‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 129 sur 135 · RÉVOLTE DE LA SICILE,' VENGEANCES D'HENRI · texte numérisé non relu

RÉVOLTE DE LA SICILE,' VENGEANCES D'HENRI

aux barons siciliens, anciens révoltes qui gémissaient encore dans les cachots et il arrive à Palcrme présider une assemblée de barons encore libres. Ceux-ci tremblaient. Les exécutions se multiplient « sans pitié et sans distinction »; on trouve partout des coupables; les uns sont jetés à la mer, d'autres sciés en deux, brûlés au bitume, transpercés de flèches ou enterrés vivants jusqu'au cou pour être décapités à ras de terre. Enfin, le fort San Giovanni, où s'était réfugié l'obscur Jordano, est pris; et ce roi et cet époux supposé d'une impératrice, attaché sur un pilier, à la lête couronnée d'un cercle de fer rougi au feu. La fille des rois normands et la femme de Henri VI, soupçonnée d'être complice, et mère de l'héritier de celui-ci, assiste a. ce supplice. L'empereur continue comme auparavant à signer ses actes una cum regina consorte nostra carissima, et l'impératrice fait comme lui, salvis in omnibus mandata et ordinatîone nostri srcnrcnissimi impekatoris. On ne soupçonne rien de plus tragique. Mais les documents enregistrent le tout avec un sang froid impertubable. « Ainsi l'empereur, » disent les Annales de Lubeck (V, 2), « était assez heureux pour mettre la main sur ses adversaires et pour en tirer une juste vengeance » (1). « Ne cesse pas, Henri, de punir les méchants et d'affermir la paix, » dit le poète italien flatteur Pierre d'Ebulo. « En découvrant le crime, c'est la paix que lu nous donnes. Le châtiment royal prévient les attentats. »

(1) M. Abel, dans son histoire de Philippe de Souabe- çt surtout M. Tceche-, dans son histoire do Henri VI, si consciencieuse dans ses intentions et dans ses recherches, mais si complaisante dans ses jugements, essaient de justifier ces cruautés inutiles. Ils citent à l'ap-

-135 CHAPITRE XXÏÏ. — L'EMPEREUR HENRI Vf.

La paix partout, dans sa famille et dans l'Etat, la pah par la terreur, la paix du tombeau, voilà ce que ce jeune et cruel souverain, qui trouvait le monde trop étroit pour lui, voulait laisser derrière lui dans ses conquêtes déjà faites, afin que son ambition insatiable et sans scrupule s'élançât sur une proie nouvelle. Au moment où il faisait ces dernières exécutions, ses ambassadeurs portaient à Constantinople un ultimatum. L'empereur Alexis l'Ange les recevait avec pompe dans la salle du trône de son palais, revêtu d'un manteau d'étoffe précieuse, brodé de diamants, pour les éblouir. Mais il n'avait que le courage d'envoyer à Henri VI un ambassadeur chargé de demander la diminution du tribut annuel exigé impérieusement; et, pour acquitter la rente de 5,000 livres pesant d'or décidément convenu, il mettait à contribution les trésors des églises et dépouillait jusqu'à la tombe du grand Constantin, dont il était le successeur, pour devenir tributaire de l'empire allemand. Et cependant les pèlerins de la croisade équivoque, décidée en Allemagne, commençaient à arriver en plus grand nombre, par bandes, tantôt sous lo commandement de l'archevêque Conrad de Mayence, tantôt sous celui du duc Frédéric d'Autriche, vers les côtes orientales de l'Italie. Des vaisseaux et des provisions étaient préparés pour les transporter en Palestine et plus tard, on ne savait par où, pour effectuer le retour.

Henri VI comptait sur soixante mille croisés au moins.

pui l'opinion des annalistes allemands contemporains fort éloignés des événements. Mais M. Gregorovius, Hisl. de Rome, recueillant l'écho des annalistes italiens, dit avec plus de raison* la ruse diabolique avec laquelle ce prince avide et sans conscience extermina les derniers descendants de la dynastie normande et de la noblesse sicilienne épouvantait l'Italie et le monde.

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