EXÉCUTION DE HENRI LE LION
Revenu à Erforlh, Frédéric investit l'archevêque de Brème, Siegfrid, encore un ascanien, frère d'Ollon de Brandebourg et de Bernard d'Anhalt, de la ville et du château de Stade, autre dépouille du condamné. Henri le Lion, dans le triste hiver de 1180, se voit réduit à llaldensleben, à Brunswick et à Lubeck. Son allié, Waldemar II, voyant s'approcher Frédéric, l'abandonne tout à fait, Les Slaves n'étaient hommes ni à défendre celui qui avait travaillé à leur soumission ni à se battre, s'il y avait danger; Henri demandait encore une diversion de son beau-père, Henri II d'Angleterre, et du jeune roi de France, Philippe- Auguste, qu'il faisait assurer de son amitié. Mais il apprit bientôt que des envoyés du roi de France et du comte de Flandre sur le Rhin assuraient Frédéric de leurs intentions pacifiques. La diplomatie habile de l'empereur l'emportait. La campagne de 1181 devait être décisive.
L'archevêque de Magdebourg, Wichmann, aussi bon guerrier que lin politique et habile administrateur de ses domaines, et le nouveau duc de Saxe, Bernard d'Anhalt, se tournèrent avec leurs vassaux contre la forteresse d'Haïdenslcben, que défendait encore Bernard de la Lippe, le vassal du Lion. Celui-ci avait détourné l'Ohre et un ruisseau du pays, de manière à entourer complètement d'eau la forteresse. L'archevêque Wichmann donna le conseil de resserrer, par des digues, les eaux de l'Ohre et des marais; celles-ci ne trouvant plus d'écoulement, montèrent, dépassèrent les murs, se répandirent dans la ville et obligèrent les habitants à habiter dans les greniers et à faire le service militaire eh barques. Après trois mois, les assiégés ne parlant pas de se rendre, Wichmann, à son tour, fit équipper une flottille de bateaux et entra vainqueur dans la ville par dessus ses murailles. Haldensleben lui resta.
276 CHAI'ITKE XXI. — FRÉDÉRIC BAKBEROUSSE.
L'empereur partit alors du manoir paternel de Hohenstauffen, pour en finir en Saxe. Chemin faisant, il rallia aux vassaux fournis par les évêques et abbés du pays, ceux que lui amenaient Bernard d'Anhalt et Otto de Brandebourg, les fils d'Albert l'Ours, et il se dirigea sur Brunswick, la capitale de son ennemi. Une partie des évêques et abbés avec leurs chevaliers, restèrent pour la surveiller et ravager tous les environs. Pour lui, avec les princes laïques, tandis que le Lion était à Magdebôurg, il se dirigea au nord, à travers le pays boisé de Lunebourg, laissa également, sans l'inquiéter, Mathilde, la femme de son ennemi, réfugiée dans une forteresse, emporta Bardewick, alors florissant, passa l'Elbe et marcha sur Lubeck, tandis que son adversaire, débordé, descendit l'Elbe en fugitif. Cette marche hardie en pays slave décida la campagne. Lubeck, à l'embouchure de la Trave, était la capitale de la nouvelle domination allemande établie par Henri le Lion dans ce pays. Le roi de Danemark, Waldemar II, les Holsteinois et le duc de Poméranie, Bogeslas, avec les Slaves vinrent par mer et par terre, prêter main forte contre celte ville à l'empereur. Les Lubeckois, sans espoir de résister, demandèrent le passage libre de leurs envoyés pour obtenir de Henri le Lion la permission de se soumettre. Frédéric leur laissa le droit, les privilèges, les libertés et le territoire dont ils étaient en possession et le vainqueur entra dans la ville.
Le malheureux guelfe, sans espoir, errait entre Stade et Lunebourg, respecté par ses vassaux défectionnaires quand il était rencontré. Il eut l'envie, qu'il abandonna bientôt, de demander un sauf-conduit dans son ancien duché, pour aller trouver Frédéric; puis, découragé mais non poursuivi, il revint à Nordheim où il fit des fondations pieuses