AVANT-PROPOS. XIII
nombre qu'ils le doivent, ou à la vitalité puissante de la contrée et de la population gauloises, à la tradition, encore vivante chez elle, de Rome et à l'inspiration de l'Eglise? Voilà la part des Francs et de la Germanie dans la civilisation de celte époque. Je ne la nie pas, je la définis et je la limite. C'est au moins ce que j'essaie d'achever de faire, au commencement de ce nouveau volume, en parlant de l'empire de Charlemagne, origine indirecte de celui de Germanie,
Jusqu'à cette époque au moins, à part les ruines faites, quel apport essentiel et original avait donc fait la Germanie à la civilisation moderne? Le jury? il se trouve chez presque tous les peuples barbares, et, dès l'origine, dans les institutions des républiques d'Athènes et de Rome; les assemblées politiques? mais sans parler de celles des anciennes républiques, l'Eglise chrétienne n'y mit-elle pas les plus grands éléments de liberté et de lumière, au moins alors, en transformant complètement les barbares Champs de Mai! La royauté? comme si ce qu'elle eut encore de meilleur ne lui vint pas de la tradition romaine et de l'Eglise chrétienne! La féodalité? oui; voilà ce que la Germanie a surtout apporté à l'Occident, quoiqu'elle n'ait point seule contribué à la faire. Mais c'est le regain de l'invasion barbare,
xiv AVANT-rnoros.
dont ]a formidable poussée, aux neuvième et dixième siècles, ébranla l'édifice de Charlemaguc et faillit ensevelir sous ses ruines l'Eglise elle-même. Voilà ce que nous devons, sinon à la Germanie, à coup sûr à la barbarie à laquelle je ne saurais reconnaître d'autre vertu que celle de se convertir à la civilisation.
Le second volume que je publie résoudra, je l'espère, quelques-unes des autres objections qui m'ont été faites à propos du premier.
J'ai eboqué une opinion généralement reçue, en refusant à la race germaine, au sens du moins où Ton voulait toujours le prendre, le privilège de certaines vertus privées et de famille; et l'on a voulu voir là le trait d'une petite vengeance nationale. J'aurais vraiment bien mauvaise grâce à ne pas reconnaître très-volontiers la possession de cet avantage à l'Allemagne, si l'histoire et l'observation contemporaine pouvaient me permettre d'étendre à une race tout entière un bénéfice qui peut n'appartenir, en effet, qu'aux individus de nations bien différentes. Mais je crois encore, dans l'espèce, avoir la vérité pour moi.
La réputation de l'Allemagne, sur le point le plus délicat de ce sujet, a profité, il me semble, de la confusion qu'on a faite des données très-variées sur les-