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CHAPITRE XIX. — LOTHAIRE DE SAXE

que, rétablir l'unité de l'Eglise contre la trahison des apostats et mettre sur sa tête la couronne terrestre sanctifiée par la mère de Dieu ». Norbert de Magdebourg, Otto de Bamberg, vrais hommes de réforme, disaient tout haut que l'Eglise ne pouvait plus avoir foi « aux méchantes paroles de quelques chasseurs qui, pour dépouiller l'autel de Dieu, avaient résolu de recommencer les vieilles pratiques et l'ancien marchandage dans le sanctuaire et d'y fabriquer de leurs mains sanglantes une idole (testaceum idolum cruentis manibus plasmare) (1). » Tout cela ne suffisait point à entraîner le roi allemand Lothaire, quand les nouvelles du concile d'Elampes arrivèrent en Allemagne et le décidèrent à convoquer les princes laïques et ecclésiastiques de son royaume pour le mois d'octobre à Wurlzbourg sur le Mein.

On tenait surtout, en Allemagne, à l'opinion du vieux et vénérable évêque de Bamberg, Otto, alors malade, moins de vieillesse que des suites de sa dernière mission chez les Slaves. « C'est vous, » lui écrivait adroitement le légat d'Innocent II, Gauthier de Ravennes, « que notre mère, l'Eglise de Rome, chérit entre tous les évêques; vous qu'elle reconnaît et bénit comme son lils de prédilection (tanquam specialem filium creans propriis manibus benedixit). » Le roi Lothaire pressait davantage encore la venue de celui « qui lui était le plus nécessaire, et dont il désirait surtout la collaboration dans l'intérêt de la paix de l'Eglise et de l'empire (2). » Vainement Anaclet, qui ne manquait ni de savoir ni d'intelligence, envoya la défini-

(1) Cod. TJdalr., n° 346. — (2) Ibid., 348, 351 ; In hoc negotio nemo possit magis esse necessarius, quoniam eo magis pro pace et tranquillilale Ecclesiœ et regni collaborare nobis deberelis.

38 WELFEN ET WIBLINGEN (GUELFES ET GIBELINS}.

tion la plus conciliante « des rapports du pouvoir royal et de la sainte autorité romaine, qui doivent avoir l'un pour l'autre un zèle mutuel, puisque le bonheur de tous ceux qui leur sont soumis ne peut être assuré que si l'empire et le sacerdoce se regardent l'un et l'autre avec une mutuelle et réelle sympathie ». La France avait parlé; Bernard surtout avait parlé. Lothaire n'avait pas à craindre plus pour lui-même d'Innocent H que d'Anaclet II. L'Eglise, ranimée encore au xne siècle, comme a. la fin du siècle précédent, par l'ardeur d'une dévotion véritable, en Allemagne comme en France, devait donc là aussi reconnaître le candidat que lui recommandaient surtout ces sentiments et non l'intelligence et l'habileté mondaines. Les seize prélats réunis sous la protection du roi Lothaire à Wurtzbourg, en présence du légat Gauthier de Ravennes, proclamèrent également, en effet, Innocent II vrai et légitime chef de l'Eglise chrétienne. Ils l'invitèrent à se rendre en Allemagne pour y être reçu et salué en-celte qualité, et ils pressèrent, en même temps, l'abbé Bernard, le promoteur de la grande réforme chrétienne, d'accompagner celui dont il avait, avec tant d'intelligence et de courage, affirmé la légitimité.

Innocent II présidait alors, à Clermont, le concile que l'ordre de Cluny avait demandé pour le maintien ou la réforme de la discipline, quand Conrad, archevêque de Salzbourg, et Erbert, évêque de Munster, vinrent lui apporter la décision et l'invitation de Wurtzbourg. « Il s'y serait rendu immédiatement si l'amour et la joie de tous ceux qui le voulaient voir, » dit le biographe de saint Bernard, « ne l'avaient encore retenu en France. » A Orléans, en effet, « le roi Louis VI avec la reine, sa femme, vinrent courber, » dit l'abbé Suger, « leurs têtes couronnées du dia-

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