SOULÈVEMENT A COLOGNE. PER- SPECTIVE PLUS FAVORABLE OUVERTE AL ROI
L'an 1014.
La destruction criminelle de la Hartzbours et des édifices sacrés qu'elle renfermait fit une profonde et puissante impression. Dans la bouche de la renommée la nouvelle de ces scènes coupables s'accrut encore d'affreuses cruautés , et ! elle ébranla d'autant plus fortement les âmes des hommes. I>es princes saxons eux-mêmes furent effrayés de voir s'accomplir ainsi leurs anciens désirs; il est incertain toutefois s'ils ressentirent plus de dégoût pour le crime, ou d'inquiétude au sujet de l'influence que ce crime pouvait exercer sur la marche des choses dans l'empire tcutsch. On assure, il est vrai , que le bas peuple entreprit cette oeuvre à l'insu et sans
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l'assentiment des princes , et par le seul désir de se venger des mauvais traitements qu'il avait essuyés, et par la crainte de souffrances à venir (A ) ; mais il est diflicile de croire que cette pauvre multitude d'hommes asservis eût osé sans excitation entreprendre une telle œuvre, et que sans être encouragée elle eût pu se réunir et exécuter son projet ; et précisément pour cela il est difûcile de croire que les princes et les seigneurs de la Saxe soient restés sans participation directe ou indirecte à cet événement , bien qu'il soit vraisemblable que les mains qu'ils avaient mises en mouvement dépassèrent le cercle qui leur avait été tracé. En tout cas, l'innocence de ces princes et de ces seigneurs est moins certaine que leur empressement à détourner d'eux-mêmes toute accusation à cet égard ; car ils accumulèrent contre les malheureux instruments de cet acte des peines dures et cruelles , espérant que non-seulement ce sacrifice serait considéré comme une expiation, mais qu'il servirait de plus a prouver la pureté de leurs intentions. Après avoir de cette manière exercé la justice, ils envoyèrent une députation au roi pour faire valoir cette considération , et pour le prier de ne pas leur imputer ce crime ; ils n'en avaient été ni les auteurs ni les complices ; qu'ils n'avaient pas moins d'horreur que lui-même pour ce qui s'était passé ; que d'ailleurs ils étaient prêts à prouver de toutes les manières que cette assertion était véritable, et à éloigner d'eux tout soupçon d'une violation de la foi jurée.
Heinrich, comme il est facile de le concevoir, tint les princes pour les auteurs du crime. Et comme il crut avoir trouvé une excellente occasion de représenter comme juste et bonne sa cause contre les Saxons, et de gagner l'opinion et l'intérêt du monde, il répondit aux envoyés brièvement et avec froideur : « Nulles lois temporelles ne me protègent contre les violences des Saxons ; d'ailleurs, abandonné de mon armée, je suis hors d'état de venger par les armes les dommages que j'ai soufferts. Aussi , comme la nécessité m'y contraint, je m'en tiendrai aux lois de l'Église, et, puisque les hommes me refusent leur secours, j'invoquerai celui de Dieu. » Et aussitôt il envoya des ambassadeurs à Rome pour s'assurer la puissance du pape contre des hommes qui avaient incendié une église , brisé des autels , violé des sépultures , et , par haine contre les vivante, dispersé
avec une cruauté barbare la cendre des morts.
\xt pape Grégoire VII , auquel Heinrich adressa son message , n'avait pas seulement , dans cette première année de son pontificat, travaillé avec un zèle infatigable pour le but élevé auquel il visait ; il avait encore obtenu de grands résultats, et il en avait préparé de plus grands encore. H avait étendu avec forco et adresse son influence sur le monde chrétien tout entier , non-seulement en Occident , mais encore en Orient , non-seulement en Europe , mais aussi en Asie et en Afrique , et tantôt par des lettres, tantôt par des ambassades , il avait su se concilier partout les hommes les plus habiles et les femmes les plus distinguées. Ses prétentions n'étaient point partout les mêmes; les relations des peuples, la position des rois, la force des empires et l'état de l'organisation ecclésiastique réglaient ses exigences aussi bien que ses actes ; et si sur plusieurs points il n'hésitait pas à soutenir sur de grands et de petits pays la suzeraineté du saint-siége, de telle sorte que les princes temporels qui régnaient dans ces pays ne dussent plus être considérés que comme des vassaux du trône apostolique , il se montrait en d'autres pays satisfait d'un tribut peu considérable, ou bien il combattait l'insolent trafic des dignités ecclésiastiques non moins dans la personne des vendeurs qnc dans celle des acheteurs , comme aussi l'incontinence des ecclésiastiques; ou bien encore il se contentait de blâmer quelques désordres et certaines fautes; bien plus, il gardait même le silence, lorsqu'il prévoyait que, dans les circonstances actuelles, l'on ne tiendrait nul compte de ses discours. Mais tout ce qu'il faisait ou exigeait , il ne le représentait pas comme une chose nouvelle, mais comme un droit ancien, transmis par l'histoire, et basé sur des concessions ou sur des résolutions expresses , ou bien fondé sur la nature des choses, et par là même au-dessus de tout doute (2). C'était toutefois sur l'Italie et sur le Teutschland que se reportait surtout son attention. Car s'il voulait établir le bon accord entre le sacerdoce et la royauté , et atteindre ce but en subordonnant toute puissance temporelle à la puissance de l'Église , il devait nécessairement s'efforcer d'assurer avant tout ce bon accord en Italie et dans le Teutschland, en partie parce qu'en tant qu'empereur le roi du Teutschland et d'Italie était son suzerain , en partie parce que
l'empereur était considéré comme le premier prince du monde , bien plus , comme le chef de tous les princes. Ce qu'il pouvait en conséquence gagner contre l'empereur et sur l'empereur , il le gagnait contre et sur tous les princes temporels. Et en Italie beaucoup de choses s'étaient déjà faites. Dans les troubles déplorables de l'église de Milan , où la puissance du siège apostolique avait été le plus audacieusement bravée, il avait, sous 1 intervention du roi , fait si vivement sentir son action , qu'un danger ne semblait plus être à craindre; et si d'abord il réussissait à soumettre cette église, il pouvait bien considérer comme soumises toutes les églises d'Italie. L'alliance des Normands avec le siège apostolique fut en partie renouvelée, en partie raffermie. Grégoire, il est vrai , ne pouvait nullement être sûr du duc Robert Guiscard , mais il avait gagné sans réserve à sa cause le prince Richard de Capoue. Le point le plus important néanmoins, c'est qu'il avait su pénétrer de son esprit Mathildc , marquise de Toscane, qui, unie tendrement à sa mère Béalrix , sans être contente et sans avoir besoin de son mari , le duc Gozelo de Lotharingie , possédait la plus grande puissance en Italie, et gouvernait elle-même les plus belles provinces de cette contrée : il avait si bien rempli cette princesse de sa pensée , qu'elle était résolue à soutenu- par tous les moyens dont elle pouvait disposer l'œuvre du pontife , la plus belle à ses yeux, la plus noble, et la plus agréable à Dieu. Car Mathildc étail une femme telle que l'histoire , dans tout son cours , en offre bien peu que l'on puisse lui comparer. Aux belles vertus de son sexe elle joignait de grandes qualités que d'ordinaire on rencontre seulement chez les hommes distingués; à une piété véritable et à une humilité profonde devant Dieu , elle joignait une intelligence vive, une bienveillance réfléchie, et une volonté ferme et décidée. Riche en connaissances diverses comme en biens de ce monde , elle montrait le plus grand respect pour le génie, encourageait tout effort humain, et plaçait la science au-dessus de tout. Familiarisée avec l'organisation militaire de son siècle, elle ne craignait pas non plus le bruit des armes, ni le tumulte du combat; connaissant bien les besoins de la société humaine, elle cherchait à exercer la justice et à introduire un meilleur droit dans la vie; pénétrant d'un œil clair
toutes les relations de son peuple, elle se consacrait aux affaires du gouvernement et le* conduisait avec adresse et bonheur. Et nulle carrière qu'elle avait une fois reconnue pour juste, et où elle était une fois entrée pour cette raison, n'était quittée par elle; elle pouvait être entravée ou rejetée de côté, mais elle ne croyait rien perdu, et sa persévérance ne se fatiguait pas. Grégoire VII , s'il eût pu chanceler dans sa grande pensée, eût été ramené à la fermeté par l'intérêt actif d'une telle femme ; et le monde l'eùt-il abandonné , nul doute ne pouvait s'élever en lui contre cette princesse.
Quant aux relations du Teutschland , le pape ne s'en était pas officiellement mêlé jusque alors. Plus elles étaient importantes pour lui , plus il devait sentir la nécessité d'attendre le moment favorable. Dans ses efforts pour arriver à une véritable concorde, les désordres du Teutschland devaient assurément être h ses yeux une chose odieuse. D'un coté, la conduite brutale et perfide des princes tcutschs envers leur roi ne pouvait lui inspirer que de l'indignation et du dégoût; elle devait certainement le confirmer dans l'idée qu'il s'était faite de la perversité de toute puissance temporelle non dirigée par l'Église. Si pourtant, d'autre part, il ne lutta pas contre ce tumulte , si plutôt il en resta spectateur avec une apparente tranquillité, il avait assurément d'excellents motifs d'en agir ainsi; il ne pouvait prendre de confiance en un jeune roi si violent et si passionné. Ileinrich n'avait pas encore montre qu'il fût capable d'une grande résolution et qu'il pût déployer une volonté ferme , et ses actes prouvaient tout aussi peu qu'il fût disposé à se conformer à la volonté du pape. Aussi Grégoire dut- il juger nécessaire de le laisser tomber dans une position où il ne lui restât plus ni conseil ni appui , si ce n'est auprès du siège de f apôtre, et où il fût contraint par conséquent de se jeter volontairement et de son propre mouvement entre les bras du pape. Cependant il avait laissé voir que son cœur penchait du coté du roi. Certainement , depuis le soulèvement des Saxons, ou l'avait circonvenu de tous côtés pour lui faire embrasser le parti des ennemis du roi ; mais vraisemblablement il avait répondu à tous d'une manière aussi évasive qu'au duc Rudolf de Souabe, lequel, sans faire pourtant de propositions formelles, avait du moins cherché ;i
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connaître les intentions du pape : Grégoire tint à distance par des paroles vagues ce prince vaniteux , sans lui cacher néanmoins ses dispositions bienveillantes envers le roi. H en fut tout autrement à rencontre du roi Heinrich. Celui-ci aussi, dans son embarras, s'était adressé a lui. Dans sa lettre, écrite au moment de la défection des Saxons , lors de l'alliance entre les Thuringiens et les Saxons, dans l'incertitude de toutes choses et au milieu de la trahison ouverte ou redoutée de tous les princes de l'empire , le roi avait sans doute témoigué une grande humilité et un grand dévoùment ; il avait , il est vrai , cherché à excuser ses torts envers l'Eglise par sa jeunesse et par la séduction à laquelle il était exposé ; mais après tout il avait reconnu ses torts, il avait promis de se corriger, il avait fait des concessions au pape et sollicité sa bienveillance en enfant soumis. Le pape, de son côté , avait ressenti une grande joie de ce rapprochement; et comme il n'avait pas dissimulé cette joie devant d'autres personnes , il avait certainement aussi instruit le roi de sa satisfaction. Si donc il avait encore regardé comme dangereux de se déclarer pour la cause du roi après un commencement de cette nature , Heinrich pouvait du moins espérer qu'une plainte contre les Saxons ne resterait pas sans succès devant le siège apostolique; aussi, comme nous l'avons raconté, ne perdit-il point de temps pour envoyer une ambassade à Rome aussitôt après la destruction de la UarUcbourg.
Tandis qu'il attendait ce qui so ferait à Rome, et qu'en même temps il agissait silencieusement dans le Tcutschland pour gagner les esprits et organiser les choses, il arriva un événement dont il n'eût peut-être pas profité dans toute autre circonstance , mais dont maintenant, à cause de son ambassade à Rome et de ses négociations avec quelques princes teuLschs , il ne pouvait nullement profiter; qui, précisément pour cette raison, perd son importance pour la marche des choses à cette époque , mais qui pourtant n'est pas sans gravité comme indice de ce siècle, et comme nouveau présage d'événements à venir (.">).
L'évèque Friedrich de Munster avait célébré les fêtes de Pâques de cette année, 4074, à Cologne auprès de l'archevêque Hanno, et, ces fêtes terminées , il voulut retourner chez lui. En conséquence Hanno donna à ses hommes
j il.
l'ordre de disposer un bateau convenable pour que son hôte pût descendre le Rhin. Aussitôt les hommes de l'archevêque passèrent tous les bateaux en revue , choisirent celui d'un riche marchand , en firent sans autre formalité jeter dehors les marchandises, et ordonnèrent de le mettre en état pour le service de l'archevêque. A la nouvelle de ce qui se passait , le fils du propriétaire accourut : c'était un jeune homme hardi , plein de force , considéré et aimé des habitants les plus éminents de la ville , non moins à cause de son habileté qu'à cause de sa parenté. Entouré de ses serviteurs et de quelques enfants de la ville qu'il avait promptement appelés à lui, il se rendit dans le bateau , somma les hommes de l'archevêque d'en sortir, et, sur leur refus, il les jeta dehors. Alors arriva le bailli de la ville avec une escorte; mais plusieurs jeunes marchands s'étaient réunis autour de leur confrère, et le bailli fut mis en fuite avec ses hommes. L'archevêque étouffa le bruit. Mais, tout en ordonnant de laisser intact le bateau du marchand , le fier Hanno donna un libre cours à sa langue, dont en général il n'était pas maître dans sa colère. Il tint contre les bourgeois de la ville des propos durs, blessants, offensants, et dit avec menace qu'à la prochaine session du tribunal il ne manquerait certainement pas d'infliger un châtiment mérité à celte canaille indocile. Ces expressions de dédaiu , ces menaces du prêtre soulevèrent d'une manière terrible la jeunesse de Cologne , déjà irritée. Les actes et la conduite de l'archevêque furent soumis à une critique sévère ; la dureté de ses ordres, l'injustice avec laquelle il avait souvent dépouillé de leurs biens des innocents, ses airs de rudesse et d'orgueil , ses paroles outrageantes contre les bourgeois les plus distingués, furent l'objet d'un blâme amer. Eu même temps le nom de Worms courait de bouche en bouche , et l'on élevait aux nues la noble conduite de celte ville. Tout homme , disait-on , devait s'armer ; il ne convenait pas à la ville de Cologne , si populeuse et si riche , de se laisser dépasser par Worms, plus petite et plus pauvre, et de supporter la tyrannie d'un prêtre, tyrannie que cette autre ville avait abattue ; il lui convenait mieux de faire un pas de plus : si Worms s'était contentée de mellre son oppresseur en fuite, la ville de Cologne devait anéantir le sien. Et de cette manière il se forma ,
HISTOIRE Dl PEUPLE ALLEMAND.
non sans doute en paroles , mais dans l'esprit des habitants de Cologne , et en deux ou trois jours , une conjuration dont l'Ame était ce jeune marchand qui avait défendu avec autant de bonheur que de courage la propriété de son père.
Le mercredi après Pâques était la féte de Grégoire martyr. Ce jour- là Hanno l'archevêque fit un sermon, et déclara en termes fort durs à sa communauté que la ville de Cologne s'était mise au pouvoir du démon , et qu'elle serait détruite sous peu de temps, si elle ne cherchait pas à détourner la colère de Dieu par le plus vif repentir. Ces mots furent l'étincelle qui enflamma les matériaux amoncelés. Au moment où , vers le soir, de cette journée l'arehcvéque , tranquille et ne se doutant de rien , était à table avec l'évéqne de Munster, l'orage éclata soudain. Une grande multitude d'hommes, ayant à leur téte ce jeune marchand couvert du casque et de la cuirasse , ayant à la main une épéc brillante , semblable seulement à luimême, se précipita sur le palais archiépiscopal, et lança des pierres et des flèches contre les fenêtres. Mais dans le moment où la multitude cherchait à pénétrer dans la demeure de l'archevêque, son chef disparut tout à coup, soit qu'il eût été forcé à la retraite par une blessure , soit que , reconnaissant l'impossibilité de gouverner une telle masse, et désespérant par conséquent de son entreprise, il eût espéré se sauver de ce dangereux tumulte. Cependant la multitude pénétra dans le palais , et l'archevêque, tandis que quelques-uns de ses hommes étaient tués ou blessés , ne se sauva qu'avec peine dans l'église de Saint-Pierre. Le palais fut pillé, dévasté, souillé; la multitude barbare s'enivra des vins amassés dans les caves de l'archevêque; ivre et poussant des cris sauvages, elle se jeta dans la chapelle où elle ne ménagea pas plus le sacré qu'ailleurs elle n'avait épargné le profane. Puis elle se porta sur \ ôr glise de Saint-Pierre, que l'on avait soigneusement fermée ; et cette église aussi tomba , après de longs efforts , entre les mains de ces furieux. Mais, à travers de grands dangers, l'archevêque était parvenu à s'esquiver à la faveur d'un déguisement et de l'obscurité de la nuit; il arriva heureusement a Neuss avec son compagnon , l'évêque de Munster.
La fuite de l'archevêque donna aussitôt une nouvelle tournure aux choses : car ses vassaux
se levèrent partout, et les ecclésiastiques , qui vantaient les hautes vertus de ce vénérable prêtre, firent tout pour exciter les gens à prendre les armes. Dès le quatrième jour une masse considérable d'hommes armés marcha sur Cologne , pour y ramener l'évêque et tirer vengeance de ces audacieux bourgeois. D'autre part, les habitants de Cologne n'étaient pas non plus inactifs dans l'intervalle, et ils savaient bien ce qu'il leur fallait ; car ils comprirent qu'ils devaient fortifier leur ville contre une attaque, et solliciter l'appui du roi. Mais il était impossible de fortifier assez vite la ville, et le roi était loin. Ce ne fut point l'ardeur qui manqua , mais l'ordre et la discipline. La masse soulevée avait perdu son éme , c'est-àdire ce jeune homme qui avait donné lieu à la révolte , et il ne se trouvait personne qui sût commander, ni personne qui voulût obéir. Aussi l'ardeur de la population dégénéra en agitation sauvage, et la passion se déchaîna en quelques actes de cruauté contre des individus qui avaient le malheur de passer pour partisans de l'archevêque , ou qui s'étaient attiré pour quelque autre raison la haine de la foule. D'autre part, ils envoyèrent vers le roi quelques jeunes hommes pour l'instruire de ce qui s'était passé, et le prier de prendre possession de la ville de Cologne ; carde là dépendait le salut de la ville, et lui , le roi , pouvait oser maintenant tirer vengeance de l'archevêque , qui si souvent lui avait fait tant de mal.
Heinrich s'était rendu de Worms a Bamberc pour célébrer dans cette dernière ville les fêtes de Pâques. Il le fit avec un brillant éclat; car on vit se rassembler autour de lui , selon la coutume des anciens jours , beaucoup de princts de l'empire, et parmi eux plusieurs de ceux qui l'avaient traîtreusement abandonné dans la guerre de Saxe , tels que Sigefrid , archevêque de Mayence, et Berthold, duc de Carinthie. Alors , comme précédemment , ces princes suivirent la voie qui semblait être la plus sûre. Comme les Saxons avaient fait la paix sans s'inquiéter d'eux, comme ils avaient criminellement violé la paix , comme d'ailleurs la décision du pape n'était pas connue , il était dans la nature de leurs tendances et de leurs menées qu'ils se rapprochassent désormais du trône royal , sinon avec un repentir et une fidélité véritables , du moins avec un repentir et nne fidélité apparentes; et lleinrich ne pouvait les
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repousser, soit parce que par la paix de lierstungen il avait promis de pardonner le passé , soit parce qu'il cherchait à réunir des forces contre les Saxons pour les vaincre et se venger d'eux. Après la fête il se rendit à Xurnberg. C'est là peut-être que les jeunes envoyés de Cologne se présentèrent devant lui; mais leur apparition fui inutile. Lors même que le roi se fût trouvé dans le voisinage de Cologne avec des forces toutes prêtes, il eût nécessairement regardé comme dangereux dans ce moment de prendre, sans un motif plus grave, les intérêts des bourgeois de Cologne contre le redoutable Hanno , cet homme d'une si puissante autorité. Mais la marche des choses à Cologne, dont il fut sans doute aussitôt informé, rendit d'ailleurs impossible toute intervention de sa part, et mit un terme à l'incertitude où il avait dû se trouver.
En effet, aussitôt que , quatre jours après son expulsion , l' archevêque Hanno se montra devant les jwrtcs de la ville avec ses bandes armées, les habitants de Cologne sentirent faiblir leur courage, parce que l'union ne régnait point parmi eux, ou parce qu'on sut les désunir. Ils envoyèrent des députés, implorèrent la paix, reconnurent leur faute, et se déclarèrent prêts a subir le châtiment qu'ils avaient mérité. Hanno répondit qu'il ne refuserait pas son pardon aux hommes repentants. Sur cette promesse, les bourgeois de Cologne mirent bas les armes. Alors fut publié un ordre en vertu duquel les coupables devaient , sous peine d'excommunication, paraître devant l'archevêque pour entendre sa sentence. Ils se présentèrent sans armes , nu-pieds et revêtus d'une chemise de laine. Mais dans l'armée du prêtre la fureur ou l'avidité et l'ardeur du pillage étaient telles, qu'il n'osa pas prononcer d'arrêt. Il permit donc à ces infortunés de retourner dans la ville , et décida qu'ils auraient à se présenter de nouveau, trois jours après, dans l'église de Saint-Pierre, pour entendre la pénitence qu'il jugerait à propos de leur imposer. Dans l'intervalle il s'efforça tout d'abord de déterminer cette multitude farouche à retourner chez elle , soit qu'il craignit de se trouver dans l'impossibilité de la contenir, soit, ce qui est plus vraisemblable, qu'il voulût réserver à ses seuls vassaux le butin qu'il y avait à faire. Et lorsqu'il eut atteint ce but, il fit prendre possession de la ville par ses vassaux ;
lui-même, pour sa sûreté, ne les suivit que le lendemain. Dans la nuit qui précéda son entrée , plus de six cents des plus riches marchands , effrayés du silence équivoque de cet homme dur et sombre, avaient pris la fuite pour implorer la protection du roi; et la fuite de tant de bourgeois les plus considérés inspira au reste des habitants qui avaient pris part à ces malheureux événements, et qui maintenant n'étaient pas en état de s'échapper, une telle crainte de la mort, qu'aucun d'eux n'osa se présenter au jour fixé dans l'église de St-Pierre. Cette absence de ces hommes malheureux et sans armes donna aux arrogants vassaux de l'archevêque un prétexte et une occasion de lâcher la bride à leur méprisante fureur contre le peuple des villes, qui avait eu l'insolence de songer à la liberté et aux armes. Ils se précipitèrcntl'épéc à lamaindans les maisons, pillèrent ce qui était à piller , massacrèrent tous ceux qu'Us rencontrèrent , ou traînèrent en captivité ceux qui avaient échappé à la mort , sans respect pour l'Age ni pour le sexe. Quant a ceux qui avaient eu le malheur d'échapper à cette boucherie, les uns, et parmi eux ce jeune marchand qui avait donné le signal de la révolte, eurent les yeux crevés; d'autres furent frappés de verges après qu'on leur eut coupé les cheveux : a tous on enleva la plus grande partie de leur fortune; cl, après un traitement si cruel, ils furent contraints à jurer tous de défendre a l'avenir la ville pour l'archevêque contre ses ennemis , et en particulier de regarder comme leurs ennemis les plus odieux tous ceux qui par la fuite s'étaient sauvés de Cologne, jusqu'à ce qu'ils eussent donné à l'archevêque une satisfaction convenable. Par ce double abus de la force on croyait pouvoir effacer l'ineffaçable besoin de droit , de liberté et de justice : d'abord, en maltraitant ainsi le corps, on voulait briser l'esprit; puis , comme l'on sentait que l'on n'avait fait peut-être qu'attiser le feu au lieu de l'éteindre, on prétendit enchaîner l'esprit par l'esprit , et l'on s'éloignait également de la religion et de l'humanité.
A la même époque oû ces choses se passaient et venaient a la connaissance du roi , arriva auprès de lui une grande ambassade du pape Grégoire VII. Il la re;ut à Nûrnberg ; et peutêtre le consola-t-elle jusqu'à un certain point, parce qu'elle lui donna quelque espérance. Au moment en effet où le me<*a;ie de llcinrichau
iiisiomi: ni pevvim au.km\>d.
sujet de In coupable violation do la paix ]>ar les Saxons arriva à Rome, Grégoire venait de tenir un grand conrile dans la ville éternelle , et peut-être même celle assemblée n'était-ellc pas encore dissoute. Dans ce concile , considéré par le pape comme général, auquel assistèrent beaucoup d ovêquesde Langobardie, et qui fut honoré de la présence de la marquise Mathildc et de plusieurs princes d'Italie, Grégoire fit adopter des résolutions qui, renouvelant d'anciens décrets du saint-siége, les étendant ou leur donnant de la force , si du reste elles étaient mises rigoureusement à exécution, devaient presque assurer l'accomplissement de la grande pensée qu'il avait conçue d'élever l'Église au dessus de toute puissance temporelle. Ces statuts étaient dirigés contre la simonie et contre le mariage des ecclésiastiques. On traita de la simonie avec assez de légèreté, sans doute parce que le pape était encore dans l'incertitude au sujet des relations du Teutschland , et qu'il espérait toujours encore s'entendre avec le roi. On défendit , il est vrai , sous peine d'excommunication, à qui que ce fut d'acquérir une église à prix d'argent ou au prix d'une valeur qui pût se représenter en argent , ou de conserver une église acquise de cette manière; mais cette défense avait été déjà si souvent promulguée, que personne, à ce qu'il semble, n'y lit attention; et si maintenant non-seulement l'acheteur, mais encore le vendeur et même l'entremetteur, furent soumis à la même peine, personne du moins ne trouva la chose périlleuse; car les ecclésiastiques pouvaient compter sur l'indulgence des anciens jours, bien instruits qu'ils étaient des moy ens par lesquels on arrivait à éluder cette interdiction , et les laïques ne croyaient pas avoir à s'inquiéter d'une défense qu'il dépendait encore d'eux de reconnaître , et dans la transgression de laquelle ils étaient en tout cas en arriére sur les ecclésiastiques, lien fut tout autrement, au contraire, relativement à l'interdiction du mariage des prêtres. L'entrée de l'église fut interdite a tout prêtre, à tout diacre ou soue-diacre qui avait commerce avec une femme; nul homme qui ne s'était pas engagé au célibat ne pouvait obtenir désormais de fonctions ecclésiastiques; quant aux ecclésiastiques déjà mariés, ils devaient éloigner d'eux leurs femmes; il fut défendu à tous les laïques de demander aucun secours religieux a tout ecclésiastique qui con-
treviendrait à cette prescription : car, disait-on, la bénédiction d'un tel prêtre était une malédiction.
Cette disposition contre le mariage des ecclésiastiques , le pape chercha à la répandre dans tout le monde chrétien d'Occident, et a la mettre à exécution , en sommant de la manière la plus instante par des lettres et des envoyés les archevêques et les évêques des pays chrétiens de la suivre rigoureusement, et en s'offoivanl de les convaincre de sa nécessité. Quant à l'affaire de la simonie , il la poussa sans ardeur, soit qu'il n'en eût fait mention que pour ne pas la laisser tomber en oubli , et pour fixer l'attention du monde sur un grand but qu'il avait en vue , soit que le message qu'il avait reçu du roi lleinrich IV eût fait naitre en lui de nouvelles espérances d'une parfaite intelligence. Ce qui est certain, c'est qu'en poursuivant avec force et sévérité la simonie jusqu'au terme où Grégoire VU était poussé par sa manière de voir les choses, il pouvait facilement maintenir sa bonne harmonie avec le roi , tandis que ses attaques contre le mariage des prêtres semblaient plutôt favoriser ses intérêts que leur nuire. Ce qui est certain encore, c'est que la députation que le pape envoya au roi , en conséquence de son message , était de telle nature, que l'on ne pouvait s'empêcher de penser qu'il désirait gagner le roi à ses projets, et par la s'unir a lui ou le soumettre à sa direction : car à la tête de cette ambassade se trouvait l'impératrice Agnès ; et certes il était difficile au pape de donner au roi une plus grande preuve d'amitié que de déterminer la mère de ce prince à se rendre auprès de lui , et à devenir la médiatrice entre le pape, auquel elle était entièrement dévouée, et le roi, qu'elle aimait. La noble femme fut accompagnée des évêques d'Ostie, de Préneste, de Corne et de Coire.
lleinrich reçut l'ambassade peu de temps après les fêtes de Pâques, et il lui fit l'accueil le plus amical et le plus honorable. Mais ses négociations avec elle, et en général les événements de Nurnberg, nous sont inconnus. I.cs écrivains se bornent à des indications vagues, et n'ont pas de contradicteurs; comment aussi auraient-ils pu avoir connaissance de ce qui se faisait en secret , dans l'intimité, entre la mère et le fils? Toutefois, en comparant les diverses données fournies par les divers écrivains avec
la conduite du pape , et avec les expressions que l'on trouve dans ses lettres, on arrive à la certitude que l'ambassade tenta de gagner le roi au but du pape, de la môme manière peutêtre que la marquise .Mathilde y avait été gagnée; que par conséquent le pape avait à l'égard du roi des intentions bienveillantes; bien plus, qu'il désirait le rendre grand et fort contre les princes teutsclis ; qu'enfin bien des résultats furent obtenus, quoique Ton ne fut pas arrivé à tous ceux que Grégoire pouvait avoir espérés. Les auteurs remarquent en effet que dans le principe les ambassadeurs refusèrent de traiter avec le roi, prétendant qu'il devait montrer son repentir conformément aux canons de 1 Église, et se mettre par la à l'abri de l'excommunication qu'il aurait encourue , parce qu'où l'avait accusé devant le siège apostolique du trafic des dignités ecclésiastiques. Cette accusation avait peut-être irrité le roi ; peut-être même lui avait-elle paru inconcevable : car, depuis que l'empire était soumis à sou autorité, l'hérésie de la simonie s'était sans doute révélée de diverses manières ; mais lui-même, du jour où il était devenu majeur, du jour où il avait été maître d'agir par luimême , il s'en était une fois à peine rendu coupable ; bien plus , il avait avec la meilleure volonté porté remède à des griefs de simonie, et exprimé des principes que le pape lui-même était forcé de respecter. Cependant il céda, sans aucun doute sur les représentations de sa mère, et il lit ce qu'on lui demandait , parce qu'il avait eu des simoniaques dans son conseil, et que par la il avait attiré sur lui une grande responsabilité. Car on trouve ailleurs cette observation, que Heiniïch avait éloigné de lui cinq conseillers que le pape Alexandre II avait déjà exclus de la communion de 1 Église comme atteint* de simonie, mais dont la condamnation semble avoir été entièrement oubliée depuis , ce pape étant mort bientôt après. On rencontre aussi cette remarque , que les ambassadeurs exigèrent du roi l'assemblée d'un concile dans l'empire tcutscl» ; que le roi céda à cette exigence avec une bonne volonté apparente du moins ; mais que tous les évêques teutschs s'y opposèrent avec opiniâtreté, et que Liemar en particulier, archevêque de Brème, prélendit hautement qu'en vertu d'anciens privilèges l'archevêque de Mayence avait seul le droit de tenir des conciles dans l'empire leulscb,
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et au-dessus de lui le pape , donl cet archevêque était le légat perpétuel , mais nul autre légat du pape. Cette prétention empêcha tout à fait la tenue du concile, dont le but immédiat n'est pas connu ; car on ne dit pas s'il devait être dirigé seulement contre la simonie , ou en même temps contre le mariage des prêtres. Mais l'homme qui s'y était opposé avec le plus de hardiesse, l'archevêque Liemar, s'était montré jusque alors Adèle partisan du roi ; et par conséquent sa conduite , si on la comparait avec la facilité de Heinrich , devait saus aucun doute? paraître surprenante, et elle devait sans peine rendre cette facilité suspecte. EnÛn , on rencontre cette remarque : que le roi congédia les envoyés du pape av ec de riches présents, et avec l'assurance qu'il ferait avec le plus grand plaisir tout ce qu'ils avaient demandé; que de plus il leur remit pour le pape une lettre on il promettait au saint-père de lui être soumis en toutes choses comme il le devait, et où il lui avouait aussi que l'évéque Hermann de Bamherg était arrivé à sa dignité par la simonie, mais que dans cette circonstance lui-même, le roi, avait été circonvenu et trompé.
Et les actions et les paroles du pape ne sont pas en contradiction avec ces données vagues que fournissent les écrivains. Grégoire confirma l'arrêt qui suspendait Liemar de l'exercice de ses fonctions archiépiscopales, arrêt prononcé contre lui par ses légats; il l'assigna devant le prochain concile, et lui fit les reproches les plus amers pour son ingratitude envers l'Eglise et pour son oubli de ses devoirs, qui l'avaient fait s'opposer à la grande pensée du rétablissement de l'Eglise déchue, Ouant à l'évéque Hermann denamberg, il ne cessade le poursuivre jusqu'au moment où , comme nous le dirons , il put le déclarer déposé pour être arrivé à sou siège par la simonie. D'autre part, il adressa au roi et à la mère de celui-ci , à l'impératrice Agnès , des lettres qui témoignent de ses intentions et de ses espérances pour l'avenir. Dans deux lettres adressées à Heinrich vers la Un de cette année, il le salue comme son fils bien-aimé et lui donne sa bénédiction aj>ostoliquc. Il lui exprime sa satisfaction de ce que non-seulement sa mère l'impératrice Agnès , mais encore les légats pontificaux avaient assuré d'un commun accord que le roi les a\ait reçus avec bienveillante, qu'il axait amélioré d'une
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manière digne d'éloges diverses alTaires ecclésiastiques; qu'il avait promis d'extirper entièrement la simonie et le concubinage des ecclésiastiques ; que la marquise Béatrix , et Mathilde , lillc de cette princesse, avaient elles-mêmes rendu témoignage de son fidèle attachement. Il assurait que dans la célébration de la messe il pensait à lui sur les reliques des apôtres, et qu'il priait avec effusion le Dieu tout-puissant de le fortilicr dans ces résolutions et de le conduire de plus en plus à étendre les progrès de l'Eglise. Il l'exhorte à être prudent dans le choix de ses conseillers, et à ne donner sa confiance qu'à des hommes dévoués non à leur intérêt personnel, mais ùson propre intérêt; il le met en garde contre ceux qui chaque jour s'efforcent de jeter des semences de discorde entre eux , entre le pape et le roi , afin d'employer des filets fabriqués dans l'enfer tantôt pour pécher leur propre avantage , tantôt pour voiler leurs vices, qui attirent sur eux la colère de Dieu et le glaive de saint Pierre; il le prie aussi de ne point ouvrir l'oreille à des hommes de cetto nature , mais seulement à ceux qui cherchent la volonté du Sauveur, et qui sacrifient leur grandeur et leur fortune à la justice. Il désire que Dieu permette au roi de lire dans son nme à lui , dans celle du pape , parce qu'il est convaincu qu'ensuite personne ne sera en état de rompre les liens d'amitié entre le roi et le pape ; et il a dans la miséricorde divine assez de confiance pour croire qu'un jour ce sera chose évidente que l'affection intime que lui , le papo , portait au roi. A cette affection , dit-il , me pousse la volonté de tous les chrétiens ; à cette affection me poussent la majesté de la dignité impériale et la puissance du siège apostolique ; et j'ai la conviction que, si je ne t'aimais point comme je le dois, je me reposerais en vain sur la miséricorde de Dieu et sur les mérites de saint Pierre. Enfin il va jusqu'à lui révéler la pensée que lui , le pnpe , se mettrait peut-être à la téte d'une grande armée pour délivrer les chrétiens opprimés en Orient, pour ramener à l'Eglise catholique les chrétiens de l'empire grec, pour conquérir à la chrétienté le sépulcre du Seigneur, et que, dans ce cas, son intention était de lui confier , à lui roi , l'Eglise romaine, afin qu'il veillât sur elle commesur une mère sacrée, et défendit son honneur. Voilà en quels ternies il écrivit à Heinrich. Quant à l'impératrice Agnes, Grégoire lui témoigne la joie et la recon-
naissance que lui inspire son dévoùmenl. San» doute , dit-il , elle n'était pas elle-même satisfaite de ce qu'elle avait obtenu ; mais la seule chose qui a du prix aux yeux de Dieu , c'est la volonté pure, l'action, et non leur résultat. Et elle a travaillé avec une inexprimable énergie pour la paix et l'union de l'Eglise universelle ; elle s'est efforcée , avec un courage infatigable , de réunir par les liens les plus étroit» de l'affection l'autel et le trône , le sacerdoce et la royauté. D'ailleurs ses efforts n'ont pas été vains; et il avait la ferme confiance qu'elle verrait elle-même encore avec satisfaction et avec joie la bonté que Dieu , dans sa mi>éricorde , avait pour son fils.
Assurément tout cela semble démontrer qu-' les dispositions de Grégoire envers le roi étaient bienveillantes , et qu'il eût été porté à soutenir la cause du monarque contre les princes de l'empire, pourvu que Heinrich eût voulu entrer dans ses grandes pensées et se soumettre à sa direction. En tout cas, Heinrich, quelles que fussent ses intentions et sa manière de voir le* choses , devait avoir la certitude qu'il n'avait rien à craindre de la part du pape à l'occa>k>a des plaintes portées contre lui par ses ennemis. Ce qui de plus n'était pas sans avantage ponr lui, c'est quegraduellemcnt, à mesure quelinterdiction du mariage des prêtres était connue, et à mesure qu'on travaillait à la mettre en vigueur, il s'élevait parmi les ecclésiastiqucis de tous les pays chrétiens, et en particulier parmi ceux du Teutschland, une excitation dont il était impossible de calculer la portée, qui gagnait de jour en jour, et devenait prodigieuse, de telle sorte que les ecclésiastiques semblaient ne pouvoir prendre part h aucune autre affaire qu'à la leur propre. Heinrich, tandis que les siens travaillaient pour lui et contre les Saxons, crut pouvoir d'autant mieux s'occuper d'un»» expédition en Hongrie , que du reste il ne pouvait l'éviter; cardans cette contrée aussi de grands troubles avaient eu. lieu . Comme nous l'avons raconté, les fils de Béla avaient abandonné la couronne de Hongrie au jeune Salomon , fils d'André et beau-frère de Heinrich ; mais un accommodement fait au moment du danger n'avait pas gagné les âmes de ceux qui l'avaient conclu. Entre le jeune roi et se* cousins, Gcisa, Ladislav et Lambert, il était resté une grande méfiance, entretenue chez le premier parla crainte et par le sentiment de >a
faiblesse , el chez les autres par la perte de la fortune à laquelle ils avaient dù renoncer ; il ne manquait pas d'hommes qui des deux cotés allumaient et attisaient le feu, et qui cherchaient à impliquer les princes dans les intrigues qu'ils nouaient chaque jour. Après une longue série d'actes odieux , on en était venu enfin à une lutte ouverte; et Salomon, jouet des partis, comme Heiurich IV, avait été forcé de s'enfuir du territoire , et de chercher son salut dans la protection du roi des Tcutschs. Heiurich crut donc devoir à son beau-frère et se devoir à lui-même de faire une expédition en Hongrie, afin de conserver le trône au roi Salomon et de ne point laisser aux Tcutschs le spectacle d'un roi expulsé. Ce fut dans cette intention qu'il se rendit a Kati.sbonne. Arrivé dans cette ville, il reçut de ses amis la nouvelle que le roi d'Angleterre, Gudlaume le Bâtard, avait été api>clé par l'archevêque Uanno de Cologne , et qu'il songeait à débarquer avec une grande armée et à prendre possession du siège de l'empire à Aix-la-Chapelle. Cette nouvelle , en supposant qu'elle fût vraie, était assurément de nature à autoriser le roi à sévir contre son vieil ennemi , et à venger sur lui les cruautés qui avaient été exercées conta1 les bourgeois de Cologne. Dans le fait Ueinrich renonça aussitôt à son projet de se rendre en Hongrie, et il accourut vers le Rhin. Le jour de la Pentecôte il était à Mayence, où l'archevêque Sigefrid , qui voyait bien que le vent avait changé , lui lit la réception la plus brillante. Puis il descendit le Hhin. En chemin il reçut une ambassade de Hanno : « Le roi avait été trompé par les assertions mensongères de ses ennemis; lui, l'archevêque, n'était ni assez insensé ni assez indifférent au bien public pour livrer, à cause d'une injure privée, la patrie aux barbares; et, à partir de sa jeunesse, il n'avait pas montré assez de légèreté pour qn'un homme de bon sens put croire à une semblable absurdité. • A Andernach, l'archevêque vint lui-même auprès du roi , et il confirma par serment qu'il avait été calomnié. De cette manière tomba le motif qui eût autorisé le roi à sévir ouvertement contre l'archevêque, et ce fut vraisemblablement à son grand regret. Ueinrich déclara au prêtre , et non sans amertume, que, puisqu'il en était ainsi , il laissait de côté , par égard pour leur ancienne amitié et par respect pour la dignité archiépiscopale , les autres accusations élevées contre lui. Pour-
tant il se reudit à Cologne , et y tint sa cour de justice. Mais les habitants de la ville, privés de leurs bourgeois les plus considérables s intimidés par le sang répandu et par les cruautés qu'ils avaient souffertes, étaient encore sous l'impression d'une trop grande terreur pour oser faire entendre la moindre plainte en face de l'impitoyable archevêque, d'autant plus que celui-ci , sans embarras et sans hésitation , osa , par des assertions vagues, se décharger de toute la faute pour la rejeter sur les bourgeois de la ville. Tout cela aflligea le roi. Toutefois, pour faire la seule chose qui lui semblât rester à faire, il demanda que l'archevêque assurât aux habitants de Cologne son pardon pour le soulèvement qu'ils avaient tenté contre lui , et levât l'excommunication qu'il avait fulminée. Et , dans son chagrin , ce ne fut pas une prière , mais uu ordre qu'il adressa au prélat ; il exigea de plus que l'archevêque lui livrât six otages en garantie de sa Qdélité. Mais Hanno , voyant bien que le silence des habitants de Cologne lui avait donné gain de cause , refusa hardiment et opiniâtrément de se rendre à la demande et à la volonté du roi, qu'il regardait comme inouïes v indignes, intolérables. Ueinrich menaça, Hanno tint bon. Les vassaux présents étaient dans la plus grande anxiété. Enfin le roi renonça à une cause qu'il ne pouvait espérer gagner ; l'orgueilleux prêtre profita arrogamment de sa victoire , et le sort des malheureux habitants de Cologne resta entre ses mains.
Le roi quitta Cologne , et ce ne fut pas assurément sans un sentiment pénible. Il se rendit à Aix-la-Chapelle , non certainement, comme il le prétendait, afin de prendre des mesures pour la sûreté de l'empire coutre une invasion du roi Guillaume d'Angleterre , mais afin de pouvoir se retirer avec quelque convenance. Mais bientôt il revint à Wornis. lit il reçut du roi chassé de Salomon , de nouveaux ambassadeurs , qui le prièrent do la manière la plus instante de venir du moins au secours de son beau-frère , et de le rétablir sur le trône de Hongrie. Salomon offrit de le reconnaître comme suzerain , de lui payer un tribut annuel, et de lui livrer six villes fortes de son royaume. Mais, quelque séduisantes que fussent ces propositions, il était impossible que, dans les relations où se trouvaient ses propres États, Heinrich fût disposé à se mêler des affaires d'un État étranger. Il feignit, il est vrai, de vouloir entreprendre une expédition, mai*
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ce fut probablement pour faire plaisir à son malheureux parcut plutôt que dans une intention sérieuse. 11 envoya des messages a plusieurs princes de l'empire, et les somma de le suivre en Hongrie avec leurs bommes ; mais aucun ne répondit à son appel , et Heinrich se contenta des excuses que chacun fit et justifia à sa manière. Mais , pour prouver à son beau-frère et h sa sœur qu'il était prêt à faire tout ce qu'il était en son pouvoir de faire , il rassembla un corps • franc, à la tète duquel , sans espoir de réussir, il entra en Hongrie. 11 trouva un pays entièrement dévasté : car les Hongrois avaient tout emmené ou tout détruit. Dans ces contrées, l'on était menacé de la faim et des maladies , et chacun dut reconnaître l'impossibilité de pénétrer plus avant sans désastre. En conséquence Heinrich revint dans sa patrie sans gloire , il est vrai , mais aussi sans honte, (ieisa , fils de Béla , resta roi de Hongrie , et Salomon , beaufrère de Heinrich , trouva avec sa femme un asile en Autriche.