Tome IV
d'unir plus étroitement encore l'Italie et l'Allemagne, mais aussi de frayer aux Hohenslauflen cette voie à l'hérédité qui avait toujours été l'objet de l'ambition de Barberousse et des plus puissants empereurs allemands.
Ces actes, on le sent, n'étaient point faits pour rapprocher le pape et l'empereur. On répand le bruit qu'Urbain III suspend de sa dignité le patriarche d'Aquilée, qui avait à la fois, à Milan, usurpé sur les droits de l'archevêque de cette ville et sur ceux du Saint-Siège. Le pape élu, Urbain III, n'avait pas encore, en effet, déposé son litre d'archevêque à Milan, où il était si nécessaire à l'empereur d'avoir un homme dévoué (virum uiilem). Pour répondre à ce bruit, Frédéric se dispose à réunir les soldats allemands et ceux des villes qu'il a gagnées, afin de satisfaire sa haine et celle de Milan contre Crémone. Alors le nouveau pape interdit aux villes d'Italie de mettre leurs soldats en mouvement et menace d'excommunication les évoques qui prêteraient main- forte à Frédéric (I). De toutes manières il s'efforce de faire face à Frédéric et, disent les impériaux, « d'humilier la dignité impériale » (â)'. En effet, de Vérone, où il est presque bloqué, agissant en Allemagne comme en Italie, il cite à comparaître devant lui les deux compétiteurs à l'archevêché de Trêves, troublé par un double choix : il se déclare pour Folmar, opposé à l'empereur, et il le consacre. Guerre pour guerre! « Le monde presque tout entier, déjà agité par différents motifs, est ébranlé à ce coup (fere totus mundus, dlversis em&tgewtihm causis, ex hoc facto corn-
(1) Ep. Wichmann d. Ludwig, rel. mag., 2, 447 : Tarn nunciis qnam litteris, ne episcopi adjutorium facerent. — (2) Gest Trevir. : P. omnibus viribus laborabat quando imperatoris dignilatem liumiliaret.
motus est). » La lu lie recommence; elle est enlamée avec vigueur par l'empereur et surtout par son fils.
Frédéric, à la tête des milices italiennes, autrefois ses ennemies, marche (juin 1186) contre Crémone si éprouvée par la forlunc; la ville demande grâce, à son approche, et perd les acquisitions qu'elle avait précédemment faites. Le roi Henri, en Toscane, gravit, avec les nobles ses partisans, le sommet que couronne la petite et courageuse ville de Sienne et la prive de ses privilèges. De là il pousse jusqu'à Orvieto, l'assiège sur son roc presque à pic, rallie à ses pieds les Frangipani et les barons romains qui viennent l'y joindre el, avec eux, se jette sur le patrimoine de saint Pierre. Les évoques qui tenaient pour le pape y sont maltraités; celui d'Osimo, entre autres, est chassé de la présence de Henri à coups de poings. Les barons et les villes du territoire, effrayés, prêtent hommage, pour éviter le pillage. La souveraineté pontificale semble anéantie dans Rome et autour de Rome. Un comte allemand est laissé à Spolèle pour surveiller le pays « et l'Église romaine est réduite à la mendicité ».
La papauté cependant paraît devoir trouver dans le nouveau pape un autre Alexandre III. Inquiet jusque dans la ville de Vérone qui lui sert de refuge, Urbain III négocie, pour se préparer un nouvel asile soit à Venise soit à Ferrare. En attendant, pour défendre, dit-il, « la constitution divine et la liberté de l'Église, » il ordonne à l'élu de Trêves, Folmar, qu'il consacre, de se rendre dans son diocèse et il lui prépare un refuge auprès de l'évêque de Metz, s'il n'est pas reçu chez lui. Puis, généralisant la querelle, pour intéresser l'Église allemande à sa cause, il conteste à l'empereur tous les droits dont celui-ci s'était emparé sur elle : ce n'était rien moins que le droit de
s'emparer des dépouilles et biens meubles (mobilia) des évoques à leur mort, celui de faire toucher les dîmes par les baillis d'église et de percevoir les régales (usum regalium) pendant la vacance des sièges. Par là, disait le pape, les nouveaux prélats, à leur entrée en charge, dénués de ressources, sont contraints pour vivre, d'agir en ravisseurs, « necessitate raptores injusti videantur ». Enfin, Urbain IIE suscite contre l'empereur, en Allemagne, un nouvel Henri le Lion, mais cette fois dans l'Eglise même, en la personne de Philippe de Heinsberg, archevêque de Cologne , autrefois l'un des plus dévoués serviteurs de Frédéric (I).
Ce Philippe de Heinsberg, dont les domaines s'étendaient en Weslphalie et sur la rive gauche du Rhin, élail , on le sait, un prêtre fait homme d'armes (totus de pontifice translatus in militem), « tout mêlé aux choses séculières et militaires et tendant plus à la gloire du siècle qu'à celle de Dieu (2). » Après les services qu'il avait rendus à Frédéric, il n'avait pas oublié l'injure qu'il avait essuyée à la grande fête de Mayence. En voyant le fils de Frédéric élevé à l'empire, il ne s'était pas caché pour dire qu'on ne pouvait obéir à deux maîtres; et il avait regimbé sous l'autorité d'un jeune homme d'ailleurs dur et insolent en Allemagne comme en Italie. Au couronnement de Milan, on ne l'avait point vu. Malgré la surveillance dont Vérone était l'objet et malgré la garde des passages des Alpes, il correspondait avec le pape. Nommé par lui légat en Allemagne, et dési-
(1) Ann. mag., 195 : Urbanus papa litteris et nuntiis suis concitaverat. — (2) Ann. Cat. Ep. Colon. : Ncgociis secularibus ac bellicis implicatus magis et glorix qu% ad seculum quam et ad Deum atientus.
reux de revêtir ses rancunes el ses ambitions personnelles des couleurs de l'intérêt de l'Église, il se fait l'écho du pape contre l'exercice du droit de dépouilles et des plaintes des évoques contre leur appauvrissement. Ses suflraganls font chorus avec lui. Bientôt Folrnar, l'archevêque de Trêves, consacré par le pape et nommé par lui aussi légat en Lorraine, se met à agir de concert avec Cologne, du diocèse de Metz où il été a recueilli. Symptôme plus significatif encore! le pieux et pacifique archevêque de Mayence, Conrad, « dévoué à l'honneur de l'empire, » disait-il, « mais plus encore à celui de l'Église, » penche pour Philippe de Ueinsberg. Enfin, l'archevêque de Cologne se prépare des appuis laïques : il pouvait compter sur sa noblesse westphalienne, toujours dévouée à ses maîtres, sur les forteresses qu'il avait bâties au Rhin et au Weser. Le duc de Schauenbourg, Adolphe, son parent, et Louis de Wellin, Landgrave deThuringe, n'étaient pas indifférents non plus à sa cause; il cherche encore à y intéresser jusqu'aux rois de France et d'Angleterre.
L'empereur revient en toute hâte en Allemagne (août 1186). Après avoir intimidé les habitants de Trêves et l'archevêque de Metz, il mande Philippe de Cologne, son chancelier, à Kaiserslautern. Celui-ci, se posant en défenseur de l'Eglise, se plaint que par le droit de dépouilles « tous les biens meubles des évoques s'en aillent au fisc (1) )>. Frédéric répond qu'il ne saurait souffrir aucune diminution de ses droits dans l'empire. On se sépare. L'empereur rassemble à Gelnhausen trois archevêques et une foule d'évêques (episcoporum mullitudincm). Il ex-
(1) Arn , Lub., III, 17, 19: Onxnia mobilia in fiscum redigerentur.
pose devant eux lou* les griefs qu'il croit avoir contre le pape : « celui-ci s'allie avec tous ses ennemis et conteste à l'empereur des droits traditionnellement établis. Quoi! dit-il, le pape veut s'ériger en protecteur de l'Eglise. Mais lui, l'empereur, saura beaucoup mieux la défendre contre des impôts toujours croissants, destinés à nourrir les chevaux dans les écuries des cardinaux. Il ne souffrira ni l'oppression de sa personne ni la diminution de l'honneur de l'empire (1) ». Le vénérable Conrad de Mayence, convaincu par la parole impériale, propose donc aux évoques présents de rédiger et d'adresser au pape une lettre pour l'exhorter au respect des droits de l'empire. Elle est écrite, en effel, séance tenante. Des envoyés de Frédéric la portent à Vérone, de la part des évoques allemands.
Bien que stupéfait du changement des évêqueb (immiitatione episcoporumj dont il défendait la cause, Urbain III sait, heureusement pour lui, que Philippe de Cologne rassemble et conserve avec lui également les évoques de son diocèse, absents à Gelnhausen. Les envoyés de l'empereur s'en retournent donc sans avoir rien obtenu. Frédéric réunit alors une diète d'évêques et de princes, au commencement de 11 87, à Ratisbonne, pour en obtenir des secours contre ses ennemis. Mais, de leurcôté,Folmar,deReimsoù il s'est réfugié, excommunie les évêques de Verdun et de Toul, ses ennemis dans l'archevêché de Metz, et soulève ses partisans dans le diocèse de Trêves. Philippe de Heinsberg, à Cologne, passe aussi la revue d'une armée dans laquelle on voit le comte de Flandre et le landgrave de Thuringe avec près de quatre mille chevaliers. Frédéric se
(1) L. c. : Gravamen personx sux cl diminutionem honoris itmperii.
décide à l'emploi de la force. Il envoie une ambassade menaçante à Vérone et, accompagné des évêques et des princes qui lui sont fidèles, il passe le Rhin et arrive en Lorraine vers la Pentecôte de l'année 1 187, près de Toul, pour déjouer les intrigues que le puissant archevêque de Cologne pouvait ourdir en France. Heureusement pour lui, le roi d'Angleterre se trouvait alors en guerre avec le roi de France Philippe. L'empereur trouve moyen de faire alliance avec celui-ci il) pour se défendre contre leurs ennemis communs. Il détache décidément ainsi le duc de Flandre des rebelles. L'archevêque de Cologne et les bourgeois, effrayés, n'épargnent ni l'or ni l'argent pour accroître les fortifications de leur ville menacée et augmenter les garnisons des forts.
Déjà, en effet, à la voix de Frédéric, le comte palatin du Rhin, frère de l'empereur, le duc d'Autriche, Léopold V, même Louis, landgrave de ïhuringe, qui renvoie alors au roi de Danemark sa parente, qu'il devait épouser, se dirigent, avec de nombreux chevaliers des bords du Rhin, sur Worms pour marcher de là contre l'opulente Cologne. Dans le même temps, le fils de l'empereur, Henri, tout puissant aussi en Italie, réunit à San Donnino un congrès. Les archevêques de Ravenne, de Pise, les évêques de Reggio, de Mantoue, de Turin, d'Asti, d'ivrée, etc., les marquis d'Esté, de Montferrat, le comte de Lomellino, et les hommes de guerre allemands et bourguignons qui, pour lui, commandaient à Spolète et en Toscane, s'y trouvaient. Au milieu d'eux le roi Henri achète la vallée de la Stura du marquis de Saluées pour avoir un passage dans le
(1) Henri de Herrford : Frid. contra ipsum Philippum cum rege Francorum est confederatus.
royaume de Bourgogne el faire communiquer ainsi, par le Rhône, l'Allemagne el l'Italie, de sorte que l'empereur, au besoin, puisse lui prêter secours ou qu'il puisse lui en prêter lui-même. On voit là une des conséquences de l'union de la Bourgogne à l'empire.
Devant un tel déploiement de puissance des deux côtés des Alpes, l'archevêque de Cologne voulait résister, même s'il était seul. Pour le pape, malade à Vérone et bientôt à Ferrare où il se réfugia, il hésitait entre la soumission à faire et l'anathème à lancer, quand une nouvelle terrible pour toute la chrétienté, celle de la bataille orientale d'fliddin, où les défenseurs de la Terre-Sainte avaient été décimés, et de la prise de Jérusalem, conquête de la première croisade, éclate au milieu de toutes ces querelles anti-chrétiennes, et, délivrant de ses soucis le pape attéré, l'emporte dans la tombe (octobre) et change les dispositions de l'Europe entière.
La dernière croisade de Frédéric Barberousse. — Sa mort (1100).
Il ne fallait pas moins qu'une nouvelle aussi grave pour donner aux affaires d'Allemagne, d'Italie, de la chrétienté, une face nouvelle (faciès morbida refloruit). Les cardinaux, ne songeant plus qu'à leurs plus saints devoirs, laissèrent là toute autre pensée et élurent pape le chancelier de la curie, Albert de Morra, un pieux, un saint homme (vir sanclus, religiosus), el cependant apte aux
affaires, qui prit le nom de Grégoire Vin. « Ce monde corrompu, » dit la chronique de Magdebourg, « n'était pas digne de lui. » — « Le monde se réjouit d'autant plus, » dit un autre, « de sa promotion (1). »
Ce nouveau pape n'avait qu'une pensée : le recouvrement de Jérusalem, la croisade. En échangeant des lettres pacifiques avec l'empereur et avec son fils Henri, auquel il s'adresse comme à un souverain qu'il reconnaît, il envoie dans toute la chrétienté une circulaire où il présente la prise de Jérusalem comme un châtiment mérité, et exhorte les chrétiens au jeûne, à la pénitence et à la guerre sainte. Ce qu'il lui faut, c'est, « au milieu des querelles des chrétiens, une trêve de Dieu de sept années pour avoir des hommes, et la remise de la dîme aux débiteurs pour avoir de l'argent. » A sa voix déjà les deux républiques de Pise et de Gênes qui se disputaient la Sardaigne font la paix, moins peut-être cependant dans l'intérêt de la foi que dans celui de leur commerce en Orient. Quelque impression que la prise de Jérusalem fît sur le peuple chrétien, et malgré le respect qu'inspiraient les vertus de Grégoire V1I1, les souverains de l'Europe ne se montraient point si pressés de donner la main à la croisade. Les rois de France et d'Angleterre étaient trop peu sûrs l'un de l'autre pour songer à s'éloigner de leurs royaumes ; Frédéric ne voyait point son opiniâtre adversaire, l'archevêque de Cologne, animé des désirs de conciliation qui semblaient régner. C'est à lui, cependant, qu'incombait en premier le devoir de songer à la Terre-Sainte.
Désireux au moins d'en finir avec l'opposition ecclésiastique si dangereuse chez lui, Frédéric appelle son fils
(1) Rob. Aulissiod. 257 : Mundus audila promotiene lœlalus est.
Henri en Allemagne. Il projette avec le roi de France, Philippe-Auguste, entre Mouzon et Yvois, pour le mois de décembre, une entrevue si souvent mise en avant et si souvent remise. On y doit parler de croisade. En al tendant, Frédéric, de ce côté, obtient, ce qu'il désirait surtout, que Folmar, l'évêque élu de Trêves, associé à la révolte de Cologne, ne soit plus toléré en France par l'archevêque de Reims. C'était l'isolement de l'archevêque Philippe de Heinsberg. Pour gagner le pape, l'empereur envoie en outre l'ordre au préfet de Rome de recevoir Grégoire VIII dans ses murs. Mais celui-ci n'est pas plus heureux qu'Urbain. Il meurt en roule à Pise, le 17 décembre. Au moins, grâce aux ordres impériaux, le successeur de celui-ci nommé à Pise, un Romain, Clément III, après avoir Irailô avec Rome, fait-il la paix avec la république romaine. Plus heureux que son prédécesseur et conduit par le consul Léo de Monumenlo, le nouveau pape y entre triomphalement et relève, après quarante-quatre ans de séparation, le saint-siège à Rome, en reconnaissant, comme suzerain, les pouvoirs du sénat qui lui jure fidélité.
Réintégré dans Rome, désireux de satisfaire aux princes, à l'empereur et au roi (satis/acere principibus, imperalori et régi), Clément III n'avait non plus d'autre préoccupation que la paix dans la chrétienté et la croisade. Le cardinal d'Albano, qui avait été chargé déjà par Grégoire VIII de cette mission auprès des souverains du Nord, eut la gloire d'y réussir. Après avoir, sur les frontières de Normandie, près de Gisors, fait conclure (13 janvier 11 88) la paix entre Henri II d'Angleterre et Philippe-Auguste de France eu vue de la croisade, il repartit pour TAllemagne. Le grand obstacle à la paix et à la croisade était toujours l'affaire de Cologne. Le batailleur Frédéric Ier paraissait, sur ses vieux jours,
reculer devant l'emploi des armes dans l'empire. 11 venait encore de convoquer, inutilement d'ailleurs, à deux diètes, son ennemi Philippe de Heinsberg. Son iils Henri, de retour en Allemagne, était plus porté aux voies de fait. Mais il eut l'occasion de s'apercevoir, quand il requit des chevaliers pour entrer sur les terres de Cologne, que « tout le monde s'y refusait; il se relira mécontent (I) ». Enfin, une dernière dièle fut convoquée pour le 27 mars M 88, à Mayence, et le grand pacificateur et prêcheur de la croisade, le cardinal de Saint-Albano, y parut. C'est là que la réconciliation se lit entre l'empereur et l'archevêque, entre l'empire et le sacerdoce, et que la croisade fut décidée.
Comment résister au cardinal-légat d'Albano ! A travers les Flandres, à Mons, à Louvain, à Liège, il avait soulevé les foules en faveur de la croisade. Il trouva, à la diète de Mayence, qu'il avait, appelée à l'avance la diète du Christ, une foule presque aussi considérable que celle qui y était quatre années auparavant. Celte fois l'archevêque Philippe de Heinsberg ne put se dispenser de se rendre à l'appel. Il se purgea par serment des accusations portées contre lui et consentit à ce que la ville de Cologne payât amende à l'empereur et à la curie romaine. Mais c'était à la croisade que devait surtout servir la dièle du Christ. Vraie diète, en effet, tenue en son honneur! Frédéric se refusa, comme indigne, à la présider. La place du fils de Dieu était vide. On y lut une lettre pathétique écrite par le pape rentré à Rome. Les évêques allemands, chacun à. son tour, y prêchèrent la sainte expédition. L'évêquc de Wurtzbourg, Gottfried, eut l'honneur de décider le vieil
(!) Ann. Col. max.,7dl : Cum cuncli ci contradicerent, iratus recessit.
empereur dont l'ardeur belliqueuse se réveilla pour le Christ. Au moment où l'évoque avait arraché des larmes à son auditoire, Frédéric demanda aux princes s'il devait, dans l'intérêt de la chrétienté, prendre la croix, ou remettre son départ, dans l'intérêt de l'empire. « La croix ! la croix! » cria toute l'assemblée. Le souffle de la croisade emportait cette fois ces rudes hommes de guerre ou d'église, si souvent entraînés dans les querelles ecclésiastiques où ils oubliaient le Christ et vivaient sous l'anathème. Le cœur de Frédéric qui, jeune chevalier, avait déjà guerroyé en terre sainle et plus tard, empereur, avait si longtemps combattu le saint-siège et attiré sur lui ses foudres, ne résista pas.
Les poèmes de la croisade, nés comme elle en France, trouvaient maintenant des interprètes en Allemagne. Frédéric les avait entendus déjà à Mayence même. Pouvait-il mieux finir que par une croisade, au service du Christ, une vie si agitée par l'ambition politique? Son fils Henri, déjà couronné, resterait pour tenir sa place dans l'empire. A l'empereur de combattre pour Dieu. « Son âge, » dit Arnold de Lubeck, « ne l'arrêta pas. » Il se fit attacher la croix, tout en larmes, parl'évêqne de Wurtzbourg; un de ses fils cadets, appelé Frédéric comme lui, le landgrave de Thuringe, le margrave d'Istrie, les ducs de Bohême, d'Autriche, Berlhold de Zsehringen, margrave de Bade, les comtes de Hollande, de Berg, de Nassau, de Kybourg, de Juliers, etc., les évêques de Wurtzbourg, de Liège, de Mùnsler, etc., prirent la croix. « Celui qui ne la portait pas, » dit un contemporain, « n'était pas regardé comme un homme (1). » On compta en tout, à la diète seulement, treize mille croisés ;
(1) Riezler, Dcr Kreuzzug K. Fr. Ier.
DERNIÈRE CROISADE DE FREDERIC barberousse. 381
chacun devait posséder au moins 3 marcs d'argent; les plus riches portaient une brillante armure. Le rendez-vous fut donné à Ralisbonne pour le 23 avril de l'an 1 189, jour du belliqueux saint Georges.
Un souverain d'expérience, comme était Frédéric Barberousse, devait préparer sérieusement une croisade. Toute l'année fut, par lui, consacrée aux soins de laisser l'empire en paix à son fils Henri, et d'assurer aux croisés allemands la roule à travers l'Europe et l'Asie, pour qu'ils pussent trouver à temps, en Terre-Sainte, les deux rois de France et d'Angleterre qui devaient s'y rendre par la Méditerranée. La succession de Namur était vacante et disputée depuis longtemps. Frédéric l'assure contre 500 marcs, par lettres patentes, comme un margraviat, à Baudoin de Uainaut. Henri le Lion, quoiqu'il parût oublier sa grandeur passée dans la lecture des vieilles chroniques, pouvait être encore dangereux. Il y avait souvent querelle entre lui et Bernard d'Anhalt, pour le titre de duc de Saxe. Le vieillard dut partir pour un second exil, ainsi que quelques autres, en Angleterre, avec promesse de sécurité pour ses biens et pour sa femme Malhilde qu'il quitta et ne devait plus revoir (1). Frédéric lassait à ses ennemis le choix ou de partir avec lui, à ses frais, ou de s'exiler pour trois ans.
En même temps, Frédéric conclut un mariage entre son fils Frédéric de Souabe, son compagnon, et une fille du roi de Hongrie, Bêla III. Par là il s'assurait le passage et les vivres à travers les États de celui-ci. Une ambassade partit pour Constantinople, auprès d'isaac l'Ange, une autre pour Iconium dont le sultan Kilidj Arslan était l'ennemi de
(l) Arn.,Lub.,III, 20.
Sala-Heddin, le vainqueur de Jérusalem; une troisième fut envoyée à ce dernier pour lui redemander Jérusalem, et, s'il ne la rendait pas, pour lui déclarer la guerre. Enfin, Barberousse lit, tout à son avantage, la paix longtemps désirée avec l'Eglise. L'assurance et les conditions lui en furent apportées de Rome à Haguenau, en Alsace, par deux cardinaux, avec le bâton de pèlerin. Folmar, l'auteur de tant de troubles, malgré la défense qu'il essaya à Rome, était déposé; on dut faire un nouveau choix à Trêves dont les misères furent terminées. On ne mentionna ni la question des droits de dépouilles, ni celle des biens de la comtesse Mathilde ; on les laissa dormir. Mais le pape Clément MI promit de couronner prochainement à Rome le roi Henri VI et sa femme, ce qui était le prix réel de la sainte expédition de l'empereur, ambitieux pour son fils comme pour lui, et ce à quoi il tenait avant de partir.
Après avoir ainsi assuré la paix (omnia sua in firmissima pace fore conslituens) (1) et faisant en route mainte fondation pieuse, Frédéric Rarberousse arriva à Ralisbonne. Là il remit tous les droits souverains à son (ils Henri (tradidit regalia Hcnrico fllio sno), et à ses autres fils ce qui leur revenait, en Souabe, en Bourgogne, de dignités, de revenus. Il n'y avait pas à Ratisbonne autant de croisés qu'on avait espéré d'en voir. Un certain nombre, par opposition, prenait un autre chemin; les chevaliers de la vallée inférieure du Rhin s'embarquèrent, au nombre de quinze cents, à Cologne, pour l'Océan et ne dépassèrent pas Saint- Jacques de Compostelle et Lisbonne; Louis de Thuringe qui prit le chemin de l'Italie dut s'embarquer à lîrindes. D'autres avaient oublié leur serment, ou
(1) Cont. St-Blas., c. xxxn.
étaient retenus, comme Léopold V d'Autriche, par leurs affaires. Le chevalier poëte Frédéric d'Hausen a pour eux une strophe sévère. « Us croient échapper à la mort, » ditil, « ceux qui frustrent Dieu de leur service. Ils se préparent quelque chose de pire; ils le verront, à la fin, quand Dieu leur fermera la porte qu'il ouvre aux siens » :
Swanne im diu
Porte ist vor verspert Die er tuot uf tien
Liulcn sin.
Après avoir un instant hésité, tout étant préparé, plus de vingt mille chevaliers déjà arrivés, nombre de chamois et de bateaux rassemblés sur le Danube, Frédéric donna enfin le signal du dépari, W mai. Chemin faisant, il recueillit ù travers la Bavière et l'Autriche, en comptant les chevaliers et les suivants, à peu près cent mille hommes, au dire des contemporains. Le roi de Hongrie, Bêla, avec sa femme Marguerite, sœur de Philippe Auguste, vint le recevoir à Gran avec force compliments et présents; et il assura le passage aisé et pacifique de cette grande masse, par dessus la Drave et la Save, puis le long du Danube, à Belgrade, jusqu'à Brandis (Branitschaw) (2 juillet), frontière de la Bulgarie, vassale de l'empire grec, où les difficultés commencèrent.
L'empereur Isaac PAnge, non prévenu peut-être par Frédéric, n'avait envoyé personne pour recevoir le grand croisé à la frontière. A travers la forêt de Bulgarie, le long de la Morawa, les habitants avaient fait des abattis d'arbres ; de loin, ils décochaient des flèches et enlevaient les traînards. Dans la Serbie, à Nissa, les trois princes qui y régnaient poussaient Frédéric à agir contre l'empire grec.
384 CHAPITRE XXI. — Frédéric barberousse.
Un cousin de l'empereur grec, Alexis, arriva à temps pour apaiser Barberousse. Le 30 juillet, la croisade, divisée en quatre corps, sous le commandement des princes et sous les bannières des évêques et des comtes, marcha en ordre de bataille, à travers les Valaques et les Grecs assez mal disposés. Ceux qui l'attaquaient et étaient pris, on les pendait « comme des loups », parles pieds, la têle en bas. A Sofia, où l'on arriva le 13 août, les habilants avaient fui. Les passes des Balkans, qui conduisaient de Bulgarie en Thrace, étaient hérissées d'obstacles et d'ennemis sur les hauteurs. On les franchit avec quelque peine et on arriva le 20 à Philippopoli, également vide.
Ici, autre surprise! Un envoyé de l'empereur byzantin vient annoncer au chef de la croisade qu'il n'aurait le passage libre qu'à la condition de livrer des otages et de promettre à l'empire grec la moitié des pays qui pourraient être conquis sur les Infidèles. L'emprisonnement de Robert de Nassau, qui avait été envoyé comme ambassadeur à Constantinople, en disait encore davantage sur les dispositions byzantines. Redoutant, en effet, une alliance de l'empereur allemand avec le prince serbe et avec le sultan d'tconium , ses ennemis en Europe et en Asie, Isaac l'Ange avait fait avec Sala-Heddin une alliance presque offensive et défensive qui prouve combien déjà les intérêts politiques, en Orient aussi, balançaient les croyances religieuses. Frédéric n'était sans doute pas instruit de cette dernière circonstance. Il entra dans Philippopoli et répondit à l'empereur que la délivrance de son ambassadeur prisonnier était la première condition des pourparlers ; puis, se remettant en marche, il dispersa l'avantgarde d une armée grecque qui venait pour le surveiller, se dirigea sur Andrinople qu'il trouva également vide,
s'étendit clans tout le pays d'alentour et envoya prendre et occuper les principales places voisines pour avoir au moins dans la contrée de bons et larges quartiers d'hiver.
On pouvait se demander si la croisade allemande n'allait pas s'arrêter et occuper le pays, qui était beau d'ailleurs et offrait abondance de toutes choses. L'empereur Isaac l'Ange le craignait fort. Les rois de France et d'Angleterre, assurait-il, lui avaient fait dire que Frédéric voulait prendre Conslantinople. On se rappelait que les Français avaient voulu le faire sous Louis VII. Les rapports des deux empereurs étaient fort tendus. Dans les échanges de pourparlers qu'ils entretenaient par ambassadeurs, ils se contestaient réciproquement, comme toujours; le titre d'empereur des Romains. Déjà Frédéric de Souabe était à Demotica et l'évêque de Wurlzbourg à Pcrbaton (Prowod) malgré les Cumans, les Alains et les Grecs qu'on chassait. L'empereur Frédéric concluait avec le prince des Serbes, derrière lui, l'alliance qu'il avait d'abord refusé de faire; et son fils Henri, qui était alors en Italie, reçut un jour l'ordre de rassembler une flotte pour se trouver dans l'Hellespont au mois de mars.
Le 5 février 1190, l'empereur allemand, après avoir laissé Andrinopoli en proie aux flammes, reprit sa marche en avant vers Conslantinople. Le jeune Frédéric de Souabe, qui ouvrait la marche, arriva, dispersant les Valaques, brûlant les villes résistantes qu'il trouvait devant lui jusqu'aux côtes de la mer, à Ménos. Non loin de Conslantinople, les croisés allemands, vivant en pleine abondance et en liberté, au milieu d'une population dissolue et amie du nouveau, oubliaient la croisade dans l'indiscipline et les délices, et rêvaient d'autres joies et une patrie nouvelle à Conslantinople et sur les rives enchantées du
Tomb IV. 25
Bosphore. L'empereur Isaac l'Ange, effrayé et averti par son beau-père, le roi de Hongrie, Bêla, s'engagea par serment prêté solennellement dans Sainte-Sophie, à accorder à Frédéric tout ce qu'il voulut pour le passage de Gallipoli à Sestos, sur l'Hellespont, soit quinze galères armées, soixante-dix vaisseaux de transport, cent quarante gros bateaux, des vivres assurés et dix-huit otages de race royale.
Le 1er mars, d'après ces conventions, Frédéric, à l'avanlgarde lui-môme, se remit en marche d'Andrinople. Malgré une forte pluie et un terrain détrempé, où il fallut laisser maints chamois, il arriva le 21 mars à Gallipoli, où il trouva quelques vaisseaux pisans et vénitiens. Le jeune Frédéric de Souabe, le premier, passa de suite (8$) sur les vaisseaux grecs au rivage asiatique, suivi bientôt des Souabes et des Bavarois. Un gros temps, le 27, interrompit l'opération; elle reprit le 28, jour où passa l'empereur lui-même, et elle fut terminée le 30. On s'aperçut que le nombre des croisés était un peu diminué; il. manquait surtout des chevaux et des bêtes de trait. Le 1er avril, l'Alexandre chrétien, qui se proposait de traverser en diagonale l'Asie Mineure et la sultanie d'Iconium, dont le souverain lui avait encore récemment envoyé une ambassade avec des présents, prenait la route du sud-est, et passait sans encombre, le célèbre Granique. Là un pays montagneux, coupé de quelques vallées fangeuses, le conduisit à Sardes. Inquiété seulement par des brigands grecs des montagnes, il entra le 21 à Philadelphie, la plus forte place des Byzantins dans cette région. Il y eut quelques querelles pour les vivres entre les croisésel les habitants. Le 23, en arrivant vers le sud-est, du côté des frontières de la sultanie d'Iconium, on vit les premiers escadrons des Turcs, et l'on se mit sur ses gardes.
Le chemin monlueux du Tmolus et ses torrents, les affluents du Méandre, les ruines de Tripoli-la-Petite et de fiiéropolis, guidèrent l'armée jusqu'à la fertile et luxuriante plaine de Laodicée, la dernière des villes grecques. Là commençait le territoire des Infidèles, où les croisés devaient rencontrer les plus grandes difficultés.
Le sultan d'Iconium, Kilidj-Arslan, avait traité avec Frédéric; mais, las du pouvoir, il venait de partager son territoire entre ses dix fils qui n'étaient point aussi sûrs. Frédéric donna l'ordre aux siens de respecter les maisons, les hommes et les bêles pour s'assurer le passage. Mais les escadrons de Turcomans arrivent et, dans un pays coupé de marais salins, hérissé de raides hauteurs, interrompu par des steppes arides, ils entravent la marche de la croisade ; nuit et jour, ils arrêtent les approvisionnements, interdisent aux fourrageurs et aux servants l'accès des champs ou des sources. Les chevaux, les hèles de somme, commencent à mourir d'inanition. Les vivres pour les hommes deviennent rares et chers. Frédéric, près de Sozopolis (30 avril), fait tète aux assaillants et en tue trois cents en plaine, Le 3 mai, il arrive à un défilé où, il n'y avait pas bien longtemps, une armée grecque avait péri. Les Turcomans l'occupent. Un prisonnier turc indique à l'armée un chemin qui tournait le défilé vers Philomélion, par des hauteurs où hommes et chevaux gravissent lentement et avec peine, tandis que le jeune duc de Souabe et le margrave de Bade, au péril de leur vie, couvrent les derrières. Nouvelles attaques, nouvelle pénurie de vivres ensuite à travers une nouvelle plaine! Le chevalier poète Frédéric von Hausen y périt. On commence à manger les chevaux et les mulets qui n'avaient point de nourriture, et on les fait cuire avec les selles et les traits, faute de bois.
La petite ville de Philomélion étant vide, on la brûle. Les croisés ne demandent plus qu'à combattre pour mourir au moins bravement , quelques uns se jettent par terre, les bras en croix, implorant la mort. Frédéric se dirige sur Iconium qu'une nombreuse armée était prêle à défendre, La croisade y trouverait au moins sa fin ou le repos.
Arrivé devant cette ville, le 18 mai au malin, Frédéric planta sa tente dans les jardins avoisinants du palais du sultan II ordonna à son fils Frédéric d'attaquer la ville avec les Souabes, tandis que lui-même il empêcherait d'avancer les ennemis qui tenaient la campagne. Le fils du sultan qui tenait Iconium, et le vieux Kilidj-Arslan luimême, essayèrent de conjurer une catastrophe. Mais les croisés voulaient en finir. Philippe de Souabe, à la tête des chevaliers, la plupart à pied, disperse les défenseurs qui se trouvaient devant lui, arrive près des portes, les fait briser à coups de hache, et pénétre dans la ville. Ceux qui n'avaient pas fui sont massacrés, femmes mêmes et enfants. Cependant l'armée du sultan avait attaqué Frédéric. Celui-ci et les siens reçurent les Infidèles aux cris de : t Christ est notre victoire ». Les évêques avaient revêtu leurs étoles pour recevoir la mort dans leurs vêtements sacrés. Les Infidèles ne tinrent pas, quoique bien plus nombreux, devant ces braves, exaspérés par la souffrance et par la foi. Ils s'enfuirent à travers les jardins et les vignobles. Frédéric put célébrer le soir ce triomphe avec son fils dans la ville ; tout y tomba au pouvoir des vainqueurs, moins ce qui avait été sauvé dans la forte citadelle qui dominait la ville.
Iconium gagné, l'armée des croisés commença de se refaire. Le vieux Kilidj-Arslan promit d'assurer la route et les vivres des croisés jusqu'aux frontières du royaume ar-
ménien et livra des otages. Les chevaliers se remontèrent; l'armée fit des provisions. Elle comptait encore quarante-deux mille hommes. La roule fut enfin supportable jusqu'au territoire chrétien du royaume arménien, où les croisés saluèrent avec joie le signe de leur foi. Le roi Léon II, de la race des Rubénides, qui avait récemment conquis l'Isaurie sur la sultanie d'iconium, facilita le voyage jusqu'aux rives du Selef ou Calicadnus, qui se jette dans la mer. L'armée saluait avec espérance, sinon la fin de ses fatigues, au moins le commencement des glorieux combats pour lesquels elle avait fait ce long voyage. Elle descendait dans la vallée par les sentiers des montagnes, qui surplombaient souvent le fleuve. Frédéric avait pris, guidé par des Arméniens, un chemin plus court; il était arrivé en avant, et avait planté sa tente près des bords du fleuve pour prendre son repas avec les siens. Tout à coup, le bruit se répand dans l'armée, qui par troupe montait et descendait les hauteurs, que l'empereur était mort.
En effet, après une longue traite, il avait pris fantaisie à ce vieillard fatigué de se baigner pour se rafraîchir. A peine entré dans les eaux froides de ce fleuve, il avait disparu. On plongea pour le sauver; mais on ne ramena qu'un cadavre (10 juin 1190). L'armée, sous le commandement du jeune Frédéric, continua son voyage en deuil, mais sans empêcher le dispersement et le retour de beaucoup de croisés. C'était là un triste pronostic. Fidèle à son glorieux maître, elle enterra son cœur à Antioche et ses entrailles à Tarse. On mit sa chair, enlevée des os par la cuisson, en grande pompe, sous le vieux dôme de Saint- Pierre, à la gauche de l'autel, et l'on fit voile de celte ville avec les ossements vers Tyr pour les transporter à Jérusalem. C'est là que le jeune Frédéric voulait les déposer, car
on espérait encore reprendre Jérusalem, ou au moins les rapporter sur la terre qui avait vu naître le grand empereur. Mais, lorsque l'armée allemande, avec les rois de France et d'Angleterre, arrivés à leur tour par mer en Terre-Sainte, était à Saint-Jean-d'Acre, la peste se déclara avec fureur parmi les assiégeants. Le jeune Frédéric en mourut ; on n'avait plus souci de garder les cadavres, et le père et le fils furent enterrés dans le sable, on n'a jamais su à quel endroit, aux environs de la ville assiégée (4).
Ainsi l'empereur, né dans un petit coin de la Souabe, qui avait escaladé les châteaux des Burgraves, renversé les fortificalions de Mayence, pris Brunswick sur Henri le Lion, touché plus d'une fois le territoire de la Pologne et du Danemark, visité six fois I Italie, en vainqueur ou en maître, assiégé Milan qu'il avait détruit, Rome qu'il avait prise, Venise où il avait, après une longue lutte, fait la paix avec un pape, traversé Arles, Lyon où il avait été couronné, Besançon où il avait pris femme, et rencontré, tantôt en ami tantôt en adversaire, sur leur territoire, les souverains de la France, laissait ses héroïques restes dispersés sur la grande route de la Terre-Sainte, sans avoir vu Jérusalem !
(1) Voir la récente brochure de M. H. Prutz : Kaiser Frederichs L
Grabskœtter.