‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 105 sur 135 · PAIX ET TRÊVES DE VENISE · texte numérisé non relu

PAIX ET TRÊVES DE VENISE

qu'il signerait la paix et les trêves dès qu'il serait à Venise, et il reçut en retour de la République l'autorisation d'entrer.

Les cérémonies les plus solennelles rehaussèrent alors les actes extérieurs qui étaient la proclamation d'une paix si laborieusement poursuivie, mais enfin conclue. Le 23 juillet 1177, le fils du doge avec une flotille de gondoles de la république, avait été chercher l'empereur pour le conduire à Saint Nicolas du Lido ; le 24, le pape et les cardinaux, en babils pontificaux, se rendirent de bonne heure à l'église byzantine de Saint-Marc, terminée depuis 1071, et alors dans toute sa fraîcheur. Six des cardinaux détachés à Saint-Nicolas reçurent d'abord de l'empereur la déclaration qu'il rejetait l'anli-pape et reconnaissait Alexandre III ; ils levèrent l'excommunication qui pesait depuis si longtemps sur lui. Le doge et le patriarche vinrent alors prendre Frédéric pour l'amener à la tribune surmontée d'un trône, qui avait été dressée devant l'arc voûté et cintré du milieu du grand portail de Saint Marc et sur laquelle siégeaient le pape et les cardinaux, en face du beau campanile sorti de terre depuis 1141. La foule des nobles vénitiens, des étrangers laïques et clercs, massée sur la Piazzelta et dans les rues avoisinantes, vit débarquer l'empereur entre deux grands mâts à banderolles traînant jusqu'à terre, précédé et suivi d'une brillante escorte qui traversa avec lui, au bruit des trompettes et des chants, la place Saint Marc. Arrivé devant l'estrade, Frédéric ôla son manteau de pourpre, monta vers le pape, frappa du front la terre et baisa les pieds de son redoutable adversaire, qui le releva plein d'émotion et lui donna le baiser de paix. L'empereur prit alors le pape par la main pour entrer avec lui dans l'église, le conduisit jusqu'à l'autel où il fit déposer des pré-

sents à ses pieds et reçut sa bénédiction ; quand ils sortirent, il lui tint Tétrier pour l'aider à monter sur le palefroi qu'il conduisit pendant quelques pas par la bride,

La paix et les deux trêves devaient être, deux jours après (1er août), solennellement jurées dans la grande salle du palais du patriarche, devant le pape et l'empereur, par les membres du congrès, par dix princes d'empire et de Sicile , et par dix recteurs des villes lombardes. Le pape ouvrit cette assemblée par un discours prononcé en latin. Après avoir rappelé les douleurs de l'Église, il se réjouit de la paix et du retour de Frédéric dans la bonne voie. L'empereur, en allemand, et assez humblement, reconnaissant que la majesté impériale n'excluait pas l'ignorance, avoua qu'il avait été entraîné par des hommes méchants dans Terreur; mais, ramené à se corriger par la clémence divine, il reconnaissait le seigneur Alexandre comme pape catholique et lui promettait, comme à un père, la fidélité et le respeet (1). Quatorze jours après, les membres du concile qui étaient à Ravenne se transportèrent à Venise. La paix fut consacrée à Saint-Marc avec les cérémonies ecclésiastiques par deux prédications; l'excommunication fut solennellement prononcée contre tous ceux qui l'enfreindraient, et tous les ecclésiastiques présents, à l'ordre du pape et de l'empereur , éteignirent les flambeaux qu'ils tenaient à la main, en disant : « Ainsi soit il. »

Ce grand acte suspendait la lutte de l'empereur avec l'Église et avec les deux puissances italiennes du nord et du midi, plutôt qu'il n'était une paix solide et véritable. Le schisme était terminé et l'ordre rétabli dans l'église

(1) Pertz, Legcs, l\, p. 154

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