‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 35 sur 46 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

étaient, en Italie, pour l'empire allemand, qui entreprenait

une œuvre impossible, ce qu'étaient au nord les Danois et les Slaves. Ils reçurent l'ordre de Constantinople et de Messine de couper le retour à l'empereur allemand et ils y réussirent.

Otton II, en effet, après avoir mis sa femme en sûreté, cherchait à leur échapper, lorsqu'en longeant le golfe tarentin, il rencontra l'armée réunie des Grecs et des Sarrasins sur les bords du Basiento, non loin des ruines de l'ancienne Métaponte. 11 parvint à s'ouvrir d'abord un passage ; mais, en voulant poursuivre les Sarrasins, il se laissa attirer par eux dans la Calabre, à Rossano d'abord, où il y eut un premier combat, puis plus bas entre des rochers à pic et la mer, au sud de Cotrone, où il fut tout à coup assailli par les Sarrasins et les Grecs, tombant de tous côtés, altérés de vengeance. L'armée impériale se trouva prise. Le soleil était ardent; le pays désert. Otton et les siens se défendirent bravement. Mais l'empereur vit bientôt tomber autour de lui son porte-étendard, puis Odo le Franconien, « la fleur de la blonde Germanie, » dit un contemporain saxon qui ne parle pas des fils de Pandolf Têle-de-Fer et des autres Italiens également tombés. Voilà ce qu'on a coutume d'appeler la bataille de Basientello, d'un petit village sur les bords du Basiento où eut lieu le premier combat. Otton II, échappé avec quelques-uns au massacre, parvint , de sa personne, grâce à la vitesse de son cheval, jusqu'au rivage, atteignit avec quelques autres, en nageant, un vaisseau grec, et persuada au capitaine de le conduire, pour traiter de sa rançon, à Rossano où sa femme était arrivée. Mais, pendant qu'on négociait près du rivage, Otton, qui voyait déjà venir l'argent avec les siens, se précipita dans la mer pour tout sauver, sa per-

sonne et l'argent. Un Grec voulut l'arrêter, il fut poignardé par un Saxon, et tous les compagnons de l'empereur, l'imitant, arrivèrent ainsi, à la nage, sur le bord d'où Olton s'en retourna, avec Théophanie, à Capoue et de là à Rome.

On put s'apercevoir bientôt que ce désastre portait la plus grave atteinte à la puissance impériale qui ne tenait, en effet, qu'au souvenir d'Otton le Grand. Le midi de l'Italie revint aux Grecs; les princes lombards de Capoue et de Bénévent, successeurs de ceux qui étaient morts aussi à la bataille, chancelèrent dans leur foi. En Lombardie, le peuple des villes, auxquelles Otton avait imposé aussi des évêques de son choix, commença à remuer. Celui de iMilan chassa ainsi son évêque, Landulf. Les frontières même du nord et de l'est de l'Allemagne furent ébranlées par la renommée de cette défaite qui encourageait les Danois et les Slaves. Le roi des Danois, Harolcl, voyait son fils Suénon se révolter à la fois contre lui, contre le christianisme et contre la suprématie allemande. Les garnisons saxonnes, posées, par le duc Bernhard, à la frontière, étaient expulsées. L'évêché de Havelberg disparaissait sous les fureurs des Lutizes, celui de Branibor sous celles des Wendes, et les Obotrites, plus ennemis des Saxons que du christianisme qu'ils gardaient religieusement, faisaient fuir devant eux les Saxons « comme des biches, » dit Dithmar, et incendiaient Hambourg. Les créations d'Otton le Grand, sur l'Elbe, tombaient sous son fils égaré loin de là en Italie.

Otton II convoqua une diète de princes allemands et italiens à Vérone, capitale de la Marche qui servait alors comme de lien entre l'Italie et l'Allemagne. Il y fit solennellement reconnaître son fils, âgé de trois ans; mais il paraissait apporter plus de mesure dans l'exercice de sort pouvoT. Sa femme Théophanie, elle-même, n'avait pas

épargné les railleries aux Allemands et aux Italiens fuyant devant les Grecs et les Sarrasins. La nomination de sa mère comme régente de Lombardie, celle de Henri le Jeune, duc autrefois révolté de Carinthie, au duché de Bavière, et celle de Conrad, parent d'Ida, la veuve de Ludolf, au duché de Souabe, pour remplacer son ami Otto, en étaient la preuve. Otton cherchait à rattacher ces deux pays, toujours récalcitrants, au joug saxon, en prenant leurs ducs dans leurs anciennes familles nationales, comme il flattait l'Italie en lui laissant pour régente, à Pavie, l'impératrice Adelhaïde. Il sentait la lourdeur de l'héritage que son père lui avait laissé; et cependant ce fut encore au milieu de vains et chimériques projets d'ambition que la mort le saisit dans la fleur encore de la jeunesse, après un règne tourmenté et inutile de dix ans.

Otton II rassemblait, en effet, à Ravennes une flotte contre Venise et à Rome une armée pour recommencer, au midi, une expédition contre les Grecs et les Sarrasins. Après la conquête de l'ancienne grande Grèce, il croyait pouvoir jeter, comme Xerxès, au Bosphore, un pont sur le détroit de Messine pour soumettre la Sicile. A Rome, il venait de faire un dernier acte de sa puissance en nommant pape l'archevêque même de Pavie et l'archichancelier de son royaume d'Italie, Jean XIV, quand, atteint de la mal-aria probablement, il mourut, loin de son pays et de son peuple, le 7 décembre 983. Son corps reposa longtemps, sous le péristyle de l'ancienne église de Saint-Pierre-de-Rome, dans un antique sarcophage de marbre, recouvert d'une lourde pierre de porphyre, qui avait appartenu au tombeau du César romain Adrien. Vivants, ces rois teutons, prétendus successeurs des souverains de l'ancienne Rome, se paraient de leurs titres et de leurs dépouilles; morts, ils

se couchaient dans leur tombe, sans jamais achever ni légitimer leur prise de possession à Rome et en Italie. On croit que 1er restes d'Otton II se trouvent encore dans les grottes souterraines du Vatican; mais le sarcophage où il reposa sert de cuve au palais pontifical du Quirinal, et, de la pierre de porphyre qui le recouvrait, on a fait un des baptistères de la nouvelle église de Saint-Pierre. Ainsi l'Eglise de Rome, asservie par l'ancien empire allemand, lui a survécu et a fait retourner à son usage les œuvres d'art qu'il avait dû emprunter au paganisme pour ensevelir sa passagère grandeur!

Otton III. — L'enfant du miracle (983-1002).

On venait de couronner à Aix-la-Chapelle le fils d'Otton II et de Théophanie, âgé de trois ans, quand on apprit en Allemagne la mort du fils d'Otton le Grand. Cet événement était fait pour ébranler l'œuvre impériale, et même peut-être royale, de la famille saxonne. Etait-il conforme aux vieux usages de la Germanie d'avoir pour roi un enfant? Si l'on consentait à reconnaître Otton III récemment couronné, qui exercerait le pouvoir pour lui? Serait-ce son plus proche parent, Henri le Querelleur, duc dépouillé de la Bavière, qui avait depuis longtemps déjà montré son ambition, et était alors prisonnier à Utrecht, pour avoir porté sa main deux fois à la couronne? Serait-ce sa mère, Théophanie? Le premier avait pour lui la coutume germaine et

contre lui les méfiances que ne justifiait que trop son ambition. Théophanie avait, selon les préjugés, pour elle ou contre elle, les coutumes étrangères, le souvenir de son mari, le prestige de son rang. Telles furent les causes qui précipitèrent d'abord le règne d'Othon III dans tous les troubles et dans toutes les faiblesses d'une minorité.

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