COURONNEMENT DE HENRI VI A HOME
condition du pacte qui l'avait amené. Le surlendemain, en effet, Henri VI livra Tusculum, la ville impériale fidèle, que ses soldats occupaient. Les Romains, animés de ces haines qu'on ne connaît que là, se précipitèrent dans les rues, envahirent les maisons; les mirent au pillage ou les détruisirent, massacrèrent ou mutilèrent les habitants et s'acharnèrent sur les murailles et sur les tours, qui les avaient si longtemps bravés. Ils rapportèrent à Rome, comme trophées, quelques pierres des monuments anciens qu'ils ne pouvaient entièrement détruire. Elles sont restées, encore aujourd'hui, comme le témoignage d'une antiquité glorieuse, mais en même temps aussi d'un acte déshonorant, au dire d'Otto de Saint- Biaise, pour le nouvel empereur, qui, de son camp, entre Rome et les collines environnantes, vit les flammes dévorer la ville et les habitants s'enfuir {in hoc imperium non mediocriter deshonoravii) (l).
Le fils de Barberousse laissait son honneur à Tusculum ; il n'eut pas le profit dans le royaume de Naples. La prise, sur la frontière, de Rocca d'Arce et de Castct d'Ancio, emportés d'assaut, fit ouvrir les portes de Sora, d'Aversa, de Salerne, qui demanda à avoir dans ses murs la reine Constance alors malade, même de Capoue et du Monl-Cassin, dont le belliuueux abbé Roflïid était alité. Les comtes des Abbruzzes, de Celano, de Loreto, d'Aquila, de Molise, les évêques d'Aquino, de Ghieti , allèrent au-devant de Henri VI. Mais c'était derrière les murs de Naples que le roi national, Je comte d'Acerra et l'archevêque de Palerme, avec de vaillants défenseurs, attendaient l'agresseur, Sn
fl) Voir, pour tous ces détails, Tœcho, Hist. d'Henri VI à l'année U92.
-414 CHAPITRE XXII. — L'EMPEREUR HEttRI VI,
mai 1191, l'empereur, avec ses chevaliers allemands et les comtes et évoques napolitains qui s'étaient déclarés pour lui, vient cerner la ville par terre; la flotte pisanc, arrivée également, bloque le port. Mais l'amiral de Tancréde, Margarito, un marin connu dans toule la Méditerranée, qu'on appelait un nouveau Neptune , apparaît avec soixante-dix galères; il disperse les vaisseaux pisans. La chaleur du mois de juillet commence à décimer les Allemands. Les comtes d'Apulie, qui s'étaient ralliés à Henri VI, le quittent et, ce qui était plus grave, le fils do Henri le Lion disparaît; Henri de Brunswick, qui avait suivi l'empereur d'après le traité fait avec son père, voyant son frère, otage comme lui, succomber à la peslc, s'enfuit en effet du camp allemand et passe, sans dire adieu à l'empereur, du côté des assiégés [imperaiore non salalato discedit). La défection du fils de Henri le Lion, dans des circonstances plus critiques encore que celle du père, sous Barberousse, faisait une seconde fois tout manquer en Italie et rappelait aussi Henri VI en Allemagne.
La vieille querelle des Welfen et des Wiblingen allaitelle donc ensanglanter de nouveau l'Allemagne et l'Italie? Henri VI, malade lui-môme, voyait mourir, entre autres, un frère à lui et le fameux archevêque, Philippe de Cologne, enfin son chancelier Diether. Il apprenait que les habitants de Salerne, pour se faire pardonner leur défection, livraient la reine Constance, sa femme, à l'amiral Margarito qui la remettait à Tancréde de Lecce. Le jeune Henri de Brunswick, transfuge, touchait à Rome, et il y recevait du pape Célestin III comme encouragement, un bref qui le déclarait, lui et son père, passibles seulement de l'excommunication romaine. Il échappait à tous les
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pièges, franchissait la mer, traversait la Provence, la Bourgogne et arrivait en Saxe, où il répandait le bruit de la mort du fils de Barberousse, pour déterminer en sa faveur, avec ses amis, une nouvelle élection (1) impériale.
Il fallait que Henri VI, quoique fort malade, se hâtât. Il traversa, en effet, toute l'Italie avec les débris de son armée qui diminuait encore en roule. Déjà en Lombardie, les villes, soit impériales, soit nationales, se précipitaient les unes sur les autres, pour se disputer, sur les limites réciproques de leur territoire, un château fort, un cours d'eau : Parme sur Plaisance, Brescia sur Bergame, Milan sur Crémone, en général les villes de l'ancienne ligue lombarde sur celles qui n'en avaient point fait partie. Une victoire sanglante de Brescia sur Crémone, celle de Mala morte, frappe même d'un rude coup le parti impérial, en juillet M 91. Henri VI, pour relever les siens (7 décembre), conclut contre Milan une ligne des villes de Parme, Crémone , Coma, Bergame; mais il se hâte de repasser les Alpes, en plein hiver, pour regagner l'Allemagne, où il n'était pour lui que temps d'arriver au commencement de M 92.
Pendant l'absence de Henri VI, la paix ménagée à Halle n'avait pas été maintenue en Saxe. D'abord , de part et d'autre, les conditions n'en avaient point été remplies. Puis, Adolphe III de Schauenbourg, comte de Holslcin, était revenu d'Orient. Avec l'appui des deux Ascaniens, de Bernard, duc de Saxe, d'Otto, margrave de Brandebourg, et de quelques défectionnaires, entre autres du comte de Ratzebourg, celui-ci avait barré laTrave poux
(1) Ann. Stadt. : Theutonici De rege alio jam Iractabant*
assiéger Lubeck, et surpris Stade, au milieu de ce siège, en pratiquant les bourgeois. Malgré l'arrivée du fils de Henri le Lion et deHartwich, évêque de Brème, revenu d'Angleterre, Adolphe III réduisit même la ville de Lubeck à lui ouvrir ses portes, et à lui céder les revenus qu'elle payait à son ennemi. C'était, pour Henri le Lion, la perte (l'une partie de son duché.
Autant de circonstances favorables pour Henri VI ! La mort travaillait en même temps pour lui. En mettant le pied sur le territoire de l'Allemagne, il recueillait la succession patrimoniale de Welf VI en Bavière, c'est-à-dire tout le territoire compris entre le lac de Constance et la ville d'Augsbourg, sur les deux rives du Lech. Il assure à ses amis ou à ses parents la Bavière et la Souabe. Le midi de l'Allemagne était pour lui. Il annonça l'intention de poursuivre à outrance Henri le Lion et son fils au Nord, Les mettre au ban de l'empire et convoquer une armée de princes du midi de la Saxe pour aller relancer les rebelles jusque dans leur capitale, Brunswick, et les y forcer, fut l'affaire d'un instant. L'archevêque de Magdebourg, les évêques de Hildesheim et de Halbersladt, campés à Lefforda sur l'Ocker, vers le milieu de juin, commirent, en effet, d'affreux ravages dans les environs de Brunswick, même aux dépens des couvents et des églises. Mais l'empereur, malgré sa promesse, ne vint pas; et, grâce à l'intervention du prieur de Stederburg, on conclut une trêve jusqu'à la Saint-Michel (1). Le Lion, ainsi que l'évêque de Brème et le comte de Schwerin, pouvaient faire tête encore à Adolphe III de Holslein.
(1) Ann- Slederb., p. 226 : Pace usque ad festum S11 Midi, promissa conventus Me dissolutus est.
Dans le Saint-Empire, tout se tenait*, il n'était pas une querelle féodale qui ne devînt bientôt ecclésiastique. C'est ce. qui avait détourné Henri VI des premières résolutions énergiques qu'il avait prises contre les Welfen, et l'avait amené à conclure cette trêve. Henri VI se trouvait en effet de nouveau en lutte avec le pape Célestin III sur le terrain des élections aux évêchés; et la guerre menaçait de se propager sur tous les points du territoire impérial, en Allemagne et en Italie, des bords de la Baltique au golfe de Tarente.
Depuis le couronnement du nouvel empereur à Rome, des élections avaient eu lieu, en Allemagne, à des sièges épiscopaux fort considérables : à Hildesheim, à Worms, à Osnabruck, à l'archevêché plus important encore de Cologne, laissé vacant par la mort de son célèbre titulaire en Italie. Ces élections étaient, en général, faites avec l'assentiment de l'empereur qui avait particulièrement investi du pouvoir ducal, en Westphalie, le nouvel élu de Cologne, Bruno. Mais partout il n'en était pas ainsi. A la vacance de l'évêché de Liège, très important aussi par ses fiefs nombreux dans la contrée, le chapitre avait élu, à la majorité, un personnage puissant et surtout bien apparenté, le comte Albert, frère du duc Henri de Brabant, neveu du comte de Limbourg, mari de Marguerite, sœur de Philippe comle de Flandre et héritière d'une partie du comté. Mais une minorité persistait en faveur du comte de Retest, oncle de Baudoin, comte de Hainaut, en hostilité avec le duc de Brabant depuis que celui-ci élait devenu margrave de Namur. Une double élection avait eu lieu également à Cambrai, dans le comté de Flandre, que se partageaient alors, à peu près à. l'amiable, la veuve de Philippe de Flandre. Malhilde de Portugal, pour son