‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 109 sur 135 · HENRI LE LION AU BAN DÉ L'EMPIRE · texte numérisé non relu

HENRI LE LION AU BAN DÉ L'EMPIRE

Tous les évoques de la Saxe, ennemis pour la plupart de Henri le Lion, ceux de Brème et de Halbcrstadt, en tête, le chancelier de l'empire , archevêque de Cologne , et parmi les princes, le margrave Otto de Brandebourg, et le landgrave Louis de TIniringe étaient arrivés. Le Lion ne comparut pas encore devant celte assemblée d'ennemis. Peut-être eut-il tort. Dielrich de Landsbourg, frère du margrave de Misnie, qui avait souffert des ravages récents des Slaves redevenus ennemis de l'empire, dénonça à l'empereur ce qu'il appelait une trahison nouvelle, une autre perfidie de Henri le Lion (fraus et perfidie ejus primum imperatori détecta est) : à savoir que celuici aurait sous main poussé les Slaves contre les chrétiens et les Allemands. Après son refus de service contre les Lombards, après ses violences contre ses évêques, après l'oppression de ses vassaux, quel plus grand crime! On n'y pouvait croire. Dielrich de Landsbourg offrit de prouver son dire les armes à la main, dans un combat singulier. Henri le Lion resta immobile, lout près de Magdebourg où l'empereur tenait sa cour avec éclat, dans son château fort d'Haldensleben. Il refusa de comparaîlre en accusé devant ses ennemis et de combattre un vassal. Frédéric consentit à une entrevue ; elle n'aboutit point.

Redoutant une semblable lutte pour l'empire, ou ne s'y trouvant pas encore préparé, l'empereur ajourna encore, pour une troisième fois, son vassal à Kayna, cnlre Zeitz et Altenbourg, et il y vint accompagné des mêmes ennemis de Henri. Cette fois celui-ci argua que, né en Souabe, il ne pouvait être jugé ni condamné qu'au lieu de sa naissance; et l'empereur sans reconnaître cependant ce droit, l'ajourna une dernière fois si non en Souabe, au moins à Wurlzbourg pour le mois de janvier

de Tan 1180 (1). Tant de longanimité ne saurait s'expliquer par la seule puissance de l'homme qu'il fallait attaquer. Il faut se souvenir que cet homme était l'allié du Danemark, le gendre du roi d'Angleterre, Henri II, et que Frédéric pouvait toujours avoir quelque chose à craindre de son puissant voisin, le roi de France, quand il avait à faire chez lui.

En attendant la guerre commença, et quelle guerre! Les détails font connaître quels étaient encore les mœurs de ce temps. Les chroniqueurs semblent trembler d'effroi, en les racontant : « Au printemps » disent-ils, « les oiseaux n'avaient point chanté et les lèvres des prêtres, glacées par le froid, avaient pu à peine, le jour de Pâques, faire entendre les chants de la résurrection. Pour achever de jeter l'épouvante dans les esprits, la terre trembla. » Les Saxons étaient dans l'attente d'une grande catastrophe, quand le duc de Saxe Henri, partit au mois de septembre 1 179, pour tirer vengeance des ravages que l'évêque de Halberstad! avait commis sur ses terres. L'ancien croisé apparut en effet devant la ville épiscopale qui était ouverte et y jeta ses soldats pour la mettre à sac. Au milieu du pillage, selon une habitude invétérée, et malgré les canons ecclésiastiques, l'incendie s'alluma, on ne sait comment; l'église de Saint- Etienne et Sainte-Marie, où cinq cents prêtres et moines étaient, flamba. Devant cette catastrophe, devant ces ruines, ces ornements d'église et ces reliques entassés, le convertisseur des Slaves, dit la chronique, pleura. Satan, dit-on, avait fait le mal. Henri n'en mit pas moins la main sur l'é-

(1) Arn., Lubeck, 1T, 16. Quartam ad hoc curiam rogatu principum ei indixit. — Ibid. : Dicens se de Suevia oriundum non posse damnari nisi in terra nalivitalis suss.

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