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CHAPITRE XIX. — LOTHAIRE DE SAXE

France avait, à l'époque du concordat de Worms, entraîne l'Allemagne, non sans avantage pour celle-ci, dans le couranl dominant de ce temps (1). Pour la première fois peutêtre, avec Honorius II et Lolliaire, un pape italien et un roi allemand vivaient en une aussi étroite et constante amitié. La femme de celui-ci, Richenza, que les évoques appelaient « la mère des pauvres du Christ », participait à celte bonne entente. Quoiqu'il fût, pendant quelque temps encore, en désaccord avec l'archevêque de Cologne et avec Bruno, évêque de Strasbourg, Lolliaire prenait conseil de l'archevêque et chancelier Albert de Mayence, de Conrad, archevêque de Salzbourg, du vénéré Otto de Bamberg, le courageux missionnaire des Slaves; et les progrès de la civilisation chrétienne reprenaient leur cours.

En eiïet, la riche congrégation d'ilirschau fondée dans le midi de l'Allemagne, à l'exemple de celle de Cluny, au siècle précédent, se corrompant grâce à ses richesses, l'ordre de Citeaux et celui de Prémonlré venaient arrêter cette décadence. Prémontré, alors fort en vogue, donnait un archevêque à la ville toute saxonne de Magdebourg, le célèbre Lorrain Norbert, en 1126. Arrivé avec une colonie de moines, étrangers austères et pratiques, celui-ci se vit, un jour, assiégé par les habitants de Magdebourg mécontents et révoltés ; il dut se réfugier, poursuivi et blessé au milieu des siens, dans la tour fortifiée d'un monastère, et fut obligé de fuir. La ville rappela cependant, au bout de six semaines, son austère prélat qui la reçut à pénitence (2).

(1) Voir au volume précédent le règne de Henri V. — (2) Ann. Sax. ad ann. 1129. Menk II I, p. 382. Georg. Torq. Ser. pont, eccles. Magdeb. : Quos demum sex Septimanis ef/luxis jjœnUentcs absolvil et in numerum suorum fidclium resliluit.

24 WELFEN ET WIBLIIVGEN (GUELFES ET GIBELINS).

Dès lors, Norbert tout puissant releva l'évêché de Havelberg en décadence sous les empereurs franconiens, en y envoyant Anselme, un de ses disciples; et il reprit la conversion abandonnée des Wendes, tandis que l'archevêque de Brème, saisi d'une sainte émulation, envoya chez les Wagriens et les Obotrites, dans le Holstein et dans la Slavonie, jusque vers la future Lùbeck, à la tête d'une mission, un moine allemand de Hameln, Vicelin, qui avait été d'abord éclairer et réchauffer son zèle en France et qui était grand fondateur d'écoles et habile professeur (1).

Celle politique de réforme et de missions chrétiennes devait venir à bout de l'entreprise de l'anli-roi Conrad.

Dès le mois de janvier 11 28, celui-ci avait passé les Alpes dans l'espoir de relever, en Italie même, sur le champ de bataille des anciennes querelles, la puissance qui lui échappait en Allemagne. A son arrivée, l'archevêque de Milan, toujours puissant en Lombardie, le prend, le fait couronner roi d'Italie une première fois à Monza (29 juin), une seconde fois à Saint-Ambroise de Milan. De là, Conrad prétend aller recueillir en Toscane la part de l'héritage de la grande comtesse Malhilde qui lui revenait de la succession franconienne. Mais aussitôt le pape Honorius II, grand ami de Lolhaire, l'excommunie, lui et ses adhérents; un concile d'évêques italiens, réunis à Pavie, en fait autant. Condamné par le pape, ballotté par les petits princes, par les évêques, par les municipes rivaux les uns des autres, ne sachant auquel entendre, conférant des privilèges et ne recevant aucun concours sérieux , Conrad, pauvre et sans suite, errant d'un lieu à l'autre,

(1) Helm., I, ch. xlh : la revendis scholis vir valde idoneus eura'.or clwri, eruditor juvenum*

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