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CHAPITRE X

SEPARATIOU DE LIMEUAGIR ET DE I-A fKi^t::. -

MnE^iuuL^ifivr de i inrici cabolihgieiv. (843-969.)

Le royaume germanique ; la Société de fraternité carolingienne; la papauté et les fausses décrétâtes.

L'empire de Charlemagne fut à peine démembré par les révoltes de ses petits-fils que l'Allemagne s'aperçut, comme les autres contrées, de l'immense vide qu'il laissait après lui. Au milieu des troubles* Louis le Débonnaire et Lothaire avaient laissé tomber en désuétude les précautions prises par Charlemagne pour la défense des côtes ; et cellesci étaient de nouveau menacées par les païens et par les infidèles. Tandis que les Sarrasins d'Espagne et d'Afrique ravageaient les rivages de la Méditerranée, les Nordmanns de la Scandinavie menaçaient l'Allemagne par la mer du Nord et la Baltique. Devenus de marins cavaliers, ces barbares Scandinaves surtout, montant, comme nous dit un contemporain, « les chevaux des Francs dont ils avaient appris à se servir, equisevectimore noslrorum, » s'élançaient de tous côtés, en Frise aussi bien qu'en Neustrie, dans la vallée de la Meuse comme dans celle de la Seine; et les murailles ou le" tours des villes ne défendaient pas toujours contre leur

rapacité les trésors des églises et contre leur rage fanatique la vie des évoques (1). Voilà pour l'extérieur.

Au dedans, les nouveaux rois, ayant tout sacrifié à la nécessité de se faire des partisans, voyaient la noblesse guerrière, dont l'épée avait autrefois combattu les ennemis du Christ et soutenu l'empire, ne se plus préoccuper que de s'enrichir et de se fortifier dans ses domaines aux dépens des faibles. Les roules étaient donc infestées de brigands, nobles et non nobles, qui commettaient toutes sortes de violences. L'Eglise elle-même, dépouillée par ceux qui se disaient ses protecteurs ou qu'elle avait pris sur ses terres à son service, n'avait jamais vu tant de rapines, d'incendies, de meurtres et de crimes de toute espèce (2). C'était le résultat du triomphe de la tradition germaine sur l'empire chrétien. Ces roitelets, reguli, entre les mains desquels l'empire était tombé, pourraient-ils, maintenant, défendre leurs royaumes contre les ennemis du dehors, leur couronne contre l'aristocratie guerrière du dedans. Avec l'unité de l'empire, la civilisation, à peine recommencée, périrait-elle encore? La Germanie, où elle était moins affermie qu'ailleurs, était surtout menacée de celte destinée.

Les trois fils de Louis le Débonnaire, Lolhaire Ier l'empereur, Louis de Germanie et Charles le Chauve de France, eurent à peine fait, une année, l'expérience de ce péril qu'ils sentirent le besoin de se rapprocher et de s'entendre dans leur intérêt commun. Déjà, en octobre 844, ils se rassemblèrent, avec un certain nombre de grands

(1) Mabillon, Acla Sanct., II, 624. Civitates vero quxdam turribus firma non potuerunt episcoporum suorum servare vitam. — (2) Nithard, IV, ch. v. Quam diutius tôt rapinas, incendia, homitidia, adulteria, Ecclesia Dei palerelur.

et d'évêques, près de Thionville. dans la villa Judith, aux bords même de la Moselle , sur territoire franc. Le nombre de pauvres, de mendiants, d'estropiés qui y arrivèrent, leur mit sous les yeux comme une image lamentable des misères de l'Etat et de l'Eglise. Les évoques présents demandèrent qu'on pourvût aux nombreux évôchés vacants et qu'on restituât, à eux et aux monastères, les biens usurpés, pour qu'ils pussent nourrir leurs manants. Les rois ne manquèrent point de promettre d'y veiller. Mais, en scellant à nouveau le partage qu'ils avaient fait, par le serment « de ne point violer, désormais, tous les devoirs de charité et de fraternité » qui les liaient l'un à l'autre, « d'éloigner d'eux et de poursuivre tous les fauteurs de discordes, discordiarum fautores, » ils s'engagèrent surtout, à propos d'une révolte particulière contre Charles le Chauve, « à se prêter secours en commun (viriliter conglobali), pour forcer à l'obéissance ceux des grands de leur royaume qui prétendraient s'y soustraire et pour les punir. » Ils semblaient, par là, donner raison à l'empire qu'ils avaient détruit et le regretter le lendemain du iour où ils venaient do le renverser.

Ce n'était point là, on ne saurait le dire, une alliance offensive et défensive. Par là, cependant, ces rois ne s'efforçaient-ils pas de rappeler l'ombre de l'empire qu'ils avaient détruit ou de garder entier l'héritage de famille qu'ils avaient reçu de leurs ancêtres? Une alliance politique, née des liens du sang, leur paraissait au moins de nature à conserver encore à l'empire chrétien démembré, comme une gloire paternelle, une sorte d'unité. Ils semblaient maintenant avoir moins voulu le démembrer que partager l'autorité. Lothaire écrivait même, plus tard, au pape Léon IV, qu'ils n'avaient pas divisé l'empire, mais distingué les parts,

non divisum imo distinctum;ett quand ils prirent des mesures communes à tout l'empire, ils se servirent de l'expression caractéristique de notre commun royaume (in nostro communi regno) . Quelle condamnation de leur conduite [\)\ L'unité religieuse était cependant plus précieuse à garder que l'unité politique, dont l'ombre même devait bientôt périr, et elle courait autant de périls. D'une part, les délimitations des royaumes pouvaient, malgré quelques précautions prises, porler le trouble dans les circonscriptions ecclésiastiques, dans les rapports des suffragants avec les archevêques, dans les subordinations et les juridictions, comme elles avaient déjà bouleversé l'économie des bénéfices ou propriétés laïques possédés par la même personne dans plusieurs royaumes. Par exemple, l'évêché de Strasbourg, suffragant de l'archevêché de Mayence qui appartenait à Louis de Germanie, était échu au roi Lolhaire; et les évêchés de Langres, d'Autun et de Mâcon, qui dépendaient de la métropole de Lyon , attribuée à Lolhaire , avaient été donnés à Charles le Chauve? D'autre part, la primauté conquise par le pape, dans l'Église d'Occident, et à laquelle Charlemagne avait donné tant de puissance, ne périrait-elle pas avec l'empire? et, par suite, les églises particulières, sans pasteur commun et sans pontife souverain, ne tomberaient-elles pas à la discrétion des puissances laïques, dans un temps de désordre et d'usurpations, dont elles étaient naturellement les premières victimes? Toute unité politique et morale, en un mot, n'était-elle pas menacée aussi de périr dans ce grand désastre dont on sau-

(1) De Lalande, Concilior. Gallix suppl., p. 159. Lettre à Léon TV. — Capit. ap. Marsnam. Adnunliatio Liuiovici, ch. vi (kg., I, 304}. Ubicumque in nostro communi regno.

M 8 ORIGINES DE l/EMPIRE GERMANIQUE.

vait à peine les débris ; et la cause de la civilisation générale comme celle de l'Allemagne n'était-elle pas attachée à celle unité même?

Heureusement, déjà à l'époque de la chute de l'empire, il y avait dans l'Église un sentiment tout-puissant d'unité et d'indépendance. « L'Église de Dieu que la division des royaumes, disait Hincmar, ne saurait désunir, » était regardée par tout le clergé « comme une dans les royaumes des princes, parce que le sacerdoce est un, sicut et unum sacerdotiim (1). » C'était une garantie de durée et de puissance! Enfin l'indépendance, même l'autorité du siège de Rome survivait au partage politique; peut-être même pouvait-elle mieux se maintenir, au-dessus des trois souverains héritiers de l'empire, que sous la main d'un seul; et c'était, au siècle de désordre et de dissolution dans lequel on tombait , la meilleure garantie certainement de toute civilisation!

C'est sans doute cet instinct et cet intérêt commun de défense, dans un temps de désordre si favorable aux usurpations et aux violences, qui donna naissance à ce recueil célèbre de canons et de décrets apocryphes des conciles et des papes, répandu alors dans le diocèse de Mayence ou de Reims, probablement par le fait des archevêques Otgar ou Ebbon, vers l'époque du traité de Verdun, sous le nom d'Isidore de Seville, et qui exerça une si grande influence sur la constitution de l'Église et même sur l'avenir de l'Europe, les fameuses fausses dccrétales ! En effet, ces canons et ces décrets, bientôt acceptés comme authenti-

(1) Hincmar, De divortio Lotha, ii (opp. 1, 036). ùynodus Meltensis, ann. 859 (leges, I, 460>

ques, dans un temps où la critique était si peu avancée, avaient pour but d'assurer du haut en bas, dans une société laïque désordonnée, l'indépendance du pouvoir, de la juridiction et des possessions de l'Église; et, dans l'Église même, en soustrayant le plus souvent les évoques, par la faculté de l'appel au pape, à l'autorité des métropolitains, ils rattachaient plus étroitement la hiérarchie au siège apostolique de Rome, consolidaient les bases déjà puissantes de l'unité catholique, et préparaient les voies à l'omnipotence spirituelle que la papauté devait recueillir plus tard, dans les ruines même de l'empire, pour en abuser peut-être un jour, mais après en avoir fait sentir à la société européenne tous les bienfaits.

Pour échapper au naufrage commun, l'Église s'attachait au sol et en même temps elle se serrait autour de son chef; sa hiérarchie se fortifiait, et, par une rencontre extraordinaire , au moment où la loi politique faisait défaut à l'empire chrétien universel, une collection d'actes erronés apportait ses bases à l'édifice futur de cette théocratie qui devait tenter de s'élever, un moment, comme un gouvernement moral, au-dessus de toutes les souverainetés et de toutes les nations particulières de la chrétienté (1). Les écrivains allemands se sont, pour la plupart, élevés avec violence contre ce recueil qu'ils ont considéré comme une supercherie intentionnelle. Après tout, sans vouloir en défendre la forme ni le fond qui, d'ailleurs, ne sont pas en contradiction avec l'esprit du temps et même la sincérité de ses auteurs, n'était-ce pas, au moins dans l'Église,

(1) Richter, Lehrbuch des Kirchenrechts, 5e éd., p. 83. La plus récente édition critique des fausses décrétâtes est celle de Hinschius,

une garantie générale d'ordre et d'unité, quand la société tombait dans l'anarchie et dans la poussière? L'Allemagne n'y devait pas perdre plus qu'à la Société de chanté et de fraternité formée par son roi Louis avec ses deux frères de Gaule et d'Italie, Charles le Chauve et Lothaire. Elle ne risquait plus, grâce à ces liens, de retomber dans son isolement et dans sa barbarie primitive. Elle restait en communication avec des pays plus civilisés ; et, dans ses difficultés particulières et pour son développement à venir, quoiqu'en pense aujourd'hui la fierté germanique, c'était pour elle et pour ses voisins un bienfait. Les événements le montreront trop souvenu

Louis le Germanique et les frontières de l'Allemagne.

Il s'en fallait que la part ou le royaume de celui que les historiens ont surnommé le Germanique, et que les monuments appellent roi de Bavière ou roi de la Francie orientale, formât un royaume plus homogène que la part de ses frères, même de Charles le Chauve. C'était la contrée de l'ancien empire la moins peuplée. Les historiens contemporains nous parlent encore des forêts de la Germanie, saltus Germanim. L'Odenwald, par exemple, tout près du Rhin, entre le Mein et le Necker, couvert de bois épais, était presque inhabité. Il n'y avait guère de villes que sur les bords du Rhin et du Danube, et elles remontaient aux

SÉPARATION DE ï/aU.EMAGNE ET DE LA FRANCK. 421

Romains. Dans le nord de rAllemanie, dans la Francie orientale, dans la Thuringe et dans la Saxe, on ne trouvait que de gros bourgs autour des châteaux et des cloîtres. Sans doute, il n'y avait point à achever en Allemagne, comme en Italie et en Gaule, la fusion de la race conquérante et de la population vaincue, et la population germaine avait une plus grande homogénéité de race. Mais les différentes familles de la Teutonie, Alamans ou Souabes et Bavarois au midi, Francs orientaux, ïhuringiens, Saxons au nord, étaient bien loin de former entr'eux ce qu'on peut appeler une nation. Les termes de teutons, teutonique ou tudesque, dont nous nous servons (teutonicus, théodiscus, deutsch), ne désignaient encore que la langue, différente de la latine, parlée par ces peuples. Quand on compare le vieux haut allemand dont se servaient les Alamans, et le vieux saxon ou plat allemand dont se servaient les habitants du Nord, dans les monuments qui nous en estent, on a peine à croire qu'ils s'entendissent toujours aisément. Les Francs parlaient encore un dialecte tout aussi différent (1), et chacun de ces peuples avait une loi à part. Voilà quelle était alors l'unité nationale !

Pour tous ces peuples, la dissolution de l'empire était une victoire de ce sentiment d'indépendance et d'isolement politique qui s'allie si extraordinairement, dans le caractère germain, au besoin et à l'instinct de l'attachement et de la servilité personnelle. Les Bavarois s'étaient toujours montrés dévoués au fils du Débonnaire, Louis, parce qu'il représentait leur petite et vieille nationalité. Mais les Alamans lui avaient souvent résisté ; les Saxons, ces Germains

(1) Voir Wenck, 1. c, p. 196, 197.

122 ORIGINES DE L'EMPIRE GRRMANIQt'E.

du Nord, que ceux du Midi méprisaient comme des brutes indomptables et stupides, doués cependant d'un certain esprit de ruse (barbaros, brutos, contumaces, arte doloque tamen callentes), disent les chroniques, l'avaient fait également, car ils rendaient aux Bavarois haine pour mépris (1). Tous ces peuples, cependant, unis sous un même roi, senlaient d'instinct qu'ils avaient les mêmes intérêts à soutenir, le même territoire à défendre, et déjà la même foi. Ils se séparaient des Danois païens, ces anciens congénères, restés fidèles à Odin et devenus maintenant pour eux ce qu'eux mêmes avaient été autrefois pour les Francs, et surtout des Slaves, qu'ils « regardaient avec horreur comme une race méchante et fétide, » feedissimim et deterrimum genus exhorrcbant. Quant à ces contrées du Midi et de l'Ouest, au delà des Alpes et du Rhin, dont le partage de Verdun les avait séparés, ce n'était pas avec terreur, mais avec convoitise, que leur roi et eux regardaient, comme leurs ancêtres, tantôt cette Italie qui conservait comme un talisman et un gage de puissance, la couronne impériale, tantôt celte rive gauche du Rhin, destinée maintenant à pencher à droite ou à gauche, comme sa population mixte, selon que le vent de la fortune soufflerait d'Orient ou d'Occident ; et, comme ce fameux partage n'était peut-être pas définitif, ils n'avaient renoncé de ce côté ni aux habitudes d'invasion d'autrefois ni à toute ambition ultérieure. Le roi carolingien, Louis dit le Germanique, avait entre les mains, dans son royaume, les mêmes moyens de gouvernement et les mêmes difficultés que ses deux frères

(I) Presb. TJltrajectinus, Vita Bonifac, c. ix. — Rimbert., Vita Anskarii, c. xxxvn. — Translatio S- Pusinnœ, c. i, script., I, 330, II, 509, 681.

chez eux, à quelques différences de détail près cependant, Sous lui, comme un héritage de l'empire, la double hiérarchie temporelle et spirituelle des comtes ou margraves et des évêques enveloppait d'un réseau ces pays d'antique anarchie. Dans l'accomplissement de sa tâche, il pouvait trouver un concours, mais en même temps un contrôle, dans ces diètes ou assemblées des grands laïques et ecclésiasques qui, soumises autrefois à Charlemagne, avaient tant pesé sur la destinée de son fils, Louis le Débonnaire.

Dans les affaires temporelles, en effet, l'organisation carolingienne de la justice et de l'heerban, sous les comtes et les margraves, était le cadre d'une justice royale et d'une armée nationale capables d'assurer la tranquillité intérieure et la sécurité extérieure du royaume. L'Eglise germaine, fondée par Boniface, avait été elle aussi fortement constituée sous les Carolingiens. Les sièges épiscopaux , les abbayes pourvues de larges donations y étaient, de plus, investis d'une part d'autorité temporelle très-considérable dans un pays dont on avait longtemps suspecté la foi. La subordination, où son fondateur l'avait mise vis-àvis de Rome, pouvait la rendre enfin, sous son primat de Mayence, d'autant plus indépendante de la royauté.

Mais le coup porté à l'autorité, dans la personne de l'empereur , ne retomberait-il pas aussi sur les rois ses fils? Agents d'une autorité supérieure, le comte et l'évoque ne seraient-ils pas portés à user de leur pouvoir dans leur propre intérêt; le premier, maître d'un bon fief, le second, d'une bonne donation, ne jugeraient-ils pas pour eux, ne convoqueraient-ils pas pour eux l'heerban? ne viseraient-ils pas à confondre leurs subordonnés avec leurs vassaux ou leurs serfs , leur office public avec leur propriété privée, et à se faire, de dignitaires d'Eglise et

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d'officiers royaux, seigneurs terriens ? En un mot, après avoir aide le roi à renverser l'empire, laisseraient-ils se constituer fortement au-dessus d'eux l'autorité du roi?

Sans doute, dans ce pays qui n'avait pas subi d'invasion comme la Gaule et l'Italie, les vieilles habitudes d'indépendance originelle des cantons pouvaient défendre la liberté et la propriété des hommes libres. On se rappelle cependant combien grande était déjà, dans l'ancienne Germanie, l'influence des hommes riches et puissants. La conquête que les rois francs et leurs armées à leur tour avaient aussi faite de ces pays, les bénéfices qu'ils y avaient constitués, les colonies qu'ils y avaient établies , tendaient à amener là ce qui se passait ailleurs : l'indépendance de l'aristocratie et l'oppression des hommes libres. Il n'était besoin même d'être évêque ou comte puissant pour viser à cette indépendance et à cette domination locale. L'audacieux ou riche propriétaire qui exerçait le droit de patronage sur ses vassaux, ses colons ou ses serfs, qui leur rendait la justice ou les levait pour la guerre privée, n'était pas moins redoutable quand il n'était point comte; et, quand il le voulait bien, il pouvait usurper un comté, voire un évêché ou une abbaye, en dépit du roi. L'institution, quelque temps conservée , des missi dominici suffirait-elle à arrêter ce mouvement? Le roi n'avail-il pas besoin de ces comtes, de ces margraves, de ces seigneurs, contre les ennemis du dehors, contre les Danois, contre les Slaves, contre ses frères peutêtre; et pouvait-il s'assurer leurs secours sans fermer les yeux sur leurs usurpations et même sans les y encourager?

Danger plus grand encore en Allemagne ! Il y avait eu autrefois chez elle presqu'autant de princes ou ducs puissants , qu'il y avait de peuples différents ; en Bavière, en Saxe, en Thuringe, en Allemanie. C'était comme la vieille

tradition de petites royautés nationales dans un royaume qui datait d'hier. Ces antiques institutions tendaient à renaître ; elles pouvaient être utiles au roi aussi pour grouper tous les comtes , les seigneurs d'un môme peuple, contre l'ennemi du dehors. Tl suffisait qu'un comte ou un margrave réunît plusieurs comtés de sa propre autorité ou par l'institution du roi pour devenir un duc, un prince redoutable et puissant. Ainsi devait-il arriver en Saxe et en Bavière où grandirent deux familles féodales; en Allemanie où deux comtes se partagèrent tout le pays. Le roi pouvait trouver là sans doute un moyen d'arrêter le morcellement indéfini du royaume en petites seigneuries. Mais serait-il plus facile de contenir sous son autorité un petit nombre de grands qu'un grand nombre de petits ? Tel était pour la royauté le problème.

Le premier roi qui ait régné sur toute l'Allemagne, Louis, contemporain de notre Charles le Chauve, a eu le privilège des éloges des chroniqueurs contemporains de son royaume et surtout des historiens allemands postérieurs. Tous aiment à l'élever au-dessus de ses deux frères d'Italie et de Gaule. Sans croire, avec l'un d'eux, qu'il était « plus fort qu'Hercule et plus agile qu'Ulysse, » nous pouvons nous assurer par sa conduite précédente vis-à-vis de son père, le Débonnaire, et par sa conduite ultérieure, dans son royaume et à l'égard de ses frères et neveux, qu'il ne manquait ni d'habileté, ni surtout de ruse , animi subtilitate, bien qu'il n'ait en réalité rien fondé (1). De stature

(1) Ann. Xant., 869. Ludovic us sapientior etjustior céleris. — Bp. Ermenrici : Virtute vicit Herculem et agilitate Ulixem. — Regin. Chron. 876. Ingenio callidissimus, consilio providentissimus.

moyenne, habitué aux exercices militaires, suffisamment instruit dans les choses séculières et ecclésiastiques (Raban Maure avait été son précepteur), c'était encore un Franc par le costume et les manières, mais un Franc cultivé. Cette origine, il en était fier; on le voit dans les chroniques, il se considérait surtout comme roi des Francs orientaux o:i de la Francie orientale, ainsi que Charles le Chauve Fêtait de la Francie occidentale. C'est pour cela évidemment qu'il quitte la région du Danube, la Bavière, où il s'était cru souvent rélégué, et la ville de Ratisbonne qui avait été sa résidence favorite, pour les bords du Rhin et pour le pays des Francs orientaux, la future Franconie, où il possédait au delà du Rhin les villes de Mayence, de Worms et de Spire avec leur territoire riche en vignes qu'il avait tenu à garder.

C'était bien là, en effet, le centre de la puissance et de la domination franque qui survivait encore dans la Germanie à l'empire. Là était Mayence , la métropole religieuse de la Germanie, qui formait, avec les deux autres villes de Worms et de Spire, une enclave et comme trois têtes de pont sur la rive gauche. La Germanie barbare et convertie recevait encore de ses vainqueurs et de ses convertisseurs son premier nom de royaume, son premier baptême politique. Elle s'appelait d'un peuple plus civilisé, élevé dans la Gaule, la Francie orientale. Avec un grand sens, Louis rappelle à la tête de celte métropole Olgar, l'ancien conseiller de Lothaire et son ennemi personnel; et, à la mort de celui-ci, il veut que Raban Maure, son ancien précepteur, le théoricien de l'unité de l'empire, qu'il a bientôt rappelé auprès de lui de sa retraite, lui succède. C'est moins le fait d'un Germain que celui d'un Franc. Auprès de cette capitale religieuse, il choisit sa capitale politique.

La forteresse des Francs, Francfort-sur-le-Mein, est désormais sa résidence presque constante ; il y bâlit une chapelle en l'honneur de Marie et du Sauveur, comme il en avait élevé une à Ratisbonne, et il lui fait un don de douze métairies royales pour l'entretien de ses prêtres. Ainsi commença, comme une des plus belles résidences royales, une des villes de premier ordre de l'Allemagne (1). Evidemment Louis veut faire de la population franque répandue du Rhin au Fichtelberg, le lien de toute la race germanique, et, de là, peser sur tous et atteindre à toutes ses frontières. Il comprenait que, pour faire un royaume de la Francie orientale qui devait être seulement plus tard l'Allemagne (le pays des hommes de toute race), il fallait continuer l'œuvre carolingienne en Germanie, c'est-à-dire la domination franque. C'est en restant Franc que, continuateur de l'œuvre commencée, il dominera et assimilera le mieux toute la race. Voilà les leçons qu'il reçoit de Raban Maure, l'ancien partisan de l'empire franc; et l'histoire, pour être exacte, au lieu du nom de Louis le Germanique, lui donnerait plus justement celui de Louis le Francique. Nous le désignerons cependant selon l'usage.

Cette politique maintint en effet, assez heureusement d'abord, la tranquillité et la sécurité de ce royaume, non déjà cependant sans quelques concessions. Lothaire avait réveillé chez les Saxons des idées d'indépendance et de séparation. Les hommes libres du pays, révoltés contre les nobles, avaient formé une association secrète (Stellinga) pour la restauration de leur ancien Etat. C'était aussi comme

(1) Éeginonis chronic. 876 (Script., 588). tiludovicus apud Franco* furtium principalem sedem orientalis regni residebat.

428 ORIGINES DE i/EMPIRE GERMANIQUE.

une dernière résistance nationale. Louis, aidé de Ludolf, fils d'Egbert, déjà si dévoué au conquérant de la Saxe et chef des Ethelings ou nobles, battit les rebelles, les frilings, et leur montra, par un grand carnage, qu'il n'avait pas oublié, pour les contenir, le secret de Charlemagne (1). Cent quarante-deux furent décapités, douze pendus. Louis n'était-il pas toujours le successeur du conquérant franc? La répression de ces velléités était d'autant plus importante que cette fermentation du vieux levain odinique des Saxons pouvait encourager contre l'empire les païens du voisinage, Danois et Slaves, mal contenus par les Marches chrétiennes que les troubles du règne de Louis le Débonnaire avaient ébranlées. Louis le Germanique eut bientôt l'occasion de s'en apercevoir.

Pendant les dernières années de Louis le Débonnaire, sur la frontière du nord, le roi chrétien Hérold avait été chassé par un de ses parents, Horich. Lolhaire lui avait donné pour refuge l'île de Walcheren, en Frise; mais les païens ne s'étaient bientôt plus arrêtés là. En 845, dans les eaux de l'Elbe, apparaît une flotte de païens nordmanns sous leur roi Horich, au milieu des Nordalbingiens. En un moment, Hambourg est entouré, isolé des défenseurs qu'il aurait pu trouver dans le canton nordalbingien, et son chef, Bernard, surpris. Le missionnaire archevêque, Anscaou Anscaire, essaie vainement d'opposer, derrière les murailles, les habitants aux pirates ; il est obligé de s'enfuir avec les ornements de son église ; les barbares s'emparent de la ville, brûlent la chapelle nouvellement bâtie, et renversent

(I) Nithard, Hist., I, IV, c- vi. Eodem etiam tempore, Stellingain Saxonia contra dominos suos iterum rebellarunt. Sedprœlio commisso nimia cœde prostrati sunt.

les maisons et les murailles (1). Telles furent les ruines faites et la terreur répandue par ces forbans, que cet homme courageux, après leur départ, n'osa point revenir dans sa résidence. Repoussé par Tévêque de Brème, il n'eut, pour reposer sa tête, que l'asile, à lui offert par une vieille et pauvre veuve, Ikia, qui lui fit bâtir une chapelle où il déposa les livres et les ornements sainls ainsi que les reliques qu'il avait sauvés.

Louis le Germanique lui-même, après avoir apparu sur la frontière danoise, se contenta de redemander à Horich, dans sa diète de Paderborn, les captifs chrétiens, et il n'osa point conserver le poste avancé du christianisme jeté par son père au delà de l'Elbe. Il attendit, jusqu'en 847, la mort de l'évèque de Brème pour transporter avec saint Ansca, dans cette ville, le siège métropolitain menacé par les pirates. On constate môme que, depuis la diète de Paderborn, Louis ne mit plus qu'une fois le pied en Saxe, en 852, pour réclamer quelques biens impériaux usurpés. Il parut laisser la défense du pays aux soins du fils d'Egbert, Ludolf, comte d'Ostphalie; car il lui abandonna la défense de la Marche du nord avec une sorte d'indépendance et fraya ainsi la voie au rétablissement de la dignité ducale qui devait appartenir dans ce pays à ses descendants (2).

Comme roi de Bavière, Louis prit plus de soin de la frontière de l'Est contre les Slaves. Il avait chargé certain Thaculf, comte de Thuringe, de surveiller les Sorbes entre l'Elbe et la Saale, et les Daleminziens sur la Mulde, et Ernest, comte du Nordgau, dans la Bavière septentrionale, de

(1) Prud. Trec. 845. Normannorum rex Horicus, etc. — (2) Annales Xant., 8GG. Liudolfus cornes a scplcntrione, etc.

Toms II. 9

130 ORIGINES DE l/EMPIRE GERMANIQUE.

contenir les Tschequesde la Bohême et ceux de la Moravie. Un jour, quatorze petits chefs, grâce à eux, viennent du fond de la Bohême recevoir le baptême à Ratisbonne, dont le ressort s'étendit jusque-là. Louis le Germanique lui-même, en 846 et 847, fait une expédilion chez les Moraves où commençaient à s'élever les églises de bois d'Ollmutz et de Brùnn, et leur donne pour prince un sien neveu du nom de Rastizlas. Bientôt celui-ci se pose en rebelle , et encourage aussi la résistance du duc des Tschequesou Bohèmes. Louis fait contre eux plusieurs expéditions et détruit les forteresses de bois, derrière lesquelles les barbares voulaient, dans un pays montueux, abriter leur indépendance. Mais par deux fois cette cohue de Thuringiens, d'Alamans, de Bavarois, toujours prêts au pillage (ad rapinam properantibus) et ne reconnaissant aucune loi, est détruite sur les frontières (1). Elle ne valait pas beaucoup mieux que ces barbares. Le comte Thaculf, en retour des services qu'il rendit contre les Sorbes, parut relever au moins l'ancien duché de Thuringe détruit depuis les Mérovingiens et le comte Ernest exerça une grande autorité même sur toute la Marche orientale (Osterland) où il protégeait les missions continuées avec peine par les évêques de Salzbourg et de Passau. La chute de l'empire carolingien a évidemment ébranlé les frontières orientales de l'Allemagne.

(1) Miracuîa sancli Marlialis episcopi, c. xxvu (Bolland., juin, t. V, 558).

Lothaire II, la rive gauche du Rhin entre l'Allemagne et la France.

La plus grande préoccupation de Louis, comme de ses deux frères Lothaire et Charles, est cependant, on peut le dire, toute carolingienne, franque et sociale. Les trois frères ont de fréquentes réunions pour conserver entr'eux la paix, se prêter secours en cas de nécessité, et maintenir ou modifier, selon les besoins du temps, le pacte de fraternité qui sauve les restes de la constitution carolingienne. Il semble qu'ils aient encore besoin pour les protéger de l'ombre de l'empire. Les conventions qu'ils font particulièrement dans les deux assemblées tenues à Mersen, en 847 et en 852, et qui sont applicables aux trois royaumes, sont remarquables sous ce rapport. On avait pu croire, quelque temps, que Lothaire conserverait de son ancienne ambition le désir d'une certaine supériorité sur ses frères. La dignité déprimât de la Gaule et de la Germanie qu'il avait obtenue du pape Sergius pour son oncle Drogon, l'archevêque de Metz, sa capitale du Nord, semblait l'indiquer. Ce fut un titre vain. Les dangers communs du dehors et du dedans rapprochèrent les fils de Louis le Débonnaire devenus des rois égaux en puissance, pares. Ils ne semblent préoccupés, comme tels, selon l'expression des monuments, et ainsi qu'il convient à un frère vis-à-vis d'un frère, sicut frater fratri per rectum facere débet, qu'à veiller en commun avec leurs

évêques et leurs fidèles, au dedans et au dehors, intra et extra, au bien de l'Etat, du royaume commun, de la patrie commune, c'est-à-dire de l'empire chrétien, civilisé, qui est l'héritage de leur famille. Si quelques sujets de discorde menacent de les diviser, c'est sur le vieux territoire carolingien, à Mersen, non loin de Maëstricht, qu'ils les oublient d'abord ; là ils se jurent de ne point se débaucher leurs fidèles, comme autrefois les petits-fils de Clovis à Andlau ; là ils se garantissent à eux et à leurs neveux leurs possessions réciproques, se promettent mutuellement secours contre leurs ennemis communs, les Nordmanns, par exemple ; de là enfin, ils envoient encore, comme au temps de Charlemagne, des messagers de concorde et de paix dans tout l'empire (1 ). Ces petits-fils de Charlemagne, même après avoir détruit l'empire chrétien, ils sont encore sous le joug bienfaisant de l'Eglise ! Dans leurs querelles qui s'agitent sur un bien plus vaste théâtre, on les voit moins âpres à la lutte, plus dociles à la voix de la raison que les Francs-Mérovingiens ; leur humeur est moins sauvage, leurs vices sont moins affreux. Si la décadence carolingienne paraît plus lamentable par le sentiment d'une aussi grande chute, du moins radoucissement des mœurs la rend moins effroyable que la décadence mérovingienne. Le ferment barbare et germain a commencé à perdre de sa violence originelle à travers les siècles et sous l'action du christianisme. On s'en aperçut encore mieux lorsque la mort de Lothaire faillit remettre en question le célèbre traité de Verdun.

(1) Conventus apud Marsnam. Ann. 347, 351. — Walter, III, p. 33, 36, 37, 38. — Pertz, Ann. Berlin., p. 2, 1. 1. Voir la thèse de M. Faugeron. De fraternitate seu conloquias inter fiHos et nepotss Illadovici Pu, 1808.

Le fils aîné de Louis le Débonnaire, chargé d'années et de remords, Lothaire, avait quitté le monde avant la vie, et s'était retiré depuis plusieurs mois au monastère de Prùm dans une des solitudes boisées de l'Eifel, sur la rive gauche du Rhin, quand il mourut, à la fin de Tannée 855. Avec lui, le soleil déclinant de l'empire carolingien semblait en core s'abaisser dans les nuages du couchant. Le titre déjà vain d'empereur, Lothaire le laissait à son fils nommé aussi Louis, mais résidant au delà des Alpes en Italie ; et, de son royaume brisé en trois tronçons, l'un de ses autres fils Charles, le second, recevait la vallée du Rhône, comme royaume de Provence, et le troisième, qui portait son nom, Lothaire II, recueillait la rive gauche du Rhin, la vieille Os- Irasie, mais combien amoindrie et surtout déchue! Ce partage eut lieu à Orbe, avec l'assentiment des fidèles et des évêques, non loin du lac de Neufchâtel ; et il ajoutait encore, on le comprend, aux causes de faiblesse et de dissolution de ce qui restait de l'empire.

Lothaire Ier avait joint la vallée du Rhône au pays héroïque des Francs ; il avait pu se faire illusion et .chercher à tenir parfois la balance égale entre ses deux frères, Louis le Germanique et Charles le Chauve, dans des diètes qu'il tenait chez eux [\). Il séparait les pays germains des pays latins et la future Allemagne de la future France. On l'avait vu ainsi faire alliance dans une diète, à Valenciennes, avec Charles le Chauve contre les Nordmanns (854), et s'efforcer dans une autre, à Liège, de réconcilier ses deux frères do la Francie orientale et de la Francie occidentale, souvent en

(1) Ann. de S. Bertin, 853. — Pertz., 1. 1. — Walter, t. III, p. 51 . Rodolf, Fuld., Prudentii ann. 857, 858.

désaccord. Mais maintenant, sans annexe, et comme resserré entre ses deux puissans voisins, le pelit royaume de son fils, entre Meuse et Rhin, ne semblait plus être qu'an objet de convoitise et comme le théâtre désigné à l'avance de l'ambition et des rivalités de ses deux oncles, maîtres de deux États puissants. Cette héroïque rive gauche du Rhin, qui avait porté la première le nom de Francie, à peine le conservait-elle maintenant, puisque la Germanie et la Gaule le lui ravissaient. Sa capitale, Metz, après la mort de Drogon, n'aura plus de primat. Flottante et indécise, ne comptant plus sur elle-même depuis qu'elle ne commande plus, elle se résignera au nom qu'on lui donne en ne songeant qu'à son maître, celui de royaume de Lothaire ou Lotherregne qui deviendra plus tard, en s'altérant encore, celui de Lotharingie et de Lorraine.

Les chroniques allemandes enregistrent à la fin de 857 et au commencement de 858 des événements extraordinaires qui remplissent les imaginations de sinistres pressentiments. Un terrible coup de tonnerre tue dans l'église de Saint-Pierre, à Cologne, trois personnes et en rend sourdes sept autres. A Trêves, pendant un orage qui faisait du jour presque la nuit, le peuple pressé dans la cathédrale autour de son archevêque, Thietgaud, croit voir un chien dune énorme grandeur courir vers l'autel et s'enfouir dans la terre; enfin un tremblement de terre ébranle la ville de Mayence et les environs. Ces sinistres pressentiments ne durent que trop tôt justifiés pour les crédules.

Le nouveau jeune roi du Rhin, Lothaire II, chercha à s'affermir dans son petit royaume, en se faisant admettre comme neveu dans l'alliance fraternelle, à Coblentz, par son oncle Louis et, à Mersen, par son oncle Charles, pour le profit commun, communi profectu, et pour le salut de son

royaume et de ses fidèles, regni et ftdelium nostrorum salvamento (1). Mais quelle était la solidité et la sincérité de ces fraternels traités? Charles le Chauve était occupé, en 858, à défendre contre les pirates Nordmanns la ville de Paris, autrefois la gloire de la Neustrie, et l'entrepôt des peuples, par ses richesses et la fertilité de son sol (nobile caputj quondam opibus fertilitate soli, emporium populorum); et voici que Louis le Germanique toujours remuant, appelé par quelques seigneurs et évêques, par Venilo (2), évêque de Sens, enlr'autres, dans la Francie occidentale, et poussé, dit Réginon, par l'insatiable avidité naturelle aux puissants (ut animi regum avidi et semper inexplebiles), traverse tout à coup le Rhin, l'Alsace, sur le territoire de Lothaire II, et arrive jusqu'à Brienne, sur l'Aube. Le grand évêque français de Reims, Hincmar, ne peut l'arrêter par ses prières. La faible et douteuse armée de Charles le Chauve, revenu de la Seine, est impuissante; Louis le Germanique, l'instigateur de tant de révoltes contre l'empereur, son père, veut-il refaire l'empire? Déjà, il date de l'année 858 les actes qu'il accomplit dans son nouveau royaume ; il distribue à son gré les comtés, les abbayes et les biens royaux, et se fait prêter serment par les fidèles de son frère.

L'archevêque de Reims, Eincmar, appuyé sur l'Église de la Francie occidentale, sauva le royaume de Charles le Chauve de cette nouvelle invasion germanique. Abandonné

(1) Rodolfi Annales Fuldenses, anno 857, Pertz, t. I. — Walter. I. c. p. 76, 77, 78. — (2) Prudentii ann. 856. — Comités fere omnés ex regno Karli régis adversus eum conjurant invitantes Ludovicum ad suum consilium perficiendum, 858; quem per quinque annos invitaverant, adducunt.

de ses fidèles, le roi Charles s'était réfugié en Bourgogne. Ilincmar, soutenu des évoques de Rouen et de Châlons, rassemble, à Attigny, un grand nombre de prélats restés fidèles à sa cause, et y rédige une lettre, véritable manifeste de toute l'Église de France et du peuple qui vivait souvent alors plus heureux sous la protection du clergé que sous celle des seigneurs. Cette pièce remarquable rappelait à celui qui se croyait déjà maître de la Francie occidentale, les guerres parricides qui, sous Louis le Débonnaire, avaient énervé l'empire, et, en le livrant à l'ambition des grands, en avaient fait la proie des païens. « Son devoir de roi , disait-elle, était de maintenir l'union et la paix dans l'empire chrétien et non d'y semer la discorde; n'avait-il pas assez à faire déjà de combattre contre les ennemis de Dieu et de l'Église, puisque ceux qui avaient dans le royaume les plus grands honneurs (amplos honores) négligeaient ce devoir? Louis, le roi de la Francie orientale, sommait le clergé de la vieille Gaule d'avoir à le reconnaître ! Mais, on avait laissé tomber l'empire. Pourquoi le refaire? N'était-ce pas pure ambition et convoitise? Si Dieu entre les mains duquel était le salut de l'Église, avait résolu de confier la Gaule à Louis, le clergé sans doute s'efforcerait de lui prêter son concours. Mais les évoques de Gaule révéraient en Charles le Chauve, non pas seulement leur seigneur, mais l'oint de Dieu, celui qui avait été solennellement sacré; et ils n'étaient point de ces vassaux qui transportent capricieusement comme des laïques leurs hommages au premier venu. » La pièce se terminait par ces paroles qui faisaient allusion à la tourbe remuante et avide qui encourageait le nouveau prince : « 0 roi, ne tiens pas compte de ce que disent des misérables et des hommes de rien (fellones atque ignobiles). Fais ce que nous te disons;

car c'est avec nos ancêtres et non avec ceux de ces hommes, que Charlemagne a édifié cet empire (1). » Voilà ce que l'Église franco-gauloise, inspirée par une sorte d'instinct national et une culture supérieure, répondait à la Germanie sauvage qui voulait refaire l'empire après l'avoir détruit. Elle méritait ce jour-là qu'on dît plus tard d'elle que la France était un royaume constituée par les évêques. Elle avait trouvé contre les nouvelles menaces de l'invasion allemande la première expression du patriotisme français. Heureusement l'Eglise n'était pas seulement une puissance morale en Gaule. Parmi les seigneurs de la Francie occidentale, plusieurs, voyant Louis récompenser surtout les Germains, sentaient qu'ils étaient dupes, et ils revenaient déjà à Charles le Chauve (2). Celui-ci profita habilement de ces circonstances. Le jour de l'Epiphanie de l'année 859, il prit à Auxerre les reliques de saint Germain ; et, groupant sous ce patronage les vassaux de l'Église et les seigneurs qui lui revenaient, il alla près de Laon offrir la bataille à son frère qui ne se trouva pas en force et qui jugea prudent de se dérober par la fuite à une défaite. Une guerre s'en suivraitelle entre les deux frères, entre les deux peuples? Le roi Lothaire II, qui avait été de l'un à l'autre, selon les oscillations de la fortune, et dont le territoire entre la Meuse et le Rhin eût servi sans doute de champ de bataille, s'employa au moins à rapprocher les deux adversaires.

(1) Epistola synodi Carisiacens. Walter, corpus Juris Germ., TI, 79. — Hincmar, opp., II, 126, cap. vi, 15. Nos episcopi... non su mus hujusmodi homines ut sicut homines seculares in vassallatico debeamus nos cuilibet commendare. — (2) Reginon. Chron. : Principes qui nunc in regnum introduxerant videnles quod longe aliter incederet erga eos quam exùtimavcrant pleniludine facti ad Carolum rêver luntur*

A son instigation, le 28 mai 859, les principaux prélats des royaumes de Lothaire et de Charles, enlr'autres Hincmar, archevêque de Reims, Gunther, archevêque de Cologne, et l'archevêque de Rouen se réunirent à Metz et sommèrent Louis, par envoyés, de faire amende honorable pour les excès qu'il avait commis dans le royaume de son frère, et de revenir à la paix faite autrefois par les princes carolingiens à Mersen (1). Louis se rendit pour traiter avec son frère et son neveu à Worms et à Strasbourg, sur les bords du Rhin, comme si l'on sentait d'instinct qu'il y avait là la vraie limite future de deux grands peuples. Le pape Nicolas Ier et le roi d'Italie, nommé aussi Louis, qui portait le litre vain d'empereur, intervinrent. Enfin au commencement de 860, le congrès des trois rois, accompagnés des principaux de leurs seigneurs et de leurs évêques, pour achever cette tâche difficile se réunirent dans l'église de saint Castor, à Coblentz; et là les trois princes se jurèrent concorde et amitié et se promirent mutuellement leurs secours sincères pour la défense de leurs royaumes. Les termes de la convention de Mersen de 851 furent relus et confirmés. La paix fut annoncée en langue romane et en langue germanique par des missi dans les trois royaumes ; une amnistie effaça les fautes passées, confirma leurs propriétés aux grands à la condition du serment envers leur roi; et des décrets essayèrent de pourvoir, selon l'habitude, à la sécurité de l'Église et à la répression des meurtres et du brigandage (2).

C'était une défaite morale pour Louis de Germanie. Le

(1) Episcoporum legatio : Pro seditione et excessibus in regno f. atris sut Karoliperpetratis. Waller, t. III. 98. —(2) Walter, t. III, p. 111-117. Pnidmtii an?i. &QQ*

traité de Verdun était confirmé. Le roi Lothaire II, qui s'était assez habilement conduit dans cette affaire, semblait appelé à jouer le rôle d'arbitre, de gardien des traités conclus, comme possesseur du pays limitrophe de deux grands peuples désormais séparés, mais, on le voit, déjà jaloux. Il perdit cet avantage en tombant dans un péché familier à tous ces rois sortis des forêts germaines.

Affaire de Waldrade. — Le pape Nicolas Ier en Allemagne.

Comme son père Lothaire Ier, qui était mort encore jeune des suites de ses désordres, le jeune Lothaire ne menait pas une vie exemplaire.

Pendant sa jeunesse, il avait contracté, avec une certaine Waldrade, une union que l'Eglise n'avait pas consacrée. A son avènement, il fit un mariage politique et canonique avec Teutberge, la fille d'un comte puissant dans le Valais. Mais Waldrade n'avait pas, cependant, perdu ses droits antérieurs à l'affection du roi; elle le fit bien sentir à la nouvelle épouse. Celle-ci, répudiée une première fois, comme ayant manqué à la foi conjugale, et réintégrée au palais, à la suite d'un jugement de Dieu par l'eau bouillante qui lui avait été favorable, fut enfin obligée, par de mauvais traitements, de s'avouer coupable d'inceste et jetée dans un cloître. Deux archevêques, celui de Cologne, un intrigant, et celui de Trêves, un sot, s'étaient faits les hon-

teux instruments du roi. Dans deux synodes, tenus à Aixla-Chapelle, et où assistèrent des évêques même des royaumes voisins, la condamnation fut confirmée, le divorce prononcé, au risque de faire retomber sur Lothaire la honte reprochée à Teutberge. Ce n'était point assez; Waldrade avait sur Teutberge l'avantage d'avoir des enfants. Victorieuse dans cette lutte, elle voulait faire légitimer ses fautes et ses enfants pour assurer à ceux-ci la succession paternelle. Rien ne coûtait plus à Lothaire; il offrait le Valais et Genève à son frère Louis, roi d'Italie, l'Alsace à son oncle Louis de Germanie, pour les gagner à sa cause. C'était beaucoup risquer. Tout allait être, cependant, consommé.

Le grand évêque et ministre de Charles le Chauve, Hincmar, dans l'intérêt, soit des principes, soit de Charles le Chauve qui pouvait hériter de Lothaire sans enfants, protesta, le premier, contre les iniquités de la procédure qui avait sacrifié Teutberge ; il la recueillit dans son diocèse, quand elle s'enfuit de son couvent, et appela l'attention de toute l'Eglise et de tous les chrétiens sur ce scandale. On voit les grands intérêts politiques et religieux que cachait cette affaire, si simple en apparence, de divorce. Lothaire se raidit et crut pouvoir passer outre. Il réunit, à Aix-la- Chapelle, un nouveau concile qui l'autorisa, soit docilité, soit esprit national, à se remarier; il couronna Waldrade comme légitime reine et il mit le comble à sa victoire en obtenant de se faire admettre, à Sablonnières, dans un nouveau congrès tenu par ses deux frères de la Francie orientale et de la Francie occidentale, pour la tranquillité de la chrétienté. Son bonheur vint se heurter, tout à coup, contre une puissance qu'il avait cru ménager assez pour se la rendre favorable, mais qui n'avait attendu qu'un moment

opportun pour le rappeler à l'observation des lois de l'Eglise.

La division de l'empire et, en général, la faiblesse des rois qui se l'étaient partagé étaient favorables à la puissance qui semblait, cependant, bien oubliée, du Saint- Siège. Un pape, Nicolas Ier, consacré le 24 avril 858, la releva tout à coup, en renouant, avec moins de grandeur et de prudence peut-être, mais avec énergie, au neuvième siècle, la tradition à peu près interrompue depuis saint Grégoire le Grand. Il avait déjà ramené à l'obédience l'archevêque de Ravenne la vieille rivale de Rome , qui s'en était écarté, malgré l'empereur Louis d'Italie. Il ne craignait pas d'entrer en lutte avec l'empereur d'Orient, Michel Bardane, et le patriarche intrus, Photius, qui avaient éloigné du siège de Constantinople son légitime possesseur, Ignatius. C'était, dit la chronique de Reginon, « un nouvel Elie. » Au synode constantinopolitain, qui prenait parti pour son empereur et pour Photius, il opposait, en 863, le concile de Latran, sans crainte du schisme que des différences, déjà assez sensibles, d'usage, de discipline et même de dogme pouvaient faire sortir de ce conflit. Comment ce pape aurait-il reculé devant un petit roi de Lorraine et quelques synodes provinciaux? Le nouveau pape avait, avec les Fausses décrétales sous la main, la loi et les prophètes. Un intérêt politique, peut-être, le poussa encore. Le roi de Provence, frère de Lothaire II et de Louis d'Italie, était mort; les deux frères étaient convenus de partager cet héritage. Mais Louis l'empereur se défiait des droits que Lothaire II avait prétendu conférer aux fils de Waldrade. Deux légats, en 863, vinrent, de Rome à Metz, ouvrir un synode pour instruire l'affaire. Circonvenus, manquant d'énergie, ne trouvant point d'appui dans la présence de

quelques évêques des autres royaumes, ils virent ce synode confirmer les résolutions des précédents. Mais Nicolas Ier n'était pas homme à reculer. Le succès des décrétâtes d'Isidore dans l'Eglise le portait. Il rassembla un synode à Latran cette fois, y fit comparaître les archevêques de Cologne et de Trêves, meneurs de toute l'affaire, les suspendit de leurs fonctions, cassa les décrets d'Aix-la-Chapelle, menaça d'excommunication le roi de Lotharingie, s'il ne renvoyait Waldrade pour reprendre sa femme légitime, et offrit le pardon à tous ceux qui, ayant participé au scandale, feraient soumission. Les deux archevêques lorrains, surpris par ce coup de foudre, s'adressèrent à l'empereur Louis d'Italie et essayèrent d'intéresser l'indépendance des évêques et des souverains à leur cause. L'empereur Louis, gagné un instant par Lothaire, et oubliant ses intérêts, fit un déploiement de troupes à Rome pour peser sur le pape. Nicoias resta inébranlable dans ses résolutions , réfugié près de l'autel de la basilique de Saint-Pierre. L'Eglise, l'opinion publique étaient pour lui. Louis le Germanique et Charles le Chauve aimaient mieux voir Lothaire avec une femme sans enfants. L'empereur Louis, effrayé, abandonne Rome. Lothaire lui-même, qui achetait alors la retraite des Nordmanns de la Frise, se vit abandonné par ses évêques, et fut enfin obligé de reprendre sa femme Teutberge, réhabilitée par un nouveau synode. Les rechutes et les repentirs qui conduisirent enfin ce prince à Rome comme un pénitent à la fin de ses j ours achevèrent de dégrader en lui la royauté carolingienne. Pour prix de son repentir et de ses riches cadeaux, le pape lui remettait, avec la communion, au mont Cassin, un manteau de laine, un rameau de palmier et une houlette.

C'était* un temps favorable partout à la puissance de l'Ë-

glise que l'époque de cette décadence carolingienne à la fin du neuvième siècle. On a vu que l'archevêque Hincmar était le vrai roi de la France qu'il avait conservée à Charles le Chauve. L'archevêque de Mayence, Luitbert, archichancelier et archichapelain de Louis le Germanique, directeur des affaires politiques et ecclésiastiques, qui« savait aussi bien défendre sa foi la Bible en main que son autorité l'épée au poing , » jouait presque le même rôle en Germanie. L'esprit politique abandonnait les rois. L'esprit chrétien, qui survivait dans l'Eglise à l'empire, inspirait et soutenait ses chefs. Nicolas Ier fit la seule chose qui fût à la fois grande et chrétienne alors en Germanie. Préoccupé surtout des démêlés communs à l'ancien empire, Louis avait négligé la défense de ses frontières de l'Est et il s'en prenait à l'un de ses plus fidèles serviteurs, Ernest, comte du Nordgau bavarois, de la faiblesse de la Marche de Bohême. 11 le faisait comparaître à Ratisbonne devant une diète et le dépouillait de ses dignités et biens, au risque de mécontenter son propre fils Karloman, gendre de celui-ci, qui menaçait déjà de lui infliger les douleurs qu'il avait fait subir luimême à son père; et, dans son embarras, connaissant d'expérience ces misères, in talibus experientia prudens, il resserrait, àThousey, en 865, l'alliance qu'il avait déjà faite avec Charles le Chauve pour se défendre l'un l'autre et « maintenir leurs fils dans l'obéissance où il convient toujours aux enfants d'être vis-à-vis de leurs pères et seigneurs (1). »

Plus heureux et plus habile, le pape Nicolas Ier étend le

(1) Pactum Tusiacense, c. iv. Filiis nostris qui ita fideliter nobis subditi et obedientes fuerent sicut filii patribus et suis senioribus esse debent

4 44 ORIGINES DE L'EAfPlKE GERMANIQUE.

christianisme et sa puissance spirituelle au sud-est de l'Allemagne, dans ces contrées du moyen Danube où la barbarie pouvait faire courir de nouveaux dangers à la chrétienté. En encourageant les missions dans la Carinthio rattachée au royaume et dans la Pannonie indépendante, il dispute au paganisme les Slovènes encore barbares au milieu de leurs marais à peine interrompus par quelques forteresses de bois et de terre. Il excite le zèle des évêques de Salzbourg ou de Passau, tandis que les margraves de l'Osterland (Autriche) chancellent; et parmi les races slaves, que cherche à convertir aussi la propagande orientale de Byzance, il tient ferme le drapeau de l'Eglise latine (1).

Deux apôtres byzantins, Cyrille et Méthodius, venaient d'apporter chez les Tchèques et les Moraves, qui repoussaient avec énergie tout ce qui leur venait de l'Allemagne, derrière la forêt de Bohême, un alphabet et une écriture, et ils commençaient à les discipliner, comme autrefois Ulphilas, au quatrième siècle, avait fait des Goths. On comprend quels succès ils pouvaient avoir chez les Moraves, chez les barbares, en leur enseignant le christianisme dans leur langue. Le pape Nicolas, instruit de ces progrès, appelle les deux apôtres à Rome, en 867, et rattache l'organisation de ces nouvelles chrétientés à l'Eglise latine. Chez une peuplade plus barbare encore de l'Est, celle des Bulgares, dans les marais de la Theiss, le khan, Bogoris, converti par sa sœur autrefois en otage à Constantinople, avait pour parrain l'empereur d'Orient, Michel, et pour instituteur dans la foi le patriarche Photius. Il ne pouvait se reconnaître cependant au milieu des contradictions des

(1) Conversio Carentanorum, c. ix, 11, 12 (Script., XI, n%

Grecs, des Arméniens et des Juifs qui remplissaient sa cour barbare. Louis de Germanie, au moins cette fois, lui sert d'intermédiaire auprès de Rome à laquelle il demande la vérité. A deux évêques romains, Louis adjoint le savant évêque de Passau, Ermerich, avec force vases sacrés, ornements et livres d'église en guise de présents. Les saints personnages et les présents sont reçus avec de grands honneurs. On accourt se faire baptiser, et Bogoris, en saisissant sa chevelure d'un geste symbolique, se proclame le serviteur, après Dieu, de saint Pierre et de son successeur (867) (1).

C'était un grand échec pour l'empereur et pour l'Eglise d'Orient. Tout l'Occident retentissait du bruit de cette pêche miraculeuse faite par le Saint-Siège en pleine barbarie. Le patriarche Photius voulait une revanche. D'une question de personne, sa querelle avec le pape était devenue, en s'envenimant, une question de doctrine et de discipline. La tonsure, le jeûne, le mariage des prêtres, la liturgie, le Saint-Esprit étaient autant de sujets de conflit. Soutenu par son empereur, alors Michel, Photius réunit un synode à Constantinople, y fait prononcer, après un acte d'accusation en règle, la déposition de Nicolas Ier, et expédie l'acte du synode au roi de Germanie, Louis, et à toute l'Eglise franque, avec toutes sortes de flatteries, pour les décider à faire exécuter sa sentence. Sur une lettre circulaire de Nicolas Ier, Hincmar de Reims, au nom du clergé de Gaule, réfute les attaques de l'Eglise grecque ; l'arche-

(1) Wittenbach. Beitrage zur Gesch. der Christ. Kirche in Maehrn ûnd Bœhmen. Vienne, 1849. Vita Methodii; Vita Constantini. — Vita Nicolaï; Anastasius. Mansi XVI, 11. Ilesponsa Nicolaï Pap& (XV, 401, 433).

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