‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 21 sur 46 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

tait comme une trahison contre la société chrétienne môme. Avec l'armée qu'il recruta ainsi d'hommes perdus ou indisciplinés, Lothaire ne put cependant qu'exercer en Germanie et en Neuslrie, sur les territoires de ses deux adversaires, des ravages, incendies, déprédations et sacrilèges dans les églises: et il augmenta ainsi Tanimad version générale qu'il avait soulevée comme complice des persécuteurs et des ennemis de la foi chrétienne. Le petit-fils du héros de la civilisation chrétienne se retournait contre elle en désespoir de cause, avec les Francs ostrasiens maintenant accablés par le nombre. Aussi , Louis le Germanique avec les Germains du midi, Alamans et Bavarois, Charles avec les Neustriens, c'est-à-dire tous les deux, avec les hommes de contrées plus civilisées de l'empire, se dirigèrent sur les bords du Rhin contre l'Ostrasie infidèle à sa cause, l'un par Francfort, l'autre par Toul; et, heureusement, en voyant l'un passer sur la rive gauche, au-dessus de Mayence , et l'autre déboucher en Alsace par Saverne, les soldats pillards de Lothaire se débandèrent et les laissèrent se rencontrer dans la vieille ville romaine de Strasbourg, qui avait si longtemps servi d'avant-poste à la civilisation contre la barbarie.

Ce fut là, et c'était logique, que les deux vainqueurs scellèrent l'alliance d'où devaient sortir, des ruines de l'empire, pour eux et pour l'avenir, deux grands États et deux grandes nations décidément séparées l'une de l'autre. Un double serment solennel, prêté justement dans les deux langues qu'on parlait au delà et en deçà du Rhin, en fut comme le sceau. Le jugement de Dieu avait décidément été prononcé sur l'empire franc dans les plaines de Fontenay. Avec les deux jeunes rois réunisà Strasbourg, deux peuples nouveaux s'unissaient contre l'ennemi commun qui voulait les mainte-

nir encore sous un seul joug, autrefois glorieux et utile, maintenant honni et détesté. Ils avaient chacun une langue qui les distinguait parfaitement l'un de l'autre. Les sujets du roi Charles, du Rhin aux Pyrénées , parlaient à peu près, malgré différents dialectes, un même idiome, leromaw, latin défiguré sous l'effort de la conquête germaine. Ceux de Louis parlaient aussi les différents dialectes de l'allemand ou du teuton qui était leur langue mère. L'œuvre chrétienne de Charlemagne était achevée; une autre commençait. Aussi, les deux princes prononcèrent-ils, chacun dans la langue de l'autre, Louis en langue romane et Charles en langue tudesque, ainsi que les grands, primores populi, après eux, le double serment qui devait être, en même temps qu'un des plus anciens monuments de ces deux idiomes , comme l'acte d'état civil de deux grands peuples. « Par amour de Dieu, dirent-ils, pour le peuple chrétien et pour notre commun salut, d'aujourd'hui en avant, autant que Dieu me prêtera connaissance et force, je tiendrai pour mon frère, en toute et chaque cause, comme un homme doit tenir pour son frère, etc., etc. »

En langue romane : Pro deo amur et pro Christian poblo et nostro commun salvament, dist di en avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvaraeio cist meon fratre Carlo et in adiudha et in caduna causa , si cum om per dreit son fradra salvar dist.

En langue germanique d'alors , dialecte francique : In godes minna, %nd in thés christianes Folches ind unser bedhero gehaltnissi, fon thesemo dage fromordes, so fram so mir god gewiesi indi mahd furgibt, so haldih tesan minan bruodher, soso man mit rehtu sinan bruodher scal.

Voilà le double serment dans les langues originales. Ce

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