RETOUR DR FRÉDÉRIC EN ALLEMAGNE
longtemps le succès de sa politique entière. Au moins ne rallaquait-il que sous main, par voie indirecte, avant de le frapper. Ainsi, la paix de Venise, en ce qui regardait les évoques schismatiques de Saxe, n'avait pas été, et sans doute avec intention, favorable à Henri le Lion. Le chapelain de celui-ci, Baudoin, avait été éloigné de l'archevêché de Brème en faveur de l'ascanienGoUfried; et Gero, l'évoque schismatique, éloigné de Halberstadt, en faveur de son ancien possesseur Ulrich. C'était jeter, avec ces puissants personnages ecclésiastiques, des ennemis redoutables aux jambes de Henri le Lion. Après un schisme aussi long, on comprend en effet quels embarras devait créer le remplacement d'un évoque par un autre, surtout lorsqu'il s'agissait de principautés ecclésiastiques aussi considérables que celles de Halberstadt ou de Brème. Ce n'étaient pas seulement les prêtres consacrés par le schismatique qui se trouvaient menacés dans leur état, c'étaient tous lesfeudataires qui avaient reçu de celui-ci des biens en fiefs, quelquefois même le seigneur qui avait souvent disposé de ces fiefs à son profit et qui les perdait. L'état des personnes, des propriétés, les droits suzerains étaient bouleversés.
L'évêque Ulrich de Halberstadt l'avait bien montré dès sa rentrée en possession. Il s'entendait, en effet, avec les nombreux ennemis du duc Henri le Lion; il lançait contre lui l'excommunication, et il élevait, malgré la défense et même les armes de celui-ci, la forteresse de Bischofsheim sur les hauteurs de Hopelsberg. L'empereur, il est vrai, intervenant déjà d'Italie pour apaiser l'orage, prêt à éclater, avait défendu à l'évêque Ulrich de terminer sa forteresse dirigée cependant contre un adversaire et un rebelle. Mais Henri le Lion avait un ennemi encore plus redoutable dans l'archevêque de Colo-
gne, Philippe de Heinsherg, chancelier de l'empire. Mécontent de voir l'autorité rigoureuse du Lion s'étendre de l'OsInhalie jusque sur les bords du Rhin en Westphalie, celui-ci prêtait main-forte, depuis son retour, à tous ceux qui se disaient opprimés des deux côtés de l'Elbe. C'étaient, entre autres, l'archevêque si puissant de Magdebourg, le margrave de Misnie, le comte d'Oldenbourg et les fils d'Albert l'Ours, Otto le margrave, Hermann, comte d'Orlamund et Albert, comte de Ballenstadt. Philippe de Heinsherg faisait alliance avec eux à Cassel pour abattre l'ennemi commun. Evidemment Frédéric minait sous main la puissance du duc de Saxe et l'entourait d'ennemis nombreux avant de l'attaquer.
Henri le Lion avait hâte sans doute d'éclairer sa situation. Il alla, dès le mois d'octobre, trouver l'empereur à peine de retour à Spire. Frédéric était passé maître en Fart de feindre; il reçut son ancien ami avec son affabilité d'autrefois; mais, sur les accusations que celui-ci porta contre ses voisins et contre ses vassaux, il l'ajourna à comparaître en janvier suivant (1179), àWorms, en diète, pour répondre aux plaintes que ceux-ci, à leur tour, portaient contre lui (1). Le Lion, était arrivé en accusateur; il devait revenir en accusé. Le duc de Saxe comprit.
La diète était nombreuse, en janvier 1179, à Worms. Les ennemis surtout de Henri le Lion, s'y étaient rendus. On y attendit vainement celui qui croyait au-dessous de sa dignité d'y comparaître en accusé. Il acceptait la lutte qu'il ne se dissimulait pas, sans doute, d'avoir provoquée trois
(1) Arnold, Lub,, II, 10. Imp. indixit apud Wormatiam, ducem tamen précipite ad audienkani illuc citaoit responsurum querimonii principum.