HENRI LE LION AU BAN DE L'EMPIRE
vêque Ulrich, relire avec des reliques dans son palais et il l'ernmena prisonnier à la chaîne avec beaucoup d'autres (1 ) .
Aussitôt l'archevêque Philippe de Cologne partit du Rhin, et l'évêque de Magdebourg Wichmann partit de l'Elbe, le premier, avec quatre mille hommes, dont deux ducs et huit comtes. Ils rejoignirent Louis de Thuiïnge et d'autres princes, devant le château d'IIaldenslehen, élevé dans les marais et les tourbières de l'Ohre pour surveiller toute l'Ostphalie. Bernard de La Lippe, un des vassaux du Lion, chargé de le défendre, fit mettre le feu par des mines souterraines aux: tourbières, pour consumer les machines de siège. La rigueur de la saison, l'orgueil de Philippe de Cologne qui indisposa les autres assiégeants, la fureur inspirée aux habitants qui se soulevèrent contre les Brabançons, brûleurs de villages et de couvents, sauvèrent la forteresse. Henri le Lion sortit alors des châteaux où il s'était blotti et poursuivit de tous côtés ses ennemis, qui s'en retournaient chez eux. Il leur donna la chasse et cette fois il ne se fit faute de jeter les Slaves-Wendes d'au-delà de l'Elbe sur le territoire de l'archevêque de Magdebourg, au risque de voir plus loin, les Slaves-Obotriles se précipiter sur l'évêché de Sclnverin, où ils massacrèrent en effet soixante-dix-huit prêtres. Résultat naturel au dehors des discordes intérieures de l'empire! L'Allemagne et le christianisme au delà de l'Elbe reculent de nouveau.
Au milieu du mois de janvier 1180, Henri le Lion ne comparut point à Wurtzbourg. La plupart des princes et évêques présents y consentant, Frédéric, selon son droit, le mit enfin au ban de l'empire avec perte de son duché
(1) Raumer, Regestr., p. 244, nos 1470-73.
de Saxe et de tous ses bénéfices (1), s'il n'avait fait soumission dans un délai de trois mois. Le délai expiré et employé par Henri à se fortifier, l'empereur, au milieu des mêmes princes, réunis encore autour de lui à Gelnhausen en Saxe, applique la sentence. Aux dépens d'Henri ci-devant duc de Saxe et de Bavière, il adjuge la Westphalie, son territoire, et les anciens droits du duché jusqu'au Weser, à l'archevêque de Cologne, Philippe de Heinsberg, et il donne à Bernard d'Annal t, le dernier fils d'Albert l'Ours, héritier du comté d'Orlamund, tout le reste du duché, l'Engrie et l'Ostphalie, situées entre le bas Weser et le bas Elbe, à la réserve des droits usurpés récemment par Henri le Lion sur les évêques et les comtes vassaux de l'empereur, mais avec -le titre de duc. Après avoir favorisé la grande féodalité, Frédéric se retournait maintenant contre elle. Sa sentence aboutissait au morcellement, à la destruction de ce vieil et ancien duché, de cette antique nation saxone, qui avait joué un rôle si considérable dans la vieille Allemagne. Henri le Lion en avait fait récemment une puissance indépendante et considérable, en rendant son autorité partout également dominante et en pesant de là sur la Slavie du Nord. Cette puissance n'existait plus.
Tandis que l'empereur s'en retournait à Worms pour préparer la mise à exécution de la sentence, Henri le Lion voulut protester contre elle, avec le comte de Schwerin et le comte Adolphe III de Holstein. Il marcha sur Goslar, clef de la haute Saxe, où Louis de Thuringe était resté avec une partie des comtes saxons rebelles. Il ne put prendre la ville; mais, après avoir incendié
(1) Arn., Lub., L. c, II, 10. Proscriptione publica dijudicatus et ducaku et omnibus beneficiis careat.