PAIX DE CONSTANCE
proposer an pape, en retour des biens de la comtesse Mathiklc et autres possessions en litige, le dixième des revenus impériaux en Italie pour le Saint-Siège, et le neuvième pour les cardinaux. Frédéric croyait faire là au pape une grande concession, afin d'isoler les Lombards. Mais, pour l'Eglise alors, sacrifier une souveraineté, une propriété, en vue d'un revenu aléatoire, à la discrétion des événements et même du débiteur, n'était-ce pas une duperie (1)? Lucius III, bien qu'il fût alors hors de Home et dans une situation bien précaire, refusa le marché. Il ne voulait pas, disait-il, abandonner les Lombards; « n'était-ce pas même les trahir que de faire la paix à la condition d'un tribut qui entraînait leur soumission. » L'archevêque de Salzbourg rapporta la nouvelle de ce refus, à la fin de l'année 1182, en Saxe ; Frédéric se retourna alors du côté des Lombards et renoua avec activité ses négociations avec eux, pour en finir de ce côté et isoler au moins la papauté. C'était sa méthode ordinaire. Au commencement de l'année 1183, trois plénipotentiaires impériaux, Anselme, évoque d'Asti, le margrave de Savone, Guercia, et frère Thierry de Silva Benedicla, vinrent offrir, pour base de paix aux « Lombards rebelles », la renonciation de l'empereur à l'exercice des droits régaliens, c'est-à-dire au choix des consuls, au service militaire et aux jugements, qui avaient été, en effet, à Uoncaglia, la cause du conflit (2). Ils rencontrèrent à Plaisance les négociateurs lombards, et, après un séjour d'un mois en celle ville, en mars, ils rapportèrent les contre-propositions lombardes, à Nuremberg. Comme il arrive toujours en pareil cas, l'empereur ayant offert le
(l) Voir Schefler-Boichorst, — Die lelzte streit Friedenchs mit lier curie. — (2) Ficher, Zur Gesch. d. Lomb. blindes.
moins, les Lombards demandaient le plus, et surtout le droit de s'associer entre eux. Pendant les allées et venues, Frédéric profila habilement encore de la crainte où étaient quelques villes, qu'on traitât sans elles pour les détacher de la ligue par une paix séparée. Parmi elles était la ville d'Alexandrie, qui avait été déjà précédemment la pierre d'achoppement de la paix. Ce qui coûtait surtout à l'empereur, c'était de comprendre, parmi les villes de la ligue, cette cité qui portail le nom de son ancien adversaire et devant laquelle il avait échoué. Les habitants des bourgs qui s'étaient réunis dans ses murailles héroïques consentirent, à Nuremberg, le 14 mars, pour ménager l'orgueil du despote, à recevoir de lui le nom de Césarée; à la faveur de ce baptême impérial, ils jurèrent fidélité à l'empereur et à son fils, et obtinrent le droit de choisir des consuls qui auraient l'investiture impériale et jouiraient de la protection de l'empire contre leurs voisins. La paix générale suivit de près, grâce à des concessions réciproques.
Selon les formalités qui avaient été convenues à l'avance, le 30 avril, dans l'église de Saint-Anlonin, à Plaisance, après la célébration d'une messe, les trois plénipotentiaires impériaux et les recteurs de la ligue, ainsi que les consuls ou podestats des principales villes, prêtèrent à la paix le serment qui devait être renouvelé en Allemagne par l'empereur, par son fils Henri, par les grands princes laïques et ecclésiastiques de l'empire, et, en Italie, tous les dix ans, par tous les citoyens des villes intéressées, de quinze à soixante-dix ans. D'après la teneur de la paix, l'empereur recevait en grâce les seigneurs et villes rebelles, et, dans l'attente de leurs bons services, il les assurait de son amour et de sa foi. Il accor-