AVANT-PROPOS. XV
quelles on peut établir, entre les peuples, la moyenne comparative de cette sorte de moralité; et Tacite, ce romain censeur des mœurs latines, pour lesquelles il témoignait cependant lui-même, a contribué encore, pour une bonne mesure, à cette confusion. Pourquoi, d'une part, porter au bénéfice de la race ce qu'on peut attribuer avec autant de raison à l'action du climat? La puberté tardive n'est-elle pas une vertu que le temps peut souvent corriger, et qui prend même sur le climat de cruelles revanches? Et, d'autre part, les grossiers emportements de la vie sauvage valentils mieux que les dépravations raffinées de l'état cultivé, et le vice inconscient de la barbarie constituet-il plus la vertu que le vice savant de la civilisation, quoique le second soit plus coupable que le premier?
J'ai opposé aux Germains innocents de Tacite les Germains dissolus de Grégoire de Tours, et l'on m'a répondu qu'ils s'étaient gâtés, sur le territoire conquis, au contact de la société gallo-latine. Il n'y a certes pires résultats que ccux.de la rencontre de la plus cflrénée barbarie avec la corruption la plus avancée. Je montre, dans ce volume nouveau, la Germanie chez elle, après sa séparation d'avec ces dangereux pays de France et d'Italie; on y verra si colle \( rtu nationale, si facile à la tentation, avait besoin,
XVI AVANT-PKOPOS.
pour succomber, d'autres pièges que les siens, et si nous avons eu tort d'essaver de ramener 1'Allemagne, sous le rapport de ces vertus privées, au modeste niveau de l'égalité commune.
Si Ton veut bien comparer la vie privée des derniers Carolingiens et des premiers Capétiens de France avec celle des souverains allemands du même temps, je crois que les premiers ne perdront point au parallèle; et, quant à la moralité générale, je renvoie à ce passage deDithmar de Mersebourg, sur l'Allemagne du XIe siècle : « La luxure et l'adultère, » nous dit-il, « étaient péchés d'habitude, et leur pente menait à tous les crimes. Combien alors de femmes allemandes livraient, nouvelles Médées, aux poignards de leurs amants, leurs maris et leurs enfants. » Et il en cite plusieurs exemples de haut pnrage (4).
Mais le spectacle qu'aucune histoire, ni contemporaine, ni autre, n'offre certainement au même degré, et dont ce volume et les suivants ne donneront que trop de preuves, c'est l'habitude invétérée et la perpétuité incorrigible des guerres de famille dans les races royales de l'Allemagne à cette époque. Point
(1) Voir ci-dessous les règnes des rois germains, et pages 174
et 473.