Tome IV
une armée italienne, équipée avec l'argent et composée avec les milices des villes liguées, bien pourvue d'approvisionnements et de munitions, arriva sous le commandement de deux capitaines appartenant à la noblesse italienne : Eccelino de Romano et Anselme de Doara; elle s'arrêta à Tortone, à dix milles du camp impérial. Elle menaçait les derrières de Frédéric et voulait le couper de Gênes pour le forcer, comme Christian, à lâcher prise. Les assiégeants, pour en finir, pratiquèrent une mine qui descendait au milieu de la ville et tentèrent un dernier assaut (le vendredi-saint, 15 avril 1175). Il échoua. Les assiégés, au contraire, tirent une sortie et brûlèrent une partie du. camp impérial. La rage au cœur, Frédéric lira son armée d'une position qu'elle ne pouvait plus tenir, et, par la route de Vo'ghera, sur la droite du Pô, il se dirigea sur Gasteggio où s'était avancée l'armée lombarde.
On s'attendait à une bataille entre les escadrons de l'armée féodale et les milices italiennes. C'était la première fois que la chevalerie aristocratique trouvait en face d'elle la démocratie armée. Mais, de part et d'autre, on était dans une situation à craindre de tout risquer. On négocia. Les Lombards ayant fait les premiers pas, l'archevêque de Cologne et le comte palatin, abouchés avec les deux capitaines de la ligue, firent une convention à Moniebello (17 avril) : l'armée de la ligue, pour faire honneur à l'empereur, passerait devant lui bas les armes; après cette soumission d'honneur, Frédéric conclurait avec elle une paix définitive dont la liberté de l'Église, par la réconciliation de Frédéric avec Alexandre et par l'indépendance municipale de toutes les villes du Nord, serait là base. Trois délégués des deux parties, réunis dans la ville de Crémone, autrefois impériale et maintenant aussi rattachée
PRÉLIMINAIRES DR MOINTKRRLLO. 243
h la ligne, prononceraient imparlialemont sur les points à débattre; en cas de partage, les consuls de Crémone décideraient. La paix serait faite dans un mois, jurée; et le serment ne serait valable qu'après l'acceptation de l'empereur. L'armistice signé, les premiers soldais de l'indépendance lombarde défilèrent l'épée au col, et e\\ baissant ies bannières à genoux devant Frédéric. Celui-ci les prit en grâce et donna le baiser de paix à ses deux chefs; puis, l'armée italienne se sépara et l'empereur renvoya de Pavie en Allemagne une partie des siens; les négociations commencèrent sur les préliminaires.
On a le libellé des propositions lombardes (1). Les droits et la liberté de l'Église, leur mère, réservés, c'est-à-dire la paix entre l'empereur et le pape supposée, les Lombards demandaient, pour eux, à revenir à l'état de choses fixé, au temps de l'empereur Henri V, entre l'empire et les villes, à conserver leurs consuls, leurs forteresses, le droit de se liguer entre elles, et de garder leurs recteurs. Une amnis lie entière serait assurée aux villes et aux personnes qui avaient figuré dans la lutte, même à la nouvelle cité d'Alexandrie. Les villes garantiraient à l'empereur le passage en Italie, et les services ordinaires pour l'expédition de Rome; mais elles garderaient leurs droits de pêcherie, de pâturage et de moulin sur leurs territoires.
On ne peut se le dissimuler, c'était la négation des décrets de la diète de Roncaglia. Avant toul, les villes, rendant à Alexandre ll[ le service qu'elles avaient reçu de lui à Veroli, ne voulaient pas faire la paix sans lui, à ses dépens; c'était le premier point qu'il fallait vider. Sur la de-
(1) Voir Ficker, Zur Gesch. des Lombardenbundes. — Murator., Anliq.j mœdii œvi, IV, 275-299.
244 CHAPITRE XXI. — FHKDÉniC BARBEROUSSE.
mande de l'empereur, les cardinaux de Porto, d'Ostie et de Saint-Pierre-aux-Liens, vinrent donc, sous escorte lombarde, à Pavie. Frédéric les y reçut solennellement, avec affabilité. Le cardinal d'Ostie put, dans un langage assez sévère, rappeler les maux de l'Église, compter les trois anti-papes successivement opposés au véritable. On entra en pourparlers hors de la présence de l'empereur pour n'être point gêné; ses chanceliers tenaient tête aux cardinaux. Alexandre III, d'accord avec les Lombards, voulait faire aussi comprendre dans le traité l'empereur grec et le roi normand. On ne put s'entendre : les cardinaux se retirèrent. Déjà une des conditions des préliminaires de Montebello échouait.
Il n'y avait pas moins d'opposition entre les propositions des Lombards et celles des chanceliers de Frédéric sur les droits et privilèges des villes et de l'empire. Pour arriver à un résultat on s'en remit, comme il avait été convenu dans les préliminaires, au jugement des consuls de Crémone. Ceux-ci, fidèles à la cause de leurs compatriotes, conclurent d'abord complètement en faveur du retour au régime particulier des villes du temps de Henri V et à la jouissance du droit de s'associer entr'elles qu'elles avaient pris depuis celte époque. Sur la participation d'Alexandre III à la paix, prenant un biais, ils en remirent les conditions à un autre temps et déclarèrent que les deux parties, l'empereur et les villes, seraient libres dans leurs rapports avec le pape. Il faut avouer que ce n'était pas une paix, c'était à peine une trêve; la neutralité des contractants était proclamée seulement dans le cas de conflit entre l'empire et l'église.
Un point très important aussi, parce qu'il était de sentiment, c'était le sort d'Alexandrie. Création nouvelle, il n'y