EXÉCUTION DE HENRI LE LION
pour apaiser son âme ulcérée. Quand il apprit que l'empereur, dans une grande dièle àErfurlh où se trouvaient tous les évêques et princes saxons qui lui avaient obéi, réglait, selon les résolutions précédentes, toutes les affaires de la Saxe, il sentit que tout élait perdu et, comptant sur les souvenirs d'une ancienne amitié, il partit pour la diète. Devant la solennelle assemblée, il tomba sur les deux genoux aux pieds de l'empereur. Frédéric le releva en pleurant : « C'est toi, » dit-il, « qui l'as voulu. » Il ne pouvait plus rien changer à ce qui était fait, ayant juré de ne jamais rétablir Henri en son ancien état sans le consentement des princes. Il prononça donc contre lui une sentence de bannissement qui ne prendrait iin que sur son ordre exprès; et il lui laissa la possession de Lunebourg et de Brunswick. Tandis que le vaincu partait avec sa femme et ses enfants pour l'Angleterre, Frédéric acheva sa tâche en obtenant de tous les princes le serment de conserver la paix dans un pays qui en avait été si longtemps privé, ainsi que dans tout le reste de l'Allemagne (ann. 418%, omnes principes regni Teutonici, pacem se servaturos juramento confirmât).
La paix non seulement en Saxe, mais partout, au-delà comme en deçà des Alpes, tel parut être, à celte époque, le but de Frédéric, après trente ans déjà de règne et tant de guerres 1 combien son ambition, incapable de renoncer à aucune des prétentions qui avaient tourné, l'une après l'autre, l'Italie et l' Allemagne contre lui, rendait celte lâche difficile ! Sa diplomatie se montra au moins bien habile, en la poursuivant, à sauver l'honneur et la puissance de l'empire ! On n'a pas assez apprécié ce souverain sous ce rapport.
Après la soumission de Henri le Lion, c'étaient l'héritage de la comtesse Mathilde et les rapports définitifs de l'em*
pereur avec les villes italiennes qu'il fallait régler; car l'expiration de la trêve de six ans approchait. Sans cela, n'y aurait-il pas toujours lutte entre l'empire et la papauté, entre l'Allemagne et l'Italie? Selon sa coutume, Frédéric traita séparément avec ses deux adversaires et chercha à les diviser môme dans les négociations, pour en avoir meilleur marché; c'est ce qui l'empêcha peut-être d'atteindre complètement le but de la paix.
Il n'y avait plus entre la papauté et l'empire qu'une question de propriété territoriale. Les deux puissances semblaient disposées à s'entendre. Frédéric, qui occupait et gardait provisoirement la Toscane, la Romagne et le duché de Spolète, avait, en partant, chargé le fameux Christian de Mayence de maintenir et de défendre au moins Alexandre III à Rome et dans le patrimoine de Saint-Pierre. Christian s'y était si bien employé qu'il s'était fait prendre quelque temps prisonnier par les ennemis du pape. Mais il n'avait pas réussi dans sa tâche, et Alexandre III, qui avait défendu avec tant d'énergie la liberté de l'Église et contribué à la libération de l'Italie, après avoir erré de Tusculum à Vilerbe, mourait (30 août 4181) à Citladi Castello, presque comme Grégoire VII, dans une sorte d'exil.
Mais, à sa place, Hubald, cardinal d'Oslie, chargé des plus importantes négociations pour la paix de Venise, était élu sous le nom de Lucius 1 1 1 (6 septembre 1181). Celui-ci s'était toujours montré favorable à l'empire; très conciliant par caractère, il était si disposé à conclure la paix qu'il voulut avoir une entrevue personnelle avec l'empereur. Frédéric Barberousse envoya, en effet, dès le mois de mars 1182, au nouveau pape retiré à Vellelri, l'archevêque de Salzbourg , Conrad de Wiltelsbach, si connu dans 1 histoire de ces luttes. Celui-ci avait mission de