‹ Histoire d'AllemagneChapitre 86 sur 100 · DE LIBERTÉ CIVILE DANS LES VILLES · texte numérisé non relu

DE LIBERTÉ CIVILE DANS LES VILLES

De l'an 1073 à Tan 1074.

Tandis que des deux côtés, comme nous l'avons dit, l'on agissait avec les pins grands efforts et aussi avec des moyens divers, la conférence convenue entre les archevêques de Cologne et de Mayence et les princes saxons devait avoir lieu dans l'abbaye de Corvcy le 24 août. Les députés savons s'y présentèrent ; l'archevêque Sigefrld de Mayence y vint aussi; mais le vieux et rusé Hanno resta chez lui. 11 se fit exenser sous un prétexte quelconque , et envoya la déclaration prudente qu'il approuverait avec le plus grand plaisir toutes les résolutions raisonnables qu'ils prendraient dans l'intérêt de l'État , et qu'il agirait selon ses forces pour le bien public. On ne peut que supposer, d'après la suite des événements , les conventions que l'archevêque de Mayence fit ensuite avec les princes saxons. On prétendit que l'archevêque i-'était donné beaucoup de peine pour calmer

les Saxons et rétablir la paix entre le roi et ce peuple; que les Saxons, de leur côté, avaient cherché à fonder sur des faits l'assertion que Hcinrich ne pouvait rester roi sans le plus grand préjudice pour la religion chrétienne; que, bien plus , il avait commis des crimes si considérables, que, si on les jugeait conformément aux principes de l'Eglise, il serait contraint à renoncer non-seulement au trône, mais encore à sa femme , comme à la ceinture militaire , et même à la vie libre dans le monde. Tout ce qui est certain , c'est que la conférence n'aboutit qu'à la résolution suivante : « Il devra y avoir une entrevue entre les princes saxons et d'autres princes de l'empire ; dans cette réunion , les Saxons exposeront leurs griefs et leurs plaintes; le roi pourra, s'il le juge utile, y assister et se justifier des crimes dont il était accusé ; les autres princes prononceront ensuite sur cette affaire , et la termineront par leur sentence. Et , afin que cette assemblée puisse se tenir en toute sûreté et sans danger, des otages seront livrés par les deux partis , douze par le roi, et douze par les princes saxons. Ces otages devront être remis de part et d'autre le 43 septembre à Hobenbourg en Thuringe ; et l'assemblée elle-même s'ouvrira le 20 octobre à Gerstungen , sur la frontière de Thuringe et de Hcsse.

Voilà comment la cause du roi fut sinon trahie , du moins livrée par son délégué , l'archevêque de Maycnce. Car chaque jour, grâce aux intrigues des Saxons et à l'esprit d'égoïsme des vassaux , le nombre de ses adversaires s'accroissait, et celui de ses amis diminuait. Maintenant il leur était accordé de nouveau huit semaines pour agir librement et avancer leur entreprise; car l'archevêque avait oublié de convenir que dans l'intervalle on déposerait les armes. Et dans cet intervalle ils obtinrent des résultats nombreux et considérables. Le siège de la Hartzbourg fut continué , non toutefois sans de grandes pertes : car la garnison faisait des sorties pour combattre et pour piller ; elle remportait de temps à autre un riche butin , ruinait ainsi le commerce de Goslar, et frappait de honte les assiégeants. Ceux-ci , pour remédier à ce mal, imaginèrent de construire une forteresse contre la forteresse. La montagne sur laquelle la Hartzbourg était bâtie avait deux pointes à peu de distance l'une de l'autre , et réunies par un petit plateau. La Hartzbourg

était assise sur la pointe la moins élevée ; tenant les Saxons construisirent sur la plu» haute des ouvrages de fortification , d'où , a mesure que ces ouvrages devenaient plus redoutables, ils espéraient neutraliser de plus en plus et contenir dans l'intérieur de ses murailles la garnison de la Hartzbourg. En même temps d'autres châteaux moins forts furent pris d'assaut, ou bien ouverts par la corruption et par d'autres artifices. Puis les Thuringieo* furent gagnés. Dans une assemblée des vassaux de cette natiou, à Tritebourg {i ) , les envoyés des Saxons , chargés d'exciter à la révolte , furent salués avec des acclamations unanimes ; et les Thuringiens jurèrent aux Saxons et se jurèrent mutuellement de ne jamais faire défaut , bien plus, de soutenir avec les Saxons tous les dangers , puisque la même nécessité les poussait à se soulever, et de remporter, avec l'aide de Dieu , la victoire , ou de combattre jusqu'au dernier soupir pour le bien public. Ils notifièrent aux abbés de Fulda et de Hersfeld , ainsi qu'à tous les princes qui possédaient des domaines en Thuringe, qu'en un jour fixé ils eussent à promettre sous serment de venir au secours du peuple ; que, s'ils refusaient ce serment, on leur arracherait tous ces domaines. Au nombre de ces princes était l'archevêque de Mayence. Ce prélat , toujours attentif à se mettre de toutes parts à couvert et en sûreté, s'était rendu de Corvei à Erfurt. Dans cette ville il se fit sommer en tumulte par les Thuringiens de prendre aussi part au soulèvement. L'archevêque toutefois , qui sans aucun doute fit valoir sa mission de médiateur entre le roi et les Saxons, évita, il est vrai , d'adhérer au mouvement ; mais il donna la promesse exigée , et livra des otages pour garantir qu'il n'entreprendrait rien par les armes contre les Saxons. D'autre part, des envoyés du roi , qui cherchaient par de grandes promesses à détourner les Thuringiens d'une alliance avec les Saxons et à les maintenir dans la fidélité envers le roi et l'empire , furent contraints à fuir du pays de la manière la plus ignominieuse , et n'échappèrent qu'avec peine à de mauvais traitements personnels. Partout enfin, auprès de tous les princes teutschs et de tous les peuples teutschs , ici en secret, ailleurs au grand jour, les émissaires des Saxons continuaient à agir pour rendre le roi odieux. Et comme ils semblaient mieux que personne connaître le roi , leur

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témoignage unanime rencontrait rarement de l'incrédulité. Car la plupart des hommes sont disposés à tenir pour vrai ce qui les autorise à montrer de l'indignation plutôt que ce qui les force à rougir, et, en retour des privilèges dont jouissent les grands de la terre , ils se vengent volontiers en rejetant tous les torts sur eux , s'ils ne se sont pas tenus à l'abri de tout reproches.

Et , si du reste on peut ajouter foi aux documents de cette époque , Heinrich IV ne fut pas alors même sans reproche; du moins on le chargea de nouveaux torts. Lorsqu'il vit la tournure malheureuse que prenaient ses affaires dans le Teutschland , et qu'il s'aperçut de l'astuce par laquelle les Saxons réussissaient à lui aliéner le cœur des princes et des peuples, il n'hésita pas, dit-on, à s'adresser à des étrangers, et à chercher auprès d'eux des secours contre son propre peuple. Les passions qui agitaient son cœur dans des relations si déplorables, et, avant tout, le sentiment accablant que lui, le roi des Teutschs, était abandonné et comme perdu dans sa patrie , et ne trouvait pas un homme qui lui fût dévoué de tout cœur et eût vécu pour lui sans arrière-pensée , rendent sans doute concevables les résolutions les plus extrêmes; et peut-être la tentative d'attirer des étrangers dans l'empire eût-elle pu lui être pardonnée plus tard , s'il avait réussi par leur secours à remporter la victoire sur ses ennemis , et a réunir de nouveau autour de son trône les peuples teutschs qui maintenant vivaient morcelés : mais la nécessité qui le contraignit à une tentative de cette natnre fut et resta un immense malheur, et la tentative elle-même, s'il la fit toutefois, échoua tout à fait; car les chefs saxons portaient de tous côtés des yeux pénétrants, et surent aussi faire tournera sa confusion ses efforts auprès des étrangers.

Heinrich, en effet, disent les documents, envoya des émissaires aux vieux ennemis des Saxons, aux Liutizes : le jour de la victoire et de la vengeance était arrivé. Les Saxons, leurs cruels oppresseurs, étaient impliqués dans une guerre intestine ; Us ne pourraient se défendre contre nne invasion ; ils ne pourraient se soustraire à leur ruine. Il leur fit offrir en même terapsdegrandes sommes d'argent pour soutenir la guerre. Mais les Saxons envoyèrent aussi de leur côté des députés aux Liutizes : ils ne devaient pas se faire illusion ; jamais la puissance des Saxons n'avait été plus grande que mainm.

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tenant; eux, les Liutizes, n'arriveraient donc a aucun résultat, et ne feraient que s'exposer à la vengeance la plus cruelle ; si, au contraire, au moment ofi les Saxons étaient en hostilité avec le roi , ils s'abstenaient de toute attaque , les Saxons offraient de les indemniser richement des sommes que le roi s'engageait à leur donner pour faire la guerre. Les Liutizes délibérèrent sur cette double proposition. Quelques-uns soutinrent qu'il ne fallait pas négliger un moment si favorable pour se venger sur les Saxons des anciennes souffrances , et se mettre à l'abri de mauvais traitements à venir; d'autres prétendirent qu'il valait mieux accepter les offres des Saxons, de l'argent sans danger. Cette différence d'avis fut soutenue avec tant d'acharnement, que les liutizes engagèrent les uns contre les autres une lutte sanglante qui coûta la vie à des milliers d'hommes, et empêcha ce peuple de se mêler aux querelles des Teutschs. En même temps le roi s'adressa aussi à Svein , roi des Danois , et lui rappela l'alliance qu'Us avaient conclue. A cet appel , Svein , à ce que l'on assure, se montra avec une flotte sur les côtes de Saxe. Mais, lorsqu'il voulut débarquer avec son armée , ses guerriers refusèrent de se livrer à des hostilités contre les Saxons. Ils s'étaient, dirent-ils, rencontrés à côté des Saxons dans des actions bien chaudes, mais ils n'avaient trouvé aucun motif de guerre contre eux. Et cette émeute de son armée força Svein à retourner chez lui sans avoir rien fait (2).

La première de ces assertions ne contient rien, il est vrai, que l'on puisse précisément rejeter; mais il serait possible pourtant que la guerre on les Liutizes s'engagèrent les uns contre les autres ait donné lieu a la supposition qui nous a été transmise comme une vérité , à savoir que le roi Heinrich avait gagné une partie de ce peuple, et les Saxons l'autre partie. Quoi qu'il en soit, ce siècle est si plein de mensonges et de faux bruits, que l'on peut à peine en croire quelque chose. Quanta la seconde assertion, de graves difficultés s'élèvent contre elle. Le temps ne semble pas suffire à l'entreprise à laquelle Heinrich aurait engagé le roi des Danois, et la manière dont Svein l'exécuta était en contradiction avec la position des pays. Elle est d'ailleurs conçue en termes tout à fait vagues , sans indication de temps, d'nn lieu ou d'un fleuv e ; et pour cela même elle n'éveille aucune confiance.

Toutefois, quelque jugement que l'on" porte à cet égard, il est certain que ni les Danois ni les Wcndcs n'influèrent sur les événements du Tcutschland , et que les Teutschs purent sans obstacle pousser leurs affaires. Mais ils les poussèrent de la manière la plus malheureuse.

Le jour arriva qui avait été fixé à Corvci pour une assemblée des princes ù Gerstuugen. Heinrich avait approuvé le traité , quelque répugnance que son Ame y eut ressentie ; mais il avait rejeté comme une chose indigne la condition que lui, le roi des Teutschs, livrât des otages à un peuple teutsch révolté, aux Saxons. Pour lever cette difficulté , les archevêques de Cologne et de Mayence s'étaient portés garants de la sûreté des deux partis , et , sur cette garantie , on était convenu que l'assemblée aurait lieu à Gerslungen , saus qu'il fût donné d'olagcs de part ni d'autre. A cette assemblée parurent les princes des Saxons avec une escorte de quatorze mille hommes armés; du côté du roi vinrent les archevêques de Majeuce et de Cologne, les évèqucs de Metz et de Bamberg, les ducs Gozelo ou Godelrid de Lotharingie , Rudolf de Souabe et Herthold de Carinthic. Le roi se rendit à YVurtzbourg, parce qu'avec raison assurément il ne se croyait pas en sûreté à Gerslungen. Dans l'assemblée les princes et seigneurs saxons se montrèrent comme livrés au désespoir , comme des • hommes qui auraient souffert les traitements j les plus affreux , et qui , à peine échappés au danger , auraient encore les traitements les ; plus affreux à redouter. Ils se prosternèrent devant les princes , et les supplièrent , en invoquant le nom de Dieu , de se montrer juges équitables, de ne pas considérer leur entreprise extraordinaire , mais plutôt les souffrances par lesquelles ils avaieut été forcés à cette entreprise. Et comme on les engagea à parler librement, ils lireut le tableau des excès honteux que le roi avait commis contre des particuliers et contre le peuple , et des crimes grossiers par lesquels, selon eux, Heinrich avait souillé la dignité royale ; et les couleurs qu'ils donnèrent à ce tableau furcut si odieuses , que les princes envoyés par le roi frissounèreut tous , ( et qu'aussitôt, sans admettre aucun doute, j «ans vérifier ces accusations , sans songer à ! une défense du roi, ils prononcèrent ce jugement : qu'il ne fallait pas en vouloir aux Saxons d'avoir enfin pris les armes pour leur liberté,

pour leurs femmes et pour leurs enfants ; qu'il fallait plutôt s'indigner de ce qu'ils avaient m longtemps supporté avec une patience t\p femmes de telles atrocités. Mais après un semblable jugement devait s'élever la question «!•savoir ce qu'il y aurait désormais à faire. Et après que pendant trois jours on eut parle dan* un sens et dans un autre avec une preoernpation hypocrite , on prit à l'unanimité la rés> lotion de rejeter ce roi, et d'élire à sa place un autre homme capable de gouverner l'empire.

princas et les seigneurs qui avaient trahi voulurent en effet mettre à exécution cette résolution insolente et inouïe : ils voulurent faire roi le duc Rudolf de Souabe , devenu pour la seconde fois beau-frère de Heinrich. Mais Rudolf déclara avec serment que jamais il w consentirait à accepter le trône , s'il n'était eJu par tous les princes réunis en diète publique. Il est difficile toutefois que ce refus lui ait été dicté par la honte intérieure que lui inspirait cette usurpation perfide du suprême pouvoir ; il le fut plutôt par la crainte que l'entreprise ne vint à échouer, ou, comme il le déclara lui-même , par la crainte de se déshonorer en se rendant parjure; car il savait bien qu'en sa qualité de Souabe il eût attiré sur lui toute la haine des Saxons , que l'élévation d'Otto de Nordheim pouvait seule satisfaire ; que les Souabes et les Bourguignons n'avaient pas le moindre motif de mécontentement contre le toi Heinrich , et qu'en dehors de la Saxe et de la Thuringe, on n'avait point de reproche a faire au jeune roi légitime des Teutschs. Son refus jeta les princes assemblés dans un nouvel embarras. Ils n'osèrent point faire connaître leur résolution ; ce n'était pas non plus par suite de la honte intérieure que leur causait leur crime, mais par la crainte que leur œuvre de mensonge ne s'écroulât devant le bon sens des meilleurs de la nation. Car, après tout , il était impossible d'effacer les souvenirs de la génération actuelle ; et le monde savait bien que cenx qui maintenant décidaient que le roi devait être renversé de son trône l'avaient jadis, encore enfant, arraché violemment des bras de sa mère par le mensonge et la trahison , et qu'ils l'avaient jeté dans les malheureuses relations on il avait perdu tout appui et toute direction; il savait bien que Heinrich avait toujours été soumis à la puissance des grands de l'empire , qui de mille manières avaient abusé de sa jeu-

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nes^e dans leur intérêt personnel ; il savait que jusque dans ces derniers temps on l'avait contraint à tout ce qui était arrivé ; que depuis un an à peine il était maître de ses volontés , et que, grâce à sa jeunesse, il avait été, même durant cette année, séduit et égaré. Il était donc certainement à craindre que le monde ne pùt comprendre comment Heinrich aurait pu se livrer contre les Saxons à des excès aussi affreux que ceux dont ce peuple prétendait avoir été victime. Aussi les députés du roi convinrent-ils avec les princes saxons que la résolution prise serait tenue secrète, et que l'on notifierait au contraire ce qui suit au roi et au vulgaire des vassaux : « On est tombé d'accord que les Saxons auront a rendre au roi une satisfaction convenable pour leur entreprise audacieuse contre lui et contre l'empire ; que le roi, de son coté, assurera l'impunité aux Saxons, et leur promettra par serment toute sûreté contre des vexations pareilles à celles qui les avaient forcés à se détacher de lui. L'une et l'autre de ces choses se feront aux fêtes de Noël , que le roi célébrera à Cologne. Dans l'intervalle chacun des princes assemblés s'efforcera de préparer d'avance , autant que cela sera possible, d'autres princes dé l'empire, et de les faire concourir au but que l'on reconnaissait si nécessaire d'atteindre. »

Après cette convention , les Saxons retournèrent dans leurs foyers pour continuer la conquête et la destruction des châteaux royaux ; quant aux autres princes qui s'étaient trouvés à Gerstungen en qualité d'envoyés du roi, ils se rendirent à Wûrtzbourg, où , la fidélité sur le front et la trahison dans le cceur , ils apportèrent à leur roi et seigneur le mensonge au lieu de la vérité. I<c roi , quelque grande que pût être l'expérience qu'il avait acquise dans sa vie si courte encore , était pourtant incapable de soupçonner une perfidie aussi impudente que celle qui régnait ici. Prenant le mensonge pour la vérité, il déclara aussitôt avec joie et sans détour qu'il n'avait à cœur que la paix de l'empire, et que, dans ce but, il était prêt à accéder à toute condition. Mais cette satisfaction et cette franchise du roi ne furent peut-être pas tout à fait sans action sur la conscience des conjurés. S'ils ne chancelèrent pas dans leur rôle menteur , ils sentirent pourtant peut-être naître en eux la crainte que l'amour de la paix exprimé par le roi, et sa bonne volonté

à tout faire pour la rétablir , joints à sa jeunesse et au malheur qui avait frappé son enfance, ne fissent une impression profonde sur toute âme noble, et ne fissent oublier sans peine les actes irrélléchis auxquels sa jeunesse l'avait entraîné. Cette inquiétude fut encore augmentée par une résolution affligeante du roi. Les conjurés désiraient attirer Heinrich dans les pays du Rhin, soit qu'il leur fût plus facile dans ces contrées, et grâce à l'influence des archevêques de Mayencc et de Cologne , qui étaient également dans la conjuration , de le bercer d'illusions et de le mettre hors d'état de découvrir la trahison , soit qu'ils voulussent conserver toute liberté d'avancer leur œuvre , surtout auprès des Bavarois et du duc AVelf, sur lesquels on ne pouvait compter. Mais le roi résolut de ne point aller sur le Khin , et de se rendre au contraire à Ratisbonne , sans aucun doute pour affermir le duc V»'c\f et les Bavarois dans leur fidélité. Ces circonstances et d'autres semblables menaçaient de rompre le projet convenu. Précisément pour cela il fallait aux conjurés quelque chose de nouveau , quelque chose de frappant, pour les affermir eux-mêmes dans leurs menées impies , et pour rendre le roi odieux aux yeux du peuple entier. Et ce qu'il leur fallait arriva si à propos , que les plus cruels soupçons contre ces hommes de la trahison et du mensonge sont assurément pardonnables.

Autrefois un individu nommé Ragenger avait vécu dans l'entourage du roi, et avait joui de son intimité; mais dans les derniers temps il avait été éloigné pour des motifs qui nous sont inconnus. Or, comme dans son voyage à Ratisbonne Heinrich séjourna quelques jours à Niirnberg , Regengcr se mit tout à coup en avant, et s'adressa en ces termes aux ducs Rudolf et Berthold , sans rougir de la honte que ses propres paroles faisaient rejaillir sur lui : « Moi et plusieurs autres , en qui le roi espérait trouver les instruments convenables d'un plan méprisable, avons été pressés par lui, avec prières et grandes promesses, de nous jeter en armes sur vous et sur les autres princes qui étaient assemblés à Wûrtzbourg, pour vous égorger , vous et eux , les auteurs de la révolte , et à délivrer ainsi le roi lui-même de tout danger, et l'État de tout bouleversement, lis autres avaient accepté cette mission ; moi seul j'ai repousse un crime aussi noir , et osé dé-

tourner le roi de son dessein. Pour cette raison le roi entra contre moi dans une si violente colère , qu'il me chassa de sa présence ; et j'aurais été assassiné, si je ne m'étais soustrait , en m 'éloignant aussitôt , au danger qui me menaçait. » En même temps il nomma les autres individus auxquels le roi aurait fait la même proposition , et déclara qu'il était prêt à confirmer son assertion par le jugement de Dieu , par le duel , soit avec le roi lui-même , soit, si les lois s'y opposaient, avec toute autre personne.

A celte accusation si bien venue , les deux ducs firent le geste d'hommes fortement effrayés et fermement convaincus de la vérité. Car Rcgenger, disait-on, était assurément un homme bien connu et considéré dans le palais du roi ; et ce n'était pas la première fois que le bruit courait que le roi avait attenté à la vie des princes, et que, bien plus, il avait égorgé plusieurs de ses affidés. Comptant sur le secret de leur trahison , ils n'hésitèrent pas à envoyer aussitôt au roi des députés pour lui notifier qu'il avait le premier violé la foi et attenté à la vie d'hommes qui ne travaillaient que pour son bien ; que par conséquent ils étaient de leur côté déliés du serment par lequel ils lui avaient juré fidélité et soumission ; que, s'il ne se purgeait pas de celte accusation , il n'aurait plus désormais à attendre d eux ni fidélité en des temps tranquilles, ni appui dans les temps orageux.

Le roi fut stupéfait; mais, étouffant sa douleur, il se tourna aussitôt vers ses gens : « Le duc Rudolf est impatient ; il veut être roi ; et comme il ne peut faire peser sur moi aucun crime véritable, il combine habilement des calomnies • et des bavardages pour me transformer en criminel. Mais , ajouta-t-il , laissons là ce combat de paroles! laissons là ce tissu de preuves astucieuses! je veux avec mon bras renverser cet échafaudage de mensonges. Je ne veux point faire valoir la majesté du nom de roi; c'est par un duel avec le duc Rudolf que je dévoilerai les chemins tortueux du mensonge où sa méchanceté a espéré se cacher. Si je dois perdre l'empire, il faut du moins que le monde reconnaisse que je ne le perds point par ma faute, mais par les pièges et le parjure de cet homme. •

Après cet éclat de colère et de douleur, l'dalrich de Coshcim, un de ceux qui, selon j l'assertion deRegengcr, avaient été destinés à I

égorger les princes et avaient accepté celt»3 mission , s'approcha du roi , et chercha à !*• calmer par ces paroles : « H ne devait point . dans son premier emportement, consentir à une chose au dessous de la sublimité de la dignité royale; c'était plutôt à lui-même qn'il convenait de se battre avec Rcgenger ou axetout autre pour pronver sa propre iunocence et celle du roi. •» Et aussitôt il se rendit auprès do duc Rudolf, et lui déclara qu'il était prêt , d*> telle manière que lui, le duc, regarderait comme décisive , à prouver que l'assertion de Regcnger était un mensonge. Surpris par celle déclaration, le duc répondit qu il a tiendrait la réponse des autres princes.

Ainsi cette affaire resta indécise, et un mauvais soupçon plana sur le roi. Heinrich continua sa route vers Ratisbonne , mais le cœur gros. Lui-même voyait tout homme avec méfiance, et c'était avec méfiance que tous les regards se portaient sur lui. Le duc Welf , il est vrai , était venu au-devant de lai avec les évèques de Ratisbonne et de Saltzbonrg, Otto et Gebchard, et ce fut en leur compagnie qu'il continua son voyage. Ces princes ne manquèrent pas san* doute de lui parler de leur fidélité et de leur dévoùment. Mais pouvaient-ils se sentir de la fidélité et du dévoùment pour un roi dont le trône était placé sur un abime , qui ne pouvait offrir aucune garantie , et sur lequel pesait h soupçon d'un attentat infâme? Et lui, le roi, pouvait-il, après tant et de si douloureuses épreuves , ajouter foi à la fidélité et au dévoùment de qui que ce fût, et en particulier d'un prince de l'empire? Non, lui, le roi dos T eutschs, il se voyait seul au milieu d'un monde ennemi, et il portait tantôt avec abattement, tantôt avec un méprisant orgueil , ses regards dans l'avenir. Et pourtant il devait bientôt faire une autre épreuve plus satisfaisante, propro assurément à lui donner quelque consolation . et de nature à montrer à lui-même et à tons les rois après lui où ils devaient chercher la fidélité, où ils devaient chercher leurs amis.

Les Saxons, de leur côté, n'étaient pas non plus satisfaits de la marche des choses. Us avaient commencé leur soulèvement non sans succès ; mais , ce succès , ils le devaient plutôt à une prompte surprise qu'à des actes de bravoure. Aussitôt que les garnisons des forteresses royales furent revenues de la première frayeur que leur avaient inspirée cette grande masse

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d'hommes et ce tumulte universel , elles défendirent ces forteresses avec la plus grande opiniâtreté ; et de môme qu'elles résistèrent vaillamment par les armes aux attaques , de même elles résistèrent aussi à toutes les séductions et à tous les moyens de corruption. Devant la Hartzbourg môme, les Saxons ne tirèrent pas grand avantage de la contre-forteresse qu'ils avaient commencé à bâtir sur l'autre sommet de la montagne : car il était d'autant plus difficile de mener à fin cet ouvrage, que l'entreprise semblait plus audacieuse en elle-même; et, avant que les Saxons pussent tirer de leurs travaux l'avantage qu'ils on attendaient , la bravoure aussi téméraire qu'habile de la garnison royale leur fit essuyer tantôt une perte considérable , tantôt du danger et de la honte. Impatients de cette lenteur, craignant peut-être aussi qu'avec une pins grande perte de temps quelque événement ne donnât une autre tournure aux choses , Us pressèrent par de fréquents messages les princes du Khin de mettre un terme à l'affaire : ils devaient ou leur reconnaître le pouvoir d'élire eux-mêmes un roi , ou bien élire eux-mêmes un roi, s'ils le voulaient; eux, les Saxons, acquiesceraient à toute élection , pourvu que la chose publique fût sauvée. A la réception de ce message , l'archevêque Sigcfrid de Maycncc convoqua tous les princes de l'empire à une assemblée fixée à Maycnce , pour faire élire roi le duc Rudolf. Mais le roi Hcinrich, à la nouvelle de cette convocation , se mit aussitôt en route vers le Rhin , suivi de tous ceux que par ses présents et par ses promesses il avait pu déterminer à ce voyage. A Ladcnbourg , dans le voisinage de Worms , il tomba dangereusement malade. L'inquiétude qui pesait sur son cœur l'abattit tellement , après une longue résistance, que ses ennemis concevaient déjà l'espérance qu'il mourrait et leur donnerait ainsi le plaisir de recueillir sur son tombeau les fruits de leurs intrigues et de leur trahison. Mais leurs calculs tombèrent à faux ; la constitution robuste du roi triompha de la maladie. Lorsqu'à peine rétabli , il voulut se rendre à Worms, les bourgeois de cette noble \ ille , bien armés et en bon ordre , vinrent au-devant de lui , et lui formèrent un beau cortège. Ils avaient mis en fuite les vassaux de leur évèque, qui avaient entrepris de fermer le passage à leur roi , et ils auraient saisi leur évêque lui-même pour le

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livrer charge de fers au roi , si , lui aussi , il ne s'était sauvé par la fuite. Ils reçurent leur roi avec des cris de joie et avec enthousiasme, lis déployèrent devant lui l'habileté de leur armement et la multitude de leur jeunesse adroite aux exercices, afin de lui montrer quelle espérance il pouvait fonder sur eux dans son danger. Ils lui fournirent, pôur continuer la guerre, de l'argent, produit de leurs dons personnels, versé par chacun selon sa fortune , et ils lui prêtèrent avec joie le sermeut de combattre pour son honneur jusqu'à la mort avec un fidèle dévonment.

Cétaitl à un phénomène nouveau. Il renferme un témoignage accablant contre les princes de l'empire et contre leurs vassaux ; il ronlernie un grand témoignage pour l'esprit et la vie des villes; il inspire de grandes espérances pour l'avenir. Le roi fut frappé de surprise ; ce qu'il n'avait jamais trouvé ni chez les chefs de l'Église, ni chez les hommes de l'épéc, il le trouvait dans la multitude méprisée des habitants "d'une ville, chez des hommes livrés à I l'industrie: la vérité, la fidélité et un dévonment désintéressé. Il entra dans Worms le cœur rempli de joie, et pour la première fois peutêtre dans sa vie il éprouvait le sentiment d'une entière sécurité. De ce moment il considéra la ville de Worms comme la citadelle de l'empire, du sein de laquelle il devait diriger la lutte , au sein de laquelle il devait se réfugier en cas de malheur. Il ne se montra pas non plus ingrat envers les bourgeois de Worms. Dans un diplôme solennel , donné peu de temps après cet événement (5), il reconnut publiquement et avec éloges leur fidélité, manifestée par le mépris de la mort au milieu d'une trahison universelle; il les déclara les plus dignes de tous , et , en témoignage de sa reconnaissance, il leur accorda à tout jamais l'exemption de tout péage dans six villes royales , à Francfort , Boppart , Hammerstein , Dortmund , Goslar et Angern.

Quelque consolation toutefois et quelque satisfaction que les dispositions des bourgeois de Worms eussent données à Hcinrich , il ne considéra cette manifestation que comme un fait isolé , et il ne pressentit pas le jour dont il aurait du la saluer comme l'aurore. S'il avait osé se détacher des vassaux, exciter dans les villes le génie tout nouveau de la bourgeoisie , et s'unir avec elle librement et résolument, et même, par une conséquence naturelle de ce premier

HISTOIRE 1)1 PEIPLE AIXEMAND.

acte, descendre jusque dans la butte des paysaos asservis, on eût peut-être réussi dès lors à porter un coup vigoureux au système féodal, et à donner à la vie une organisation plus noble. Mais comment, à la suite de malheurs si infinis , avec sa méfiance et ses crainles , ce jeune roi cùt-il osé s'élever à une telle audace, lorsque, même dans des siècles postérieurs, des hommes puissants placés sur le trône ont élé incapables de se défaire de vieux préjugés nourris avec soin , et de déchirer le bandeau que dès leur enfance on avait pris tant de peine à placer sur leurs yeux? Dans le fait aussi il manquait des voies et des moyens nécessaires, quoique les événements de YVorms eussent produit un effet immédiat. Car ces événements firent manquer complètement rassemblée des princes, convoquée à Mayence par l'archevêque. Plusieurs de ceuv qui étaient en chemin sentirent s'abattre leur ancienne croyance , lorsqu'ils apprirent comment le roi avait élé reçu à Worms; ils retournèrent chez eux intimidés; d'autres , qui étaient déjà arrivés à Mayence , perdirent la conflanec qu'ils avaient eue jusque alors, et quittèrent en secret la ville. Dans un petit nombre seulement l'archevêque put entretenir le courage de quelque persévérance, quoiqu'ils déclarassent que sans la présence des autres princes ils ne consentiraient point à décider des intérêts d'une telle gravité. Si donc seulement Heinrich s'était tenu tranquillement à Worms, et s'il eut activé eu silence de plus forts armements , la ligue formée contre lui par les princes se serait dissoute d'elle-même, et bientôt ils auraient comparu l'un après l'autre devant lui pour solliciter son pardon, et lui jurer de nouveau fidélité, bien qu'avec des intentions perûdes. Mais ses destins antérieurs pesaient sur son cœur comme un poids insupportable; il désirait, par une réconciliation avec ses ennemis , rétablir la tranquillité dans l'empire ; peutXètre aussi les évéques qui , chassés de Saxe, se trouvaient auprès de lui , Liémar, Eppo, Bcnno, désiraient-ils retourner dans leurs résidences et vers leurs ouailles , et l'exhortèrent - ils à ne reculer devant aucune tentative. Ce qui est certain , c'est qu'il envoya vers les princes qui se trouvaient à Mayence, et leur demanda avec instance une entrevue confidentielle à Oppenheim. Après beaucoup d'efforts, cette proposition fut acceptée par les

lement lorsque le roi eut consenti à leur < des otages pour leur sûreté , et qu'à leur tour ils eu eurent également livré par égard pour les convenances.

Mais lorsqu'à Oppenheim il se présenta dans l'assemblée des princes, et qu'il vit ces hommes sombres, sa terreur dès son enfance, les hommes de la violence , de la conspiration et de la trahison, ses anciennes craintes revinrent dans son Ame, et il perdit toute fermeté et toute contenance. Dans son trouble, ou plutôt dm son désespoir , il se prosterna à terre , et , U cœur brisé , « il supplia ces priuees de se rappeler du moins Dieu, le juge équitable; de se rappeler le serment de fidélité qu'ils lui avaient juré devant Dieu. Si précédemment il avait commis quelque faute , ils devaient la pardonner à son jeune âge; à l'avenir, comme le malheur l'avait rendu meilleur, comme il était arrive à plus de maturité d'âge et de raison , il mettra de cùté tout ce qui sent l'adolescent; d ne pensera et ne fera que des actions vertueuses, honorables, convenables à un roi et a un homme. » Mais un tel discours même , rendu dans une telle forme, ne put émouvoir m princes : il ne fil que leur donner la preuve ta plus manifeste que l'on n'avait rien à craindre d'un roi qui , même après des événements de la nature de ceux qui s'étaient accomplis à Worms. avait cté incapable de surmonter son abattement. Soit donc qu'ils fussent endurcis par l'égoïsme et par le parjure , soit qu'ils eussent rougi les uns devant les autres , et voulu ne pas avoir l'air de n'être pas dévoués à la conjuration , ils rejetèrent la prière du roi froidement , avec grossièreté , brutalité et insolence. « C'était en vain qu'il réclamait d'eux fidélité, puisque lui-même n'avait jamais conservé de fidélité ni envers Dieu , ni envers aucun homme. Dans la paix et dans la guerre il était également haineux et traitre envers ses amis et envers ses ennemis. Naguère encore, tandis qu'à Wurtzbourg ils s'occupaient de ses intérêts, il avait préparé contre eux le bourreau et la mort. S'il se croyait faussement accusé de ce crime , Udalrich de Cosheim n'avait qu'à soutenir le duel contre Regenger. Si I dalrich avait le dessus, ils reviendraient dans sa foi, et n'élèveraient jamais un reproche contre lui. ► Le roi s'empara de ces dernières paroles, que sans doute l'on n'avait laissées échapper que

princes soupçon ucux ou découragés, mais seu- dans le désordre : c'était là précisément , dit-il,

uv. xvm ,

ce que Rudolf de Souabe avait empêché. Il fixa doue aussitôt le 14 janvier de l'année suivante comme le jour où le duel devait avoir lieu dans une ile du Khin près de Mayence (4) ; et les princes, enchaînés par leur parole, ne s'y opposèrent point.

Mais le duel n'eut pas Heu. Avant le jour indiqué Regenger fut tourmenté d'une manière si terrible par l'esprit de mensonge dont il s'était fait l'instrument , que dans sa folie il se donna une mort affreuse. Cet horrible événement convainquit le monde de l'innocence du roi , mais il ne changea point les dispositions des princes. Ils virent disparaître le malheureux instrument de leurs intrigues, et, dominés par la dureté de leur cœur, ils continuèrent en commun la carrière d'égoïsme et d'ambition , d'où chacun se serait sans aucun doute retiré isolément, si la crainte, la honte et le crime ne l'avaient attaché à la chaîne de la conspiration et de la trahison , et ne l'avaient affermi dans son inimitié contre le roi.

Vers le môme temps où Regenger périt , cet Egcno qui jadis avait accusé d'un projet de meurtre Otto , duc de Bavière , et qui d'abord avait été dépouillé de ses domaines par l'archevêque llanno, fut arrêté comme brigand de grand chemin , et on lui creva les yeux. Depuis lors il se vit réduit à mendier son pain de porte eu porte, en pauvre aveugle. Ce fut ainsi que , comme Regenger , il remplit sa destinée. Mais il y avait entre eux une différence : Egeno fut successivement dégradé par les passions et la violence des hommes jusqu'aux dernières limites de la misère humaine; Regenger, au contraire, trouva une mort aussi soudaine qu'affreuse dans la terreur que lui inspirait son propre crime par la force de sa conscience.

HEINRICH IV CONTINUE A SE VOIR REDUIT A UNE EXTRÉMITÉ INOUÏE. — PAIX DE

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