CONGRÈS DE VENISE
m a ml de Naples. Enfin un concile confirmerait la paix générale. Les plénipotentiaires des deux parts jurèrent ces préliminaires, et ceux de l'empereur s'en retournèrent avec la bénédiction pontificale comme gage de paix.
Le secret qu'on avait gardé sur ces négociations, retarda encore la conclusion définitive de cet heureux événement. D'une part, Frédéric espérait bien encore arriver à ce qu'il désirait, c'est-à-dire à une paix séparée; d'autre part, les Lombards se plaignaient de l'abandon, presque de la trahison du pape. Il n'en manquait pas non plus pour croire, les uns, que le pape, les autres, que l'empereur, avaient trop concédé. Le pape paraissait le plus sincère; il fit le premier pas public. Il convoqua à Ravenne, pour le 25 janvier 1177, un concile de tous les évêques de l'empire, quel que fût leur origine et il envoya demander à Frédéric un sauf-conduit pour aller au congrès, là où il serait rassemblé. Le choix de ce lieu fit une première difficulté. Les Lombards désiraient Bologne. Mais comment le chancelier de l'empire, Christian, qui avait assiégé cette ville, pouvait-il y paraître? En attendant, Alexandre III, partit (6 décembre) pour le royaume de Naples, où il pria le roi d'envoyer des délégués laïques et ecclésiastiques au congrès et il gagna par Foggia et Manfredonia, le petit port de Vesli au pied du mont Gargano. Il s'y embarqua sur une escadre royale, tandis que Frédéric ÏII traversa les villes lombardes afin de se rapprocher aussi du lieu où les négociations devaient s'achever.
Les deux chefs de la chrétienté éprouvèrent en roule des mésaventures fort différentes. Un orage sur l'Adriatique assaillit la flottille qui portail le pape, les cardinaux, les plénipotentiaires de Sicile, l'archevêque de Salerne, Romoald, et le grand connétable ainsi qu'un assez grand
nombre d'évêques du Midi. On fut obligé de mouiller dans l'île Pelagosa. Alexandre voulut repartir de nuit quand le vent tomba. Son vaisseau avait un fanal à la poupe, il donna l'ordre de mettre à la voile, aborda le lendemain à Lissa (10 mars), y prit quelque repos, et jeta l'ancre le 13, sur les côtes de Dalmatie, à Zara, où il fut reçu avec enthousiasme. Le 23, après seize jours d'un voyage pénible, tantôt à voile et tantôt à rames, il arrivait au cloître de Saint-Nicolas du Lido dans les lagunes. Frédéric, à travers les villes de la Lombardie, n'eut affaire qu'aux bommes. La cité de Crémone, ancienne ville impériale, avait, presque à la tête de la ligue, joué un grand rôle dans les derniers événements, puis elle s'était séparée de celle-ci parce qu'on n'avait pas accepté son arbitrage ; elle craignait à la paix de se voir sacrifiée par les deux parties. Quand elle eut l'empereur dans ses murs, elle se souleva et menaça de le retenir, jusqu'à ce qu'il eût éloigné les garnisons qui étaient dans les châteaux environnants, et promis même de défendre, à tout événement, soit de paix, soit de guerre, les murs de la cité et ses citoyens, contre toute attaque extérieure, même des Lombards, à charge pour elle de lui rester fidèle. Frédéric ne se tira de ce mauvais pas qu'en lui promettant, de son sceau impérial, tout ce qu'elle voulut.
Le 24 mars 1177, le doge de Venise, Sebastiano Ziani, le patriarche de Grado et les plus grands dignitaires laïques et ecclésiastiques de la république, dans de magnifiques gondoles, allèrent à Saint-Nicolas du Lido, prendre le pape, les cardinaux et ils les ramenèrent au rivage de la Piazetta. Ils firent tous, au milieu de la foule pressée, leur solennelle entrée à Saint-Marc. Alexandre donna
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sa bénédiction pontificale et alla ensuite par le Riallû
prendre résidence au palais du patriarche. L'empereur, moins pompeusement, était arrivé avec les princes ecclésiastiques et laïques de l'empire alors en Italie, dans la petite ville de Césène. De là, ses plénipotentiaires allèrent trouver le pape pour s'entendre avec lui sur le choix du siège du congrès. Il y avait encore des difficultés.
L'été par le doge auquel il remettait une rose d'or, par les Vénitiens auxquels il lisait l'évangile dans Saint- Marc, Alexandre III donna rendez-vous aux recteurs de la ligue lombarde, aux princes ecclésiastiques d'empire, aux plénipotentiaires de Naptes qui voudraient y venir, dans la ville de Ferrare où il arriva le 10 avril en remontant le Pô. La première entrevue du pape avec les recteurs lomhards ne parut pas d'abord avancer les choses. A un discours pompeux du pape sur les souffrances de l'Eglise et la nécessité de la paix, les Lombards, piqués que le pape n'eût point fait allusion à la victoire de Legnano, répondirent que les douleurs de l'Eglise ne pouvaient se comparer à celles qu'ils avaient souffertes, et moins encore à leurs sacrifices.; et ils déclarèrent ne vouloir la paix qu'avec la liberté. Enfin, les plénipotentiaires de l'empire et de la Sicile étant arrivés, une commission formée de sept membres pour chacune des parties intéressées, l'Empire, l'Eglise et les Lombards, décida que Venise servirait de siège au congrès, à la condition que l'empereur n'y mettrait pas le pied sans la permission de la République.
La ville de Venise, où s'assemblait le congrès, déjà pleine de mouvement et d'activité, était éloignée à peine d'un quart de siècle de la future quatrième croisade, qui devait lui donner un tiers de l'empire d'Orient. Riche, par son commerce avec le Levant, résidence des derniers em-
pereurs romains d'Occident et des exarques, Ravenne, où se réunissait le concile^ se trouvait alors entre l'éclat byzantin qu'elle avait jeté autrefois et la désertion actuelle de son port et de ses rues; elle laissait voir des monuments et des mosaïques qui témoignent encore de sa grandeur passée. Toutes les deux devinrent le rendez-vous de tout ce que l'Allemagne, l'Italie, le royaume d'Arles, même d'autres pays, avaient de princes, de seigneurs, d'évêques ou abbés'les plus puissants, les plus renommée ou les plus intéressés à la grande affaire chrétienne et européenne qui se traitait ; diffiteri non possum, dit un document du temps, sapientiores omnium gentlum in Venetia confl axis se.
La plupart des arrivants, et même Léopold d'Autriche, fils de Henri Jasomirgott, qui venait recevoir l'investiture impériale, séjournèrent d'abord à Venise, sans compter les négociateurs qui allaient de l'une à l'autre ville. Venise réunit donc et garda surtout plus longtemps dans ses murs cette foule bariolée d'étrangers de toute nation. Au milieu de cette affluence énorme dont la cité maritime était fière, la commission formée à Ferrare, pour la paix entre l'empereur et les Lombards , vint siéger près du pape au palais du patriarche; elle n'avança guère la besogne. Les plénipotentiaires impériaux demandaient ou le rétablissement des rapports les plus anciens de l'empereur avec les villes, ou ceux établis par la diète de Roncaglia , ou ceux qui existaient au temps de l'empereur Henri IV. La première base était historiquement impossible; la seconde, les Lombards l'avaient en horreur; pour la troisième, les Lombards aimaient mieux reporter les précédents au temps de Henri V, plus faciles à connaître. Pourquoi ne pas revenir alors à la sentence arbitrale pro-