celui toutefois qui s'offensa le plus de ce fait fut Béla , frère d'André. André , reconnaissant bien que Béla lui était supérieur en génie et en vertu, avait, précisément pour cette raison, conçu le soupçon que son frère enviait la couronne au jeune enfant , et rêvait aux moyens de la placer sur sa propre tète. Sous l'empire de ce soupçon, il s'était laissé aller à des intrigues qui semblaient menacer la vie de Béla. En conséquence, Béla quitta la Hongrie, accompagné ou suivi d'un grand nombre d'hommes belliqueux; il so rendit en Pologne auprès de son beau-pire, le roi Casimir, qu'il somma de le protéger et de

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le venger. Casimir promit : la mort, il est vrai, l'empêcha d'accomplir ses promesses ; mais son filsBolcslav II s'en chargea, et les remplit si bien, que Béla put faire irruption en Hongrie, l'an 4 OfiO , avec une armée de Hongrois et de Polonais. Aussitôt il s'éleva en Hongrie une grande agitation. Le roi André perdit courage. Il envoya môme son fds Salomon , pour le mettre en

sûreté, a l'impératrice Agnès, qui devait un jour devenir sa belle-mère. En même temps il implora le secours de l'impératrice contre son frère et contre ses sujets , afin que la couronne de Hongrie restât assurée à son fils a lui, à son gendre ù elle. Agnès, l'année suivante, ordonna la levée d'une armée qui devait se composer de Bavarois et de Bohèmes. Les Bohèmes devaient être commandés par leur duc Spitigncus ; à la tète des Bavarois clic plaça deux princes saxons ou thuringiens , Williclm, markgraf des Thuîïngicns , fils du comte \\ ilhclm de Weimar, et Eppo, évéque de Zeitz, sans aucun doute dans le but d'aliéner ces princes à leur peuple et de se les attacher a elle-même. Les Bohèmes n'arrivèrent pas à temps, parce que leur duc était mort subitement. Wilhclm et Eppo cependant entrèrent en lîohêuie l'armée bavaroise,

opérèrent leur jonction avec Je roi *4u<1ré, et

essaya de résister.

renversèrent tout ce qui essaya

mains des Hongrois; et Béla et honorèrent si bien la valeur de ce guerrin que non-seulement il put bientôt retourwr libre dans sa patrie, mais que de plus laûlk de Béla lui fut fiancée. Béla lui-même resU désormais maître do la Hongrie , et persoote ne lui disputa le trône.

Ces événements étaient sans aucun doute àt nature à contribuer à rendre odieux le gouvernement de l'impératrice. Le mauvais succès de l'entreprise fut attribué à l'inhabileté dans V plan et dans l'exécution ; ce qui était un nulheur fut représenté comme une faute; et le gendre enfant, le roi Salomon, qui, après avoir perdu son royaume, resta avec sa fiancée, égal*ment enfant, sous la protection de l'impératrice avec une suite onéreuse de Hongrois fidèles, servit probablement aussi d'occasion à plus d'une amère plaisanterie. L'impératrice toutefois profita de l'issue de cette expédition «mire les Hongrois pour remettre au comte Otto de Nordheimson duché de Bavière, afin quedece côté l'empire ne manquât point d'un défenseur habile, et que les Bavarois ne se vissent poiat forcés à servir sous un chef étranger à leur pays et h leurs relations. Mais l'impératrice se

trompa en espérant qu'elle réussirait par une si haute faveur a gagner sans réserve le comte Mais bientôt la fortune changea. Si les lion- Otto u son parti. Otto accepta le duché, et grois avaient pardonné à l'énergique prince prêta le seiwnt de fidélité ; mais la fidélité sur Béla d'avoir appelé les armes étrangères dans laquelle A gmsypinptait, le fidèle attachement à

leur pays, ils le pardonnèrent d'autant moins au faible André , qu'ils étaient accoutumés à considérer les Polonais comme des amis , et les Teutschs comme des ennemis. Ils accoururent de tous côtés , relevèrent les étendards de Béla, et cernèrent bientôt l'armée teutsche et celle du roi André. ta retraite fut tentée, mais elle n'était plus possible. les plus rudes combats, les plus grands efforts ne produisirent que de faibles résultats ; le danger auquel on échappait aujourd'hui reparaissait le jour suivant. Les Bavarois combattirent avec un courage digne de leur ancienne gloire; mais beaucoup de leurs plus vaillants hommes périrent d'une mort inutile. Enfin le roi André tomba aussi de cheval, et fut écrasé dans le tumulte du combat. Le markgraf Vt 'ilhclm crut que la mort de ce prince le dégageait de la mission dont l'impératrice l'avait chargé , et que la lutte , si elle était continuée, serait désormais sans but. H se remit donc avec ceux qm avaient survécu entre les

elle-même , la liô\Je défense de son gouvernement, n'était pas dadsiçon cœur : son cceur resta aux Saxons, et son âmehoe se détacha point de ceux qui demandaient que l'impératrice fût éloignée du gouvernement oV l'empire, et avec lesquels il était vraisemblablement lié depuis longtemps. \

Et dans le temps même où Or^o de Nord/ie/m reçut le duché de Bavière, cet élo\ignemeot était aussi nécessaire aux hommes qun, s'efforçaient de rendre l'Église et le pape, son1 chef, indépendants de toute puissance temporeile; il était nécessaire à Hildcbrand et a tons ceu\ qui partageaient ses vues ou qu'il savait y gagmer. Car ces hommes avaient volontiers suivi la' même voie que Heinrich III , parce que cet emjwrenr travaillait avec tant de zèle a la purification et à l'union de l'Église ; et probablement ils auraient tenu également a l'impératrice Agnès , si clic avait poursuivi l'œuvre de son époux. .Mais dès que cette impératrice entra dans une Voie

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liv. xvm ,

différente, ils devaient, conformément à leur principe , se déclarer ouvertement contre elle ; et il serait même possible qu'ils eussent frappé le coup décisif. En conséquence il faut nous occuper maintenant des événements qui, dans cet intervalle , s'étaient accomplis à Rome et en Italie.

LE PAPE NICOLAS II ET LE CARDINAL HIL— DEBRAND. — LE DUC ROBERT GUISCARD , VASSAL DE l/ÉGLISE ROMAINE. — COMMEN- CEMENT DE LA LUTTE OUVERTE ENTRE LA PUISSANCE SPIRITUELLE ET LA PUIS- SANCE TEMPORELLE.

Dfl l'an 1056 û l'an IO02.

Ijc pape Victor II , après avoir prouvé sa sagesse dans les affaires publiques dans le Tcutech- J land, non moins que ses dispositions bienveillantes pour l'impératrice et pour le jeune roi, était revenu en Italie avec de pleins pouvoirs pour maintenir dans ce pays également l'autorité impériale , et faire tout ce qui serait nécessaire pour y assurer l'ordre et la tranquillité. Par suite de cette mission , il n'avança pas rapidement dans son voyage. Il séjourna particulièrement à Florence, où se trouvait déjà le duc Godefrid avec sa femme Béatrix et sa belle-fille Mathilde. Hildebrand était également à Florence , soit qu'il eût accompagné le pape dans le Teutscbland, soit que le pape l'eût appelé près de lui. La se trouvait également Friedrich , frère du duc Godefrid , qui autrefois, pour se soustraire à la colère de Hcinricb III , s'était fait moine dans le couvent du Mont- Cassin, dont, après la mort de Heinrich, il avait été élu abbé, et qui maintenant rencontrait partout les hommages que méritaient ses vertus. On ne connaît rien des négociations de Victor avec Godefrid; quant à l'abbé Friedrich, le roi se montra très-bienveillant et très-gracieux a son égard. Avec les preuves de cette bienveillance , l'abbé se rendit à Rome. Bientôt après son arrivée dans celte ville se répandit la nouvelle que le 28 juillet, l'an 4037, le pape Victor II était mort a Florence.

A peine cette nouvelle fut-elle arrivée à Rome, qu'on vit se manifester le mécontentement avec lequel on avait supporté jusque alors l'immixtion de l'empereur dans les affaires du sainf-siége, Comme si toute puissance impériale

avait expiré avec Heinrich III , et comme si désormais l'on n'avait plus rien à craindre , on élut, pour couper court le plus tôt possible à toute influence étrangère, un nouveau pape dès le cinquième jour après la mort de Victor; et bien qu'il soit vraisemblable que cette élection précipitée ne fut faite que par un petit nombre des ecclésiastiques les plus importants, il semble pourtant que personne, ni dans le clergé, ni dans la noblesse, ni dans le peuple, n'éleva de réclamation. Et cette élection ellemême démontre avec la dernière évidence que, dans une irréflexion hostile, on croyait être arrivé déjà assez loin pour pouvoir braver ouvertement l'impératrice Agnès et son fils. Car l'homme qui fut élevé sur le saint-siége et sacré pape sous le nom d'Etienne IX était précisément le frère du duc Godefrid , l'abbé du Mont- Cassin; les deux frères, Friedrich et Godefrid, tinrent fidèlement l'un à l'autre, et montrèrent, comme on pouvait le prévoir , une haine commune contre la maison royale, de même qu'ils avaient été persécutés tous deux par Heinrich III. Et de deux hommes de cette nature placés dans de semblables relations, que ne pouvait-on pas attendre en face d'un roi enfant et d'un gouvernement remis aux mains d'une faible femme qu'il était facile d'égarer!

On ne sait de quel œil Hildebrand vit l'élévation du nouveau pape; mais il n'est pas vraisemblable qu'il l'ait approuvée. Sans doute il pouvait avoir en vue le même but que l'on avait voulu atteindre par l'élection d'Etienne IX, mais il est difficile qu'il ait donné son assentiment à la manière dont on avait cherché à y parvenir. Il ne voulait évidemment pas de rupture ouverte avec la maison royale, et il était presque impossible que cette rupture n'eût pas lieu après l'avénemcnt d'Etienne au saint-siége; il voulait plutôt conserver la bonne harmonie, et diriger la puissance temporelle dételle façon qu'elle contribuât constamment à l'amélioration de l'état de l'Église, peut-être jusqu'à ee que cello-ci fût assez forte dans son unité pour maintenir, sans ébranler ses relations sociales, son indépendance et sa libre action contre la puissance temporelle elle-même. Dans cette voie , l'on ne pouvait assurément acquérir que lentement les avantages qu'il jugeait nécessaires-, mais une rupture avec la cour impériale pouvait aisément mettre en danger les avantages mêmes que l'on avait déjà gagnés. Et lors même

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