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CHAPITRE XIX. — LOTHAIRE DE SAXE

mort il u duc de Bohème, Wladislas 1er, le frère de celui-ci, Sobieslas, acclamé par la nation tchèque, avait à combattre un compétiteur dans un sien cousin, Otto d'Ollmulz. Les empereurs franconiens, fort occupés au midi, avaient laissé dormir leurs prétentions souveraines au-delà de la frontière de l'Est. Lothaire, poussé par les Saxons, allemands du Nord, toujours fiers et dominateurs, crut pouvoir reprendre l'ancienne politique otlonienne et, sous prétexte que Sobieslas ne se fût point réclamé de lui, il conduisit au milieu de l'hiver, à travers les munis .Métalliques, trois mille chevaliers pour imposer à la Bohème Otto d'Ollmulz qui lui offrait à la fois hommage, monts et merveilles : « Les Saxons n'avaient pas besoin de s'armer, » disait celui-ci, « des faucons et des vautours suffiraient à la tâche (I). » Mais les deux cents éclaireurs (duccnli expedîtiores) , armés d'engins pour abattre les forêts, balayer la neige amoncelée à travers les gorges, et conduire le gros des envahisseurs, s'égarèrent au milieu de ces solitudes de sapins et de glace ; et, au mois de février, en descendant dans la vallée de Culm, ils mirent les trois mille Saxons en face de Sobieslas qui les attendait là, avec près de vingt mille hommes, dans un camp fortifié par des abattis d'arbres sur d'abruptes hauteurs. L'avant-garde allemande attaquée fut détruite sous une avalanche d'hommes (2) ; près de cinq cents des plus nobles Saxons restèrent sur la place. Lothaire, plus prudent, se retrancha à son tour pour se défendre, dit l'annaliste saxon, « comme un lion (ut leo efferatus). » Sobieslas of-

(1) Anon. chron. Boh., p. 1801 : Nec dicebat armis opus esse, sed magis qui vellent cum falconibus et accipitribus terrant ingredi absque ullo offendiculo possent. — (1) Otto Frisig. De Gestis Fr., I. : Ex improvisa supervenienles Saxones qui in prima acie erant, jam per nives deambulando fatigalos invadunt crudeliter occidunt.

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frit alors à Lolhaire de lui prêter hommage. IL reçut de ses mains ce duché qu'il avait si bien défendu, et le roi, avec un vassal de plus, cinq cents chevaliers de moins, plus de tristesse et moins de gloire, rentra dans la Saxe humiliée et pleine de rancunes (1).

Le début impérial n'était pas heureux.

A la Pentecôte de 1126, quand Lolhaire apparut sur les bords du Rhin pour exécuter la sentence rendue par deux diètes contre le hohenslauffen Frédéric, les Saxons découragés ne le suivirent point. Le vieux duc de Bavière sur lequel il aurait pu compter se relirait alors au monastère de Weingarten. La féodalité et l'Eglise des bords du Rhin reprenaient leurs vieilles défiances en voyant la couronne impériale sur la lêle d'un Saxon. Les ducs de Lorraine, les comtes de Hainaut, de Hollande restèrent chez eux; l'archevêque de Cologne, le vieux Frédéric, toujours revêche, s'éloigna même aux fêtes de Noël quand le roi approcha. La ville de Spire, un des objets du litige, lui ferma ses portes. Arrivé à Strasbourg, pendant que lesHohenstauffen se fortifiaient dans leurs châteaux de la monlueuse Souabe, Lolhaire de Saxe relarda encore sa vengeance ; mais il prit un biais pour l'assurer.

Sur la frontière du Sud-Ouest, le comte de la haute Bourgogne, Guillaume l'Enfant, venait d'être assassiné sur l'autel d'une église, et son plus proche rarent, Rainaud, avait pris possession du comté qui s'étendait du Jura au Saint-Bernard appelé alors encore le mont Jupiter, sans demander non plus l'assentiment de l'empereur.

(1) Oito Fris., /. c. : Hominium sibi mm sacramento fîdelitatis exhibens ducatum ab eo suscepit. — Ann. Saxo. : His actis, admodum tristis super forlissimorum militum interitu regreditur.

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