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LE RÈGNE

L'empire et l'Eglise gouvernés par Otlon III et Grégoire V, âgés de vingt ans. — Faiblesse de l'un et désordre dans l'autre. — Otton III empereur et moine , vrai césar byzantin. — Gerbert pape sous le nom de Sylvestre II. — L'an mil. — Chimères ambitieuses du Saint-Empire romain germanique.

On n'avait rien négligé pour l'éducation du futur maître du monde, Otton III. Un Jean de Calabre, d'origine grecque probablement, et un moine allemand en avaient été chargés. Tout jeune, comme il convenait au souverain de tant de peuples divers, il parlait le grec, l'italien, le latin, l'allemand, on le traitait d'enfant du miracle. Mais son orgueil était en proportion de sa science précoce. Petit-fils à la fois d'un empereur d'Occident et d'un empereur d'O-

rient, il n'eût pas cru le monde assez vaste pour son ambition, si la grande dévotion qui lui avait été en môme temps inspirée par Willigis et par ses maîlres ne lui avait du même coup suggéré de mystiques sentiments d'humilité aussi profonds que ceux de son orgueil. Ce caractère étrange avait déjà effrayé sa mère, Théophanie, morte en 991, et lassé l'impératrice Adelhaïde, qui avait été se retirer au monastère de Selz, fondé par elle, en Alsace. Dès qu'il fut arrivé à sa majorité, à quinze ans, en 996, ses deux précepteurs partirent pour Constantinople afin de lui trouver, à cette cour, une épouse digne de lui. Comment inaugurer un pareil règne, si ce n'est par une expédition en Italie? L'imagination de ce jeune homme était tout entière tournée de ce côté. L'Eglise l'y portail également. Gerbert lui-même qui, ne voyant point son affaire se terminer, était venu à cette cour pour y mettre à profit ses anciennes relations, n'y fut peut-être pas étranger. C'est sur ce grand théâtre, en effet, que le jeune Otton III apparut d'abord, après avoir confié la régence de l'Allemagne à sa tante Malhilde, abbesse de Quedlimbourg; et le premier acte, de sa vie politique n'était peut-être pas fait pour consolider sa raison de souverain.

On ne voit pas que les grands vassaux laïques de l'Allemagne, ducs de Bavière, deSouabe, deCarinthie, ceux même de Saxe et de Thuringe, aient accompagné, dans cette expédition, le jeune Otton III. L'Eglise allemande, au contraire, ayant à sa tête l'archevêque de Mayence, Willigis, paraît en avoir fait tous les frais avec ses comtes et ses vassaux. Notre Gerbert et bien d'autres personnages ecclésiastiques suivaient. Celui qui avait été jusque-là le pupille de l'Eglise traversa ainsi les Alpes couvertes de neige, en février 996, et arriva à Pavie où il célébra les

fêtes de Pâques et reçut les serments des seigneurs et évoques lombards.

C'est là qu'une ambassade de quelques nobles romains (1) vint trouver le jeune prince et lui montrer ce que pesait le gouvernement du monde. Elle lui annonçait la mort de Jean XV, qui n'avait pas toujours été, à la fin, en bon accord avec Crescentius, et elle venait traiter évidemment avec lui de l'élection de son successeur au siège de Rome. L'ombre d'Otton le Grand se projetait encore sur l'Italie. L'enfant de quinze ans, héritier de sa gloire, ne s'effraya pas de sa tâche , et trouva naturel, avec ses dociles conseillers, de donner, c'était la première fois cependant, à Rome et à l'Eglise, un pape allemand et de sa famille. Et il en fut ce qu'il avait voulu. N'était ce pas la continuation de la politique d'Otton le Grand? L'archevêque de Mayence, Willigis, et l'évêque de Worms, l'archi-chancelier et le chancelier de l'empire partirent, en effet, avec bonne escorle pour Rome et présentèrent au clergé romain un petit neveu d'Otton le Grand, un tout jeune homme aussi, comme avaient fait les Romains, un cousin d'Otton III et son chapelain, Bruno, fils du nouveau margrave de Carinthie et de Vérone, qui tenait la clef des Alpes. Après un semblant d'élection, le chapelain Bruno, sous le nom de Grégoire V (2), occupa, en effet, le 3 mai 996, la chaire de saint Pierre. A quelques jours de là, Otton III lui-même entrait dans Rome avec son armée d'Eglise, et, le 21 mai, comme son grand-père, il était solennellement sacré empereur, patrice et protecteur de l'Eglise romaine.

(1) Vita sancti Adalberli, c. xxi: Mittxmt Romani proceres. — (2) Ibid. : Magnx indolis, sed quod munus bonum fervidx juventutis.

Deux jeunes hommes, l'un de seize ans et l'autre de vingtqualre, étaient les maîtres du monde et de l'Eglise. Gerbert, qui était présent à la cérémonie, en annonçait luimême la nouvelle, sur l'ordre du nouvel empereur, à la veuve d'Otlon le Grand, la vieille Adelhaïde, qui méditait alors, au cloîlre de Selz, sur la vanité des grandeurs du monde. Rien ne pouvait plus cependant paraître impossible à l'enfant du miracle, Otton III.

Ce double événement accusait, de la manière la plus éclatante, la puissance de la famille oltonienne et de la nation allemande dans Rome et sur l'Eglise. Sans doute, il n'y avait rien de choquant à voir, pour la première fois, un prêtre allemand mis à la tête de la chrétienté, et il pouvait mériter autant qu'un Italien de gouverner l'Eglise catholique, universelle. Mais n'était-ce pas la conséquence !a plus éclatante du fait, passé en habitude alors dans toute la chrétienté, de l'inféodation de l'Eglise au pouvoir politique? Y avait-il, pour l'indépendance du Saint-Siège, d'autre différence, entre le temps de Marozie ou d'Albéric et celui de Théophanie ou d'OttonlII, que celle du pouvoir exercé sur lui par une comtesse de Tusculum ou par une impératrice, par un petit baron italien ou par un empereur allemand? Compromise par cet adultère avec le gouvernement politique, l'Eglise ne se dépravait-elle pas avec lui; ne tombaitelle pas de ses chutes? Combien l'on avait vu déjà partout de luttes d'ambition, de convoitise pour les évêchés, les abbayes, en Allemagne, en France, en Italie! Reims en avait été une preuve entre beaucoup d'autres. L'Eglise, réduite à une servitude à laquelle l'Allemagne mettait le comble, matérialisée, divisée à l'infini, féodalisée comme la société elle-même sous le vain leurre de l'union du pape et de l'empereur, alors deux adolescents, n'allait-elle pas

succomber sous le poids de la lourde et charnelle société avec laquelle elle se trouvait confondue, surtout par la prédominance de l'Allemagne, la dernière née au christianisme! Il semble que cette crainte ait été ressentie dans les vieilles contrées chrétiennes, en Italie et en Gaule, puisque c'est de là que partit, contre la dépravation et l'asservissement de l'Eglise, la première protestation et le premier cri d'affranchissement, de ces pays où la fermentation chrétienne a toujours résisté à la couche de barbarie ludesque répandue en Europe, tantôt par l'invasion, tantôt par la féodalité, tantôt par l'empire germanique!

A la même époque, en effet, en France, l'ordre de Cluny, fondé sur des principes sévères par Bruno et consacré à une réforme de la vie monastique par une suite d'abbés courageux et, en Italie, quelques moines isolés, mais ardents, saint Nilus dans la Calabre et Romuald dans l'Emilie, réunissaient leurs efforts sans s'être entendus contre la corruption de l'Eglise. Cluny n'était pas seulement un monastère, c'était une puissante institution par le lien et la hiérarchie établis dans l'ordre entre les différents monastères soumis à la maison-mère, à l'abbé des abbés. On conçoit quelle puissance cette organisation, en quelque sorte monarchique, pouvait donner à tout l'ordre sur le monde chrétien. Sa sévérité et son exemple commençaient déjà à contenir dans quelques limites les abus et les désordres de l'Eglise de France. L'action toute personnelle de Nilus et de Romuald en Italie n'avait pas autant d'influence sur l'Eglise italienne, plus gâtée encore par la puissance, la richesse et les voluptés; elle n'était pas cependant sans obtenir déjà des résultats. Ce n'était cependant là qu'un commencement, quand, à la suite de tant de troubles et de misères, une croyance trop accréditée par les malheurs de

cette époque terrible, celle de l'approche de la fin du monde en l'an mil, parut devoir prêter, à la lin du dixième siècle, à ce courant nouveau une force inattendue.

Que l'Eglise séculière parût alors à l'Eglise des moines et des saints condamnée comme la société laïque elle-même, il n'y avait vraiment là rien de bien étonnant. Saint Mayeul de Cluny avait refusé la chaire de saint Pierre qu'il n'estimait pas libre; Nilus n'avait pas voulu être abbé du monastère du Mont-Cassin qu'il trouvait trop corrompu. Mais un frisson de terreur ou d'indicible espérance saisissait autant les coupables que les saints. Combien de seigneurs coupables d'usurpation ou de tyrannie abandonnaient ces terres, ces vignes, ces forets, causes de la perdition de tant d'âmes, aux monastères, aux saints, pour s'en faire des intercesseurs auprès du Tout-Puissant dont on croyait déjà voir apparaître la face terrible au milieu du ciel entr'ouvert et au bruit de la trompette de l'archange! L'Allemagne, où l'Eglise était si riche, si puissante et dont les enfants devenaient pape, le jeune et puissant Otton III lui-même pouvaient-ils échapper au courant vainqueur qui commençait à tout envahir. Le nouveau pape, Bruno, âgé de vingt-quatre ans, intelligent, mais ambitieux, passionné et violent, disent tous les témoignages, n'était peutêtre pas homme à se laisser entraîner. La dévotion qu'Otton tenait de ses maîtres et de son caractère l'y disposait peut-être davantage; mais l'ambition qu'il avait aussi puisée dans son éducation n'était-elle pas trop grande pour qu'il y cédât tout entier? C'est justement l'étonnante alliance de l'une et de l'autre, exaltées encore par ses souvenirs à la fois chrétiens et classiques, qui donne à sa conduite et à son règne une sorte de caractère fantastique, où l'abnégation «siviique et ia convoitise temporelle, l'humilité et l'or-

gueil, la générosité et la tyrannie, la mysticité et le césarisme achèvent de faire connaître, avec lui, ce temps singulier et le Saint-Empire romain germanique lui-même.

Couronné à Rome, Otlon II [ prétendait faire revivre les siècles d'Auguste, de Constantin et de Charlemagne; dévot à l'apôtre Pierre, il voulait renouveler les miracles des conversions et des vertus de la primitive Eglise. Il aimait à entendre son cousin, le pape Bruno, lui dire que « la Germa nie devait être le bras droit du Christ, » pour lui répondre que « c'était à la Germanie, en effet, que le Christ avait destiné la couronne impériale. » A Rome, saint Adalbert, un véritable apôtre qui devait mourir martyr, et Gerbert, un ambitieux et politique prélat qui devait mourir pape, étaient sa compagnie ordinaire. Slave d'origine, baptisé par l'évêque de Magdebourg, fait évêque de Prague par l'archevêque de iMayence, Adalbert avait, deux fois, renoncé à son évêché barbare pour vivre en moine au Mont-Cassin et à Rome sur le mont Aventin. Otton aimait à entendre ce saint homme lui raconter ses visions qui le rappelaient, comme un remords ou comme une espérance, vers ces contrées païennes où il y avait beaucoup à faire et peut-être à mourir. Gerbert, comptant peu, après la mort de Hugues Capet, sur son fils, le faible roi Robert, mal vu même du peuple de Reims, s'était attaché décidément à cette cour allemande qu'il connaissait de longue date et qui disposait de la papauté. Otton se mettait volontiers aussi à son école. Il voulait être instruit par lui « dans les lettres et dans les affaires » et espérait en lui « pour arriver à dépouiller la rude nature saxonne, saxonicam rusticitatcni, et à laisser percer tout à fait la finesse grecque, grœcam subtilitatem. » C'est avec ces deux hommes que le jeune empereur retourna en Allemagne, en 997.

Olton III voulait inaugurer son règne par une expédition chrétienne. Il avait ramené avec lui saint Adalbert pour l'envoyer chez les Slaves d'au delà de la Vistule, les Po- Russes, aux bords de la Baltique, en le recommandant au roi de Pologne, Boleslas; et il préparait lui-môme une expédition à travers le pays des Wendes pour appuyer de ses armes celui qu'il avait congédié avec des encouragements et des larmes. Adalbert avait peu à espérer de cette peuplade barbare de la Prusse; « elle avait, dit un contemporain, le ventre pour dieu et pour compagne l'avarice jusqu'à la mort (1). » Arrivé, en effet, chez elle par la Vistule, sur un bateau que lui avait fourni Boleslas, il avait été mal reçu, chassé ; et il s'en retournait par terre, sans avoir rien fait, quand un prêtre guerrier de ce peuple sauvage le guetta, l'atteignit et, après l'avoir fait garrotter et hisser sur une hauteur, lui perça le cœur de sept coups mortels (23 juin 997). Otton, parti de Magdebourg, de son côté, passa l'Elbe et se jeta dans le pays marécageux traversé par le Havel. Mais les Wendes avertis passèrent aussi le fleuve plus bas et ravagèrent le Bardengau, comté de Lunebourg. L'évoque de Minden fut obligé de conduire, la croix en main , les Saxons à la défense du pays chrétien et on se relira de part et d'autre sans avoir rien fait que des ravages. Cette expédition n'avait rapporté que le martyr à Adalbert et un chagrin profond, inconsolable à Otton, qui s'en retourna en Italie.

Le cousin de l'empereur, l'Allemand Grégoire V, investi, en l'absence d'Otton III, de la principale autorité, n'avait

(1) Vita sancti Adalbert^ c. xxvii : Prussorum quorum deus venter est et avaritia juncta cum morte.

pas tardé non plus à compromettre d'une autre manière l'autorité allemande en Italie. A Rome, il faisait tout administrer, juger par des Allemands qui ne connaissaient rien aux lois et aux coutumes romaines (1). Les emplois, il les donnait aussi à beaux deniers comptants. Dès la fin de l'année 996, une révolte éclatait. L'ancien patrice, Crescenlius, qui avait consenti à renoncer au palriciat en présence d'Otton III, s'était mis à la tète des Romains. Grégoire V s'enfuit du palais de Lalran, tandis que son ennemi se fortifia au château Saint-Ange. Réfugié dans le royaume lombard, à Pavie, le pape réunit un synode, assez peu nombreux d'ailleurs, d'évêques italiens, et y montra encore mieux au grand jour comment il mettait la papauté au service de l'empire.

Plusieurs affaires ecclésiastiques importantes demandaient une prompte mais équitable décision. Celle de Reims d'abord, dans laquelle Gerbert et la royauté française étaient particulièrement intéressés, mais plus encore l'omnipotence du Saint-Siège et les libertés des Eglises nationales. Le pape allemand Grégoire V était naturellement alors tout feu et tout flamme pour les fausses décrétales qui mettaient le Saint-Siège au service de la puissance impériale allemande. Il traite donc Gerbert d'intrus, envoie le pallium à Arnulf condamné, ordonne au successeur de Hugues Capel, Robert, d'avoir à élargir le prisonnier et à le rétablir sur son siège ; enfin il somme les évoques français qui avaient assisté au concile de Saint- Basle de comparaître au concile, et, sur leur refus, les

(1) Codex Ktfhc.,2057, XIIIe siècle : liomanas leges penilus igno» ranles illitterati ac barbaiïjudices, etc.

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suspend de leurs fonctions. Une autre affaire importante aussi était pendante. Le nouveau roi de France, Robert, avait épousé Berthe, la veuve du comte de Blois et de Chartres, fille du roi de Bourgogne, Conrad, et nièce de l'impératrice, cousine à lui au troisième degré. En cette dernière qualité, elle pouvait conférer, donner des droits à son mari, au cas de mort de Conrad sans enfants, sur le royaume de Bourgogne depuis longtemps objet des convoitises impériales. Grégoire V ordonne à Robert de quitter Berthe sous peine d'excommunication et condamne à pénitence les évêques qui avaient autorisé ce mariage. Il y avait là de quoi soulever bien des mécontentements et des haines. Grégoire V faillit y perdre le Saint- Siège.

A Rome, Crescentius, excommunié aussi au concile de Pavie, crut pouvoir faire tourner à son profit les mécontentements excités par Grégoire V. Contrairement aux coutumes, Otlon lit avait fait un pape. Avec le clergé et le peuple romain qu'il tenait dans sa main, Crescentius veut en faire un à son tour et mettre sous le patronage de sa créature la révolution qu'il a faite. Un ancien serviteur de la famille ottonienne, le Grec de La Calabre, Jean, qui avait été précepteur d'OtlonlIL et qui s'était rendu, comme évêque de Plaisance, à la cour de Constantinople pour chercher une femme à son ancien élève, se trouvait alors à Rome. Crescentius lui offre la papauté, dans l'espoir de disposer en sa faveur Otlon ou même la cour de Constantinople. Vainement saint Nil.us avertit le Grec, son compatriote, son ami, de ne point se fier aux Romains. Le malheureux, par simplicité ou par ambition, accepte et prend le nom de Jean XVI. Voilà un schisme. Grégoire V appelle Otton et l'Eglise allemande au secours du Saint-Siège et

de Rome envahis et spoliés, dit-il, par des brigands (1). C'était pour délivrer Rome, en effet, que l'empereur OLton III passait une seconde fois les Alpes, au commencement de 998, avec le duc de Bavière et le margrave de Carinthie et de Vérone, Otto, qui était justement le père de Grégoire V. Il était devant Rome en avril avec son pape, et il y entra sans résistance. Le Grec Jean XVI s'était enfui. Crescenlius s'était enfermé avec ses partisans dans le châleau Saint-Ange, décidé à s'y défendre et à y mourir. Quelques cavaliers allemands, conduits par un comte souabe, rattrapèrent la créature de Crescentius, l'ancien précepteur d'Olton III, lui coupèrent le nez, la langue, les oreilles, lui crevèrent les yeux et le ramenèrent sanglant à Rome, où ils le jetèrent dans une cellule. Saint Nilus vint, âgé de quatre-vingt-dix ans, demander la grâce de son compatriote, le Calabrais Jean. Olton était prêt à lui pardonner. Mais le pape Grégoire V voulut que le malheureux passât en jugement. Il fut en effet mis sur un âne, le dos à la tête de l'animal et la queue en main en manière de guide, fouetté et exposé, à travers la ville, aux insultes des soldats allemands et de la populace romaine. « Vous n'avez pas voulu, dit Nilus au césar et au pape allemands, accorder un aveugle à un vieillard, pour l'amour de Dieu. Mais Dieu non plus n'aura pas pitié de votre jeunesse. » Crescentius, pris d'assaut dans le château Saint-Ange, fut décapité sur la plate-forme du monument; son corps jeté sur le pavé, puis traîné à travers les rues et la campagne, jusqu'au Monte-Mario, et enfin pendu avec douze autres à un

(1) Dithraar, IV, 21. — Chron. Quedlimb. Monum. Germ., V, p. 60i.

haut gibet, par les pieds. Telle fut la restauration de l'empire et de la papauté allemande, en 998, par Otton III et son cousin Grégoire V (1). Les Allemands appelèrent depuis cette époque le Monle-Mario, Montjoie, et les Italiens Malmont. Le vernis d'éducation, qui avait fait appeler le iils d'Olton le Grand un « enfant du miracle, » n'avait pas encore beaucoup changé le fond du caractère saxon. Une inscription en vers latins devait plus tard, sur une tombe élevée à la dérobée et longtemps cachée, témoigner du souvenir des Romains pour celui que les Allemands avaient si odieusement mutilé. C'est là, disait-elle :

C'est là qu'il gît dans l'ombre, écourté, pauvre et nain, Celui qui, tout un jour, tint Rome dans sa main %) !

Après cette victoire des deux jeunes Ottoniens, qui étaient à la tête de l'empire et de l'Eglise, le gouvernement ne fut plus qu'une sorte de bon plaisir. Le roi de France, Robert, de guerre lasse, avait délivré Arnulf d'Orléans et l'avait rétabli sur son siège. Otton désintéressa Gerbert en lui donnant, en Italie , l'archevêché de Ravennes. L'affaire de Reims, par l'affermissement des Capétiens, avait perdu toute importance politique. Un synode, à Rome, renouvela du moins l'ordre de divorce déjà donné au bon roi de France, Robert, et à sa femme

(1) Ces faits sont attestés à la fois par les chroniqueurs allemands, italiens et autres. — Raoul Glaber, Hist., I — Chron. Venet., p. 31. — Ann. Sax. — Ann. QuedL, ann. 998. — Catal. Ekkehardi. Vita Nili.

(2) Qui tenuit totam féliciter ordine Romain Hislatebris tegitur pauper et exiguus.

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Berthe, avec peine d'une pénitence de sept années, sous la menace del'analhème. Un autre synode, en Lombardie, réglait, à nouveau, les rapports des évêques et des abbés avec leurs vassaux tenanciers et fermiers. Pour Otton et Grégoire V retentissait, à cette époque, ce dicton, exprimé en mauvais vers :

Rome, la tête du monde, Régit ia machine ronde (1).

Cependant de tristes nouvelles arrivaient dans celte capitale que l'empereur Otton 111 semblait vouloir donnera l'empire. En Allemagne, les archevêques de Magdebourg et de Mayence, Giseler et Willigïs, un Saxon et un Franconien, ne s'entendaient point pour la régence du pays et les guerres privées éclataient de tous côtés. La tante d'Otton, Mathilde, abbesse de Quedlimbourg, qui avait le titre de régente, mourait jeune encore et découragée (7 février 999). Il semblait que les parents d'Olton, à l'approche de l'an 1000, prissent déjà les devants. Le jeune empereur retomba tout à coup, des fières hauteurs de l'ambition impériale, dans les profondeurs de la dévotion mystique. La mort de son saint ami Adalbert, chez les Po-Russes, le poursuivait encore. Les paroles de saint Nil , au sujet du malheureux Crescentius, l'avaient frappé. Au moment où il avait donné l'archevêché de Ravennes à Gerbert, Otton avait été s'agenouiller devant Romuald. La régénération chrétienne et la crainte de la fin du monde, fort répandue alors en effet, mais pas autant qu'on l'a dit, gagnaient rem-

et) Roma caput muncix reçu orbis frena rotundi.

pereur. Le maîlre de Rome prit l'habit de pèlerin pour aller visiter la vieille chapelle du terrible archange Michel, au mont Gargane, et la tente de saint Nil, dans les champs de Gaëte. Il tremblait sous les paroles du saint ermite : « Ne t'inquiète pas, lui disait celui-ci, des choses du monde, mais du salut de ton âme. Empereur, tu n'en mourras pas moins et n'en auras pas moins à rendre compte. » Le pénitent impérial conjurait saint Nil de venir à Rome : « 11 lui mettait humblement, dit le biographe du Saint, sa couronne dans la main (1), » quand il apprit tout à coup la mort subite de son cousin, le pape Grégoire V.

Etait-ce un coup du ciel ou une vengeance des Romains qui frappait le pontife allemand? On ne l'a jamais bien su. Otton III revint en toute hâte à Rome, et là, sans autre forme d'élection, fit consacrer pape (2 avril 999) l'ancien familier d'Otton le Grand, le précepteur de son père et son savant ami, le Français Gerbert, qui était passé, comme on le faisait remarquer, du siège de Reims, par celui de Ravennes, au siège de Rome, et qui fut le premier de race française à occuper, en effet, le Saint-Siège. C'était au moins une grande idée, si Otton III y avait songé, que de faire asseoir au gouvernement de l'Eglise universelle, sinon un Français, au moins un homme qui n'appartenait ni à l'Italie nia l'Allemagne, l'homme surtout qui pouvait passer alors pour avoir le plus de lumières et d'expérience dans l'Eglise.

Gerbert n'était pas indigne de cet honneur. Comme pour annoncer une ère nouvelle, il prit le nom d'un des plus ce*

(1) Vie de saint Nil : Ehx r»y axéfxvov kKvxç év r*/e X£p^ * °b txyiov.

lèbrcs successeurs de saint Pierre, Sylvestre, celui qui avait été le contemporain deConslanlin. Le plus chimérique des jeunes souverains se rencontrait, en effet, avec le plus instruit et le plus renommé des hommes d'Eglise pour gouverner la chrétienté. Que feraient-ils en associant leurs efforts?

Malheureusement, le pape Gerbert, distingué par l'esprit, ne brillait pas par l'indépendance du caractère. Il avait toujours eu un faible pour la famille oltonienne. Or, celui qui l'avait fait pape était bien, à cause de sa jeunesse même, le plus ambitieux et le plus vain des monarques. Le fils de Théopbanie aimait à s'appeler, en effet, l'empereur des Romains, quelquefois môme « le consul du sénat et du peuple. » Il prend les titres de Saxonicus, Romamis, Italiens, comme un Romain. Le complaisant Sylvestre II lui laisse frapper une médaille avec son image et son nom d'un côté, et de l'autre cette légende : Rcnovatio romani imperii. Dans l'espoir de garder au moins à Rome et à lui quelque libellé, il parle de restaurer la république romaine. Rome, en effet, sera la capitale de l'empire et de l'Eglise. L'empereur et sa créature, le précepteur et l'élève y régneront unis. Voilà les chimères dont ils se repaissent. Complaisance de la part du pape , confiance de la part d'Otton III! Le jeune empereur n'apparaît plus en public que sous un long manteau, couvert d'images apocalyptiques, qui traîne jusqu'à terre. Il prend ses repas seul, sur une table élevée en forme de croissant. Il a des comtes impériaux, des pretospalhaires et des logothètes. C'est un Constance, un Arcadius en public. Voilà le Romain! Otton n'en prend pas moins souvent, en signant ses actes, le titre dfl serviteur du Christ, et de /' Apôtre. Il se fait bâtir un palais sur le mont Avcnlin, près du cloître où avait lia-

bité son saint ami Adalbcrt, et il date quelques-uns de ses actes « du palais près du cloître. » La grotte de Subiaco, où avait commencé saint Benoît, reçoit souvent sa visite. Il se relire quinze jours, sous un cilice, avec le jeune évoque de Worms, Franco, son dévot ami après Adalbert, dans une cellule d'ermile. Le moine se cache sous la dalmalique orientale et sous la couronne de l'empereur romain. Il est moine et empereur, deux natures en une même personne! Mois le césar l'emporte sur le moine. Le sang de la grecque triomphe du sang saxon. La jeune royauté barbare, surprise par une civilisation avancée, tourne comme il arrive le plus souvent au byzanlinisme!

Nul doute que Gerbert, pour qui l'empire d'Allemagne « avait toujours été la montagne de Sion où il aspirait à dresser sa tente et à entonner son cantique de joie, » ne méditât, comme pape, de faire servir la puissance de son souverain à la régénération de l'Eglise commencée, en France, par l'ordre de Cluny, et, en Italie, par d'ardents solitaires. Ambitieux par tempérament, rompu aux affaires et môme aux intrigues par habitude, ami de la règle et de la discipline qu'il avait voulu rétablir, dans ses courts passages à l'abbaye de ttobbio et aux archevêchés de Reims et de Ravennes, il n'en avait pas moins l'imagination portée aussi à la domination universelle et au grandiose. Soil sincérité, soit adresse, il entretenait le jeune Otlon dans ces idées d'ascétisme et de puissance qui pouvaient faire de lui un instrument docile. « Rien ne manque, lui disait-il, à la restauration de césar; l'Italie féconde en blés, la France et l'Allemagne fécondes en hommes appartiennent à l'empire; les Scythes mêmes lui rendent hommage. »

L'illusion ne pouvait-elle pas leur être permise, en

effet, an pnpe et à l'empereur? C'était le moment où le duc de Pologne, Boleslas Clirobry, vengeait le martyr Adalbert, et, pour honorer ses restes, demandait et obtenait la fondation de l'évêché de Gnesne, pour abriter dignement les restes du saint de la Pologne. En voyant l'empire et la papaulé ainsi unis, le petit roi de France, Robert, répudiait décidément Berthe, sa femme, qui pouvait lui donner des droits sur le royaume de Bourgogne. En 999, on voyait arriver à Rome, du fond de la Hongrie, autrefois la terreur de l'Allemagne, un prêtre hongrois; il venait prier le Saint-Père, de la part du duc Waïc, fils de Geisa, que sa mère avait fait chrétien et qui prenait le nom chrétien d'Etienne, de bénir la Hongrie, de la recevoir comme un don fait à saint Pierre, d'élever, au rang de métropole, l'église de Gran; et, pour prix de celte soumission, il demandait à Rome le litre de roi. Etait-ce, pour l'ancien moine Gerbert, la fin du monde que prédisaient ces événements? N'y pouvait-on pas voir plutôt « celte terre nouvelle et ces nouveaux cieux, » dont l'Apocalypse parle dans le même passage, qui a prêté à celte croyance? Sylvestre II paraissait plutôt conformer sa conduite à cette interprétation ; mais Olton, dans le doute peut-être, continua, vrai pèlerin impérial, pendant l'an 1000, à se tenir comme sur les confins du ciel et de la terre, de la mort et de la vie(1)!

Sylvestre II, formé pendant sa longue et laborieuse pérégrination d'Aurillac à Rome, et des derniers rangs au premier rang de la société chrétienne, avait pour lui la

(t) Oper. Gerberti, Ep. 218. —Roger Wilmans, p. 134. — Mabillon, Musœum italic. — Reg., Farf., n. 244, 20 sept. 998. — Dithmar, IV, 29. — Ann. Saxo., anu. 1000. — Murât., Antiq., V, p. 556.

rude expérience de la vie. Olton n'était qu'un adolescent, dont l'enfance avait passé des peaux de bête de ses ancêtres à la pourpre de Byzance, et qui ne savait faire son choix entre la toge romaine et le capuchon d'un moine. « Grec de naissance, disait-il de lui-même, Romain de puissance » et, peut-on ajouter, moine d'intention. En l'an 1 000, on voit la différence des deux hommes. Sylvestre 11 règle le gouvernement de Rome et se fait donner, par Olton III, pour terminer les conflits que les anciennes donations avaient souvent causés entre l'empire et la papauté, douze comtés dans la Romagne, entr'autres ceux de Pesaro, Ancône, Senigaglia, Fossombrone. A ce prix, il fait bon marché des actes attribués à Constantin, à Charlemagne, à Charles le Chauve, etc. Pour Otton, la mort de son nouvel ami, Franco, le compagnon de ses retraites à la grotte de Saint-Clément, est le signal de dévotions nouvelles. Il avait fait bâtir une église, dans une île du Tibre, en l'honneur d'Adalbert canonisé par Sylvestre II. Il veut maintenant que l'an 1000 le trouve occupé à rendre les derniers honneurs à son saint et ancien ami. En cas de malheur du monde, le bienheureux n'intercéderait-il pas pour lui?

Au mois de décembre 999, Olton III, laissant le gouvernement politique de l'Italie et de l'Allemagne aux soins d'Heribert, son chancelier, archevêque de Cologne, commence son pèlerinage de millénaire. En traversant les Alpes, il apprend la mort de sa grand'mère Adelhaïde, la mère des rois, « morte pleine d'années, de gloire et de déceptions, » dans les derniers jours peut-être delà dernière année du monde, M décembre ! Ses deux sœurs, Adelhaïde, qui avait remplacé sa tante Mathilde à la tête de l'abbaye de Ouedlimbourg, et Sophie, nonne à Gandersheim, nombre de princes de la Souabe, de la Saxe, de la Thuringe,

viennent au-devant de lui. Avec eux il traverse l'Allemagne, franchit les frontières de l'Elbe, à Meissen, est reçu par le duc de Pologne, Boleslas, sur sa frontière, et arrive au milieu de mars, l'an 1000, en vue de Gnesne. La terre ne manquait pas sous ses pas. Il descend de cheval pieds nus, entre dans la ville, dans l'église et va prier et fondre en larmes à la tombe de son ami martyr. Un synode est tenu le lendemain. Le frère d'Adalbcrt, Gaudentius, y est institué et proclamé archevêque avec juridiction sur les églises nouvelles et les évêchés de Cracovie, de Colberg, en Poméranie, et de Breslau en Lusacc. Posen seul reste soumis, comme évêché, à Magdebourg. Le duc de Pologne, traité par Otton 111 de frère et de coopérateur, le ramène alors jusqu'en Saxe, où il le laisse, avec un bras d'Adalbert, comme relique, pour l'Eglise romaine du Tibre.

Les fêtes de Pâques célébrées avec ses sœurs aux tombeaux des aïeux, au monastère de Quedlimbourg, le pèlerin impérial se dirige alors vers les bords du Rhin et arrive pour là Pentecôte à Aix-la-Chapelle. On était à la moitié de Tan 1000. Outre un tremblement de terre, l'apparition d'une comète et une irruption terrible du Vésuve, rien n'avait été changé dans l'ordre naturel des choses. La chapelle bâtie par Charlemagne à Aix avait toujours été l'objet d'une grande vénération de la part d'Otlon III. Six prêtres avaient été consacrés, par Grégoire V, à la desservir. Là, ce petit-fils d'Otton le Grand a la sinistre fantaisie de se faire ouvrir le caveau de Charlemagne, dans lequel il croyait voir un prédécesseur, et il y descend avec son protospathaire, Otto de Lomello. « Celui-ci raconte que Charlemagne était encore assis debout sur son trône de pierre comme un vivant. Une chaîne d'or était à son col, un sceptre dans la main droite. Ses ongles avaient percé les gants

qui recouvraient ses mains. Otton III, après s'être proslerné à genoux, osa lever les yeux sur l'apparition funèbre, lui lit mettre de nouveaux vêtements blancs, couper les ongles, remplacer avec de Por l'extrémité du nez qui manquait, enleva la chaîne d'or du cou du célèbre mort, une dent de sa bouche, et referma le tombeau. » La légende aimait à raconter plus tard que l'ombre de Charlemagne, mécontente de cette violation d'un tombeau, défendue d'ailleurs par l'Eglise, avait apparu à Otton pour lui annoncer qu'il mourrait bientôt et sans postérité.

La fin de l'an 1000 retrouva Otton III réuni au pape Sylvestre II, clans la ville de Rome, aux fêles de Noël. C'est à cette époque qu'il faut attribuer probablement le projet de constitution dont Mabillon et M. Pertz ont retrouvé deux fragments, et qui aurait consacré l'union intime du spirituel et du temporel, de la papauté et de l'empire. L'empereur et le pape devaient résider à Rome, l'un sur le mont Aventin, l'autre sur le Quirinal, le premier avec les officiers empruntés déjà au cérémonial de la cour byzantine, l'autre avec les archidiacres et diacres de l'Eglise de Rome. De là, l'un gouvernerait la chrétienté et l'autre prêterait au premier le concours de ses armes. Sept juges palatins, pris dans le clergé, pour leur mérite et leur vertu, consacreraient l'empereur, d'après le vœu des princes, et choisiraient le pape avec le concours du clergé de Rome. Ils se tiendraient à la droite et à la gauche de l'empereur dans les cérémonies; ils conduiraient le pape par la main. Ils gouverneraient avec Tempérer r, ils seraient les conseillers du vicaire de Jésus-Christ. En eux se réalisait l'union intime de l'Eglise et de l'Etat. C'est l'idéal du Saint-Empire romain germanique. Il porte en lui-taême sa date, l'an 1000. Il appartient au moment de la plus

haute myslicité de la politique représentée par Gerbert et par son élève, Otton III. 11 n'est pas étonnant qu'en ce moment ils aient couronné ce projet d'unité chrétienne par la pensée commune de consacrer les forces de l'Europe à la conquête de Jérusalem et à la délivrance du tombeau du Christ, vers lequel commençaient à se diriger, en pèlerinage, les chrétiens d'Europe. « Levez-vous, soldats du Christ, » écrit pour la première fois Sylvestre II, à la nouvelle des avanies infligées à Jérusalem, aux chrétiens, par le calife Fatimite Hakem, qui se donnait alors pour une incarnation : « Levez-vous, prenez vos enseignes, marchez au combat. Ce que vous ne pourrez accomplir par vos armes, vous le ferez par vos conseils et par vos offrandes. La délivrance de Jérusalem sera pour vous une cause de prospérité ici-bas, et là-haut l'absolution de vos fautes et un gage d'éternel salut (1). »

A examiner de près cette constitution et à la commenter avec quelques-uns des actes alors accomplis, on reconnaît bien là un empire ecclésiastique , une sorte de monarchie sacerdotale, dont l'empereur était le bras et dont le pape était l'âme. C'était plutôt d'autorité morale et d'obéissance chrétienne qu'il s'agissait. Otton III n'est pas fort exigeant pour la docilité de ses ducs et évoques allemands ou italiens. Ce qu'il veut surtout, c'est la paix entre eux.

Au moment, en effet, où la France, comme l'avait voulu Gerbert, s'affranchit réellement de l'Allemagne, même avec le faible roi Robert, Otton laisse aisément se relâcher la dépendance où quelques-uns de ses prédécesseurs

(1) Lettres de Gerbert, 2S.

446 FONDATION DE L'EMPIRE GEItMANIQUB.

avaient voulu tenir les princes slaves. C'était déjà favoriser, en Pologne, l'établissement d'une constitution politique que de lui donner, avec un archevêché, une conslilulion ecclésiastique indépendante. Il n'est pas impossible qu'Oltonlll, une première fois, ait, dans sa visite à Gnesne, mis même sa couronne sur la tête de Boleslas Clirobry, qu'il appelait l'ami et l'allié du peuple romain, et qu'il lui ait reconnu le litre de roi. Il le releva, en tout cas, de tout tribut. Le pape Sylvestre II favorise également la constitution et l'indépendance du royaume de Hongrie, en consentant à ériger en métropole la ville de Gran et en soustrayant par là les pays qu'il lui soumet à l'ancienne obédience de l'Eglise allemande de Passau. Il fait bien plus encore lorsqu'il reçoit, en effet, comme un hommage à saint Pierre le royaume de Hongrie converti par Etienne, l'érigé en royaume et envoie, avec le titre de légat apostolique, à son premier souverain chrétien, une couronne rehaussée de l'image du Christ entouré des douze Apôtres, qui est restée comme le palladium de la monarchie hongroise (1). Otlon III faisait des pèlerinages, consacrait la mémoire des saints, visitait des tombeaux. Sylvestre II, lui, créait des royaumes et couronnait des rois. Ces indépendances nationales que les historiens allemands reprochent à Otton d'avoir laissé naître, elles plaisaient au chef de la chrétienté et au Français Sylvestre II qui, plus intelligent et plus libéral, ne concevait d'unité possible, en effet, pour l'Europe, que celle du christianisme.

Cependant, la puissance d'Otton le Grand se dissolvait

(1) Diplôme de Sylvestre II pour Etienne. ColU Aus tria, V, p 293. Script. Hist. Polon., p. 60.

en réalité dans celle sorle de monarchie mystique où personne, même en Allemagne et en Italie, n'obéissait plus. Les démêlés qu'Otton ne peut apaiser même entre ses familiers et dans sa famille, et les luttes qu'il a à soutenir même à Rome, sa capitale, en sont la preuve. On était fort mécontent, en Allemagne, de voir l'empereur et l'empire en Italie, et c'était par la désobéissance que s'exprimait le mécontentement. Une querelle s'élève entre le puissant archevêque de Mayence, Willigis, autrefois le régent de l'empire, jaloux maintenant de Sylvestre II, et l'évêque d'Hildesheim, Bernard, ancien précepteur d'Otton III. La sœur de l'empereur, Sophie, fort orgueilleuse et de mœurs peu sûres, voulait être consacrée par l'archevêque Willigis, quoique son couvent fût dans le ressort de l'évêque d'Hildesheim. Il y eut, à ce sujet, en Allemagne, un synode signalé par de véritables scandales et par des querelles véhémentes qui allèrent presque aux voies de faits. Un autre concile, à Rome, réuni pour le même objet, ne compta pas moins de trente évêques et ne put rien terminer. Otton voyait en môme temps, avec chagrin, une autre de ses sœurs qui avait dû entrer dans un couvent, se marier contre sa volonté à Ehrenfried, un comte lorrain.

En Italie, où ils résidaient, le pape et l'empereur, le maître et l'élève, étaient-ils mieux obéis? Le marquis de Toscane pouvait seul maintenir dans le devoir les villes et sujets du patrimoine de l'Eglise. La ville de Tibur se révolte; Otton l'épargne après l'avoir soumise. Mais les Romains mécontents se mutinent, élèvent des barricades dans les rues, enferment quelque temps le pape et l'empereur et menacent de les laisser mourir de faim. L'arrivée du duc de Bavière avec quelques troupes les délivre. « 0 mes Romains, dit OUoû à ses sujets, j'ai renoncé pour vous à mes

Saxons, à mes Allemands, à tout mon sang. Je vous ai adoptés pour mes enfants; la préférence que je vous ai donnée a excité contre moi la haine de tous mes au des sijets, et voilà que vous avez repoussé votre père (1)! » Malgré ces paroles, il fut encore obligé de sortir de Rome et de rassembler des troupes pour y rentrer. Tel était le Saint-Empire.

Ce fantastique souverain, ni empereur, ni moine, arriva ainsi, à vingt-quatre ans, aux limites de la vie et de la mort. Il hésitait encore, entre l'une et l'autre, atteint depuis longtemps d'une maladie morale ou nerveuse, tantôt jeûnant des semaines entières et versant des larmes aux pieds de saint Romuald qui voulait faire de lui un moine, tantôt envoyant une nouvelle ambassade à Constantinople pour se chercher une femme. Peut-être même céda-t-il, s'il faut en croire une chronique, douteuse cependant, aux dangereux attraits de la veuve de Crescentius. Il était retiré à Paterno, au Mont-Soracte, pour y surveiller de là Rome, quand la fièvre le prit et l'emporta comme son père (janvier 1002). Si ce n'était pas la jeune et belle romaine, veuve du tribun Crescentius voulant venger son mari, c'était Rome, c'était la maladie de l'empire qui tuait ce petit-fils d'Otton le Grand, comme son père, Otton II, et mettait fin au miracle de son existence.

Le pape Sylvestre II ne survécut pas longtemps à son empereur. Ce coup le précipitait presque des hauteurs du gouvernement du monde à celui d'une seule ville indisposée aussi contre lui. On n'a plus de lui que quelques actes insignifiants. Il se survécut à lui-même jusqu'au mois de

!) Thangmar, C. xxmet XXV.

mai de l'année 1003. Quand les Allemands emportèrent le corps d'Otton III, qui avait voulu reposer à Sainte-Marie d'Aix-la-Chapelle, les Italiens attaquèrent l'escorte au passage du Pô. Les Romains regardèrent longtemps comme un sorcier le Français d'Aurillac, écolâtre de Reims, qui avait tenu le fils d'Otton le Grand sous le charme puissant de sa science et de son savoir-faire, et l'empire allemand sous sa tiare. Ils voulaient que , n'ayant pu chanter la messe à Jérusalem, il fut mort au moins inopinément devant la peinture de la ville sainte ! On disait que l'entreclioquement et le froissis de ses os, dans la basilique de Latran, annonçait la mort de ses successeurs. Un poêle latin, qui l'aimait, lui fait dire de lui-même, dans une épitaphe, ces vers mauvais, mais vrais, pour un homme de ce temps :

Pour la foule, vivant, j étais un magicien,

Dans sa tombe, couché, voyez un grand chrétien I

Henri II dit le Saint (1002-1024).

Un roi-prêtre. — Ambition et dévotion. — Trois invasions en Italie, deux en Pologne et deux en Bourgogne. — Caractère de la royauté sacerdotale; fondation de l'évêché de Bamberg; un pape en Allemagne , entrevue d'Henri le Saint et de Robert le Pieux. — Grands désastres intérieurs. — Guerres privées et corruption. — L'État-Dieu.

La transmission, trois fois renouvelée déjà, de la couronne allemande dans la dynastie fondée par Henri l'Oise-

Toki II. 20

450 FONDATION DE i/EMPIRE GERMANIQUE.

leur semblait la rendre héréditaire dans la famille saxonne. Mais aucune loi n'était intervenue pour le proclamer; l'extinction de la ligne directe avec Otton III, mort jeune et sans enfant, autorisait l'Eglise et la féodalité allemande à exercer le droit d'élection qui n'était pas tombé en désuétude. C'est dans ces circonstances qu'un prince de la famille, Henri, duc de Bavière, se posa comme héritier, dès qu'il reçut dans son duché les restes d'Otton III.

C'était le fils de cet Henri le Querelleur, qui avait disputé un instant la couronne à Otton il, le petit-fils de cet autre Henri, frère d'Otton le Grand, qui avait aussi prétendu longtemps être roi en place de son aîné. La légitimité semblait enfin venir à cette ambition héréditaire. Aussi le jeune duc de Bavière s'empara-l-il avec précipitation, à Augsbourg, des insignes de l'empire apportés avec le cadavre d'Otton III. L'archevêque de Cologne, Héribert, voulait au moins garder la sainte lance; mais l'ambitieux prétendant le jeta en prison jusqu'à ce qu'il lui eut livré le précieux joyau royal. On pouvait juger par là s'il était bien résolu à faire valoir ses droits. Il ne ménageait pas non plus les promesses, près de lui et loin de lui, au duc de Carinthie, Otto, descendant par les femmes d'Otton le Grand, son voisin, au duc de Bohême et même au roi de Pologne, Boleslas Chrobry, quand deux compétiteurs s'élevèrent contre lui, l'un en Saxe et l'autre en Souabe. Tout bon peuple allemand était assez attaché à la royauté pour la vouloir chez lui.

Ce n'était cependant pas une couronne bien enviable quo celle de l'Allemagne. Tandis qu'Otton III avait ravi le pouvoir royal dans les sublimes mysticités du Saint-Empire romain, la féodalité allemande et l'Eglise allemande avaient pris terre et jeté déjà de profondes racines. Dans la désué-

CHAP. XIV. — LES OTTONIDRS. 4jl

tude des anciennes lois franques et la dissolution de la vieille organisalion cantonale, seigneuries laïques et ecclésiastiques avaient ajouté à l'envi les fiefs aux fiefs, les donations aux donations, usurpé le pouvoir des rois, supprimé la liberté des petits, et partout bâti des forteresses pour braver la colère des uns et recueillir le fruit du labeur des autres. Un contemporain le disait, les grands (optimates), les seigneurs étaient « la force même et les entrailles du royaume; » et les prélats, évoques et abbés avec eux, étaient « ceux que la Providence avait chargés de conduire au port le vaisseau de la patrie (1). » Aussi jamais pareil appétit de pouvoir et de possessions, semblables luttes, querelles et guerres privées, pour s'accroître, s'arrondir et s'attaquer les uns les autres, ne s'étaient vus! Sous le troisième Otton, qui siégeait à Rome, l'anarchie était générale en Allemagne. « Autrefois, les chevaliers, nos ancêtres, » disait Dithmar de Mersebourg, « toujours fidèles à leurs rois, exerçaient leur valeur guerrière au dehors et ne déchaînaient pas leur rage comme aujourd'hui contre l'empire. > — « Et les saints évêques, » disait l'évêque Arnulf d'Halberstadt, nos ancêtres, « mettaient tout leur zèle jadis à sauver leurs âmes, tandis que ceux d'aujourd'hui ne songent qu'à soigner leurs corps. Ils combattaient pour le ciel et nous, nous combattons pour les biens de la terre. » Tel était l'état dans lequel l'ambition mystique d'Otton III, mort en Italie, avait laissé l'Allemagne après lui.

Henri de Bavière avait à peine trente ans. Destiné peut-

(1) Wipo, Vita Chuonradi, c nr : Primates, vires et viser :i regni divina Providentiel commisil, virispontificalibusa'ic.'iurjs adducendam patriam sine jaclura in porlum quielis.

être d'abord à l'état ecclésiastique, quand son père disgracié était privé de son duché, et élevé sous les yeux de l'évêque de Ratisbonne, Wolfgang, qui vivait comme un moine dans son évêché, chose rare alors, surtout en Bavière où l'Eglise était fort dissolue, ce nourrisson de l'Eglise était déjà cher au clergé. Sa femme, Cunégonde, fille d'un comte de Lutzelbourg (Luxembourg), n'avait pas moins de piété et d'ambition que lui. Ils n'ignoraient pas qu'ils n'auraient point de postérité. Henri, atteint de naissance, ou au moins de bonne heure, d'une infirmité qui l'alitait souvent et qui, même en santé, le faisait boiter, savait qu'il ne serait point père (1). C'est ce qui leur a fait attribuer par la légende le vœu de vivre en célibat dans le mariage, quoique la médisance n'ait pas toujours épargné au moins Cunégonde. Toutes les passions de ce couple sans enfants s'étaient tournées en une ambition et même une avarice qui avaient l'âpreté, toujours en éveil, des gens d'Eglise dont ils faisaient leur compagnie habituelle et avec lesquels ils avaient quelque ressemblance.

Le Saxon qui se posa en compétiteur du Bavarois Henri était Eckhard, margrave de Misnie. Il avait accompagné Otton II en Italie et était plus connu encore sur l'Elbe,

(1) La légende est complètement démentie par le passage suivant de Dithmar où Henri dit de lui : Quia in sobole acquirenda nulla mihi spes remanet. M. de Giesebrecht ne veut pas que Henri II, malgré des témoignages postérieurs très-concluants, ait été boiteux, sous prétexte que les écrits ou les représentations des contemporains ne l'attestent point. Mais les contemporains ne rappellent le plus souvent pas ce que tout le monde sait; et on comprend, que, de son vivant, on n'ait pas représenté Henri boiteux, comme on le fit plus tard.

pour ses expéditions contre les Slaves et les païens, Wendes, Bohémiens, Lutizes et autres. On le considérait déjà comme ..n duc tout puissant en Thuringe; tous les comtes de ce pays allemand lui obéissaient. Beau frère du duc de Saxe, Bernhard, beau-père du jeune margrave Gero, de l'Ost-Mark, allié du puissant duc de Pologne, Boleslas Chrobry, son voisin, ce héros germain était, dit emphatiquement Dithmar de Mersebourg, « l'ornement du royaume, la colonne de la patrie, l'espérance des siens, la terreur des ennemis... » un homme accompli, s'il avait su être maître de lui. Le compétiteur souabe était Hermann, duc de ce pays méridional, fils de ce Franconien Udo qui avait péri dans la bataille livrée autrefois, à Basinliello, aux Sarrasins sous Otlon II. Son origine franconienne, son mariage avec la fille du roi de Bourgogne, Conrad, une nièce de l'impératrice Adelhaïde, celui de sa fille avec un autre Franconien, le fils du duc de Carinthie, Otto, descendant de Conrad le Rouge et de Luitgarde, fille d'Otton Ier, pouvaient lui faire des partisans.

Henri II, moitié bonheur, moitié habileté, triompha assez promplement de ses adversaires du Nord et du Midi. 11 s'attachait les Bavarois, les Carinthiens par des promesses dont il n'était point ménager; il lançait sur Eckhard, le héros de la Misnie, un tout puissant voisin, le duc même de Pologne, au détriment de l'Allemagne. Il montrait déjà que rien ne lui coûterait! La fortune travailla davantage pour lui. Il ne put se flatter d'obtenir cependant la couronne, comme ses prédécesseurs, du libre consentement de tous les peuples allemands ; l'impériale ville d'Aix-la-Chapelle ne devait même pas le voir consacrer, selon la coutume. Ce qui lui paraissait le plus important, c'était d'être roi, quelle que fut la façon d'arriver à

la royauté. L'ambition de ce roi, qui devait être saint, n'avait point les formes en scrupule.

Tandis que, dans le vieux pays de Saxe, à Frosa, Eckhard de Misnie rassemblait ses partisans pour s'assurer d'eux, le margrave du Nordmark, Lothaire, de la famille des comtes de Stade, son ennemi, muni des pouvoirs de Henri de Bavière, dont il s'était de suite déclaré le partisan, s'entendit avec les deux puissantes abbesses oltoniennes de la Saxe, Sophie et Adelhaïde, sœurs d'Otton II[, à Werla, pour faire proclamer, par quelques autres Saxons, Henri II comme l'héritier légitime de la royauté. Les abbesses allaient le soir, dans un festin, célébrer l'avènement de leur parent, quand Eckhard de Misnie arriva à l'improvisle, les fit fuir et dévora, ainsi que les siens, avec plus de gloutonnerie que de galanterie, ce qui avait été préparé. Après cet exploit, Eckhard se dirigeait vers le Rhin pour prendre les devants quand, à Pohlda, où il reposait après souper, plusieurs seigneurs saxons qui avaient juré sa mort, pénétrèrent dans le château, arrivèrent, malgré ses serviteurs, jusqu'à lui et le tuèrent. Voulaient-ils seulement venger l'affront fait aux deux puissantes abbesses? étaient-ils les instruments d'Henri? On ne sait; ils restèrent du moins impunis. « C'est, dit un historien allemand, cependant favorable à Henri II, l'une des pages les plus sombres de l'histoire d'Henri » qui profita du meurtre.

L'autre compétiteur, Hermann de Souabe, de son côté, chargé d'accompagner les restes d'Otton III jusqu'à Aixla-Chapelle, était arrivé le premier sur le territoire royal, aux bords du Rhin, avec les vassaux de son pays. Il comptait sur Héribert, archevêque de Cologne, et recevait déjà l'hommage de quelques Lorrains. Mais il pa-

raît avoir manqué d'énergie. Les insignes de la royauté aussi lui faisaient défaut. Il avait compté sur la Carinthie, la Bourgogne; elles ne bougeaient pas. 11 se contenta de garder le fleuve pour empêcher Henri II de se faire couronner sur le territoire consacré. Mais celui-ci, favorisé par le vieil archevêque de Mayence et chancelier de l'empire, Willigis, passa le Rhin vers Worms, arriva le 7 juin 1002 à Mayence et là, ayant en main les insignes de l'empire et pour lui l'archevêque, à qui appartenait le droit du sacre, malgré le petit nombre des grands présents et quoique dans un lieu inaccoutumé, il se fît couronner (1), et reçut le pouvoir avec la sainte lance. Cela était fort irrégulier. Il fallait vaincre. Les deux adversaires se cherchèrent quelque temps sur les deux rives du Rhin, mais sans se rencontrer. Les villes et le pays seuls souffraient, comme Strasbourg et Constance, de leurs ravages. Alors Henri partit pour la Saxe afin de s'y faire au moins reconnaître. Il rencontra, à Mersebourg, les grands du pays, seigneurs et évoques, découragés par les événements précédents. Après tout, quoique les Saxons n'aimassent point en lui le duc de Bavière, c'était toujours pour eux un descendant d'Henri l'Oiseleur, un Saxon. Le maintien de leurs libertés et privilèges était ce qu'ils désiraient le plus. Henri y prêta les mains. Il reconnut leur droit d'élection, « sauf la dignité du royaume, promit de ne jamais porter atteinte aux privilèges de la province » et obtint ainsi d'être reconnu. La Saxe et la Bavière étaient déjà pour lui. Henri II avait convoqué même à Mersebourg, le duc de

(1) Tangmari, Vita Bernwardi : Willigisus regimen et regiampo- '». dalem cum dominica lias ta Mi tradiderunt. — Dithmar, V, 7, 8, '. — Ann. Quedlimbg. — Adalbold, Vita Henrici,!, 10.

Pologne, Boleslas Chrobry, qu'il avait jeté d'abord contre Eckbard deMisnie,en ne lui ménageant pas les promesses! Ce prince, ayant passé l'Elbe, avait déjà, chez les Daleminzeset les Sorbes, récemment soumis, ébranlé la domination allemandeencorerécente; il prêta, en effet, hommage àïienri dans l'espoir de garder en récompense la ville de Meissen, clef de l'Elbe, qui lui convenait. Henri la lui refusa. Ce n'était point dans les habitudes du nouveau roi de tenir ses promesses. Il avait aussi, au premier jour, promis au margrave du Nordgau bavarois, nommé aussi Henri, fils de Berthold, de lui donner le duché de Bavière dont il convoitait la possession. Il ne fit pas plus honneur à sa parole, cette fois plus précisément donnée. Les deux mécontents, au milieu de la joie générale, à Mersebourg, se lièrent d'amitié, lis allaient partir tous les deux, munis d'ailleurs de riches présents, delà forteresse de Mersebourg, quand ils trouvèrent gardée la porte de sortie. Des Saxons barraient le passage. On croisa le fer. Pendant le combat, le margrave du Nordgau parvint à entraîner avec lui le duc Boleslas, par une autre porte; mais une partie de leurs gens, coupés de leur retraite, furent massacrés ou dépouillés. L'historien contemporain, Dithmar de Mersebourg, dont nous tenons to :s ces détails, atteste Dieu que le nouveau roi ne fut pour rien dans ce guet-apens et celte tuerie, mais sans nous en faire connaître ni les motifs, ni les auteurs, ni le but (1). Il est certain que les deux seigneurs qui y avaient échappé en accusèrent, le roi et jurèrent de se venger. Reconnu en Saxe, Henri H n'en revint pas moins comme

(!) Dithm., V, 8, 10. — Adalbold, 12. — Ann. Quedlimu. — Vita Bernwardi, c. xxxix.

nn victorieux sur les bords du Rhin. Héribert, l'archevêque de Cologne, les évoques et les seigneurs du pays, bon gré mal gré, le proclamèrent à Aix-la-Chapelle. Il se dirigeait de là en force sur la Souabe, quand le duc Hermann, à son tour, vint lui prêter hommage à Bruchsal. Henri entra alors en Bavière, à Ratisbonne, où il fut accueilli avec enthousiasme. Après tout, dans la personne de Henri II, s'unissaient la Bavière, dont il était duc, et la Saxe, dont il était originaire, le nord et le midi de l'Allemagne. Le bon vouloir de la Carinthie et la soumission de la Souabe, dont les ducs tenaient à la Franconie et lui étaient parents ou alliés, avaient facilité l'entente. Les bonnes dispositions de l'Eglise pour le descendant des Saxons l'avaient achevée. Mais le royaume allemand, l'empire surtout, existaientils encore? Henri II put s'apercevoir promptement qu'il ne suffisait pas d'avoir été proclamé pour être roi. Son règne ne fut qu'une perpétuelle lutte.

On était à peine au commencement de Tannée 1003, quand le nouveau roi reçut, en effet, successivement d'Italie et de Bohême les plus mauvaises nouvelles.

Au delà des Alpes, le marquis d'Ivrée, Arduin, puissant feudataire italien de ce pays qui avait déjà donné des rois à la Lombardie, s'était fait proclamer à Pavie, malgré les évoques des plus puissantes villes qui avaient presque tous été nommés récemment par Otton III ou Sylvestre II, et il relevait le drapeau de la royauté nationale. Le duc de Carinthie, Otto, avait envoyé quelques troupes contre lui ; elles avaient été surprises et battues. Pour se maintenir, le nouveau roi ne ménageait pas les évoques complices de l'étranger et traînait un jour par les cheveux, dans son palais, celui de Brescia. Sur l'Elbe, Boleslas Chrobry, duc

de Pologne, profitant des troubles de la maison ducale de Bohême, s'emparait tout à coup du pays et était reconnu à Prague. L'étoile des Piast commençait à briller dans la nuit de celle desPremislz. Un grand royaume slave des Polènes et des Tscbèclies réunis sous un prince que les Polonais ont appelé le Glorieux, menaçait de s'élever sur les frontières orientales de l'Allemagne. Déjà Boleslas, d'ailleurs grand bâtisseur d'église et protecteur des moines, envoyait des ambassadeurs à Rome pour demander la couronne au pape qui, depuis la mort de Sylvestre II, n'était plus élu sous l'influence allemande. Il fallait faire rentrer l'Italie et la Bohême dans la soumission, quand une révolte de l'intérieur parut donner la main à l'étranger (1).

C'était le margrave du Nordgau bavarois, Henri, récent ami du Polonais et maintenant son voisin, qui en était l'âme. Le margrave d'Autriche, Ernest, fils de Luitpold, son parent, enfin le propre frère même du roi, Bruno, mécontent que celui-ci voulût donner le duché de Bavière à un frère de Cunégonde, et non à lui, faisaient partie du mouvement qui rappelait encore les anciennes querelles de famille. Le Slave Boleslas Chrobry soufflait la discorde et faisait passer sous main des secours aux rebelles tout près de lui. Ni l'énergie , ni la constance ne manquaient à Henri II. Il entra dans le Nordgau, où étaient ses ennemis et emporta le château d'Amerdal, sur Ernest d'Autriche. Vainement le Polonais essaya d'ébranler la fidélité du gouverneur de Meissen, sur l'Elbe, passa ce fleuve près de Slrehla, ravagea la Marche de Thuringe, nouvellement colonisée et cultivée, emmena trois mille esclaves avec un riche bu-

(1) Dithmar, V, 15, 18; VI, 1, 12. — Chron. Polonorum. I. G.

tin, et fit mine de s'établir solidement entre l'Elbe et la Mulde. Henri II s'entêta à réduire, dans le Nordgau, ses ennemis de l'intérieur; il força ainsi, en effet, le margrave Henri à brûler lui-même sa forteresse de Kronach, dans le Fichtelberg et à s'enfuir avec le frère du roi, Bruno, en Bohême, et il entra dans la dernière place et la vieille résidence de sa famille, à Schweinfurth. Le roi ordonnait de tout ruiner et de tout brûler, quand la vieille mère du rebelle, Eila, se précipita dans l'église et, en jurant qu'elle n'abandonnerait pas l'autel, obtint du moins que la maison de Dieu fût conservée au milieu des ruines de tout le reste.

Les deux rebelles revinrent même bientôt demander grâce. Le margrave Henri fut jeté dans la forteresse de Giebîchenstein, et le frère du roi, Bruno, obligé d'entrer dans l'Eglise. Henri [I consacra sa victoire en faisant relever l'évêché de Mersebourg, un instant aboli, sous Otton II, par l'archevêque de Magdebonrg, Tagino, une de ses créatures, et il pensa alors, mais encore beaucoup trop tôt, à l'Italie. Ni la frontière de l'Est contre la Bohême et la Pologne, ni celle de l'Ouest en Lorraine, du côté de la France, n'élaient assurées. Mais était-ce là, sous les Ottons, le premier souci des souverains allemands?

En mars de l'année 1004, Henri [f. prenait, à Augsbourg, le commandement de vassaux bavarois, souabes, franconiens et lorrains (les Saxons restaient chez eux), pour étouffer le royaume italien naissant. En effet, il passait les Alpes, tournait le roi italien Arduin, qui gardait encore les cluses de l'Adige, en se jetant dans la vallée de la Brenta, et arrivait jusqu'à Vérone. Le marquis de Canossa, Tedald, fils de cet Azzon qui avait introduit Otton Ier en Italie, l'y attendait. La plupart des évoques, dont plusieurs étaient d'origine allemande, accoururent. Tous le

conduisirent à Pavie, tandis que Arduin, abandonné, se relirait au pied des Alpes occidentales. On croyait lout achevé et l'œuvre d'Otton le grand raffermi.

Henri II fêlait, le soir du 15 mai, dans un banquet, la cérémonie du matin, où l'archevêque de Milan, Arnulf, l'avait couronné roi, quand un tumulte s'éleva dans la ville. A défaut des évêques italiens, le peuple, soulevé par de petits gentilshommes, courait sus aux Allemands. L'archevêque ouvre les fenêtres du palais et veut haranguer la foule. Il est reçu à coups de pierres; Henri II avait laissé une partie de son armée dans la campagne ou dans les châteaux environnants. Il se voit bientôt assiégé par les rebelles. C'était la nuit. Pour se dégager et éclairer la lutte, il fait mettre le feu aux maisons voisines; l'incendie gagne bientôt les dépendances du palais ; mais la lueur répandue dans la campagne avertit les Allemands. Ils arrivent vers le malin, trouvent les portes barricadées, les enfoncent et se précipitent dans la ville. Retranchés dans leurs maisons, les habitants font pleuvoir la poix brûlante et les pierres sur les nouveaux venus. Furieux, ceux-ci mettent le feu aux quatre coins de la ville, dont la plupart des maisons étaient en bois, volent, massacrent, violent au milieu du désordre, et, quand le roi, à grand peine, s'est échappé, laissent, parmi leurs ruines noires et croulantes, ce qui restait des malheureux Pavésans pleurer et ensevelir avec rage les deux tiers de la population étouffée ou massacrée (1). Telle fut la première expédition d'Henri II en Italie.

De retour en Allemagne, le vainqueur se mettait, l'an-

(1) Dithmar, VI, 3-7. — Chronicon Venetum, source contemporaine, Mon. Germanise, VII. — Gkron., Novaliciense, app., c. xv:.

née suivante, à la tête d'une armée de Saxons et de Thuringiens, pour punir aussi le puissant Boleslas Chrobry, qui devenait un redoutable rival de son empire. Il sut avec habileté dissimuler où il porterait ses coups. Des bateaux étaient rassemblés au-dessous de Meissen, sur l'Elbe, comme s'il voulait traverser le fleuve; mais il tourna tout à coup sur la Bohême, et y pénétra à travers les monts Métalliques qu'on appelait alors Miriquidui, ou forêt sombre. Il amenait avec lui Jaromir, le duc bohémien dépossédé. L'entrée de son armée et la vue du prince tschèche suffirent pour produire un soulèvement contre Boleslas et contre les Polonais, déjà délestés. Au son des cloches qui retentissaient en signe de soulèvement dans les villages, Boleslas s'enfuit. On poursuivit les Polonais sur les grandes routes; et Henri II entré dans Prague, fit couronner le fils des anciens ducs dans la cathédrale et reçut son hommage. C'était mieux fait qu'en Italie. Mais il fallait achever la victoire, au delà de l'Elbe, contre les Polonais. Au mois d'août, après avoir traversé le pays des Dalminzes, entre la Mulde et l'Elbe, Henri passait ce fleuve, audessous de Meissen. Mais bientôt, au milieu des marais de la Sprée, il tombait dans une embuscade, perdait les meilleurs des siens et, après avoir franchi l'Oder, à la faveur d'un gué, tombait dans des plaines sans fin, entrecoupées de forêts de sapins, où l'ennemi, insaisissable et se dérobant aisément, n'apparaissait de temps en temps que par petites troupes, pour gêner sa marche, couper ses vivres et enlever ses traînards. Heureux d'envoyer l'archevêque de Magdebourg, Tagino, à Posen, pour traiter de son retour, Henri ramena les siens sur l'Elbe, et il ne recouvra toute la Marche de Misnie qu'à la condition de la restituer au comte Hermann, fils du vaillant mar-

grave Rckhard, mort en rebelle au commencement de son règne, mais en donnant la forteresse de Meissen à garder àun comte Guncelin, apparenté au duc de Pologne, et qui donnait ainsi des gages douteux à l'un et à l'autre royaume. Henri II s'était montré aux deux extrémités de son empire, en Italie et en Pologne; mais il n'avait réellement ni renversé Arduin, ni arrêté les progrès de Boleslas. Il n'était pas beaucoup plus heureux en France.

Ce n'étaient ni l'ambition ni la volonté qui faisaient défaut à Henri II; mais la santé lui manquait, comme la puissance à sa royauté. On n'était plus au temps d'Otton le Grand sous le dernier de ses descendants. Les relations d'Henri II avec la France le montrent suffisamment. Ce n'était pas, on le sait, un roi redoutable que Robert, le successeur de Hugues Capel. La querelle entre le comte de Flandre, Baudoin, vassal du roi de France, et le comte de Hainaul, Arnould, vassal du souverain germain, à propos de la forteresse de Valenciennes, mit les deux rois en présence (1000), sur les rives de la Meuse. Le successeur d'Otton le Grand ne vient là que pour s'entendre avec le second roi capétien. Ils voulaient tous deux faire lâcher prise au comte de Flandre. Celui-ci leur résista dans la forteresse où il s'était je lé, et l'affaire se termina par un singulier compromis où Henri 11 se montra plus soucieux d'une vaine ambition que de la justice; car il finit par consentir à laisser Valenciennes à Baudoin, et il lui céda même l'île de Walcheren, mais à la condition que le duc de Flandre lui prêterait hommage. Ce qu'il voulait surtout, c'était compter un vassal de plus. Depuis ce temps, une partie des Flandres releva de l'Allemagne sans rendre pour cela l'empereur plus puissant.

L'ambition n'était pas, après tout, le trait principal du

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caractère d'Henri II, mais la dévotion , ou plutôt l'ambition chez lui prend cette forme dévote qui a fini par faire de lui Henri le Saint. Ni la ruse, on l'a vu, ni la cruauté n'étaient absentes de cette âme du dernier des Oltoniens. L'assassinat, la perfidie concourent à son avènement. L'incendie de Pavie et le massacre de toute une population signalent le jour de son couronnement à Pavie. Après l'expédition de Pologne, qui lui a rendu la Marche de Misnie, il y fait massacrer tous les personnages marquants, anciens Slaves, qui avaient prêté la main aux Polonais. Nul cependant n'obseï vait plus strictement le jeûne, les fêtes, tous les devoirs religieux. Il ne commençait aucune entreprise sans avoir préalablement prié au pied de la sainte lance. Une dévotion à accomplir entrait dans chacune de ses expéditions. S'il va en France, c'était aussi pour visiter le tombeau de saint Servalius. En Italie, il veut voir les reliques de saint Ambroise. En Pologne, il eut été volontiers jusqu'à Gnesne, au tombeau de saint Adalbert. Quand il fera la guerre aux Grecs, il montera au mont Cassin où sont les restes de saint Benoît. Sa femme Cunégonde partage toutes ses dévolions. Son gouvernement est surtout un gouvernement d'Eglise; mais comme la dévotion est dans toutes ses entreprises, un certain esprit d'avarice et de rapacité domine dans son administration.

Dernier successeur des Oltons, c'est surtout dans la richesse et le pouvoir politique donnés à l'Eglise qu'il cherche un appui contre la féodalité laïque. Il n'a conquis sa royauté qu'à force de concessions. Il est obligé de consentir presque toujours à nommer aux duchés et aux margraviats les fils des puissants, Bernhard en Saxe, le fils d'IIcrmann qui s'était révolté contre lui en Souabe, le frère aîné de sa femme, nommé aussi Henri, en Bavière, le lils

d'Eckhard, son ancien compéliieur aussi, en Misnie. Sans doute il évite le plus souvent qu'il peut celte nécessité. Ainsi, le duc de Carinthie ne laissant qu'un fils en bas âge, il fait duc, à sa place, le margrave Adalbéron, époux de Béatrice, une fille d'Hermann H, duc de Souabe; mais, la maison de cet Hermann s'étant éteinte, il donne ce duGhé au comte de Bamberg, Ernest, époux de Gisela, une autre de ses filles, et, après la mort du duc carolingien de Lorraine, il confie cette dignité à l'ancien partisan des Ottons en ce pays, Gottfried de Verdun. Qu'il dispose ou qu'il ne dispose pas des duchés, Henri paraît ne pas sentir là un appui. Il a plus de confiance dans l'Eglise. Il est bien plus maître, en effet, du choix des personnes aux archevêchés, évôchés, abbayes; aussi leur prodigue t-il les donations, les immunités, les droits régaliens, jusqu'à leur donner, en propriété ou en fiefs, plusieurs comtés. Il en fait de vraies seigneuries féodales, au risque de matérialiser, de féodaliser ainsi et, par conséquent, de corrompre l'Eglise de plus en plus, comme on ne le vit que trop bientôt. « Dans ce pèlerinage de la vie, disait-il, il aimait à se décharger d'une partie du fardeau sur les épaules des évoques (1). »

Mais le trait de son caractère se retrouve partout : ces nominations, ces immunités, ces investitures des duchés, comtés, évêchés, abbayes, il se fait tout largement payer! Il n'aime pas qu'on vienne à lui les mains vides. Le péché que les historiens lui reprochent le plus souvent, c'est l'avarice (2). Il demande surtout aux évêchés et aux

(1) Ann. Paderborn, 1. 1, p. 426 : In hujus vitx itinere onera nos* ira episcopis imponendo levigantes. — (2) Annales de QuedUmbourg, anno 101

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abbayes auxquels il accorde tant. Us doivent lui fournir les services de guerre et de cour, lui faire des prêts, des avances, des présents. « Il peut être demandé beaucoup, disait-i!, à qui l'on donne beaucoup. » Ne reslilue-t-il pas aux Saints d'ailleurs cet argent en riches présents, en belles châsses, en splendides ornements d'or et d'argent, en saints Livres? Comme il n'aura pas d'enfants, c'est le Seigneur, il le dira lui-même un jour, qu'il voudrait constituer son

héritier.

Henri est moins, en effet, nnroi qu'un membre de l'Eglise. S'il tient des diètes générales et provinciales, s'il y rend des décrets, y proclame la paix publique, s'il fait profession d'y gouverner avec l'assentiment des grands, s'il y rend des jugements, il se sert encore plus peut-être, pour gouverner, des synodes d'ôvêques et d'abbés. Jamais il n'y en eut en Allemagne autant que sous son règne; il les préside, il excite leur zèle, il ne leur épargne pas lui-même les citations des Evangiles, comme on le voit dans ses décrets et dans ses actes. Il tient en honneur les anciens canons, « dictés, dit-il, non par la bouche des hommes, mais par l'esprit de Dieu. » En 1004, dans un synode aux bords du Rhin, il fait rompre les mariages contractés en violation des lois ecclésiastiques. A Dortmund, en 4005, il déplore les vices qui se sont glissés dans le clergé. Dans ce synode, les évêques présents fondent avec lui une sainte confrérie dont les membres s'engagent, à la mort de l'un d'eux, à accomplir de bonnes œuvres. Il se fait même le réformateur de certains couvents, changeant leurs abbés, chassant les moines infidèles à leurs vœux, diminuant leurs privilèges ou leurs richesses. Des abbayes comme Ilersfeld, Fulde,Reichenau sont réformées par lui. Il eut été aussi sôvère abbé qu'il était roisévère. Quand il souffrait de sama-

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