DES DIMES EN THUR1NCE. — AFFAIRE DU DIVOHCE DE HE1NR1CH IV
De l'an 106C à l'an 10C9.
Tandis que le schisme de l'Église, si fécond en maux, se terminait comme nous l'avons raconté, et que par là s'ouvrait la perspective d'un avenir meilleur, le Teutschland offrait à peine quelque chose de satisfaisant ou de consolant. La chute de l'archevêque Adalbert de Brème n'eut point de conséquences favorables à la tranquillité et à l'ordre. Ses successeurs dans l'administration de l'empire abusèrent de leur position dans leur intérêt et dans celui des leurs, de même qu Adalbert avait abusé de son pouvoir dans son intérêt et pour la fortune de ses partisans et de ses flatteurs. Le jeune roi resta ce qu'il avait été, un instrument entre des mains étrangères. 11 avait fait ce qu' Adalbert avait désiré^ il faisait maintenant ce que désiraient les nouveaux maîtres : il n'y avait qu'une seule diflerence, c'est qu'il avait obéi à l'archevêque de Brème avec un dcvoùment amical, et qn'il n'obéissait à ses maîtres actuels que par peor et par crainte, avec impatience et colère Adalbert avait pourvu à ses plaisirs avec prévenance et complaisance, et c'est pour cela sans doute que les convenances extérieures avaient été observées. Sous la nouvelle administration, personne ne semble s'être inquiété du mal- I heureux jeune homme; abandonné à lui-même, il pourvoyait lui-même à son entretien , et il se jetait d'autant plus aisément sur des plaisirs grossiers et fugitifs, qu'il était moins en état de se procurer des plaisirs plus délicats et pin* nobles. Et comme par son mariage on l'avait déclaré capable de se livrer aux relations avec les femmes , et comme dans son ressentiment il avait peut-être formé le projet de braver réponse qu'on lui avait imposée , il est permis de croire , comme ou l'affirme du reste , qu'il se livra à de honteux excès, tandis que sa jeune et vertueuse épouse restait dans une tristesse solitaire. Durant ce temps il est sans doute question de l'empire ; mais les ecclésiastiques seul' paraissent en avoir maintenu le souvenir; car ils songeaient à l'incertitude des temps a venir, ; et ils jugeaient a propos de se faire fonfinw
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par des chartes du roi ce qu'ils avaient acquis à quelque titre que ce fût, afin qu'en cas de besoin ils pussent défendre leurs possessions par leur droit; les princes laïques au contraire, qui croyaient pouvoir s'en remettre à leur épée, no s'inquiétaient ni du roi ni du trône, et tiraient à eux tout ce qu'ils avaient la confiance de conserver. Dans le fait , si l'on voulait juger ce siècle seulement par les événements isolés qui nous ont été transmis par l'histoire, on ne pourrait comprendre comment en général les relations humaines et sociales ont pu subsister, il serait impossible de concevoir quelque espérance pour l'avenir. Mais ce ne sont précisément que des événements isolés sur lesquels on nous a conservé quelques indications ; ce sont les déviations du droit et de la vérité , qui précisément pour cela ont excité la plus grande attention. Derrière ces agitations confuses , se rencontraient sans aucun doute dans le silence de la famille l'amour et la fidélité , la vertu et les bonnes mœurs, et le cœur de l'homme noble trouvait même dans ces jours la satisfaction de ses besoins les plus sacrés. Et si dans les relations publiques de l'empire il ne se découvre rien qui puisse rasséréner l'Ame on la contenter, l'Église préparait d'autant plus activement l'avenir; il se faisait probablement dans les cantons et dans les communautés , dans les comtés et dans les évêchés, bien des choses progressives pour la vie et pour son but , et dans les villes grandissait le génie de la liberté civile , qui favorise tous les efforts de l'humanité. Les temps postérieurs témoignent pour les temps actuels.
Les suites les plus immédiates de la chute d'Adalbert frappèrent tristement l'archevêché de Brème. L'archevêque en effet vint de Tribur a Brème. Mais à peine la nouvelle de sa disgrâce fut-elle connue en Saxe, que les princes de la maison de Billung commencèrent contro le pasteur et contre le troupeau une lutte qui fut conduite avec d'autant moins de ménagement, que dans ces derniers temps, durant l'administration d'Adalbert, l'ancien ressentiment s'était plus envenimé ; elle fut d'autant plus méprisante , que l'ennemi semblait désormais plus désarmé. Magnus , fils du duc Ordulf, se distingua particulièrement par sa haine sauvage contre l'archevêque. 11 annonça hautement qu'il ne prendrait de repos que lorsque la vieille querelle serait terminée par la mutilation
ou par l'anéantissement du prêtre détesté. Adalbert fut comme assiégé dans Brème ellemême; et comme les vassaux de l'archevêché ne pouvaient lui donner aucun secours, ou se retiraient de son service, il se vit bientôt menacé d'un si grand danger, qu'il crut nécessaire de se sauver par la fuite. Il se rendit à Goslar, et vécut quelque temps aux environs do cette ville, sur un domaine où il se tint caché. Mais il reconnut bientôt que sa fuite n'avait sauvé ni son église ni les biens de celle-ci. Il crut donc nécessaire de s'arranger avec le redoutable Magnus, pour ne pas tout perdre. 11 lui donna plus de mille manses en fief. Magnus devint son homme, et s'engagea à défendre avec honneur et loyauté certains droits et certains domaines de l'église de Brème. Mais ce traité n'assura pas encore la tranquillité d'Adalbert ; bien plus, il ne servit que d'ouverture à un arrangement avec les autres princes , avec Udo de Stradc, comte de la Marche du Nord, et avec Ordulf, duc des Saxons , auxquels il fut forcé d'accorder ce qu'ils exigeaient ou désiraient , de sorte qu'il conserva à peino un tiers des possessions qui avaient appartenu à l'église de Brème. Et de si grands sacrifices ne lui rapportèrent que le vain titre de suzerain des princes auxquels il avait livré en proie les domaines de son église ; et il se mit lui-même dans la dure nécessité de fouler de la manière la plus oppressive et de pressurer avec la dernière rigueur les hommes qui restaient encore immédiatement soumis sur les restes des possessions ecclésiastiques, afin de s'assurer seulement jusqu'à un certain point les moyens nécessaires pour maintenir selon son sens la dignité archiépiscopale.
Mais ces relations eurent une influence encore plus étendue dans les pays slaves septentrionaux , et occasionnèrent des maux infinis. Nous avons raconté ailleurs comment Godeschalk , prince des Abodrites, était devenu soudainement , d'ennemi acharné du christianisme et de toute idée chrétienne , un défenseur zélé de la doctrine de Jésus-Christ , et s'était même transformé en véritable apôtre de l'Évangile ; nous avons dit par quels moyens et dans quelles circonstances il avait réussi à rétablir dans le pays de son peuple le christianisme détruit et à relever partout la croix ; nous avons raconté encore comment il se fit que Godeschalk n'accomplit pas son œuvre avec pureté, mais permit ou souffrit qu'il s'y
joignit des éléments pernicieux. Dans la suite du temps, ces éléments s'étaient de plus en plus développés. L'immixtion des Danois et des Saxons , occasionnée sans doute par l'inimitié des peuples slaves entre eux, entretint continuellement un esprit de résistance parmi les hommes qui étaient forcés de s'incliner devant la croix. L'inlluence de l'archevêque Adalbert fut également défavorable. Sans doute il seconda de toutes ses forces la pieuse entreprise du prince Godeschalk; mais il le lit à sa manière , ayant en vue la puissance de l'Église et la magnificence du service divin plus que les vérités simples de la religion et l'épuration des mœurs selon la doctrine du Sauveur; cl plus il portait loin ses regards vers les pays «lu nord , vers le Danemark , vers la Norwége, vers la Suède, plus il avait été dominé par le désir de créer un jwtriarcat dans tous ces pays , plus aussi il s'était efforcé avec zèle non pas de rendre la vie plus légère aux nouveaux baptisés et d'affermir par là dans leurs âmes la consolation, l'espérance cl la foi, mais de couvrir le pays d'évèchés, de couvents et d'églises , afin que sa propre grandeur fût célébrée (I). Toutes ces choses firent que les semences de la religion de Jésus-Christ, qui avaient été répandues de nouveau parmi les Wendes , furent encore une fois empoisonnées ou gâtées. Comme nous l'avons déjà remarqué, la religion chrétienne n'était pas un besoin pour ces hommes; elle n'aurait pu devenir pour eux un besoin que si elle a\nit apporté une plus grande liberté, et avec, elle plus de civilisation, de soulagement et de sérénité dans la vie. Mais, au lieu de ces bienfaits, elle n'apporta qu'une nouvelle oppression et une nouvelle servitude, des hordes de pillards, une armée de pieux fainéants, des prèlres remplis de vanité , des gibets et la terreur de l'éternité. L'antique paganisme se releva encore une fois avec des forces nouvelles dans les Ames des hommes , et le prince Godeschalk devint un objet d'exécration pour son peuple.
Cet état violent fut cependant contenu par les armes des chevaliers et par les artifices des prêtres; la tranquillité intérieure ne fut pas troublée au milieu des orages extérieurs, et le superbe édifice de l'Église chrétienne fut continuellement étendu et élevé à une hauteur de pins en plus grande. La mort même de Heinrich III ne changea rien à l'état des
choses, parce qu'elle arriva trop soudainement , parce que rien n'était préparé parmi les peuples wendes , et les désordres auxquels ; était livré l'empire teutsch semblaient d'an* tant moins pouvoir être mis à profit, que l'archevêque Adalbert semblait s'élever plus haut à la faveur de ces troubles. Mais lorsque cet homme eut été' précipité de la hauteur où il avait occupé une position si menaçante tout à : la fois et si brillante , et lorsque les princes saxons se mirent à combattre et à piller l'arj chevêche, les Wendes maltraités crurent que | le moment était venu de briser le joug , de se ! débarrasser de leurs oppresseurs , de détruire I l'odieuse organisation ecclésiastique , et de retourner pour la troisième fois à leurs anciens dieux et à la liberté de leurs pères. Ils se soulevèrent et prirent les armes. Prusso, qoi avait épousé la sceur de Godeschalk , se mit à leur tête, et soumit à un ordre et à une direction ces masses qui se précipitaient pêle-mêle en avant. Et tout ce qui élait teutsch on chrétien fut attaqué avec la plus grande fureur. Point de pitié , point d'humanité ; non 1 rien que cruauté , barbarie et crime. Le pieux zélateur Godeschalk fut saisi , et égorgé à Lenzen avec beaucoup d'autres, ecclésiastiques et laïques: un prêtre nommé Ippo fut assommé à l'autel. Ansvcr, un moine, devait d'abord être lapidé jusqu'à la mort, à Ratzebourg; mais il supplia les païens de le réserver pour la fin , parée qu'il voulait empêcher qu'aucun des martyrs, par crainte de la mort , ne renonçât au Dien crucifié; et sa prière fut exaucée; et il reçut le dernier , comme jadis saint Etienne , la couronne sanglante des confesseurs. Le gT3tl^ ûge de l'évêque Jean ne le mit pas à l'abri des mauvais traitements; il fut épargné dans la ville de Michilinbourg , pour servir de spectacle au peuple. On le conduisit , au milieu d'insultes de tonte espèce, de ville en ville; et comme on ne put le décider à renier le Christ, on finit à Rcthra par lui couper les mains, le* pieds, cl enfin la tête : le cadavre fut jeté de côte comme une vile ordure, mais on plaça la tête au bout d'une lance en signe de la victoire que le dieu Radigast avait remportée sur le Dieu crucifié. L'épouse de Godeschalk , ùllc de Svcin , roi des Danois , fut avec d'autres femmes frappée de verges à Michilinbourg. p"» chassée nue. Tout le pays autour de HambouM fut ravagé par le fer et par le feu ; la f«>r,°"
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rcsso de Hambourg fut entièrement détruite ; presque tous les Stormarer furent mis à mort ou traînés en captivité. Ces furieux se précipitèrent môme jusqu'à Sclileswig, s'emparèrent de cette ville par surprise et la renversèrent de fond en comble. ÊnÛn Prusso, l'amc de tant d'atrocités, de retour dans son pays, fut aussi égorgé par son propre peuple, liais les Abodrites et les Wagricns s'étaient affranchis de la domination de l'empire teutsch et du christianisme. En vain Ordulf, duc de Saxe, qui du reste n'égalait pas son père Bornhard en habileté et en talents militaires (2), fit des tentatives réitérées pour les ramener sous le joug : les malheureux bouleversements de l'empire teutsch garantirent pour longtemps leur sûreté.
Tandis que la Saxe était remplie de désolation et de tristesse par ces événements, les autres pays de l'empire ne donnaient pas non plus de grands sujets de satisfaction , quoique leur situation fût moins violente que celle des pays du Nord. En Bavière et en Sotiabe les ducs Otto et Rudolf semblent avoir maintenu en somme la tranquillité ; toutefois les guerres privées et les brigandages ne manquaient point dans ces contrées. La Thuringe était dans une grande surexcitation y parce que l'archevêque , comme nous le raconterons bientôt , prétendait lever dans cette province une dtme que les Thuringiens prétendaient ne pas devoir. Mais ce qui donne une preuve significative de l'abrutissement des hommes à cette époque, c'est un événement qui eut lieu à Trêves. Là mourut, l'an 1067, l'archevêque Bernhard, au milieu des fonctions de son saint ministère. Aussitôt l'archevêque Hanno de Cologne chercha à assurer cet archevêché à l'un des siens. Il le donna à son neveu , Cuno ou Kunrad , jusqu'alors prieur à Cologne , sans s'inquiéter le moins du monde du clergé et du peuple de Trêves. Irrités de ce dédain, le clergé et le peuple résolurent de ne point recevoir le nouvel archevêque, mais de faire , sur cet instrument de l'arrogance, un exemple qui pùt servir d'avertissement. L'Église de Trêves avait pour avoué un comte Dietrich , jeune homme trèsdisposé aux actes de violence. Ixî nouvel archevêque Kunrad, cependant, ne se doutait pas, à ce qu'il semble, des projets que Ton avait formés contre lui. Entouré d'une suite ronforme à son rang, et accompagné de l'évè-
que de Spire , il s'approcha sans soupçon de la ville , passa la nuit aux environs , et comptait y faire le lendemain son entrée solennelle. Mais ce jour même, au crépuscule du matin , le comte Dietrich , avec un grand nombre d'hommes armés , se précipita dans l'appartement où le prélat reposait. Le petit nombre d'hommes de la suite de Kunrad qui se disposèrent à la résistance furent massacrés; les autres surpris, sans armes, et sans résolution , prirent la fuite. Dietrich s'empara, comme d'un légitime butin, de tout ce qu'il trouva, et fit prisonnier l'archevêque abandonné. L'évèque de Spire se sauva dans l'église et se cacha derrière l'autel. Il y fut bientôt trouvé, tiré de son asile, battu , jeté hors de l'église , dépouillé de ses ornements sacerdotaux, enfin placé nupieds sur iin misérable cheval , et renvoyé à l'endroit d*où il était venu. Kunrad au contraire, l'archevêque nommé , fut entraîné comme un criminel , promené de côté et d'autre au milieu du mépris et de l'insulte , et enfin , après de longs et mauvais traitements , abandonné par le comte Dietrich à quatre de ses vassaux pour être mis à mort. Ces quatre nobles chevaliers , dépourvus de tout sentiment et abrutis comme leur seigneur, entraînèrent l'infortuné dans une forêt , et le précipitèrent à trois reprises du haut d'un rocher pour le mettre en pièces. Mais tant d'atrocité fut inutile : Kunrad resta vivant! Enfin ses bourreaux, soit par un sentiment d'humanité, soit qu'ils fussent fatigués de leur cruauté, terminèrent ses souffrances par l'épéc. Et un tel crime resta effectivement impuni. Hanno , qui vers ce temps se trouvait vraisemblablement en Italie, dut accorder que le clergé et le peuple de Trêves éliraient euxmêmes un archevêque; et ils élurent l to, comte de Nellenbourg. Dietrich alla en pèlerinage à la Terre-Sainte , mais plutôt pour se soustraire h la colère des gens de bien que parce qu'il redoutait la puissance publique dans l'empire; et ce ne fut qu'après son départ que, pour sauver les apparences de la justice , le roi le condamna à l'exil. Quant à ses complices, à ces quatre chevaliers qui avaient exécuté le meurtre , il ne parait pas même que l'on se soit occupé d'eux. Le peuple seul , dans sa pieuse croyance, exerça la justice aussi bien envers l'infortuné martyr qu'envers les grands seigneurs de l'empire , 'qui parleur mésintelligence et par leurs passions rendaient l'ordre et
la justice impossibles. Le cadavre de la victime fut enseveli par des hommes de bien dans le monastère de Tholci; le peuple bouora ses restes comme les reliques d'un saint des premiers siècles du christianisme , et longtemps il se fit de nombreux miracles sur son tombeau.
Cependant le jeune roi vivait abandonné à lui-même , et se livrait peut-être à des excès do plus d'une nature. Il est à peine question de lui dans l'histoire; son nom ne Cgurc que dans des diplômes destines à confirmer ou à concéder des donations et des droits. Il semble avoir fréquemment séjourné à Goslar, sans doute pour se rapprocher autant que cela était possible de sou cher Adalbert , et pour recevoir ses conseils et ses consolations. Mais travailla-t-on à cette époque à des châteaux et à des forteresses sur les rochers les plus avancés du Uartz , et en particulier au grand et magnifique Harlzbourg et au mur qui entoura Goslar? c'est ce dont on peut douter avec raison. On ne conçoit pas comment ce jeune homme de dix-sept ou dixhuit ans , dans les relations où il se trouvait , aurait pu arriver à l'idée de si grands établissements et de si grandes constructions. Et, bien que la voie ait pu être ouverte, bien que même le plus habile maitre dans l'art de bâtir , Rcnno, dont il a déjà été fait mention , mais qui dès l'an 1007 devint évèque d'Osnabriick , l'eût assisté de ses conseils et de ses exhortations , on ne comprend pas où il aurait pris les moyens exigés pour de si grands et de si forts ouvrages. Si l'on veut de plus accorder la moindre créance aux assertions sur la légèreté , l'incohérence et la brutalité de sa manière de vivre , il est impossible que l'on tienne pour vrai qu'il ait entrepris ou accompli des choses qui réclamaient des sommes d'argent si considérables, et aussi une si grande attention et tant de persévérance, d'autant plus que tous les princes de l'empire lui eussent suscité des obstacles. Il est donc plus que vraisemblable que les traditions relatives à ces nombreux châteaux et à ces nombreuses forteresses élevés sur les montagnes escarpées du Hartz inférieur, et aux ouvrages de la Hartzbourg et de Goslar, sont fort exagérées, parce que les écrivains s'efforçaient d'expliquer la colère des Saxons , qui s'explique du reste assez facilement; il est vraisemblable que les constructions qui furent réellement faites furent entreprises et achevées en partie déjà par Hcinrich III , en partie par Adalbert, lorsque cclui-
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ci avait entre les mains l'administration <k l'empire. Mais précédemment les Saxons purent fairo moins attention à ces ouvrages, parce qu'ils s'étaient fiés aux assurances de Ueinrich III , qu'elles étaient simplement destinées à la défense de l'empire en général et de la Saxe en particulier; et ce ne fut peut-être qu'à partir de l'époque qui nous occupe qu'ils commencérentàcraindreque ces châteaux et ces forteresses ne pussent être employés contre eux-mêmes. La fuite d'Adalbert à Goslar , leur spoliation injuste de l'archevêché de Brème, le soulèvement des Abodrites, la romarque que le jeune roi se présentait maintenant eu vigoureux jeune homme qui ne manquait pas de génie et qui portait dans son cœur un ressentiment aussi juste que profond , toutes ces circonstances parent attirer les regards des Saxons sur Goslar et sur les châteaux du Uartz , et ils peuvent aroir commencé à éprouver à l'aspect de ces ou* rages des inquiétudes d'autant plus grandes, qu'ils s'avouaient peut-être davantage qu'ils avaient bien mérité l'inimitié du jeune roi. Il parait aussi que Hcinrich, avec la coopération d'Adalbert, avait rassemblé autour de lui à Goslar des bandes de guerriers volontaires , qui se rangèrent volontiers sous les ordres du jeune roi, dont l'avenir pouvait devenir d'autant pins brillant quo son présent était plus obscur; et il n'est pas invraisemblable que les traités entre Adalbert et les princes saxons furent hâtés i«r cet armement de Heinrich.
Mais le roi Hcinrich lui-même parait à cette époque s'être surtout occupé d'une idée qui ne se rattacherait nullement ou seulement de fort loin à ces choses. Sa position à l'égard de sa femme devenait trop pesante , et il désirait rompre les liens qui l'enchaînaient à elle. Il voyait ses souffrances; il savait qu'il était dans sou tort; il ne pouvait lui faire aucun reproche; il n'avait rien à blâmer en elle , ni dans sa personne, ou dans ses mœurs, ou dans sa culture ; mais il ne pouvait se rendre maitre de l'indignation qui naissait du sentiment qu'elle lui avait été imposée par ses ennemis. Sous l'empire de cette indignation , elle était pour lui un souvenir continuel de son malheur et des vexations qu'il avait subies ; aussi ne pouvait-il cesser de maltraiter cette innocente princesse. Cette position de la jeune et belle reine lut était insupportable ; il désirait se séparer d'elle par le divorce. Et il réussit à gagner à cette idée