‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 122 sur 135 · JUGEMENT SUR FREDERIC DAKBEROUSSE · texte numérisé non relu

JUGEMENT SUR FREDERIC DAKBEROUSSE

Théodose jusqu'au temps présent, n'est pas celle de deux cités, mais d'une seule Eglise constituée des deux éléments divin et humain ; et le prêtre, aussi bien que le laïque, peut, par une vie sans Dieu, manquer ce séjour de l'éternelle et sainle cité. » La cité céleste, pour lui, c'est celle du peuple brillant et nouveau des saints qui renoncent, selon le commandement de l'évangile, à leurs parents, aux richesses, à leurs passions, pour suivre le seul Christ; c'est-à-dire le peuple des moines qui rayonne sur toute la terre, depuis l'Egypte jusqu'à la Germanie et la Gaule (1).

La cité sainte, pour ce prince, tombé de deux dynasties dans un couvent, ce n'est donc pas l'Eglise du siècle, c'est l'Eglise régulière. Elle est dans les ordres religieux. L'empire et le sacerdoce, la souveraineté temporelle et la souveraineté ecclésiastique « se livrent un éternel combat; elles font succéder, en les renversant mutuellement, les papes aux papes et les rois aux rois. La malheureuse Rome est assiégée, prise, ravagée, » Otto de Frisingen éprouve du dégoût à dire combien de fois. Mais, « les choses du siècle passant, » l'empire tombera, frappé par sa propre épée aussi bien que par celle de l'Eglise. C'est un jugement de Dieu; Olton s'interdit, comme un péché, de l'approfondir, parce qu'il est au-dessus de sa portée ; mais il n'en est pas moins tel, parce que Dieu ne laisse rien arriver sans but. Dans la biographie même de son illustre neveu, où il se souvient davantage qu'il est de race royale, Otto de Frisingen a le sentiment de cette caducité dont il n'excepte pas l'Eglise. « Elle aussi, l'Eglise séculière, la hiérarchie, elle passera. C'est elle qui est la pierre détachée qui frappe

(1) Otto de Frisingen, Ckron., VI, Vil, VIII, passim.

le colosse d'argile aux pieds. Mais elle est détachée de ce sommet divin d'où jaillit la pure lumière et où est le vrai repos des saints. »

Frédéric avait lu ces passages écrits sous Conrad HT, avant la grande lutte qu'il soutint contre la papauté; et Olton deFrisingen, appelé à raconter cette histoire qui reproduisait d'une façon plus éclatante des scènes qui n'étaient pas nouvelles, éprouvait à l'écrire celte mélancolie qui ne se dissimule pas toujours sous sa rhétorique. Il fut heureux sans doute de se retirer malade à JViorimond où s'était passée sa jeunesse, pour se soustraire à une lâche, toujours plus douloureuse, qui augmentait ses souffrances et sa tristesse. Sous un voile mystique, il avait laissé percer qu'il prévoyait la chute de celte monarchie et même de cetle dynastie ambitieuse, qui ne respectaient aucune indépendance ; et les derniers événements qu'il avait à raconter n'étaient pas de nature à diminuer sa triste conviction.

Vaincu à Legnano, obligé de reconnaître la liberté des villes qu'il avait combattues, de se soumettre au Saint- Siège, à l'Eglise qu'il avait voulu mettre sous ses pieds, Frédéric lui-même, devenu plus modéré à la fin de sa vie, dut se rappeler plus d'une fois les mystiques prophéties du vieillard auquel il avait survécu. Une sorte de repentance inconsciente, mais bien naturelle chez un homme de ce temps, le ramène encore, après ses dernières luîtes, sous la domination morale dans laquelle s'était passée sa jeunesse, au temps de Conrad III et de saint Bernard. Retourné comme à son point de départ, il termine sa vie politique, ainsi qu'il l'avait commencée, par une croisade. Espérai l-il trouver grâce pour sa dynastie, qu'il sentait peut-être frappée, par une belle mort?

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