JUGEMENT SUR FREDERIC BARBEROUSSE
Il est certain que la décadence de l'empire et de la dynastie des Hohenslauffen commence avec kii. Sous lui, la vieille constitution allemande est détruite, frappée par ses propres mains. Sous lui, l'Eglise reprend vigueur; elle retrouvera pour un temps, contre ses successeurs, un autre Grégoire Vil : Innocent III. Sous lui, surtout, la liberté nationale et populaire des villes italiennes a, une première fois, secoué la domination impériale allemande. De toute part, sous Frédéric Barberousse, l'édifice du Saint- Empire romain germanique est ébranlé. Mais, comme l'empire et le Saint-Siège, comme l'Etat et l'Eglise ne sont point séparés, ainsi que le dit Olton de Frisingen, la monarchie des Hohenslauiïen ne sera pas renversée sans entraîner en partie dans sa chute l'Eglise et surtout le Saint-Siège qui sont, bon gvè malgré, solidaires de l'empire. En frappant l'empire, le Saint-Siège se frappera lui-même et il aura sa déchéance à son tour.
La pierre qui était venue ébranler les pieds du colosse d'argile, était détachée en Italie des sommets d'un avenir encore inconnu et voilé des vapeurs du matin. Dans les vicissitudes changeantes des dominations despotiques et des révolutions populaires qui trouvent toujours leur fin dans leurs excès mêmes, l'avenir annonce toujours par des chocs avant-coureurs la chute de ces ambitions monarchiques sans mesure, qui ont pour seul but la conquête et la domination égoïstes du monde, et qui s'appellent, dans l'histoire ancienne, Nabuchodonosor ou Démélrius Poliorcète et, au moyen âge, Frédéric Barberousse,