CHAPITRE XIX. — LOTHAIRE DE SAXE
Il était plus préoccupé d'achever la soumission de la Franconie qui appartenait à Conrad, son rival. En avril M 30, en effet, à Ralisbonne, il sommait nombre de princes laïques et ecclésiastiques allemands, et le duc Boleslas de Bohême surtout, de le joindre sous les murs de la ville franconienne, toujours récalcitrante, de Nuremberg; et, en mai, après avoir vu tout son territoire ravagé par les sauvages bohémiens, Nuremberg, malgré ses fossés, ses murs épais et ses gros bastions, se rendait enfin (1).
La ville de Rome, la plus agitée naturellement par le schisme, essaya, à défaut de Lothaire, de trancher la question. Les deux factions cantonnées, barricadées dans les forteresses faites des ruines des monuments romains, dans les cloîtres, dans les églises qui leur appartenaient, s'observaient, s'attaquaient de temps en temps. L'argent juif d'Anaclet fit plus que tout le reste. Peu à peu les amis, les partisans d'Innocent II, gagnés, l'abandonnèrent; les Frangipani et les Corsi eux-mêmes passèrent à Anaclet IL Le malheureux Innocent, obligé d'abord de quitter la ville, puisTranstévère, s'échappa, non sans peine, avec ses cardinaux fidèles et quelques partisans, sur deux galères, par le Tibre, et gagna Pise. Aussitôt Anaclet, maître de Rome, ses cardinaux, le sénat, le clergé et le peuple romain écrivirent au roi Lothaire pour lui annoncer leur victoire et lui offrir, à leur tour, dans Rome, « l'accroissement de ses honneurs et l'empire suprême (honoris augmentum et imperii culmen) (2). »
Ni l'empire ni Rome cependant ne décidèrent, celte fois quel était le vrai pape. La chrétienté n'avait- elle pas aussi
(J) Ann. Sax. : Rex Nuremberg urbem munitissiniam in dedilionem accepit. — (2) Codex Udalr., nos 339, 340, 341.