‹ Histoire d'AllemagneChapitre 82 sur 100 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

NOUVELLE ÉLÉVATION ET MORT DADAL- BERT DE BRÈME. — CHUTE DU DUC OTTO ET ÉLÉVATION DU DUC WELP. — COM- PLICATION INCALCULABLE DES AFFAIRE* PUBLIQUES DANS l'kMPIRE.

De Tan 1070 à l'nn 1073.

L'expédition en Thuringe contre \c comte Dcdi avait satisfait le roi; et le rapide succès de cette entreprise , ainsi que la considération qu » avait acquise à la tète ou au milieu d'une arme<S avait fortifié et relevé son àme. La honte, l'humiliation qu'il avait subies à Francfort dans sa discussion avec les princes de l'empire, l'avaient blessé d'autant plus profondément. A Francfort, il s'était vivement arraché des mains de

ceux a la discrétion desquels il s'était jusqu'alors trouvé contre sa volonté, et il était revenu a Goslar, accompagné seulement d'un petit nombre d'amis fidèles et dévoués (I). Arrivé dans cette ville où il avait sous les yeux ses châteaux forts, il se sentit pour la première fois peut-être homme libre, à l'âge de vingt ans; et, sous l'empire de ce sentiment nouveau de liberté, son âme se pénétra sans aucun doute de plus d'un projet qui jusqu'alors avait été probablement d'autant plus confus, qu'en présence des événements d'un semblable passé il voyait moins clairement l'avenir. Il tint ferme à une seule pensée, le jeune roi : c'est que les princes de l'empire, qui avaient si cruellement troublé le réve de son enfance , qui avaient avec tant d'égoïsme abusé de la faiblesse de son adolescence, qui avaient cherché à lui imposer de lourdes chaînes pour sa vie tout entière, qui enfin , à sa grande humiliation , l'avaient placé en face du siège papal en coupable pécheur ; c'est que ces hommes devaient recevoir le prix de leurs œuvres , et , s'il le fallait , sentir le tranchant de son glaive désormais éprouvé. Et certainement il n'est pas contraire à la nature humaine d'admettre que , dans cette pensée , sa répugnance pour sa femme s'adoucit du moins, si elle ne disparut pas complètement , et qu'il se rapprocha de cette princesse à mesure qu'il espérait davantage tenir loin de lui les hommes qui la lui avaient imposée.

Mais, pour mûrir ses projets et les mettre à exécution, il lui fallait un conseiller et un appui auquel il pftt et osAt se confier. Et ce conseiller, cet appui, il le trouva dans l'homme auquel son cœur tenait toujours, parce qu'il s'était montré ami fidèle de sa maison et avait flatté les penchants et les désirs de ses jeunes années. On ne peut décider si Ileinrich l'appela près de lui , ou si cet homme se présenta de luimême à propos : ce qui est certain , c'est que, l'an 1070 , l'archevéqne Adaibert se trouvait de nouveau à la cour du roi , et avait encore une fois une grande influence sur ce prince ; tontefois il se mit moins en évidence qu'autrefois, soit parce que le roi était moins jeune , et sinon moins indépendant , du moins plus décidé, soit parce qu'en général Adaibert n'était plus le même.

En effet, après qu'il eut abandonné aux princes saxons la majeure partie des domaines de son église, pour se sauver du moins, lui et

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son église, l'archevêque avait vécu tristement durant trois années à Brème , en proie à sa colère et à son ressentiment. II conservait le souvenir de son ancienne grandeur ; le fantôme d'un patriarche du Nord, qui avait si longtemps flatté son imagination , s'agitait toujours devant son ame : mais autour de lui il ne voyait que les ruines d'une magnificence détruite; et il ne pouvait marcher qu'avec douleur au milieu de ces ruines, parce qu'elles lui rappelaient incessamment l'idée de la grandeur que jadis il avait réellement possédée ou rêvée. Dans sa passion , il ne soupirait qu'après les moyens de regagner ponr lui-même et pour son église ce qu'il avait perdu , et de se venger de ses ennemis , tant de ceux qui l'avaient renversé que de ceux qui l'avaient dépouillé. Pour atteindre ce but, il lui fallait avant tout de l'argent. Il était du reste accoutumé à une vie luxueuse, qui exigeait de grandes dépenses. Mais les sources où il était accoutumé à puiser ne coulaient pas avec abondance. Après la spoliation de l'archevêché, il lui fallut tirer ses revenus d'un cercle trèsrestreint. Précisément par là il se vit forcé do fouler au dernier point les hommes qui vivaient dans ce cercle, et qui étaient regardés comme sujets de l'église de Brème. Des plaintes diverses s'élevèrent contre cette oppression inouïe ; il s'éleva ce cri de désolation, que le pasteur s'était changé en loup et étranglait le troupeau. Adaibert, aveuglé par la passion, pressé par le besoin , ne tint aucun compte de ces plaintes et ferma l'oreille à ces gémissements. II devint do plus en plus dur, de plus en plus cmel , et il ne cherchait que des motifs de se justifier à ses propres yeux. Il se rappelait toutes les vexations que jadis on lui avait fait subir , et il prétendait que ces intraitables Saxons ne criaient contre lui que parce qu'ils le haïssaient, lui qui n'était pas Saxon , et parce qu'ils tenaient fidèlement aux princes de la maison de Billung , qui étaient Saxons. Il fallait les châtier pour cela. Ses serviteurs et ses officiers , qui voulaient plaire à leur seigneur et s'enrichir en même temps eux-mêmes, outre-passaient sans doute aussi ses ordres, et lui présentaient sous un faux jour l'état des choses. Ils commirent de véritables atrocités ; ils persécutaient les couvents , chaque fois qu'ils le pouvaient ; ils augmentaient les péages et les droits de marché ; ils enlevaient aux individus leurs biens et en faisaient trafic ; ils excitaient aux contraventions , afin d'avoir

des motifs de confiscation ; ils ne rougissaient pas d'employer les chaînes et le fouet envers ceux qui élevaient la voix contre de telles indignités ; ils poussèrent le crime si loin , que des hommes devinrent fous de chagrin et de misère. La ville de Brème tomba en décadence; le commerce, qui avait pris un bel essor , fut détruit, toute communication fut interrompue ; le pays s'appauvrit, et Adalbcrt ne s'enrichit pas : car les instruments dont il se servait pour ces exactions en consommaient le produit ou le gardaient pour eux (2). Et Adalbert l'archevêque serait probablement mort à Brème de la manière la plus triste, chargé des malédictions de ceux qui jadis l'avaient honoré , si le roi Heinrich , après avoir rompu avec les princes de l'empire à la suite de la scène de Francfort , ne lui avait ouvert une carrière nouvelle , qui lui inspira encore «ne fois de grandes espérances.

Mais si Adalbert entra dans cette carrière , ce ne fut certainement pas avec de meilleures intentions , mais du moins avec une plus grande circonspection, qui venait de son découragement et de ses chagrins ; ce ne fut certainement pas avec do moins vastes projets, mais du moins avec moins de conOance et moins d'énergie. Dans ce même temps , diverses négociations avaient déjà lieu entre les princes , des mains desquels Heinrich s'était arraché. Il n'était pas échappé à l'archevêque Sigefrid de Mayence, que Heinrich avait tenu à son égard une conduite équivoque dans l'affaire des dîmes; que, bien plus, il avait affermi les Thuringiens dans leur refus ; et il ne pardonnait pas au roi de l'avoir mis dans une mauvaise position envers le siège apostolique à l'occasion de l'affaire de son divorce, sans lui avoir donné la récompense promise. Aussi cherchat-il à former une ligne entre plusieurs évèques qui étaient ses parents et ses amis, dans le but de l'aider a partager peut-être avec l'archevêque Hanno de Cologne l'administration de l'empire. Et les princes laïques ne se remuaient pas moins. Le duc Otto de Bavière, qui , en sa qualité de Saxon , avait un grand parti en Saxe, chercha à s'entendre avec les princes de la maison de Billung afin de se préparer en commun à une action commune contre les événements possibles ; et il réussit à faire entrer complètement dans son parti le comte Magnus, fils du ducOrduIf, lequel, comme nous l'avons raconté, avait combattu avec le plus de passion

l'archevêque Adalbcrt. L'arclievéquc Adalbert fut-il réellement instruit de ces menées, on bien cet homme si expérimenté ne fit-il que le* soupçonner, comme fondées sur les relations? c'est ce qu'on ne sait pas; mais sa conduite fut conforme aux circonstances, comme s'il avait tout pénétré. Il agit à l'égard de l'archevêque Hanno avec une confiante amitié , pour gagner cet homme dont l'influence s'étendait si loin, ou pour le tromper et le détacher des prince* que lui , Adalbert , regardait comme ses ennemis et comme les ennemis du roi ; et il chercha à se concilier de la même manière d'antres personnages même moins considérables , pour exciter des dissensions et des méfiances. Contre les princes seuls de la maison de Billung il manifesta son irréconciliable inimitié. Aussi , tandis que vraisemblablement il travaillait à réunir le roi à sa femme, et à le ramener aux sentiments de tous les hommes de bien , il animait de toute manière son élève contre les princes, et lui représentait comme nécessaire une guerre contre eux. Mais , pour cette raison même, il devait assurément avoir fort à cœor d'empêcher ces princesde recevoir des secours du Teutschland méridional; car, s'ils se trouvaient seuls, ces princes, il semblait qu'en prenant pour points d'appui les châteaux et les forteresses du Hartz , on devait les vaincre avec un succès non douteux.

Tandis qn'Adalbert agissait dans ce but , et nourrissait dans le cœur du roi la passion qui dominait l'infortuné jeune homme, arriva un incident qui excita l'attention générale, produisit une impression non moins forte sur les ames nobles que sur les âmes vulgaires, et ne fut pas sans conséquences importantes. Devant le roi se présenta un homme de noble naissance, nommé Egeno, qui lui révéla que le duc de Bavière, Otto de Nordhcim, l'avait sollicité par ses prières et par ses promesses de l'assassiner, lui, le roi ; et en preuve il remit le poignard qui lui avait été confié pour l'exécution de ce crime ; il s'offrit a rester en prison , et dans le cas où ses assertions seraient niées par Otto, à en confirmer la vérité par le jugement de Dieu , par un duel.

On ne sait rien de la vie antérieure d'Egeno ; c'est par son accusation contre le duc Otto qu'il entre en scène. I<es historiens qui ont vécu à cette époque ou dans celle qui la suivit , parleut de lui , en mentionnaut son accusation»

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arec la plus grande indignation , et dans les termes les plus violents, comme d'un homme méchant, sans honneur, chargé de crimes et d'opprobres. Et certainement c'était un être méprisable. Si son accusation était juste, .à quel autre, sinon à un misérable, cùt-on osé proposer un assassinat? Si au contraire elle était fausse, la perversité de cet homme ne peut pas davantage être révoquée en doute. Mais les actions infâmes elles-mêmes dont Kgeno, dit-on, s'était précédemment rendu coupable, ne sont spécifiées par personne, et il n'est pas facile de décider de la vérité ou de la fausseté de l'accusation. I>es écrivains , il est vrai, la repoussent, comme une odieuse et infâme calomnie; mais plutôt, à ce qu'il semble , parce qu'ils se sentaient eux-mêmes révoltés à l'idée d'un tel attentat, que parce qu'ils se fondaient sur des motifs solides. Ils no croyaient pas le duc Otto capable d'une telle pensée. Bien plus , ils le vantent comme un héros, également distingué dans les combats et dans les conseils , et a qui ses hautes vertus donnaient une grande autorité sur le peuple. Ce qui ne souffre pas non plus de doute , c'est que, le duc Otto possédait beaucoup de qualités qui attiraient les regards sur lui , lui assuraient une influence redoutable, et entretenaient l'idée que, s'il n'était pas un ami sur lequel on pût compter , il était du moins un ennemi dangereux. Mais on ne peut nier aussi que l'on cherche en vain dans l'histoire les motifs des grandes louanges dont ,Otto est comblé. Aux jours antérieurs il avait été sans doute , selon l'esprit de la féodalité, habile et bon; il avait accompli des faits glorieux, puisque l'impératrice Agnes chercha par de si grands sacrifices à acheter son bras et sa fidélité ; mais depuis l'événement de Kaisersvverth , auquel sa participation ne peut être défendue qu'avec un succès douteux, il n'augmenta pas précisément cette gloire, et les huit années écoulées depuis ce jour axaient été des années de sauvages passions et de désirs effrénés , qui exercèrent sur les hommes de la vie publique une influence de démoralisation plutôt que d'amélioration. Chacun de ces hommes visait toujours plus haut , et Adalbertde Brème n'était pas le seul qui eût placé son but a une grande élévation. Leduc Otto avait atteint ce que sous Hcinrich III il eût difficilement espéré atteindre; ce ne serait pas une chose contraire au caractère de

ce siècle que le degré le plus élevé n'eût pas encore paru trop haut à ses yeux. En tout cas Je duché de Bavière ne parait pas l'avoir contenté; car il n'a rien fait pour lui , et ne s'est pas occupé le moins du monde même de se naturaliser dans le pays ou de gagner et mériter l'attachement des Bavarois. Dans les inquiètes agitations de ce siècle, au contraire, on le retrouve partout, et il a trempé dans toutes les ligues ou conjurations formées contre le roi ou contre la maison royale. Aussi son nom , plus que celui de tous les princes , était-il dans la bouche des mécontents ou de ceux qui feignaient de l'être ; partout il passait pour le premier prince temporel de l'empire ; et le sombre Hanno de Cologne, et l'avide Sigefrid de Mayence, et toute la troupe de leurs parents, de leurs partisans et de leurs créatures dans l'ordre ecclésiastique, tournaient leurs regards vers lui comme vers leur appui. Enfin Otto n'avait pas non plus encore tiré des bouleversements de l'empire tous les avantages auxquels semblait lui donner droit sa participation au fait de Kaiscrswcrth ; aussi est-H singulièrement vraisemblable que , si dans ce moment le trône des Teutschs s'était trouvé vacant , aucun autre n'y eut été élevé que le duc Otto de Bavière. Il est assurément certain que toutes cc§ observations ( et ce n'est pas dans ce but qu'elles ont été faites) ne suffisent point pour accuser le duc Otto de Bavière d'avoir soldé un assassin ; mais elles font comprendre ( et c'est pour cela qu'elles ont été exprimées ) comment le roi fut conduit à soupçonner qu'Otto cherchait à s'élever au trône en passant sur son cadavre , et comment plus tard des hommes raisonnables ont pu croire à la vérité de l'accusation portée par Egcno. Au surplus les écrivains qui représentent cet Egeno comme un misérable, et son accusation comme une odieuse calomnie', ne peuvent donner aucune indication précise sur les causes qui l'auraient poussé à une action si criminelle. Ils disent seulement que quelques fidèles du roi l'auraient protégé , et ils nomment en particulier un comte Giso, Albert et ses quatre fils, comme les véritables instigateurs, sans nous apprendre pourquoi ces hommes précisément étaient animés d'une si grande envie contre Otto et d'une si grande jalousie contre sa gloire, puisqu'après tout, I cette eu vie et cette jalousie sont considérées | comme la source de la calomnie. Personne n'a

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joté do soupçons sur l'archevêque Adalbcrl, : mais on les a reportés directement sur le roi lui-même.

Toutefois, quelle qu'ait été la connexité des choses, le roi, qui en tout cas avait de justes motifs de haine et de méflance contre Otto, et dout les ennemis d'Otto excitaient d'ailleurs de plus en plus la colère, appela aussitôt le duc Otto avec d'autres princes de l'empire à Mayence. Otto repoussa l'accusation , et nia qu'il connût Egcno. Là dessus le roi lui iixa un délai de six semaiues , au bout desquelles il devait prouver son innocence dans un combat avec son adversaire. Aiusi le voulait le droit do ce siècle. Cependant la rigueur de cette sentenco fit murmurer les grands seigneurs amis d'Otto. Môme dans le jugement de Dieu, ils apportaient follement cette manie de fausse distinction , qui avait déjà fait de si grands progrès; et comme ils ne pouvaient nier qu'Egcao no fût d'extraction noble, ils firent ressortir le côté moral de la vie des deux ennemis , et déclarèrent le duel impossible , précisément pour le motif qui eût dû leur inspirer le plus de confiance dans son issue. 11 n'était ni équitable ni bon , disaient-ils , qu'un homme d'une si haute noblesse , du meilleur renom et sans tache , acceptât pour adversaire un homme méprisable , qui avait souillé depuis longtemps, par le vol , par le brigandage sur les grandes routes et par d'autres méfaits, ce qu'il pouvait y avoir de noble dans son origine. Le roi cependant connaissait son droit , et persista dans sa décision. Au jour fixé , le duc vint donc avec une suite nombreuse d'hommes armés. Lorsqu'il fut arrivé aux environs de Goslar, il envoya au roi un message : il était prêt à paraître devant lui , si on lui donnait toute sûreté, et si on lui garantissait qu'il pourrait se purger du crime dont on l'accusait , de la manière que les princes de l'empire auraient jugée la plus équitable. Le roi , surpris de ce message , répondit sèchement et avec sévérité qu'il ne promettait nulle sécurité au duc ; qu'il attendait bien plus que le duc se présentât au combat, et s'en remit à Dieu pour ce qui devait en résulter pour son innocence ; que s'il ne le faisait pas , il devait nécessairement être regardé comme convaincu. A cette réponse, le duc revint sur ses pas. Il aimait mieux, dit-il, défendre son existence par les armes , que d'assouvir la haine de ses ennemis par une mort ignominieuse. Ainsi

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do deux choses l'une : ou sa conscience o était pas pure , ou sa foi dans le jugement de Dieu par le duel n'était pas grande.

Le jour qui suivit le départ du duc , le roi assembla les princes de Saxe, qui s'étaient rendus à Goslar à cette occasion, afin qu'ils jugeassent cette affaire selon le droit saxon. Les princes déclarèrent que le duc était convaincu du crime dont on l'accusait, et qu'il devait être puni de mort dès qu'on aurait pu le saisir. Cette sentence fut le signal des scènes les plus pernicieuses; elle lâcha la bride à toutes Us passious. Les amis du roi , les ennemis du duc, tous les hommes avides de pillage et de butin ou qui se plaisaient aux actes aventureux et hardis, se déchaînèrent pour piller et détruire les possessions du duc en Saxe et en Thuriuee; et ils accomplirent celte ouvre aussi cruelle que rapide par le fer et par le feu , ne respectant et n'épargnant rien, ni les hommes &i les choses, ni le sacré ni le profane. Enfin, lorsque ces dévastations curent répandu au loiu la craiute et la terreur, le roi se montra luimême aussi avec une armée , et contraignit les princes qui étaient unis à Otto par les liens do sang ou de l'amitié à se détacher de lui par serment , ou à donner des otages de leur fidélité. Puis il détruisit de fond en comble le château de llaneustein abandonné par le duc, et troma la garnison du château de Dcscubcrg, qui passait pour imprenable, frappée d'uue toile terreur, qu'il en prit possession sans coup férir. Enfin il conduisit aussi ses troupes contre les possessions de la femme du duc en VVestphalie, et leur permit les excès les plus coupables sur les personnes et sur les choses, eu ennemi farouche et étranger.

Cependant Otto avait rassemblé autour de lui environ trois mille hommes d'élite, formés de longue main à toute la tactique militaire. A leur tète , il se jeta sur la Thuringe, et usa dans toute sa rigueur du droit de représailles contre les personnes et les choses sur les domaines du fisc royal : car les hommes de sa troupe ne s'étaient en majeure partie joiuts à lui que dans l'espoir du butin, et il ne pouvait les garder sous sa bannière qu'en leur permettant d'assouvir leurs sauvages désirs par le pillage et l'incendie, le vol et le meurtre. Eu déduisant ainsi tout sur sa route, il arriva jusque devant Eschwege. Là il vit accourir ure midtitude d'hommes qui avaient vécu sur ses

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terres, cl auxquels il n'était exactement resté que la vie. lis le supplièrent de les secourir et de les venger. Otto abandonna à ces infortunés une partie du butin qu'il avait fait , les exhorta a supporter avec patience les châtiments que Dieu leur infligeait, et comme ils ne pouvaient euxmêmes porter les armes, il recommanda ses armes à leurs prières. Biais bientôt cet homme, qui jusqu'alors n'avait pas rencontré de résistance, eut à 1 improviste un combat à soutenir près d'Escliwege. Des vassaux thuringiens, soit pour conserver l'appui du roi dans l'affaire des dîmes, soit pour défendre leurs possessions contre les hordes pillardes d'Otto , et rappelés énergiquemeut par un comte Rutgcr à la déclaration faite par eux qu'ils ne souffriraient dans leur pays ni brigands ni pillards, et à la nécessité de donner à cette parole de la vérité et de l'effet, avaient crié aux armes, s'étaient rassemblés, avaient couru sur les traces du duc Otto, et l'atteignirent non loin d'Escliwege. Aussitôt l'attaque. On était au 2 septembre , et la lutte ne dura pas longtemps. La troupe audacieuse so précipita comme un vent d'orage sur les Thuringiens , pour défendre le fruit de ses pillages. Les Thuringiens , moins habitués à la guerre, surpris à l'aspect de ces bandits, se dispersèrent aussitôt devant une telle furie, et s'enfuirent de côté et d'autre, dans les montagnes et dans les forêts , pour regagner leur chère patrie; mais, le premier de tous, le comte Kutger s'enfuit bride abattue par monts et par vaux. Du côté des Thuringiens, trois cents hommes environ avaient perdu la vie ; l'année d'Otto ne compta qu'un seul mort et deux blessés. Et ce honteux événement termina ce malheureux tumulte. Otto resta quelque temps encore a Eschwegc , comme dans un camp ; niais, ne voyant plus paraître d'ennemis, il congédia la majeure partie des siens, alin qu'ils pussent mettre leur butin en sûreté. Avec le reste il pénétra plus avant dans la Saxe , et il nourrit cette troupe, qu'il tenait prête a tout événement , en partie du produit des courses de brigandage qu'il autorisait ou occasionnait , en partie aux dépens des possessions du duc Magnus, son (idole ami, qui prétendait être fermement convaincu de son innocence, et qui cherchait en conséquence de toute manière à soutenir sa cause, pliant au roi , à la nouvelle de la victoire remportée près d'Escliwege par Otto, il s'était eu toute hâte rendu à Goslar,

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pour ne pas so voir surpris; et il n'osa pas quitter cette ville, tant était faible sa conlianec en ses fidèles : car il craignait qu'Otto et Magnus ne se montrassent dans cette ville, ne s'en rendissent maîtres et ne la détruisissent en son absence (5).

Dans de telles circonstances, le roi avait fortement à cœur de gagner contre Otto un prince puissant de l'empire, qui, sinon par dévoùment sincère envers sa personne, du moins par haine contre Otto, entreprit contre celui-ci une lutte loyale, parce qu'il verrait en lui un ennemi irréconciliable. Or le duc avait été déclaré déchu du duché de Bavière par les princes saxons. Tous les Bavarois avaient reçu celte sentence avec la plus grande indifférence, et il ne s'était pas tiré une seule épéc pour le duc du pays. Sans doute cette indifférence pouvait résulter en partie du mécontentement causé par l'homme lui-même , qui , étranger dans le pays , semblait être chez lui partout , excepté en Bavière ; en partie elle pouvait naître aussi de cette circonstance, que depuis plusieurs années les Bavarois s'étaient rarement trouvés réunis avec leur duc dans de grandes assemblées. Le duc leur avait été arbitrairement imposé; ils avaient vu des enfants et des femmes revêtus de la dignité ducale , jusqu'à ce qu'Otto eût fait tomber parmi eux cette dignité dans le mépris. Il était donc à espérer que les Bavarois se laisseraient arbitrairement et sans leur adhésion imposer un roi ; et si cela se faisait , le nouveau duc , s'il était un homme juste, pouvait assurément, avec la puissance de la Bavière, exercer une influence décisive pour le roi contre le duc Otto. Et le choix de lleinrich tomba incontestablement sur un homme qui paraissait être convenable , parce qu'il briguait la dignité ducale, ne reculait pas devant de grandes dépenses, et accédait en général aux conditions qui lui étaient faites; ou dit que le due Hudolf de Souabe, beau-frère du roi, ménagea celte affaire, et il serait fort possible qu'à cette époque Uudolf voulût franchement le bonheur du roi, lleinrich s'étant précisément alors réconcilie avec si femme. Le prince auquel Heinrîeh , aux fêtes de .Noël , donna le duché de Bavière, était le comte VYelf , Malien , Dis du marquis Azzo d'Esté. Il avait pour mère Kuniza ou Kunignnde , fille du comte Well <!c navensbnurg , sœur de ce Well que llcm-

HISTOIRE Dl PELTLE ALLEMAND.

licli III avait élevé , comme iious l'avons raconté , au duché de Carinlhie. Ce duc Welf de Carinthie étant mort sans enfants, les biens considérables dont il avait hérité ou qu'il avait acquis en Souabe et en Bavière, échurent à sa sœur Kunigunde, et passèrent par elle à son fils , qui maintenant devenait duc de Bavière ; et de même que , par son élévation, ce Wclf est devenu le fondateur d'une maison qui , dans la suite du temps, arriva au plus brUlant éclat et au faite de la grandeur, de même on pourrait faire remonter sa généalogie, du côté maternel, fort avant dans les siècles anciens, nonseulement jusqu'à l'époque de Ludwig le Pieux, mais même jusqu'à celle des Scires et plus loin encore , si l'on pouvait croire que tous les personnages qui , dans quelque siècle que ce fût, out porté le nom de Welf , ont appartenu à la même race. Le nouveau duc de Bavière lui-même était gendre du duc Otto, de l'homme qu'il devait désormais traiter en ennemi. Jusqu'à présent, tant qu'Otto avait été heureux et tant qu'il avait joui d'une grande considération parmi les princes tcutschs, Welf, à ce qu'il semble, lui avait été attaché avec respect et dévoùment, et s'était efforcé de favoriser sa cause par tous les moyens; mats, maintenant que son beau-père avait été condamné pur le jugement des princes saxons et déclaré déchu du duché de Bavière, il n'hésita pas , pour entrer en possession de ce duché , à rompre sans honte et sans réserve les anciennes relations , à se déclarer ennemi d'Otto ( ce que vraisemblablement on avait exigé de lui), à répudier avec insolence et sans sentiment sa femme Ethelindc, et à renvoyer cette malheureuse princesse à son père, le duc Otto. Une semblable conduite excita, il est vrai, le dégnùt et l'indignation de tous les hommesde bien; mais ce qui est plus vrai encore, c'est que Welf n'est pas le seul prince qui, par des actes blâmables, ait établi uue base sur laquelle des descendants meilleurs ont construit un vaste édifice de grandeur et de puissance ; et quiconque étudie l'histoire de cette époque trouvera peu de princes dont il puisse affirmer que pour obtenir la même récompense ils eussent reculé devant la même conduite. Le jugement porté sur le roi lleinrich IV devrait être d'autant plus équitable.

Le dur Otto avilit reçu dans le cœur un nouveau coup de poignard. Désormais il regardait

un accommodement avec le roi comme entière* ment impossible. 11 résolut donc de tout risquer et d'attaquer le roi lui-même à force ouverte. Soutenu et encouragé par son ami le comte Magnus, et pour avoir une retraite assurée eu cas de malheur, il prit possession de la montagne inaccessible de Hasengun, l'entoura de» fortifications les plus formidables, rassembla le plus grand nombre d'hommes d'armes qn'il lui fut possible , fit piller par eux le pays tout alentour , et enferma le butin dans la forteresse. Le roi avait eu le dessein d'entreprendre une expédition en Bav ière , afin d'installer en personne et par la force des armes le nouveau duc Welf, dans le cas où les Bavarois soageraient à s'opposer à celui qu'il avait nommé. Mais, à la nouvelle des armements d'Otto, il n'osa pas s'éloigner, parce qu'il craignait que Goslar ne fût surprise , emportée ou livrée. Bien plus, il résolut d'attaquer le plus tôt possible le duc Otto, pour l'écraser avant qu'il eût pu terminer ses préparatifs. 11 rassembla donc une armée de Saxons , de Thuringicos et de Hessois , et ordonna aux princes plus éloignés de venir le rejoindre le plus promptement possible avec leurs forces. Mais ce ne fut pas avec un sentiment de plaisir qne l'armée qui accompagnait le roi se mit en campagne. La forteresse d'Otto était en bon état et pourvue de toutes les munitions nécessaires; lui-même avait l'attitude du désespoir; ses partisans , enflammés par tous les moyens imaginables , étaient animés du plus vif ressentiment, l-a victoire ne pouvait donc s'obtenir que par les plus grands efforts et par des sacrifices prodigieux ; une défaite devait entraîner des conséquences incalculables. Cette position ne pouvait être ignorée de personne; mais celui qui lu voyait le plus clairement était le comte Eberhard de Ncllenbourg, et Eberhard jouissait de la confiance du roi. Ce fut pi*»** ment pour cette raison que cet homme prudent quitta l'armée du roi, et se rendit auprès du duc Otto. Sans aucun doute il agissait de concert avec le roi ; mais il feignit d'être venu sans mission et de son propre mouvement; et, dans cette position , il parla au duc d'une manière pressante. Il le conjura de ne pas sC** poser avec les siens à un tel danger; il '«> "ll que tout espoir n'était j>as perdu pour lui, » Otto voulait évacuer la forteresse et se rendre an roi ; en môme temps il lui promit avec un

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mont solennel de faire auprès du roi tous ses efforts pour lui obtenir le pardon de l'accusation élevée contre lui , et la restitution de tous les biens héréditaires de sa maison, que la guerre lui avait fait perdre. Otto reconnaissait fort bien que, s'il voulait pousser plus loin la guerre contre le roi , il jouerait tout son avenir d'un seul coup. Cette considération lui fit accepter l'offre d'Eberhard. Eberhard revint auprès du roi, et Heinrich approuva avec d'autant moins de peine ces conditions, qu'il avait fort bien vu que cette guerre n'était nullement du goût des princes qui le suivaient, mais qu'ils la faisaient mollement , et que peut-être môme ils songeaient à le trahir. Un traité fut donc conclu et juré : Otto devait licencier ses troupes ; la paix devait être observée jusqu'aux fêtes de Pâques; mais ensuite Otto, avec Magnus et les autres princes qui avaient tenu pour lui , devait se rendre à Cologno et se soumettre au roi sous les conditions que les princes de l'empire auraient déclarées équitables. Otto exécuta effectivement ce traité. Par là le roi eut la tranquillité dont il avait besoin pour se rendre en Bavière et faire reconnaître le duc Welf par les vassaux de ce pays. Il rencontra moins de difficultés qu'il ne l'avait craint. Cependant il parait qu'il s'y arrêta trop longtemps pour pouvoir faire les préparatifs de l'assemblée indiquée à Cologne pour les fêtes de Pâques. Heinrich , il est vrai , accourut sur le Rhin , et se trouva à Cologne le jour de Pâques ; mais il se vit contraint ou jugea convenable d'accorder au duc Otto et à ses partisans un nouvel ajournement jusqu'à la Pentecôte. Otto , Magnus et leurs compagnons parurent le jour de la Pentecôte , â Halberstadt , devant le roi. Heinrich reçut leur soumission ; il ordonna toutefois que les princes Otto et Magnus fussent placés sous une surveillance sévère.

Ces événements ue pouvaient manquer de produire une profonde impression. La fortune inespérée du roi excita partout de grandes passions; les ennemis furent consternés; les amis s'enhardirent; les premiers songèrent à de nouveaux projets de vengeance, les derniers, à profiter .du moment. Heinrich lui-même, plein de la vanité ordinaire à la jeunesse, portait avec une audacieuse confiance ses regards dans l'avenir , et son ami et conseiller l'archevêque Adalbert , bien qu il fût affaibli et malade , se réjouissait de ce qu'enfin était venu

le jour qu'il avait si longtemps espéré avec tant d'impatience. Mais ces événements firent sur les Saxons une impression beaucoup plus profonde que sur tous les autres peuples teutschs. Trois mois, en effet, avant la décision rendue à Halberstadt, le duc Ordolf était mort. Or, depuis près d'un siècle et demi, des princes de la maison de Billung avaient été revêtus de la dignité ducale parmi ce peuple : le fils avait succédé au père sans contradiction , sans le moindre doute sur son droit. Aussi ces princes s'étaient-ils accoutumés à considérer la dignité ducale comme héréditaire , et tous les Saxons s'étaient habitués â regarder ces princes comme leurs ducs héréditaires. En conséquence, après la mort d'Ordulf, ils virent en Magnus leur duc légitime , tandis que Hermann , son oncle, prit possession d'autres domaines de cette maison comme de son légitime héritage. Or Magnus était retenu prisonnier ; comme tel il avait été transféré dans la Hartzbourg , et mil Saxon ne savait où se trouvait le duc, ni ce qu'il était devenu. D'une part, cette circonstance causa en Saxe de l'indignation , de la douleur , du désordre; de l'autre, Magnus s'éleva très-haut dans l'opinion des hommes : ils firent de lui un héros , et lui attribuèrent toutes les vertus et toutes les belles qualités qui, d'après leurs idées, devaient caractériser un prince accompli. Mais le roi Heiurich et l'archevêque Adalbert crurent que le temps était venu de réduire à l'obéissance les odieux Saxons , d'affaiblir et de briser la maison de Billung. Et assurément l'un et l'autre de ces desseins eussent réussi, s'ils avaient eu enti ères mains des forces assez considérables. Mais cette force leur manquait , et ils ne pouvaient nullement s'attendre à voir les princes de l'empire les seconder pour atteindre un but semblable. Aussi , pour s'assurer l'appui nécessaire , une entrevue secrète fut ménagée à Bardcwik , dans l'été de cette année 4071 , entre le roi Heinrich et Svein , roi de Danemark. Personne n'y assista, si ce n'est l'archevêque Adalbert et un conseiller du roi des Danois. Et Heinrich, le roi des Teutschs, et Adalbert, l'un des premiers princes de l'empire teutsch, n'hésitèrent pas, dans leur passion , à conclure avec le roi des Danois un traité par lequel Svein promettait par serment au roi des Teutschs de le secourir sur terre et sur mer contre tous ses ennemis , et notamment contre les Saxons , tandis que Heinrich promettait ,

/'gaiement par Mnncnt , au roi des Danois de lui abandonner en toute propriété tons les pays limitrophes du royaume de Danemark.

Et à peine cet ignominieux traité fut-il conclu; à peine le roi étranger fut-il retourné dans ies Etats , que Ileinrich et Adalbert commencèrent des hostilités ouvertes contre la maisou de Billung, comme si désormais cette race était déjà vaincue, comme si les Saxons n'étaient plus à craindre. Ix» roi ne s'était rendu à Bardcwik qu'avec une faible escorte d'hommes d'armes, de sorte qu'un fait d'armes important ne semblait pas possible. Toutefois , lorsqu'il apprit que la forteresse de Lunebonrg, cette ancienne résidence héréditaire des princes de la maison de Billung , était sans garnison , il détacha de son escorte soixante-dix hommes intrépides, en majeure particchcvalierssouabcs, qui , sons le commandement de son fidèle Eberhard, comte de Ncllcnbourg, devaient prendre possession de cette forteresse. Car il prétendait que celle-ci et tous les domaines de la maison de Billung lui avaient fait retour par la soumission de Magnus ; et comme il avait le dessein de se saisir de tous ces domaines, Lunebonrg devait servir de point d'appui et faciliter la conquête. Kberhard ne rencontra pas de résistance; il s'établit solidement dans le château. Adaibert empiéta de son côté, et, sans aucun doute avec l'autorisation rovale, il reprit tous les biens et toutes les jMisscssions que jadis , ainsi que nous l'avons raconté , il s'était vu contraint d'abandonner au duc Magnus (4).

Le succès de ees entreprises pronve de la manière la plus évidente que les circonstances étaient singulièrement favorables pour le roi et pour l'archevêque. Mais la suite ne répondit nullement aux rapides commencements de cette œuvre. Bien que peut-être Svein , le roi des Danois , eut formé la ferme résolution de tenir la parole qu'il avait donnée à Rardcwik; bien que les cantons teutschs de la rive septentrionale de l'Ellie qui lui avaient été promis eussent pour lui un attrait irrésistible, il ne devait pourtant, en vertu du traité, que secourir le roi des Teutschs, et c'était à celui-ci à commencer la lutte contre les Saxons. Mais il n'en vint pas à une telle entreprise. Heinrich jugea plutôt nécessaire de quitter la Saxe pour assister à un concile qui devait se tenir à Maycncc, et dont il devait craindre pour lui

IPI.E ALLEMAND.

des résultats nuisibles et honteux. En effet , Rumold, évêque de Constance, était mort. Aussitôt le clergé et le peuple de Constant avaient élu évêque un prêtre de cette église, le chanoine Sigefrid , et envoyé au roi l'anneau et la crosse , afin que l'élu fut régulièrement investi et mis en possession. Mai* un certain Karl , chanoine de Magdebourg et prévôt de Goslar, sut gagner l'entourage du ivh par des artifices fins et grossiers, par de l'argent, par des présents d'une autre nature, et particulièrement par de grandes promesses; et Ileinrich se laissa décider par les homme» ainsi gagnés à rejeter l'élection de Sigefrid , à investir le prévôt Karl par la crosse et l'anneau, et à l'envoyer comme évôque à Constance. Quelque extraordinaire et affligeante que fui celte conduite, Karl ne fut pas mal reçu» Constance. Mais bientôt les prêtres de ce diocèse découvrirent que le nouvel évêque. avant même sa consécration , détournait d'une manière honteuse les trésors de l'église afin de se procurer l'argent qu'il avait donne ou promis pour obtenir i'évêelié. Dans leur indignation, ils s'opposèrent à la consécration d" prélat; et, pour la prévenir, ils l'accusèrent de simonie auprès du pape Alexandre II. Aussitôt le pape défendit la consécration, et interdit aux ecclésiastiques de Constance tout rappel avec l'évêquc nommé ; d'autre part il donnai l'archevêque de Mayenee la mission de convoquer un concile et de faire une enquête sévère sur cette affaire. Le concile fut fivéau mois d'août; et le roi, ponr y assister, aeeourut de la Saxe a Mayenee. Là les évêque» et les ecclésiastiques de Constance tinrent un langage ferme et énergique , mais sans aigreur et sans dureté; ils lui rappelèrent l'éternité, la vérité et la justice, qui seules rendent l'ordre possible , et qui sont lis seules ha«'» solides des empires et des trônes. Ileinrirh. soit que sa conscience fût réellement bonne, soit qu'il désirât éviter d'ajouter aux ancien* embarras de ses relations de nouvelles secrh> de violence, s'exprima, sinon sans tournure* adroites, du moins sans termes MessaiHs. I.m aussi ne voulait que ce qui était bon et jutfe; il ne s'était rendu coupable d'aucun acte de vénalité; s'il avait nommé le prévôt Karl êvêi que , c'était parce qu'il le considérait et le | tenait pour un homme digne ; que si hail avait employé de mauvais moyens pour le snrprcndrc

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