‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 19 sur 135 · CHAPITRE XIX. — LOTHAIRE DE SAXE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. — LOTHAIRE DE SAXE

dème aux pieds d'Innocent, comme au tombeau même du Christ ». Le roi d'Angleterre, entraîné par une lettre de Bernard, accourut faire sa soumission et se précipiter aux pieds du pontife dans la ville de Chartres. De Reims, où il prit Bernard, Innocent II, accompagné d'une suite de cardinaux, d'archevêques, d'évêques et d'abbés italiens et français, se dirigea vers Liège, sur les confins des territoires français et allemand. C'est là que le roi Lothaire, 22 mars de l'année 1131, avec quarante princes et prélats allemands, attendait Innocent. Il se rendit à pied, en effet, au devant du pape et de son escorte; il prit d'une main la bride de la haquenée blanche sur laquelle celui-ci était monté, écarta, de l'autre, la foule avec un bàlon, « comme si c'était le Seigneur; » et, à la descente de sa monture, il le prit et le souleva dans ses bras pour le mettre à terre, afin de faire éclater aux yeux de tous l'élévation même de sa paternelle Sainteté (1), avant qu'elle entrât dans l'Eglise. Le lendemain, Innocent II se rendit, avec sa suite, comme s'il était à Rome, en procession triomphale, de l'église Saint-Martin à l'église Saint-Laurent, devenue comme un nouveau Capitale; il célébra la messe dans cette basilique, et il y couronna solennellement le roi Lothaire et la reine sa femme.

Dans cette Rome de circonstance , avec le concours d'évêques et d'abbés de deux grands pays, et après que, préalablement, on eût fait un saint d'un évêque allemand,

(1) Voir Suger, témoin oculaire, lib. VI : Alia manu virgam ad defendendum, alia frenum albi equi accipiens tanquam Dominum deducebat. Descendente vero tota statione eum subbracliiando deportans celsitudinem paternitatis ejus notis et ignotis clarificavit.

40 WELFEN ET WIBLINGEN (GUELFES ET GIBELINS).

mort il y avait à peu près un siècle, le roi Lothaire et le pape Innocent réglèrent en bon accord les affaires de l'Allemagne et de la chrétienté (1). L'anathème fat renouvelé contre Anaclet II, anti-pape, et contre Conrad, anti-roi. Lothaire s'engagea à reconduire, le plus lot possible, en Italie, le pape légitime; Innocent II, à donner à Lothaire, à Home, « mère de l'empire », la couronne des Oltons. On renouvela les canons contre les prêtres mariés et la simonie. Il était impossible, cependant, qu'un écho des anciennes querelles ne retentît pas au milieu de ce touchant et rare accord des deux pouvoirs. Lothaire, en effet, tenta, paraîtil, de profiter de l'occasion pour faire revenir le pape, à l'avantage de l'empire, sur le concordat de Worms. Il lui exposa, les uns disent avec colère (iracundus), les autres disent avec réserve (modeste), ce que le pouvoir royal y avait perdu. Il trouva peu d'encouragements dans les archevêques allemands de Mayence, de Cologne et de Salzbourg, qui avaient toujours combattu pour la liberté de l'Eglise. D'autres étaient mieux disposés; mais le véritable vainqueur du schisme, l'abbé de Clairvaux, Bernard, qui trouvait ces demandes « inopportunes et mauvaises, » dit son biographe, fit honte au roi de cette insistance peu généreuse, et il affermit ainsi, par la franchise de son langage et l'autorité de sa personne, cette paix et cette réforme pour lesquelles l'Eglise, alors bien dirigée, avait couru tant de périls et soutenu tant de combats.

Ainsi se termina pacifiquement, au moins devant le tribunal de l'Europe , un schisme semblable à ceux qui avaient coûté souvent tant de sang. Ni l'épée ni même le

(1) Ami. Sax. : lbi multa tam de ecclesiasticis quam de regni ulilitatibus provide ordinata sunt.

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