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CHAPITRE XIX. — LOTHAIRE DE SAXE

Car les rois do la dynastie franconienne avaient eu soin de faire, de leur vivant, désigner leur fils aîné comme successeur au trône pour donner, autant que possible, à leur famille la puissance de l'hérédité; et les élections tumultueuses d'où étaient sortis alors des anli-césars n'avaient été que des faits violents de guerre civile.

Les princes laïques et ecclésiastiques, qui conduisaient, en juin 1 151 , à sa dernière demeure, à Spire, le mort impérial, n'étaient pas fort nombreux : deux ducs, un comte palatin, deux archevêques, ceux de Mayence et de Cologne, trois évêques et un abbé, avec leurs suites. Pensant donc à la gravité même de la circonstance et ne voulant rien prendre sur eux-mêmes, ils avaient convoqué, selon l'usage, une réunion ou diète électorale de tous les princes de l'Allemagne, à Mayence, pour la Saint-Barlhélemy (24 août) ; et ils avaient pris soin , ce qui n'était pas inutile, de recommander h tous d'assurer, jusque-là et quatre semaines encore après, la paix publique, la liberté pour tous les vassaux d'aller et de venir en sécurité et d'accomplir le voyage, eux et leurs hommes, à leurs frais, pour ne point porter préjudice aux pauvres gens (I).

L'acte important qui allait s'accomplir exigeait bien toutes ces précautions. 11 n'intéressait pas seulement l'Allemagne, mais l'Europe, la chrétienté. Les luttes du sacerdoce et de l'empire, la croisade même, avaient amené, au xir siècle, un changement considérable dans les idées qui régïs-

1. V. la Chron. d'Ursp., Y Ami. Sax., anno 1125. Dans le Cod. Udalr., i). 320, Y. nue lellre à Olton de Bamberg : Quatenus omnibus tutior (lit concursus et reditus, et ut curialiter more videlicet antiquorum principum cum proprio impenso neminem pauperum Uedentes conveniatis.

4 WELFEN ET WIBLINGEN (GUELFES ET GIBELINS).

saienl l'empire et le monde chrétien. Pour les sentiments, les idées^et bientôt les lois de ce temps, la chrétienté était devenue un tout social relevant de Dieu même, lequel pourvoyait à son gouvernement, au spirituel, par le pape, au temporel, par l'empereur; la hiérarchie ecclésiastique et la féodalité guerrière, se pénétrant d'ailleurs l'une l'autre, étaient comme les deux hémisphères de ce monde. Au point de vue politique, en particulier, la royauté germanique du xne siècle, première puissance de l'Occident, ne nourrissait pas seulement, en dehors de l'Allemagne, des prétentions à la domination de pays voisins, récemment encore païens, comme la Bohême ou le Danemark, ou liés à ses destinées précédentes, comme la rive gauche du Rhin, et même la vallée de la Saône, l'ancien royaume de Bourgogne. Par la soumission de l'Italie, cette royauté s'élevait à l'empire. Elle faisait du roi germain l'empereur de la chrétienté, c'est-à-dire le protecteur désigné de l'Eglise romaine, de la foi, le défenseur du droit, le gardien de la paix publique, la source de toute puissance et de toute chevalerie.

Mais en constituant ainsi universellement, dans l'opinion du moins, le pouvoir de l'empereur en face de celui du pape, les événements n'avaient-ils pas posé en fait leur éternel conflit? Lequel de ces deux pouvoirs l'emportera sur l'autre? En couronnant empereur, à Rome, le roi de Germanie, les papes ne prouvaient-ils pas qu'ils avaient sur lui un droit supérieur? Appelé quelquefois, d'autre part, à se prononcer entre deux rivaux, dans une élection pontificale douteuse, l'empereur ne surveillait-il pas le Saint-Siège qu'il protégeait? Les deux pouvoirs n'étaientils pas autorisés à prétendre également venir de Dieu? Les empereurs ne pouvaient-ils pas être les rivaux aussi

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