RUPTURE DES PRELIMINAIRES
avait point pour elle d'antécédents, point de droits qui remontassent à Henri V; le pape, il est vrai, pour la récompenser, l'avait érigée en évêché dépendant de Milan, mais c'était une blessure pour l'amour-propre de l'empereur. On pouvait dire que, s'étant donnée à Saint Pierre, Alexandrie appartenait plutôt au Saint-Siège qu'à la ligue lombarde et que son sort dépendrait de la paix entre le pape et l'empereur. Les consuls crémonais cherchaient à apporter dans leur mission une grande impartialité ; ils décidèrent que la ville cesserait d'exister, mais que les nouveaux habitants, ayant la vie sauve, retourneraient dans leurs anciennes villes ou sous leurs précédents suzerains. Ce fut la pierre d'achoppement. On le comprend : Alexandrie était le symbole de l'union d'Alexandre et de la ligue; elle avait sauvé les Lombards par son dévouement; elle tenait, à la descente des Alpes occidentales, l'entrée de la Lombardie. Au point de vue de la politique, du sentiment et de la stratégie, les Lombards pouvaient-ils consentir à la ruine d'Alexandrie? Ils s'y refusèrent (21 avril), au risque de mécontenter les consuls de la ville de Crémone qui, dès lors, resta neutre; et la guerre dut recommencer.
Frédéric Barberousse était seul, sans armée, à Pavie ; il avait renvoyé tous les siens qui d'ailleurs n'eussent pas volontiers continué leurs services. Les Milanais renouvelèrent leurs attaques contre Corne, contre le duc de Montferrat; les Bolonais, contre les châteaux que le chancelier Christian tenait en Romagne. L'empereur ne voulut point quitter la place, afin de retenir au moins ceux qui étaient fidèles. En partageant la Sardaigne entre les Pisans et les Génois, il s'assura du concours des deux républiques maritimes, si souvent ennemies. Mais c'était la féodalité aile-
mande qu'il fallait surtout rappeler et précipiter sur les villes italiennes. Les deux archevêques, Philippe de Cologne et Wichrnann de Magdebourg, partirent en 1176 pour l'Allemagne avec les lettres et les ordres de l'empereur. Mais l'Allemagne, une quatrième fois, rassemblerait-elle ses chevaliers et verserait- elle son sang pour assurer l'asservissement de l'Italie et de la papauté à son empereur?
Beaucoup de princes laïques allemands, à la différence des princes ecclésiastiques qui étaient engagés dans le schisme, étaient las d'un conflit religieux qui durait depuis si longtemps; ils se demandaient ce que leur rapporterait, à eux, la soumission de l'Italie à l'empereur. Un certain nombre, d'ailleurs, étaient retenus chez eux par des querelles de voisinage que Frédéric n'avait pas le loisir d'apaiser. Parmi ces princes, Henri Jasomirgott d'Autriche, lié avec le patriarche d'Aquilée, partisan d'Alexandre, était en guerre avec Bêla, roi de Hongrie, et avec le duc de Bohême Sobieslas II; Welf VI n'avait jamais dissimulé son attachement pour le vrai pape. Si les princes et chevaliers du midi, de la Souabe, de la Bavière, du Haut-Rhin, dont le voyage n'était pas long, rêvaient volontiers du soleil du midi, ceux du nord et de l'est, de la Saxe ou de l'Autriche, toujours occupés au-delà de l'Elbe, sur les bords de la Baltique ou du Raab, avaient d'autres intérêts, d'autres convoitises, d'autres haines.
Mais un prince, surtout en ces conjonctures, était dans une situation encore plus diiïïcile; c'était Henri le Lion, duc de Saxe et administrateur du duché de Bavière. Fré léric n'avait rien épargné pour se rattacher; l'union des deux maisons *'e Weli et de Hohenslauffen faisait sa force. L'intérêt cependant, plus que de vrais sentiments d'affection, avait rclenu dans la dépendance de l'empereur celui