‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 106 sur 135 · PAIX ET TRÊVES DE VENISE · texte numérisé non relu

PAIX ET TRÊVES DE VENISE

par le maintien à pou près intégral des évoques des deux partis dans leurs sièges; mais la question, encore restée sans solution, de la possession des biens de la comtesse Mathilde, laissait subsister entre le pape et l'empereur une des causes politiques les plus importantes du conflit. Si le roi Guillaume pouvait faire exprimer sa satisfaction à Frédéric par l'archevêque de Salerne, Romoald, les recteurs des villes lombardes ne cachaient ni le peu de confiance qu'ils avaient dans les internions ultérieures de Frédéric, ni le mécontentement qu'ils éprouvaient à l'égard de ce qu'ils regardaient comme une trahison du pape Alexandre. Le pape triomphait sur le terrain ecclésiastique, sans rien gagner, en perdant peut-être même, au point de vue temporel. L'empereur n'abandonnait aucune de ses prétentions sur le terrain politique. Il restait, de fait, en possession des biens de la comtesse Mathilde, et il avait séparé ses ennemis un instant si étroitement unis contre lui. Ici, il l'emportait tout à fait. La victoire d'Alexandre III frappa cependant plus l'imagination par la démission de l'anli-pape et par la soumission extérieure de Frédéric. Les peintures faites plus tard à Sienne et le tableau qu'on voit encore aussi à Venise représentent le pape avec le pied sur le cou de Frédéric étendu tout de son long par terre; mais c'est une légende plus fidèle à l'idée que les masses se firent alors de la fin de la lutte qu'a la vérité historique elle-même. Les deux adversaires avaient désarmé de guerre lasse, mais ils restaient encore debout en face l'un de l'autre. Alexandre III, après une lutte courageuse de vingt années, allait retourner presque triomphant à Rome; mais ce n'était pas tout à fait un nouveau Canossa que Frédéric avait trouvé à Venise. Le pape, par l'Adriatique et, dans le royaume de Naples,

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par Troya et Benévent, rentra à sa résidence d'Anngni (14 décembre), mais pour n'y pas rester longtemps. Le chancelier Christian de Mayence, aussi ardent pour le rétablissement de la paix qu'il l'avait été pour la guerre, était chargé d'exécuter la sentence impériale portée contre l'anti-pape Calixte III. Il se mit en mesure d'agir dans Rome contre les partisans de celui-ci, qui voulaient tenir encore; l'anti pape s'enfuit dans le mont Albain, où il fut obligé bientôt de se démettre. Le sénat, le clergé et le peuple, qui formaient les autorités indépendantes de Rome, envoyèrent alors prier Alexandre III de rentrer. Ils lui promettaient sûreté pour lui et les cardinaux, restitution de l'église de Saint-Pierre et des régales, et ils consentaient à ce que les sénateurs lui promissent fidélité et service. Le 12 mars 1178, en effet, Alexandre III, sous la conduite du chancelier de l'empire, Christian, d'un comte allemand et de quelques troupes, se dirigea sur Rome. Il y fut reçu par les nobles, par le clergé et par le peuple, toutes bannières déployées, devant Saint-Jean de Laléran. Il fit, quelques jours après, les processions solennelles aux principales églises et fut couronné à Saint-Pierre (avril 1 178).

De son côté, après avoir raffermi son pouvoir dans le territoire de la Romagne et de la Toscane, et son influence dans les villes du Nord qui lui étaient restées fidèles, Frédéric repassa les Alpes occidentales par le mont Genèvre, mais pour donner aussi à la France et à l'Allemagne ridée qu'il revenait vainqueur. En effet, il se dirigea vers la ville d'Arles, capitale du royaume des deux Bourgognes, où il s'était préparé un vrai triomphe; et celte satisfaction ne lui manqua pas.

Depuis l'extinction des anciens rois nationaux et la réunion du royaume d'Arles à l'empire, nul souverain allemand

LÀ COUUONNE d'arles. 2G3

n'avait ceint cède couronne pour ainsi dire vacante. Aucun d'eux même n'avait pénétré si loin dans le royaume. Quoique les antécédents pussent parler en faveur de Vienne, c'est dan© la vieille ville romaine d'Arles que Frédéric voulut être couronné. Là, en effet, l'attendaient les archevêques d'Arles, d'Aix, de Vienne, tous les évêquessuffragants et un certain nombre, plus petit cependant, de princes laïques du pays. L'archevêque d'Arles, Raymond, lui ceignit solennellement devant eux la couronne d'Arles, dans la principale église de cette ville, et Frédéric y accorda les régales aux évoques présents, entre autres à celui de Diô et de Gap. L'empereur voulait renouer les liens, assez relâchés par le temps, de ce royaume à l'empire. Ce fut plutôt cependant une apparence qu'une réalité. Mais l'empire n'était-il pas un pouvoir d'opinion plus qu'un pouvoir de fait? De là, Frédéric remonta le Rhône; il traversa Avignon, Orange, où il donna aux évêques la protection des juifs, tint tribunal à Valence, signa à Lyon un diplôme en faveur de l'archevêque de Grenoble, passa à Dole, et prononça sur une querelle entre l'archevêque et les bourgeois à Besançon. Parvenu enfin, le 21 octobre 1178, dans la ville impériale allemande de Spire, il espérait recouvrer au moins en prestige dans l'Allemagne, ce qu'il avait perdu dans l'Italie (I).

(lj Das Verh. d. Kœnigs R. Burgund zu K. und /?. unter Fred. I" de Georg. Hïiffer; Parterb., 1874.

Retour de Frédéric en Allemagne. — Henri le Lion mis au ban de l'empire; son exécution; son exil. — Paix de Constance. — (1178-1183.)

Lorsque l'empereur Frédéric remit le pied en Allemagne dans l'automne de l'année 1 1 78, Henri le Lion était le principal, sinon le seul objet de ses préoccupations. En investissant Léopold V d'Autriche de son duché, après la mort de son père Henri, Frédéric était entré dans des relations d'autant meilleures avec lui, que l'interminable affaire de l'archevêché de Salzbourg avait pris fin. En Bohême, Barberousse n'avait plus été satisfait de sa créature Sobieslas II, qui était plus remuant qu'habile. D'Italie déjà, il avait lâché contre lui un fils de Wladislas II, nommé aussi Frédéric, qu'il avait tenu en réserve. Après avoir, sous un prétexte futile, déposé le premier, il fil soutenir le second par le duc Léopold d'Autriche et par Otton de Wittelsbach. La volonté impériale ne devait-elle pas faire loi aussi en Bohême, et l'empereur n'avait-il pas besoin de vassaux sur lesquels il pût compter, en cas d'une lutte à prévoir contre Henri le Lion, duc de Saxe et de Bavière? ce fut déjà une victoire pour l'empereur que son protégé, le bohémien Frédéric, entrât victorieux dans Prague, et un pronostic fâcheux pour le défectionnaire Henri le Lion.

Cependant, oublieux, en apparence, de l'abandon de son ancien ami, Frédéric semblait continuer à ménager celui sur l'attachement duquel il avait fait reposer

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