‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 3 sur 135 · CHAPITRE \IX. — LOTHAIRE DR SAXE · texte numérisé non relu

CHAPITRE \IX. — LOTHAIRE DR SAXE

bien que les défenseurs des papes, et les oppresseurs au lieu des patrons de l'Eglise? A l'appui de leurs prétentions rivales les arguments, les textes et les précédents ne manquaient ni aux papes ni aux empereurs. Si, au temps des Ottons, fort puissants, les empereurs s'engageaient seulement à être les patrons de Rome et les fidèles défenseurs de l'Eglise, depuis Grégoire VU, les empereurs avaient juré de « conserver religieusement la sujétion et la foi dues au seigneur pape et à la sainte Eglise romaine (domino romano pontifici et sanctœ romanm Ecclesiœ subjeetionem debilam et fidem rêver enter sert are). Ajoutez à cela que le pape avait souvent derrière lui l'Italie, comme l'empereur avait l'Allemagne et que, par là, il y avait entre ces deux pays, qui étaient alors les deux centres de l'Europe, des désirs de domination ou des craintes d'asservissement; et vous comprendrez toutes les raisons politiques, nationales, qui pouvaient encore alimenter et exaspérer la lutte, en dépit même des alliés que trouvaient et des défections que provoquaient ces deux puissances rivales, l'une chez l'autre, l'empereur en Italie et dans l'Eglise, le pape en Allemagne et dans la féodalité!

Autres causes de faiblesse réelle pour ce pouvoir impérial qui avait si prodigieusement grandi dans l'imagination! Comme celui de la papauté, il était électif. Les princes allemands le décernaient à la majorité des voix. Comment le roi élu resterait-il le maître des princes? Le roi de Germanie, l'empereur, n'était en effet pas au-dessus du droit; il lui était soumis dans la personne du comte palatin. Quand il rendait la justice, les princes et les comtes lui servaient d'échevins. Il ne pouvait prendre une résolution, si elle intéressait tout le royaume, qu'en diète générale; si elle intéressait une partie de l'Allemagne, un duché,

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que dans une diète locale. Celait au moins la coutume établie parles événements. Les diètes générales et particulières se multiplient à chaque règne; on a peine à les énumérer dans les chroniques et les annales (I). L'empire semble donc déjà moins dans la personne de l'empereur que dans l'ensemble des princes, des Etats. Un prince, sous Henri V, l'a déjà déclaré : « L'humiliation de la tête la plus élevée de l'empire est un dommage réparable, mais l'oppression des princes est la ruine de l'Etat (2). »

Les ducs et les comtes, au contraire, sont devenus héréditaires, sauf l'agrément impérial; les ôvêques et les abbés, dont la part à l'élection royale est reconnue, ont échappé aussi par la double investiture au choix exclusif du maître temporel. Les princes sont de moins en moins les officiers de l'empereur et se transforment en vassaux. Il en est de même des évoques ou abbés. Après la disparition de la constitution cantonale des comtés, on voit commencer déjà la dislocation des anciens duchés, même des territoires ecclésiastiques ; elle diminuera en étendue ces antiques puissances patriarcales ou sacerdotales, tout en augmentant leur indépendance. La possession de la terre devient la première condition de la noblesse et de l'exercice du pouvoir; la féodalité véritable, en Allemagne, jette ses premières racines au moment où le pouvoir impérial semble arriver à son apogée. Le duc et le comte ne s'honorent plus du titre qui faisait autrefois leur puissance et leur orgueil, mais du nom du manoir paternel, quelquefois

(l) Voir Wailz, Deutsche Verfassung, VII et VIII vol. Eichhorn, Siaats und Iiechts gescli., II, de la page 121 à 187. — (2) Mon. germ., IV, 63: Unius capitis licel samnii dejectio rcparabilc damnum ; conculcatio aukem principum ruina rcgni cal.

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